Chapitre 111
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 111
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Le col était presque dépourvu d’herbe, mais jonché de pierres brisées. Avait-il jadis abrité une carrière ? Qui sait. Quoi qu’il en soit, chaque pas y résonnait particulièrement fort.
Les trois épéistes s’écartèrent discrètement les uns des autres. Ils semblaient vouloir encercler Ricart, tout en gardant un œil sur ses compagnons, au loin.
Mais Ricart n’avait aucune raison d’attendre. Avant même qu’ils aient fini de se mettre en place, il balança son épée.
La lame enflammée frappa à gauche, puis s’abattit aussitôt à droite. L’ennemi de gauche perdit la tête, tandis que celui de droite eut les deux bras tranchés. Tout se passa en un instant, comme une flambée.
Celui du milieu bondit en arrière à toute vitesse. Le regard de Ricart le suivit sans faillir.
L’homme qui s’était éloigné de quelques pas semblait abasourdi par ce qui venait de se produire, le visage figé.
Se retirer en un instant pareil prouvait qu’il n’était pas un combattant ordinaire. Mais, dans un combat, le talent était toujours relatif.
« Toi… »
« Ne compliquons pas les choses. »
Ricart prononça ces mots en balançant son épée d’une main, puis acheva l’homme qui se tordait de douleur, les deux bras tranchés.
Deux cadavres. Le sang s’étalait sur le gravier sec de la montagne. Aucune trace n’en maculait la lame, où brûlaient seulement des flammes sacrées.
Rien à voir avec la faible lueur propre aux Maîtres de l’Épée. L’épée de Ricart flamboyait d’un feu doré. En voyant cela de ses propres yeux, le dernier adversaire resta muet.
Qu’est-ce que c’était ?
Un pas.
Ricart avança pour en finir. Le survivant se retourna aussitôt et prit la fuite.
Ricart se lança à sa poursuite pour le tuer, mais au lieu de s’enfuir par le col, l’homme se jeta brusquement du haut de la falaise.
Quoi ? Il voulait se suicider ?
Arrivé au bord, Ricart regarda en contrebas. L’homme fit voltiger sa cape comme un oiseau, posa légèrement le pied sur des rochers saillants de la paroi, puis bondit de nouveau.
Ricart en resta stupéfait. Malgré tout, il ramassa une pierre près de ses pieds et la lança de toutes ses forces sur l’ennemi en fuite.
L’homme, qui avait pris appui à la légère sur deux ou trois saillies rocheuses en dévalant la falaise, regarda derrière lui.
Il se contorsionna dans un mouvement désespéré pour éviter la pierre qui filait vers lui. Le projectile de Ricart ne fit que le frapper à l’épaule.
« Aïe ! »
Il poussa un bref cri et chuta. Mais il était déjà presque arrivé au pied de la falaise, si bien que la chute ne le tua pas.
Il se remit debout en titubant, leva les yeux vers Ricart qui l’observait d’en haut, puis s’éloigna en boitant. Un de ses bras pendait, inerte.
Ricart contempla l’ennemi en fuite, incrédule. Quel était ce mouvement ? Il avait vraiment volé comme un oiseau. Un corps humain pouvait-il faire ça ?
Même Ricart était incapable d’un tel exploit ; il n’eut donc d’autre choix que de le laisser partir. L’ennemi disparut dans la forêt toute proche.
« Quel abruti. Sauter d’une falaise… »
La voix de Marie retentit derrière lui.
Quand il se retourna, elle ramassait deux épées sur les cadavres. Puisqu’elles n’avaient pas vraiment servi contre Ricart, elles étaient presque neuves.
« Non, il a survécu. »
« Quoi ? »
« Il a dégringolé comme un oiseau et est reparti à pied. Je l’ai tout de même touché à l’épaule avec une pierre. »
« C’est impossible. Arrête de plaisanter. »
Marie s’approcha de Ricart, comme si elle n’en croyait pas un mot. Elle regarda la falaise à ses côtés. Ce n’était pas un gouffre sans fond, mais la hauteur suffisait largement à tuer quelqu’un.
Pourtant, aucun cadavre ne gisait là où il aurait dû se trouver. Ricart et Marie échangèrent un regard, tout aussi abasourdis l’un que l’autre. C’était étrange.
Encore sous le choc, Ricart rejoignit le groupe et leur raconta ce qui s’était passé. Marie tendit les deux épées des ennemis morts à Beka et Roy.
« Comme vous l’avez vu, j’en ai tué deux, mais le dernier s’est échappé. Ça pourrait devenir dangereux s’il revient avec ses alliés. Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Ils n’avaient pas l’air d’être de simples bandits. Ils ont dit qui ils étaient ? »
demanda Bremen.
« La Guilde Rubens. Vous en avez déjà entendu parler ? »
Ricart les connaissait assez bien, mais ignorait ce qu’ils étaient devenus ces derniers temps. Le Clan Viola avait beaucoup changé en quatre ans ; le clan Rubens avait peut-être changé lui aussi.
À ces mots, le visage de Bremen s’assombrit.
« … Bon sang. »
« Pourquoi ? »
« Chaque clan fonctionne à sa manière. Comme vous le savez, le Clan Viola ne s’en prend pas aux gens du peuple et reste plutôt sérieux. Mais Rubens est prêt à tout pour gagner de l’influence et de l’argent. Ils vendent des gens, tiennent des bordels et des tripots, organisent des assassinats et prêtent même à des taux usuraires. Personne ne survit à ceux qui se mêlent de leurs affaires. Pas même les nobles. »
Ils étaient presque devenus une guilde de voleurs ; à peine pouvait-on encore les appeler un clan. Bien sûr, ils menaient leurs affaires dans l’ombre, mais si Bremen en avait entendu parler, tous ceux qui étaient au courant devaient sans doute le savoir aussi.
Tout était une question de choix. Quand on disposait de la force, comment décidait-on de l’utiliser ? Tant que la famille impériale avait été puissante, ils avaient, à leur manière, suivi la bonne voie. À présent, ils semblaient courir en liberté, comme des chiens sans laisse.
« Une fois le col franchi, nous serons sur leur territoire, n’est-ce pas ? »
demanda Marie.
« Non. Nous y sommes déjà. »
« … »
« On peut contourner la région en direction de Beringen, mais ça prendra au moins une semaine. Cette route n’est pas sûre non plus. Si nous voulons battre en retraite, autant revenir sur nos pas. »
« Ou alors, on pourrait se dépêcher de poursuivre dans l’autre direction. »
« C’est ça. »
Ils n’avaient que deux options : battre en retraite ou avancer. Comme toujours, c’était l’un ou l’autre.
On disait qu’il fallait savoir quand avancer et quand reculer. La vie serait simple si l’on savait vraiment le faire. Le problème, c’est qu’on ne le savait pas.
Hartmann prit alors la parole. D’ordinaire, il se contentait de suivre l’avis de Bremen et de Ricart, mais c’était la première fois qu’il donnait le sien.
« Allons de l’avant. S’il arrive quelque chose de dangereux, je protégerai ma famille. Maître, madame, battez-vous sans vous soucier de nous. »
Hartmann le savait lui aussi. Ricart et Marie pouvaient tuer la plupart de leurs ennemis sans difficulté.
S’il n’y avait eu que Ricart et Marie, ils n’auraient eu aucune raison de s’inquiéter. Hartmann ne voulait pas devenir un fardeau alors qu’ils hésitaient à cause de sa famille.
Ricart hésita, ne sachant s’il devait accepter cette résolution.
« Je peux me battre aussi. Je ne serai pas un poids pour vous, maître. »
« Moi aussi. »
Roy et Beka prirent la parole.
Quand on apprenait quelques exercices ou les rudiments des arts martiaux, la confiance suivait naturellement. Les enfants ne faisaient pas exception. Maintenant qu’ils avaient reçu de vraies épées, ils semblaient eux aussi tout excités.
En entendant ses disciples, Ricart sourit. Il ébouriffa rudement les cheveux de Roy.
« Ne prends pas la grosse tête. Reste derrière ton père. »
« Je suis inquiet, mais si vous avez pris votre décision, je vous suivrai. »
« Nous devrions nous préparer, mais il se peut que rien ne se passe. Ils avaient l’air pressés. Ils ont dit qu’ils cherchaient mon amie. »
« Hum ? »
Ricart regarda Marie.
« Ils ont dit que Bori avait volé le manuel secret du clan. »
« Quoi ? »
« Si Bori l’a fait, elle avait sûrement une bonne raison. »
« C’est vrai. »
« Alors, c’est décidé. Ne perdons pas plus de temps. »
Ricart et les autres franchirent enfin le col. La descente était plus facile, mais un malaise persistait au fond de leurs cœurs.
Ils traversaient Fasina, l’une des régions du sud-est de l’Empire. C’était un bassin parcouru de rivières et de lacs, et couvert de forêts fraîches. Le peu de plaines rendait la région peu propice à l’agriculture.
Des montagnes rocheuses aux formes étranges s’élevaient partout, se mêlant aux bois pour composer un paysage splendide.
En longeant la lisière de la forêt, le groupe suivit la rivière sur une longue distance. Au fond des bois, un pic-vert tambourinait.
La rivière n’était pas plus profonde qu’un ruisseau, mais son eau était si claire qu’on en voyait nettement le fond. À la vue des voyageurs, des vairons filaient sous les feuilles mortes et entre les pierres.
Après avoir suivi le cours d’eau pendant une demi-journée environ, ils aperçurent une nuée de corbeaux rassemblés sur la berge. À leur approche, certains s’envolèrent, tandis que d’autres se contentèrent de reculer et de les observer de près.
Ils écartèrent le rideau de corbeaux et découvrirent des cadavres, comme ils s’y attendaient.
Il y avait une quinzaine de corps. Aucun n’avait les membres ou la tête correctement rattachés, et à en juger par leur état de décomposition et les dégâts causés par les bêtes, ils ne gisaient là que depuis quelques jours. Difficile de déterminer la cause de leur mort.
« Au moins, ils n’ont pas été tués par des bêtes sauvages. On leur a pris tous leurs vêtements, et il n’y a pas le moindre outil dans les environs. »
Ricart prit la parole. On les avait tués, puis dépouillés jusqu’au dernier vêtement. Rien ne laissait penser à une vendetta : ça ressemblait à un simple pillage.
« Fasina a aussi connu de violentes révoltes paysannes. Et le royaume d’Adelorne est juste à côté. Tous ces réfugiés affamés et ces mercenaires… Tu vois le tableau. »
Il n’y avait ni administration ni contrôle. Autrement dit, c’était une terre sans loi. La Guilde Rubens n’était pas le seul problème. Les hors-la-loi, voilà le problème ; et la Guilde Rubens n’était qu’un groupe parmi d’autres.
J’aurais dû prendre une autre route ? Non, ce serait probablement pareil où que j’aille. C’est juste que je tombe toujours sur le chemin le plus difficile.
La famille de Hartmann ne paniqua pas et ne trembla pas à la vue des cadavres. Ils en avaient déjà vu trop souvent. Ils comprenaient tout de même parfaitement qu’ils se trouvaient désormais dans un endroit dangereux.
Après avoir rempli leurs gourdes en amont des corps, ils reprirent la route. Le rideau de corbeaux recouvrit de nouveau cette vision répugnante.
Après avoir longé la rivière une demi-journée de plus, ils arrivèrent à une ville. C’était étrange d’en trouver une en pareil endroit, mais, à vrai dire, c’était une ville de criminels.
Il n’y avait pas de remparts, pas même une vraie palissade de bois. La plupart des bâtiments étaient en bois, ce qui donnait à l’endroit un air construit à la va-vite.
Fugitifs, vagabonds, voleurs, brigands, gangsters, mercenaires… On aurait dit que toutes les crapules du monde s’étaient donné rendez-vous là.
Et pourtant, même dans un tel endroit, les gens faisaient des affaires. La plupart vendaient des biens volés, de l’alcool ou leurs services d’entremetteurs.
Difficile d’imaginer ce qu’un tel endroit pouvait bien avoir à offrir, mais il débordait de richesses. Du butin venu de partout.
On aurait dit une terre sans loi, et pourtant elle avait ses propres règles. Un quartier était d’une saleté repoussante, tandis qu’un autre était remarquablement propre. Ici, les riches étaient rois et l’argent était dieu.
« On dirait qu’on est arrivés aux portes de l’enfer. »
Bremen prononça ces mots. Hormis l’époque où il avait été mercenaire, bien longtemps auparavant, Bremen n’avait jamais emprunté cette route. Il semblait n’avoir pas su que les choses avaient autant dégénéré.
Le groupe jugea l’endroit trop dangereux pour y planter une tente et y passer la nuit ; il se mit donc en quête d’une auberge convenable. Dans un tel lieu, une auberge devait au moins garantir un minimum de sécurité. Bien sûr, un minimum ne signifiait pas une sécurité totale.
Mais nul besoin de chercher. Il n’y avait qu’une seule auberge.
Un immense bâtiment se dressait là, semblable à une longue maison nordique agrandie plusieurs fois. Nulle part ailleurs on ne pouvait loger.
Plusieurs entrées étaient sans cesse empruntées par des gens qui allaient et venaient. Tout autour, des hommes ivres ou roués de coups au point de souhaiter la mort gisaient à même le sol.
Il y avait tant de gens étranges que personne ne prêta attention au groupe.
Ils ne savaient pas s’ils avaient le droit d’entrer, mais ils le firent tout de même. Comme prévu, l’endroit était bondé et bruyant. Les gens buvaient, chantaient, criaient et faisaient un vacarme épouvantable.
Un cercle de combat improvisé s’était formé d’un côté. Personne n’interrompait ceux qui se battaient à coups de poing. Les spectateurs pariaient et, quand quelqu’un perdait connaissance, on le jetait tout simplement dehors. Qu’il meure ou non, ça ne regardait personne.
Un long brasero à charbon trônait au milieu. On avait posé dessus des pierres plates et des plaques de fer, sur lesquelles les gens faisaient griller tout ce qu’ils trouvaient. La plupart du temps, c’était de la viande, des légumes et des fruits, mais certains aliments étaient impossibles à identifier.
Il n’y avait pas de personnel. Chacun s’occupait de son charbon et allait chercher à manger soi-même.
Les bonnes odeurs se mêlaient aux relents écœurants, et la puanteur suffisait à donner le tournis.
Au fond du bâtiment se trouvait une sorte de bar. Les gens rassemblés là dégageaient une tout autre impression. Leur aisance les faisait passer, au premier regard, pour ceux qui régnaient sur les lieux.
Ricart et les autres parvinrent à peine à se frayer un chemin dans la foule jusqu’à eux. Par prudence, ils gardèrent leurs armes tout près d’eux.
Ricart prit la tête du groupe et s’approcha des gens près du bar.
« À qui appartient cet endroit ? »
« … »
Ceux qui sirotaient leur verre ou jouaient aux cartes se tournèrent vers lui. Personne ne répondit.
« Vous avez une chambre assez grande pour sept personnes ? »
Ricart posa de nouveau la question. Un homme aux yeux étroits et fuyants finit par répondre.
« Fallait commencer par là. Pourquoi tu cherches le patron ? Fais gaffe à ce que tu racontes ici, sinon tu vas le regretter. »
« Je m’en occuperai moi-même. Ferme-la. »
« Hein. On dirait que tu sais manier une épée. »
« Assez pour rester en vie. Dis-moi juste le prix. »
« Voyons… Les gens derrière toi sont avec toi ? Oh, qu’est-ce que c’est que ça ? L’une est sacrément jolie. L’autre est passable. C’est la mère des gosses ? Prête-nous les deux salopes pendant trois jours et la chambre est gratuite. »
« … »
Hartmann serra la hache enveloppée dans un tissu, mais Ricart leva la main pour l’arrêter sans même se retourner, comme s’il avait des yeux dans le dos.
Les ordures cherchaient toujours à tester les nerfs des gens pour voir comment ils réagiraient. Comme des requins qui viennent renifler une créature inconnue, ils tâtaient le terrain pour savoir si elle plierait, si elle ferait une proie facile.
Mais Ricart était né dans une famille de chevaliers et ne pouvait pas tolérer l’insulte. Ce n’était pas seulement une question de mauvais caractère. C’était dans l’ordre des choses. Quand on l’insultait, il avait presque le devoir de risquer sa vie et de punir l’offenseur pour défendre son honneur.
Surtout quand Marie était insultée sous ses yeux. C’était comme se déclarer son ennemi juré.
« Oh ! Regardez-moi ce type. On dirait qu’il a les tripes de dégainer son épée. »
Alors que Ricart le foudroyait du regard, l’homme aux yeux étroits se tourna vers ses compagnons. Les autres, autour, le dévisagèrent d’un air mauvais.
D’abord, ils provoquaient par les mots, puis ils faisaient pression par la force. La plupart des gens perdaient leurs moyens. Ils souriaient d’un air soumis, ne disaient rien ou s’en allaient tout simplement.
Mais Ricart ne fit rien de tout ça. Il ne sourit pas comme un lâche, ne s’en alla pas et ne se tut pas.
« Dis un mot de plus et je te tue. »
Inutile d’ajouter quoi que ce soit. À l’inverse des railleries détournées de l’autre, ces mots n’avaient qu’un seul sens, parfaitement clair.
L’atmosphère changea quelque peu. L’immense bâtiment restait bruyant, mais les environs de Ricart tombèrent dans le silence.
Marie avait vu venir les choses et avait éloigné les enfants. Du regard et d’un geste, elle donna ses consignes à Bremen et Hartmann. Si nécessaire, ils se battraient dos au mur ou chercheraient à sortir.
Face à l’intransigeance de Ricart, l’homme aux yeux étroits dut choisir. Allait-il reculer un peu, ou continuer de le provoquer ? Lui aussi sentait la pression.
Il réfléchit à toute vitesse. Il lui fallait trouver une réplique assez provocante pour sauver la face, mais pas trop non plus. Et il ne pouvait pas hésiter trop longtemps, sous peine de passer pour un lâche.
Les mots qu’il parvint à trouver, en faisant semblant de garder son calme, furent les suivants.
« … Un mot. »
Fouish ! Crac !
À l’instant où les mots franchirent ses lèvres, un éclair fendit l’air. La moitié du crâne de l’homme aux yeux étroits fut tranchée. Sa langue et ses dents du bas furent exposées à la vue de tous.
Son corps resta dans la même position, un bras posé sur le bar. Même avec la moitié du crâne en moins, il bascula lentement et s’effondra.
Le fourreau de Ricart était vide. Ce ne fut qu’au moment où l’homme s’écroula lourdement et où le sang se répandit sur le sol que ses compagnons comprirent que Ricart avait dégainé.
« E-espèce d’enfoiré ! »
« Les gars ! Ret est à terre ! »
Ses compagnons, tout près, ne s’en rendirent compte que trop tard. Les yeux écarquillés, ils cherchèrent maladroitement leurs armes ou tentèrent de se ruer sur Ricart. Incapables de l’attaquer de face, ils semblaient vouloir d’abord l’encercler.
Mais, quand l’épée fendit l’air comme l’éclair, plusieurs hommes furent éclaboussés de sang au cou. Ils n’avaient ni la même taille ni la même distance par rapport à lui.
Sans ralentir, Ricart bondit sur le bar, l’épée à la main. Sa cape rouge voltigea, et les boissons et les plats qui se trouvaient dessus s’écrasèrent au sol.
Ricart donna un violent coup de pied dans un bol en bois. Avec un clac !, le bol s’envola et frappa quelqu’un au sommet du crâne. Puis il fléchit les jambes et balança son épée à gauche et à droite. À chaque coup, trois ou quatre personnes s’effondraient.
On aurait dit de la magie. Personne ne l’avait vu dégainer. Personne ne distinguait les mouvements de sa lame. Ils n’entendaient même pas les cris, tandis que les gens giclaient de sang et s’écroulaient.
Ce n’est qu’alors que les ennemis reculèrent devant Ricart, pris de panique. Certains tombèrent par terre, tandis que d’autres étaient plaqués contre les murs et levaient vers lui des yeux stupéfaits.
Debout sur le bar, Ricart remarqua que quelque chose avait changé. Quand il se retourna pour voir de quoi il s’agissait, il ne trouva que le silence.
L’intérieur du bâtiment, plusieurs fois plus vaste qu’une longue maison, était aussi silencieux qu’une tombe. Quelques instants plus tôt, le vacarme y était celui d’un marché.
Tout le monde regardait Ricart. On aurait dit les spectateurs d’un acteur sur scène.
Ricart s’adressa à la foule. Il n’eut pas besoin d’élever la voix pour que tous l’entendent.
« J’ai demandé à qui appartenait cet endroit. »
Quelqu’un ouvrit alors une porte qui menait plus loin, derrière le bar, et sortit. Ricart se tourna vers cette personne. Elle leva les yeux vers lui. Leurs regards se croisèrent.
Après un bref silence, elle prit la parole.
« Euh… Il n’y a pas vraiment de patron ici, tu sais ? Seule la personne la plus forte a le droit de rester dans la pièce du fond. Et en ce moment, c’est moi, le plus fort. »
Ricart n’en croyait pas ses oreilles. Abasourdi, il laissa échapper plusieurs rires sans joie.
Car celle qui prétendait être la plus forte n’était autre que Bori.
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