Chapitre 108
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 108
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* * *
Roy eut l’impression d’entrer dans le château d’un noble. C’était comme s’il avait traversé un monde plongé dans les ténèbres pour enfin atteindre celui de la lumière.
Il se demanda alors s’il avait vraiment sa place ici, ce qui le mit étrangement mal à l’aise. Les adultes comme les enfants semblaient ressentir à peu près la même chose.
« Euh… je pense qu’il faudrait séparer les adultes et les enfants, pour l’instant. »
Kaspar, qui conduisait les migrants, prit la parole.
« Il faut aussi qu’on trouve une solution pour la vache. Il n’y a pas d’étable ici, vous savez ? À qui est-elle ? »
Yulia intervint à son tour, l’air préoccupé.
Jusque-là, les migrants avaient tous vécu ensemble dans des tentes de fortune, à l’extérieur. Ils ne savaient donc pas comment se débrouiller dans un véritable logement.
« La vache est à nous, mais… »
Lena, l’aînée des quatre frères et sœurs, répondit avec hésitation.
« Vous ne pouvez pas la vendre tout de suite, si ? »
« Il nous reste beaucoup de chemin à faire et nous en avons besoin pour transporter nos affaires. Attachons-la près du logement, pour l’instant. »
« Hum… vous croyez ? »
Kaspar et Yulia en discutèrent entre eux. Mais il restait un autre problème.
« Notre famille ne peut pas être séparée. Nous n’avons jamais fait ça. »
Elia, l’épouse de Hartmann, prit la parole.
Kaspar réfléchit un instant avant de répondre, visiblement embarrassé.
« Vous êtes assez nombreux, alors je ne sais pas trop. Je pense que les enfants devraient loger dans le bâtiment des novices. Ils ont tous un programme quotidien, vous comprenez, et toute leur famille à côté risquerait de les distraire. Les adultes pourraient rester dans le château intérieur, et les enfants dans le bâtiment… »
Le château intérieur et le bâtiment des novices se trouvaient tous deux dans l’enceinte du château, et n’étaient donc pas très éloignés.
Hartmann y réfléchit un instant, puis répondit :
« Très bien. Si vous me garantissez que je pourrai voir mon fils et ma fille quand je le voudrai, nous sommes d’accord. »
« Il n’y a rien à garantir. Vous pourrez vraiment les voir quand vous voudrez. »
À bien y réfléchir, ils n’étaient pas séparés pour toujours. Ils n’auraient qu’à vivre ainsi le temps de leur séjour ici ; Elia ne pouvait donc pas s’obstiner.
Malgré tout, elle avait toujours gardé son fils et sa fille près d’elle, et cela l’inquiétait.
« Le bâtiment des apprentis est mieux équipé, mais l’ambiance y est assez tendue. La compétition a vraiment commencé, alors les enfants sont un peu à cran. Mieux vaut les installer dans le bâtiment des novices. »
Yulia regarda les enfants en parlant. Mais que savaient-ils de ce qui était bon ou mauvais pour eux ? Ils se contentaient de faire ce qu’on leur disait.
Finalement, Hartmann, Yulia, Bremen et Bletter restèrent dans le château intérieur, tandis que les enfants s’installèrent dans le bâtiment des novices.
Les deux bâtiments étaient juste à côté, inutile donc d’en faire toute une histoire. Pourtant, à mesure qu’ils s’éloignaient, ils avaient de plus en plus de mal à se séparer. Elia ne cessait de se retourner, et Roy et Beka faisaient de même.
Les quatre frères et sœurs, qui avaient perdu leurs parents, suivirent le groupe sans rien dire, tandis que Bremen réconfortait Hartmann et Elia en leur assurant que tout irait bien.
Le bâtiment où ils logeraient avait autrefois servi de caserne, et chaque chambre accueillait quatre personnes.
Après avoir conduit les quatre frères et sœurs ainsi que Roy et Beka à l’intérieur, Kaspar s’adressa au novice de service.
« Hé, il vous reste des lits ? »
« Pardon ? »
« Ils vont loger ici à partir de maintenant. Il y a de la place ? »
« Euh… oui, un instant. Ah, mais les filles vont loger ici aussi ? »
« Non. Les filles doivent aller dans le bâtiment qui leur est réservé. »
« Dans ce cas, il vous faut deux chambres. Un instant. »
Le novice de service consulta une sorte de tableau noir fixé au mur. On y avait inscrit à la craie, faite de chaux et de charbon, des notes utiles à la gestion quotidienne.
« Il y a des places libres, mais pas dans des chambres voisines. Là et là. »
Les chambres étaient éloignées l’une de l’autre. Mais ils n’étaient pas en mesure de faire les difficiles, et Kaspar emmena Roy et le plus jeune des quatre frères et sœurs.
« Vous, les filles, attendez ici un instant. Je vais les conduire là-bas et je reviens. »
Kaspar s’adressa aux filles.
Ce ne fut qu’une fois séparé d’elles, aussi brusquement, que Roy sembla comprendre ce qui se passait. Il appela sa sœur :
« B-Beka… »
« N’aie pas peur. Reste là et sois sage. »
Ainsi, les deux garçons furent eux aussi séparés de leurs sœurs.
Roy entra dans la chambre que Kaspar lui avait indiquée. Lorsque Kaspar s’en alla et que Roy se retrouva seul dans cette pièce prévue pour quatre, il se sentit vraiment seul pour la première fois de sa vie, loin de sa famille.
Il entendait encore des cris quelque part. Il s’approcha de la fenêtre et vit des gens s’entraîner à l’épée avec ardeur dans la cour arrière. Ils avaient à peu près son âge, ou peut-être un peu plus.
Ils étaient tous sérieux. Malgré la fraîcheur du temps, leurs vêtements étaient trempés de sueur. L’instructeur qui leur enseignait l’escrime gardait un visage sévère et un regard tranchant comme une lame.
Les regarder donna à Roy un étrange regain de courage. Ces enfants devaient eux aussi vivre loin de leur famille.
Il fut si absorbé par le spectacle qu’il en perdit la notion du temps. Lorsque l’entraînement sembla prendre fin et que l’instructeur s’en alla, la plupart des élèves s’effondrèrent sur place.
Certains essuyèrent leur sueur et partirent ailleurs. Bientôt, le couloir extérieur s’anima. Puis des novices entrèrent dans la chambre de Roy. Leurs regards se croisèrent.
Ils lui jetèrent un bref coup d’œil, puis vaquèrent à leurs occupations et bavardèrent entre eux sans lui adresser la parole.
« C’est du savon ? »
« Ouais. Je l’ai planqué quand je suis allé en ville pendant la dernière fête. »
« Tu ne l’as pas acheté ? »
« Hé, pourquoi je dépenserais de l’argent pour un truc aussi cher ? »
« Le prix n’a rien à voir. C’est le genre de truc qu’utilisent les filles, espèce de petite mauviette. »
« Alors je ne t’en prêterai pas. »
« Être une fille, ce serait peut-être pas si mal. »
« Imbécile. »
Les novices gloussèrent à leur plaisanterie idiote. Puis ils sortirent des vêtements propres et allèrent se laver. Ce n’est qu’alors qu’ils s’adressèrent à Roy, toujours planté là, mal à l’aise.
« T’es nouveau ? »
« … Hein ? O-Ouais… »
« Hé, c’est quoi, ces fringues ? On te prendrait pour un mendiant. »
« Peut-être que c’en est vraiment un. C’est quoi, cette odeur ? On dirait du fumier. »
Ils ne cherchaient pas à s’en prendre à Roy. Il sentait effectivement mauvais. Après plusieurs jours passés dehors, il était difficile de se laver, et son corps avait naturellement pris une odeur. En plus, il avait voyagé avec une vache, et l’odeur du fumier s’était imprégnée en lui.
Le visage de Roy s’empourpra de honte.
« Hé, comment tu t’appelles ? »
Le plus âgé des trois novices le fixa avant de poser la question.
« Roy. »
« Hum, t’es un roturier. Tant mieux. C’est gênant, les nobles. Ton père fait quoi ? Il dirige une compagnie marchande quelque part ? C’est un artisan ? »
« N-Non. Il est bûcheron… »
Le silence tomba soudain dans la chambre. On n’entendait plus que les voix assourdies d’autres enfants qui bavardaient dans le couloir, derrière la porte.
« Un bûcheron ? Tu plaisantes ? »
« Non. Pourquoi ? »
« Alors, vous n’avez pas d’argent du tout ? »
« On dit que les enfants ne devraient pas s’occuper d’argent… »
« Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Tu vas vivre de bouillie de riz nature parce que t’as pas d’argent ? »
« … Qu’est-ce qu’elle a, la bouillie de riz nature ? C’est bon… non ? »
« Ah. »
Les trois novices qui partageaient la chambre le regardèrent, stupéfaits. C’était normal : les enfants qui entraient dans le clan venaient de familles nobles de rang inférieur ou de la classe moyenne.
L’entraînement de chevalier était trop difficile, dangereux et long. Le clan, lui, enseignait une escrime suffisante pour se protéger dans ce monde impitoyable.
Ceux qui avaient un talent ou une ambition hors du commun restaient dans le clan et contribuaient à son avenir.
En réalité, dès qu’on devenait membre officiel du clan, surtout sous le nom de Viola, on n’était méprisé nulle part. Les nobles et les riches venaient plutôt supplier qu’on leur apporte de l’aide.
C’était pour cela que tant de gens rivalisaient pour envoyer leurs enfants au clan. Et comme celui-ci n’était pas une œuvre de charité, il acceptait les élèves selon le montant des dons versés.
Autrement dit, la présence du fils d’un bûcheron avait de quoi surprendre.
Peut-être à cause de cela, le regard des novices sur Roy changea. Ils le méprisaient.
« Enfin bref, va te laver. Et lave ces vêtements aussi. »
« Où ça ? »
« T’as pas de pieds ? Pas d’yeux ? Il y a de l’eau partout. Faut que je te l’explique ? Débrouille-toi. »
L’un des novices lui répondit froidement.
Gêné et décontenancé, Roy sortit de la chambre. De nombreux apprentis et novices jouaient dans le couloir, mais même s’ils le regardaient passer, aucun ne lui adressa la parole.
Kaspar était parti. Sa sœur aussi. Res, le plus jeune des quatre frères et sœurs, qui était censé rester ici avec lui, était introuvable.
Sans autre solution, il ressortit. Il ne savait pas où aller se laver, mais il se rappelait que le garçon de sa chambre lui avait dit qu’il y avait de l’eau partout.
Roy comprit qu’il parlait du lac. Il sortit donc du château et se rendit au bord de l’eau. Là, il se déshabilla et se lava. Heureusement, l’eau était si claire qu’elle en paraissait transparente.
Mais il n’avait pas de vêtements de rechange. Après les avoir lavés, il remit ses vêtements mouillés. Il eut beau les essorer de toutes ses forces, il ne parvint pas à en retirer toute l’humidité.
Il prit ses chaussures à la main et rentra pieds nus, traînant les pieds. À son retour au bâtiment, tous ceux qu’il croisait le regardaient bizarrement à cause de ses vêtements trempés.
Ces regards le firent se recroqueviller sur lui-même.
Quand il regagna sa chambre, les novices qui la partageaient avec lui l’ignorèrent.
Roy se déshabilla de nouveau, suspendit ses vêtements près de la fenêtre, puis se glissa dans son lit. Il n’avait rien, alors il n’avait rien d’autre à faire.
Les novices bavardaient entre eux et entraient et sortaient. Naturellement, ils ne lui dirent pas non plus quand on servait les repas.
Roy eut faim, mais prit son mal en patience en se disant qu’il reverrait ses parents après une nuit.
Il y eut un appel le soir, puis Roy essaya de dormir dans son lit. La nuit s’avança, mais le sommeil ne venait pas.
Comparé à dormir dehors, son lit était comme un nuage, mais son cœur était si inquiet qu’il n’arrivait pas à s’endormir.
Il finit par avoir envie d’uriner. Après s’être retenu aussi longtemps qu’il le put, il enfila ses vêtements encore humides et sortit.
Quand il eut fini et revint, la porte du bâtiment ne s’ouvrit pas.
Quoi ?
Il n’osa pas frapper, de peur de réveiller quelqu’un. Les gardes postés près de la porte du château lui étaient inconnus et lui faisaient peur ; il n’osa pas non plus s’approcher d’eux.
Pour le jeune Roy, demander de l’aide à un inconnu était bien trop difficile.
Il regarda vers le château intérieur, où se trouvaient ses parents. De la lumière filtrait par-ci par-là, à travers les fenêtres. Il mourait d’envie de les rejoindre, mais ne le fit pas.
Alors Roy décida de faire ce qu’il savait faire.
Endurer.
Les étoiles brillaient dans le ciel nocturne, et la vache des quatre frères et sœurs était attachée derrière le bâtiment. C’était la seule présence familière qui restait à Roy. Il la serra dans ses bras et sanglota un moment. La vache tourna la tête vers le garçon, comme pour l’étreindre à son tour.
Transi et affamé, Roy se recroquevilla près de la vache. Il resta accroupi là, somnolant par intermittence, et passa presque toute la nuit éveillé. Ce ne fut qu’à l’aube du lendemain qu’il put rentrer dans le bâtiment.
Non, il ne put pas rentrer dans le bâtiment.
Parce qu’il croisa ses parents, qui sortaient du château intérieur.
« Roy. »
Sa mère, Elia, l’appela. Elle avait l’air de ne pas se douter que son fils avait passé la nuit dehors.
Mais sa mère s’était lavée et avait mis des vêtements neufs ; elle était vraiment magnifique. Son père, lui, avait l’allure d’un chevalier digne et respectable.
Roy contempla sans mot dire ses parents, métamorphosés.
« Comment était le logement ? Tu n’as pas été mal à l’aise ? »
« … Non. Tout allait bien. C’était si confortable que j’ai dormi comme une pierre. »
« Tu vois ? Moi aussi, j’étais inquiète, mais les gens d’ici ont été si prévenants. J’ai presque honte de profiter de tout ça gratuitement. »
Roy se contenta de sourire et cacha la vérité. Depuis longtemps, il souhaitait grandir vite pour alléger le fardeau de sa grande sœur, de sa mère et de son père. Il ne pouvait pas devenir un fardeau à son tour.
Sa mère semblait folle de joie, comme si elle avait retrouvé ses jeunes années. Elle était si éblouissante que Roy ne sut quoi dire.
« … Alors, si cela te convient, Roy, tu pourrais continuer à loger ici. »
Roy n’entendit pas vraiment ce que disait sa mère. Il comprit seulement qu’il devrait rester ici.
« Euh… et vous, maman ? Père ? »
« Eh bien, rien n’est encore décidé. Nous allons en discuter. »
« Ah… »
« Pourquoi ? Ça ne te plaît pas ? »
« N-Non. C’est juste que… »
« Tu auras bientôt dix ans. Le moment est venu de quitter les bras de ta mère. Ce sera difficile, mais tu dois l’accepter. Tu n’auras jamais d’autre occasion comme celle-ci. »
Son père prit la parole.
Roy resta un instant sans réaction, puis se força à sourire.
« C’est vrai. J’aurai un lit confortable, je n’aurai pas faim et je pourrai apprendre l’escrime. Personne ne viendra me tuer non plus. Je n’aurai jamais d’autre occasion comme celle-ci. »
Son père tendit la main et caressa la tête de son fils.
Sous la main de son père, Roy se dit que, puisque celui-ci avait enduré tant de choses pour la famille, il devait maintenant en faire autant.
Il n’avait que neuf ans.
Rien n’était encore décidé avec certitude, mais Roy resterait au logement pour le moment.
Par la suite, il suivit les novices et apprit petit à petit en les observant par-dessus leur épaule. Il assista à l’appel, mangea la bouillie de riz nature qu’on lui donnait gratuitement et écouta en silence les leçons d’escrime depuis un coin, comme s’il n’était pas là.
Heureusement, personne ne le frappa ni ne lui fit subir quoi que ce soit de ce genre. Il n’eut qu’à supporter les regards froids, le mépris et la solitude.
Il croisait parfois Beka en chemin, mais ils ne pouvaient pas parler longtemps. Même les frères et sœurs qui n’avaient pas encore le niveau d’apprenti devaient vivre séparés selon leur sexe.
Sa sœur semblait elle aussi avoir du mal, mais elle était avec trois des quatre frères et sœurs ; elle avait donc l’air de s’en sortir tant bien que mal.
Res, le plus jeune des quatre frères et sœurs et à peu près du même âge que Roy, s’adapta remarquablement bien. Il se montrait adorable avec les autres novices et faisait toutes sortes de commissions pour eux. Roy le voyait souvent se promener dans un gambison élégant et une cape.
Roy s’approcha de Res, qui se trouvait avec les autres novices.
« Res. Res. »
« Hein ? Roy. »
« Tu as acheté ça ? Tes vêtements ? »
« Oh, ça ? Il suffit de demander à l’intendant du clan, et il te les donne. Tu ne le savais pas ? »
« Euh, non. »
« Sérieux ? Allez, viens. On y va ensemble. »
Res emmena Roy au bâtiment des réserves, où l’on entreposait les armes et les vivres. Lorsqu’il s’adressa à la personne sur place, on leur donna bien des vêtements, des chaussures et une cape à leur taille, à peu près.
Roy ne put cacher sa surprise. On ne lui avait pas donné des vêtements d’occasion. Il avait reçu des vêtements tout neufs, gratuitement, et il ignorait que c’était possible.
En vérité, ces fournitures n’étaient accordées qu’aux élèves officiellement admis dans le clan, mais elles ne représentaient presque rien comparées aux frais d’admission élevés. Naturellement, Roy, Res et les autres enfants les avaient reçues sur ordre spécial de Volka.
Les coutures étaient soignées, et le gambison n’était pas rembourré avec des chutes bon marché. Il était doublé d’un mélange de laine et de duvet.
En voyant Res marcher avec tant d’assurance, Roy s’exclama, ébahi :
« Tu es vraiment incroyable. »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Tu t’es fait des amis et tu t’es si bien adapté. »
« Ah, ça ? J’ai menti. »
« Quoi ? »
« J’ai dit que mes parents exploitaient un élevage de bovins pour le compte d’un seigneur. Après ça, tout le monde s’est mis à bien me traiter. »
Les deux parents de Res étaient morts. Son père avait été frappé par la lame d’un bandit, avait langui quelque temps, puis avait succombé.
« Tu as le droit de faire ça ? »
« De faire quoi ? »
« De mentir. »
« Et alors ? Tous les enfants ici vivent loin de leur famille, eux aussi. »
« … Enfin, merci. »
« De rien. On est amis, non ? »
Au mot « amis », Roy sentit enfin le poids sur son cœur s’alléger un peu.
C’est ainsi que Roy commença peu à peu, non sans peine, à s’adapter à la vie du clan. Il ignorait ce qui se passerait ensuite, mais les adultes ne semblaient pas vouloir partir non plus.
Le cinquième jour, Res vint réveiller Roy à l’aube. Ils quittèrent le bâtiment et se dirigèrent quelque part.
Ils se rendirent au bâtiment des réserves.
La porte était munie d’un verrou, mais elle donnait seulement l’impression d’être fermée. Elle n’était pas vraiment verrouillée.
« Je te le dis seulement parce qu’on est amis. »
Res ouvrit la porte d’un geste désinvolte et entra. Mais Ricart, qui s’était levé à l’aube pour prendre l’air, les observait de loin.
Res conduisit Roy là où étaient stockées les provisions. Les étagères croulaient sous les jambons de qualité, les fromages enveloppés dans du papier, l’alcool et d’autres marchandises.
On les avait stockés pour les situations d’urgence ou pour les membres du clan qui partaient en mission hors du territoire autonome.
De coûteuses potions se trouvaient à proximité, ainsi que de l’alcool de qualité que Volka, grand amateur de boisson, avait spécialement rassemblé.
Res se mit à prendre du jambon et du fromage à sa guise pour les manger.
« R-Res… »
« Ouais ? Quoi ? »
« Tu ne peux pas faire ça. »
« Pourquoi pas ? Ah, tu as peur qu’on se fasse prendre ? T’inquiète. L’intendant ne vérifie les stocks qu’en gros, le soir. Parfois, il passe aussi le matin, mais il faut partir avant l’appel ; on n’a donc qu’à filer avant. »
« Ce n’est pas ça. Tu ne devrais simplement pas le faire. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Roy et Res semblaient avoir des valeurs complètement différentes.
Contrairement à Roy, qui avait appris de ses parents ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, Res avait vécu longtemps sans mère et avait même perdu son père. Pour survivre et satisfaire ses propres envies, il ne reculait devant rien.
Roy trouvait cela mal et s’agitait nerveusement dans son coin, mais Res restait parfaitement calme.
« On goûte à l’alcool ? »
« Res, s’il te plaît… »
« Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter. »
Res se dressa sur la pointe des pieds et tendit le bras vers l’alcool de qualité, tout en haut de l’étagère.
Et le désastre arriva.
La bouteille bascula et s’écrasa au sol.
Crac !
Les deux garçons restèrent figés sur place.
Ils ne pouvaient pas nettoyer ça. La preuve de leur méfait était là, sous leurs yeux.
Comme si le temps s’était vraiment arrêté, les deux garçons contemplèrent sans réaction la bouteille brisée. Seul l’alcool répandu continuait lentement à s’étaler sur le sol.
Puis Res sortit du bâtiment sans nettoyer le désordre.
Roy le suivit, mais juste devant la porte, Res le repoussa brusquement à l’intérieur et referma la porte de l’extérieur.
Roy entendit alors un clic.
Une vérité trop terrible pour être acceptée, trop terrible pour qu’il veuille l’accepter, lui traversa l’esprit.
« R-Res ? »
Roy appela son ami.
Mais, de l’autre côté de la porte, il n’entendit que le bruit de pas qui s’éloignaient : tap, tap.
Il essaya d’ouvrir la porte, mais, comme il le craignait, elle ne bougea pas.
Il était enfermé à l’intérieur.
Roy était si choqué et désemparé que son cœur battait à tout rompre.
Heureusement, ou peut-être malheureusement, la porte s’ouvrit avant l’appel.
Un homme adulte se tenait dans l’embrasure, la lumière derrière lui.
Ce n’était autre que l’intendant des réserves.
Il lança :
« Je t’ai eu, petit rat. Je vais te couper le poignet. »
L’intendant tira Roy dehors d’une poigne brutale.
Ricart se contenta de les observer en silence depuis la fenêtre d’une pièce du château intérieur.
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