Chapitre 104
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 104
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« Ces deux-là sont les disciples de Bori. »
Ricart désigna du pouce le garçon et la fille derrière lui.
Marie, qui observait les inconnus d’un regard froid, une main posée sur la garde de son épée et une hanche rejetée sur le côté, ouvrit de grands yeux.
Bletter eut l’air surpris, tandis que les autres n’avaient naturellement aucune idée de ce qui se passait.
« Bori a des disciples ? »
« Je ne te l’ai pas dit ? »
« Non. Bori est seulement capable d’enseigner à quelqu’un ? »
« Bori devrait être assez douée… non ? »
« Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. »
Ricart et Marie semblaient s’être légèrement mal compris.
Marie voulait simplement dire que le style de Bori était si étrange qu’il ne semblait pas fait pour être appris par qui que ce soit.
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas le plus important pour l’instant. Ricart se tourna vers le garçon et la fille pour leur présenter Marie.
« Voici ma femme, Marie. Voici mon aîné, Bletter. Il a terminé ses études à l’Académie de Beringen et était aventurier dans la même guilde que moi. Voici Bremen, notre guide, et… »
Tout en présentant Marie, Ricart présenta également les autres : la famille de Hartmann, Dalia et son fils, ainsi que les quatre frères et sœurs.
Mais le garçon et la fille gardèrent longtemps le silence, comme s’ils étaient gênés devant des inconnus, avant de finir par donner leurs noms.
« … Kaspar. »
« Moi, c’est Yulia. Mais vous êtes vraiment ce Ricky ? »
« Vous ne me croyez pas ? Moi, je crois que vous êtes les disciples de Bori. »
Ricart posa la question avec un sourire. Le garçon, qui s’appelait Kaspar, évita son regard en répondant.
« Je le saurai quand je vous verrai à l’œuvre. »
Ils n’étaient qu’à moitié convaincus. Ce n’était pas grave.
« Bori vous a déjà parlé de moi ? »
Quand Ricart posa la question, Yulia jeta un coup d’œil au garçon qui l’accompagnait avant de répondre. Même s’ils ne le montraient pas, la situation semblait aussi les dérouter.
« Il n’y a aucun prodige au monde, à part Ricky. C’est ce que disait maître. »
« C’est tout ? »
« Maître ne nous raconte pas souvent des choses personnelles. »
« Bori a dit quelque chose sur moi ? »
Marie intervint. Elle semblait fascinée d’apprendre que son amie formait des disciples et attendait la réponse avec impatience.
« Maître a dit que vous maniiez l’épée de la façon la plus virile parmi ses compagnons… »
« Quoi ? »
Marie parut déconcertée par ce jugement inattendu. Ricart, lui, devina ce que Bori avait voulu dire.
Bori avait un style d’épée inégalé, tandis que l’épée d’Ice était aussi précise que si elle suivait une règle. Celle de Marie était extrêmement directe et pouvait même se révéler explosive par moments.
En somme, elle dominait ses adversaires par la puissance et la vitesse plutôt que par des variations subtiles. Son style reposait sur l’escrime de la famille Kelbron, fondée par Hellawman.
Comparé à celui des trois autres, dont l’escrime n’avait pas de racines clairement définies, celui de Marie avait la lignée la plus nette.
« Quand même, c’est vraiment étrange. Bori forme des disciples. On aurait peut-être dû en former nous aussi ? »
« Marie, tu as dit que je n’avais aucun talent pour enseigner. »
« Je peux leur enseigner. Ricky peut m’aider. »
« On ne devrait pas d’abord élever notre propre enfant ? Bori est mariée ? »
Ricart posa la question en regardant Kaspar et Yulia. Tous deux secouèrent la tête.
« Bori a d’autres disciples que vous ? »
« Il y a beaucoup de disciples dans le clan, mais maître n’a que quatre disciples directs. Nous sommes deux d’entre eux. Il faut avoir le talent nécessaire pour devenir Maître de l’Épée afin d’être le disciple direct de maître. »
Le Clan Viola avait une sorte de hiérarchie : apprentis, novices, élèves et disciples directs.
Le garçon et la fille qui se tenaient devant eux avaient été reconnus pour leur talent exceptionnel et recevaient directement les enseignements de Bori, le Maître de l’Épée actuel.
« Mais il ne faut pas apprendre l’écriture ancienne pour maîtriser l’escrime de Bori ? C’est terriblement ennuyeux, d’étudier ça. »
« L’écriture ancienne ? »
« Oui. Bori trace des caractères avec son épée, tout ça. »
« Je ne sais pas. Nous ne l’avons jamais vue faire. Maître a simplement atteint le sommet de l’art de l’épée. Maître dit toujours que, parmi les Quatre Épées, c’était la moins douée, mais nous pensons que c’est juste de la modestie. »
Ils ne l’avaient jamais vue faire ? Sans comprendre ce que cela signifiait, Ricart et Marie échangèrent un regard. Quand ils pensaient à Bori, la première chose qui leur venait à l’esprit était son escrime semblable à une écriture, et pourtant ces deux-là ne l’avaient jamais vue.
Il y avait apparemment une différence de perception entre ceux qui avaient combattu aux côtés de Bori et ceux qui recevaient son enseignement. À moins que Bori n’ait jamais vraiment montré ce style d’escrime aux enfants.
« Bref, ravi de vous rencontrer. Ça me rappelle des souvenirs. Bori et moi parlions parfois de former des disciples, de les faire s’affronter et de parier sur le vainqueur. Malheureusement, je n’ai pas de disciples. Personne ne comprenait ce que je racontais. »
« Je te l’ai dit, Ricky. Tu n’as aucun talent pour enseigner… »
« Non, je crois que j’expliquais les choses assez simplement. »
« Pardonnez-moi de vous interrompre, mais qu’est-ce qu’on est censés faire, maintenant ? »
Comme les quatre semblaient avoir une conversation privée, Bremen s’avança prudemment. Le plus important, à présent, était de décider s’ils devaient poursuivre leur route ou non.
Mais Kaspar et Yulia leur avaient appris que tout le pays était dangereux.
« D’abord, voyons où en est la situation. L’est est dangereux à cause de la guerre. »
Ricart prit la parole. Ils devaient comprendre la situation avant de pouvoir faire des projets.
Kaspar et Yulia observèrent un instant ce groupe disparate avant de répondre.
« La Fraternité de l’Épée de Ringwald contrôle cet endroit, maintenant. On raconte que son chef était autrefois le Maître de guilde de la Guilde des aventuriers, mais nous n’en sommes pas sûrs. Quoi qu’il en soit, il prétend avoir des droits de succession sur Rotheim et a tué la famille du seigneur. Depuis, il a augmenté les impôts et fait appliquer les lois du territoire avec sévérité, sous prétexte de rétablir la discipline. Tous ceux qui boivent, ne paient pas leurs impôts à temps, ne font pas preuve de loyauté envers le seigneur ou se comportent de façon suspecte sont exécutés sans exception. »
Yulia parlait en regardant le gibet au loin. Voilà sans doute le résultat de l’application rigoureuse de ces lois territoriales.
Bien sûr, cela n’avait aucun sens qu’un homme qui n’était même pas le seigneur légitime établisse et fasse appliquer les lois du territoire.
Tandis que les autres tremblaient de peur à la vue du gibet, Ricart perçut l’angoisse hystérique de Ringwald.
Il avait peur. Sa position était instable, et il craignait de subir exactement ce qu’il avait fait aux autres.
« Le péage doit être exorbitant, alors. »
Marie posa la question. Yulia hocha la tête en silence.
La route était pratiquement bloquée.
On aurait pu croire qu’ils n’avaient pas besoin de la suivre dans une région aussi dégagée, mais le territoire était entouré de chaînes de montagnes. Ils n’avaient d’autre choix que de traverser le défilé, où ils se feraient forcément repérer.
Les visages du groupe s’assombrirent. À cause de la guerre qui s’éternisait, l’est était un véritable enfer sur terre. Ici, on exécutait même les gens qui se comportaient de façon suspecte : se faire remarquer, c’était la mort.
Ils n’avaient pas assez d’argent pour rester à Wertheim et reprendre la route plus tard. Devaient-ils plutôt chercher du travail sur place ?
Tous avaient le visage sombre, rongé par l’inquiétude. Marie suivrait la décision de Ricart, tandis que Kaspar et Yulia l’observaient comme s’ils l’étudiaient.
« Pourquoi vous faites tous cette tête ? »
Ricart s’adressa aux migrants.
« Ce n’est pas mieux que de se faire attaquer sans prévenir ? Nous connaissons le danger à l’avance, alors nous pouvons agir en conséquence. Commençons par installer le camp. »
Il prit aussitôt la direction du village.
Bremen l’interpella, alarmé. Ils avaient dit que tous ceux qui se comportaient de façon suspecte seraient tués sans exception, et voilà que Ricart se dirigeait ouvertement vers le village.
« H-Hé, où allez-vous ? »
« Dans ce village. »
« Mais ne risque-t-on pas de se faire remarquer et de se mettre en danger ? »
« S’ils tuent les gens comme ça, il y aura des maisons vides. La frontière du territoire est plus dangereuse. Ce Ringwald est mort de trouille, alors il doit patrouiller sans relâche pour vérifier si des forces extérieures approchent. »
Son raisonnement se tenait, mais Ricart avait tiré sa conclusion avec une telle facilité que personne ne sut vraiment quoi répondre.
Ils se demandaient si c’était vraiment la bonne décision, mais lorsqu’ils suivirent Ricart dans le village, ils découvrirent qu’il y avait bel et bien beaucoup de maisons vides.
Les habitants étaient si décharnés qu’ils ne semblaient ni surpris ni effrayés à la vue du groupe de Ricart. Ils se contentaient de les fixer de leurs yeux ternes et vides.
C’était affreux. Il ne restait plus personne pour protéger le petit peuple.
Ringwald n’avait apparemment jamais eu le moindre sens des responsabilités ou du devoir d’un seigneur. Naturellement, il n’avait pas non plus le moindre sens de l’économie. Il avait probablement été aveuglé par le titre lui-même, brillant comme un joyau.
Il avait commis son forfait, mais ne savait pas quoi faire ensuite. Il n’avait jamais gagné sa vie qu’à l’épée ; comment aurait-il pu savoir gouverner des gens ?
Ricart parcourut le petit village avant de s’installer dans une maison dont le potager était en ruine. À l’intérieur, la maison était simplement vide.
« Ne déballez pas tout. Restez prêts à partir à tout moment. S’il se passe quelque chose, Marie et aîné Bletter, protégez les gens. »
Il comptait se servir de la maison comme d’une sorte de forteresse. Il était difficile de se battre tout en protégeant les gens en terrain découvert ; c’était pour cela qu’il avait proposé de venir au village.
« Vous deux et moi, nous allons à la frontière du territoire. Si tout se passe bien, nous pourrons régler ça et passer de l’autre côté aujourd’hui. »
Ricart répartit rapidement les rôles de chacun, puis s’éloigna sans plus de cérémonie, appuyé sur sa canne. Il était si déterminé qu’on aurait dit que le problème pouvait se régler sans difficulté.
Ricart se dirigea vers la frontière du territoire avec Kaspar et Yulia. Il ne chercha même pas à se cacher et marcha ouvertement sur la route. Le garçon et la fille le suivirent, l’air déconcerté.
« Alors, combien de braves gens avez-vous sauvés ? »
Ricart posa soudain la question en marchant devant eux.
« Je ne sais pas. Peut-être… trois ou quatre ? »
« Tous les bandits ne se ressemblent pas. Contrairement à avant, beaucoup ont aujourd’hui du bon équipement et savent assez bien se battre. S’ils sont trop nombreux, on ne peut rien faire. »
Ricart ne leur avait même pas reproché d’avoir sauvé si peu de gens, mais Kaspar répondit comme s’il cherchait à se justifier.
« Je suppose. Beaucoup d’aventuriers qui traquaient les criminels recherchés ou acceptaient des missions ont dû devenir bandits. Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Une sorte d’entraînement de guerrier ? Bori vous l’a demandé ? »
« Maître a dit que nous ne pourrions jamais devenir Maîtres de l’Épée si nous nous contentions de nous entraîner à l’épée sans acquérir une véritable expérience du combat. »
« C’est vrai. »
« Mais vous avez vraiment enseigné à notre maître ? »
« J’ai menti. »
« Quoi ? »
« Au début, j’ai seulement appris quelques trucs à Bori. Après, elle a progressé toute seule. Ce qui est remarquable chez Bori, c’est sa volonté inébranlable. Avec le recul, elle avait toutes les raisons de devenir amère, mais elle ne l’a pas fait. »
Ricart parlait en se rappelant Bori, malmenée dans le poulailler de l’Académie.
Bori avait des raisons d’en vouloir aux autres et aurait pu chercher à se venger une fois devenue plus forte. Mais elle ne l’avait pas fait.
Même dans ce monde dur et impitoyable, Bori ne savait voir que les bons côtés du monde et la bonté des gens.
« Pourquoi vous apprenez l’épée, tous les deux ? »
« … Je ne sais pas. Parce que je suis doué ? Parce que je peux encore progresser ? »
« D’accord. Alors travaille dur. Tu devrais faire ce pour quoi tu es doué. »
Ricart le dit comme si cela lui était égal.
Mais Kaspar et Yulia ne purent s’empêcher d’être intrigués. Leur maître vénérée parlait parfois de Ricart comme de quelqu’un de bien supérieur à Bori.
Pourtant, Ricart était étrangement entouré de mystère. Bien sûr, la faible réputation qui se transmettait de bouche à oreille était impressionnante.
Il avait tué un maître de clan alors qu’il était encore jeune et exécuté un Maître de l’Épée tristement célèbre. Ricky le Trancheur, le Tigre de Kaits, le génie de l’épée de l’Académie de Beringen, la Cape Rouge.
Malgré tout, il était difficile de croire qu’il était plus fort que leur maître, qui comptait désormais parmi les plus puissants de l’Empire.
Voilà pourquoi ils étaient curieux. Terriblement curieux. Le garçon et la fille avaient eux aussi choisi la voie de l’épée.
En même temps, ils doutaient. Était-ce vraiment cet homme ? Un imposteur ? Était-il vraiment aussi fort ?
« Pour être honnête, ça me contrarie un peu, moi aussi. »
Kaspar finit par exprimer ce qu’il avait sur le cœur.
« Quoi donc ? »
« Depuis que j’ai pris une épée pour la première fois, à sept ans, tout le monde m’a toujours appelé un prodige. J’ai changé d’avis après avoir rencontré maître. Mais je ne peux pas croire qu’il n’y ait aucun prodige au monde à part messire Ricky. »
Ricart marcha encore un peu, puis se tourna vers Kaspar. Leurs regards se croisèrent.
Le regard fixe de Ricart semblait voir à travers les gens. Ice avait dit que cette façon de vous transpercer du regard tenait presque de la triche.
Kaspar débordait de l’énergie et de l’entêtement propres à son âge, et Ricart voyait non seulement cet entêtement, mais aussi ce qui se cachait sous la surface.
Ricart se retourna et reprit la parole.
« Je devine pourquoi Bori a dit ça. Elle est trop gentille pour dire des choses cruelles. »
Bien qu’ils ne se fussent pas vus depuis quatre ans, Ricart comprenait ce que Bori avait ressenti en disant cela à son disciple.
Ils avaient traversé des épreuves ensemble pendant des années et vécu tant de choses. Il n’était pas difficile d’imaginer ce que Bori avait ressenti.
L’hiver glacial, le printemps renaissant, l’été étouffant et l’automne frais qu’il avait passés avec Bori lui revinrent en un instant.
Mais Kaspar, qui ne pouvait rien savoir de ces jours passés, fronça les sourcils et demanda :
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Ton escrime ne dépend que de toi. Mais si tu veux devenir Maître de l’Épée, tu devras finir par te confronter à toi-même. Marie, Ice et Bori sont tous devenus Maîtres de l’Épée en se dépassant. C’est comme ça que je l’ai vu. Chacun avait ses propres fardeaux. »
« … »
« Alors, Kaspar, tu ne peux pas renoncer à ce titre de prodige ? »
« … Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. »
« Prodige, ce n’est qu’un mot. Ça ne signifie absolument rien. Mais si tu n’arrives pas à t’en détacher, c’est que tu y es attaché, non ? Au fond, c’est sans doute le sentiment de supériorité que te donne le fait d’être meilleur que les autres. Tu n’arrives pas à y renoncer parce que ces regards admiratifs et jaloux te font trop plaisir. Voilà ce que je veux dire. »
Le visage de Kaspar s’empourpra sous la justesse de l’observation de Ricart. Il voulut répliquer, mais aucun mot ne lui vint.
Leur conversation s’arrêta là. Tous trois continuèrent leur route en silence.
La frontière du territoire était plus éloignée que prévu. Lorsqu’ils approchèrent enfin, l’après-midi était déjà bien avancé. Vu le temps qu’il leur faudrait pour faire l’aller-retour, ils ne pourraient probablement pas traverser le territoire aujourd’hui.
Et, comme prévu, des hommes armés gardaient le passage. Ils semblaient loger dans une sorte de poste de garde, et ils étaient plus nombreux que prévu. Une quinzaine, peut-être.
Kaspar et Yulia voulurent d’abord se cacher pour observer, mais Ricart poursuivit son chemin devant eux, appuyé sur sa canne comme si de rien n’était.
« Q-Quoi ? A-Attendez. »
Si Ricart était plus fort que leur maître, tuer une quinzaine d’épéistes ne devait pas être difficile. Malgré tout, le voir avancer droit vers eux sans hésiter était inquiétant.
Ricart s’arrêta, se retourna et dit simplement :
« Vous avez dit que c’était un entraînement de guerrier. »
« Quoi ? »
« Si vous n’arrivez même pas à vous occuper de types comme ça, quand allez-vous vous entraîner ? »
« … »
« Vous portez une épée à la ceinture sans être prêts à mourir ? Tout dans l’apparence, rien dans le fond. Tss, tss, tss… »
Ricart claqua de la langue, comme s’ils étaient pitoyables.
« Mais ils sont bien trop nombreux. Il faudrait au moins équilibrer les forces. Ou les surprendre… »
« On dirait que Bori couve trop les enfants. Vous êtes déjà assez grands. Quels prodiges, vraiment. Pff. »
Ricart tourna sèchement la tête, mécontent, puis continua seul en direction du passage.
Kaspar sembla soudain pris d’un élan de défi et suivit Ricart.
« K-Kaspar. »
Yulia sursauta, mais suivit Kaspar sans réfléchir.
Les hommes qui gardaient le passage bavardaient entre eux. Mais en voyant s’approcher de loin trois silhouettes armées d’épées, ils saisirent leurs armes. Certains prévinrent leurs camarades à l’intérieur du poste de garde.
Ricart s’avança vers eux avec un calme parfait et demanda :
« Combien coûte le péage ? »
Un homme, qui avait déjà dégainé son épée et cherchait à les intimider, répondit :
« Une pièce d’or par personne. »
« Il faut savoir s’arrêter. Vous croyez vraiment gagner de l’argent en rançonnant les gens comme ça ? »
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Ces deux-là disent qu’ils ne peuvent plus laisser passer vos méfaits. Tuer des nobles innocents et faire souffrir les gens, ça s’arrête aujourd’hui. Préparez-vous à mourir. »
Sur ces mots, Ricart recula. Kaspar et Yulia, qui l’avaient suivi, se retrouvèrent alors aux premières loges.
Quoi ? Attendez un peu. Nous n’avons jamais dit ça.
« Bori et moi, nous faisions ça quand nous étions plus jeunes que vous. Allez, tuez-les tous. C’est ça, l’entraînement. Montrez-moi vos talents prodigieux à l’épée. Vous ne vous appelez pas des prodiges juste parce que vous agitez des épées en bois pendant vos duels, pas vrai ? »
Kaspar et Yulia n’avaient même pas dégainé que d’autres hommes sortirent du poste de garde, armes à la main, comme s’ils se demandaient ce qui se passait.
Ricart semblait vraiment prêt à rester derrière eux, appuyé sur sa canne, pour regarder.
Une quinzaine de lames froides brillèrent. Selon le bon sens, deux personnes n’avaient aucune chance contre dix hommes ou plus.
Mais, aux yeux de Ricart, parler de l’épée sans jamais se tenir à la frontière entre la vie et la mort n’avait aucun sens.
Comment pouvait-on suivre la voie de l’épée et ne livrer que des combats à son avantage ? Dans cette incertitude entre victoire et défaite, vie et mort, la volonté qui jaillissait était le fondement même d’un épéiste.
Il en avait toujours été ainsi, mais Ricart et Bori avaient des conceptions différentes de l’épée, surtout en matière d’enseignement.
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