Chapitre 102
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 102
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* * *
Des gens s’étaient rassemblés autour de chaque feu vacillant. À la lueur des flammes, ils lançaient les dés ou jouaient aux cartes.
Ce n’était pas vraiment pour s’amuser. Le jeu et l’alcool faisaient simplement partie de la vie.
Cherchaient-ils à tromper l’ennui d’une nuit sans sommeil, ou avaient-ils une raison de ne pas dormir ?
C’était plutôt la seconde option. Même si l’endroit n’était pas un champ de bataille, ils montaient la garde la nuit pour protéger leurs familles et leurs biens. Les vols étaient monnaie courante ici.
Bien sûr, si on se faisait prendre, perdre une main était encore le meilleur des cas. Une foule en colère pouvait vous pendre sur-le-champ.
Des planches de bois brisées jonchaient la boue çà et là. Les gens marchaient dessus comme sur des pas japonais irréguliers.
Ricart prit Lena par la main et traversa les planches sans se presser.
Une forte odeur de fumier lui parvint de loin et lui agressa les narines. Et, comble de malchance, Lena lui indiqua précisément l’endroit d’où venait cette puanteur.
À sa source se dressait une vaste clôture grossièrement construite, divisée en enclos pour le bétail. Des chèvres, des moutons, des vaches, des chevaux de bât et des ânes. Dans un coin, il y avait aussi des lapins, des poules et des oies.
On aurait dit que tous les animaux que les humains pouvaient élever avaient été rassemblés là. C’était l’endroit où les marchands achetaient du bétail à bas prix aux migrants, puis le revendaient cher pour faire du profit.
Les feux de joie vacillaient, sans parvenir à chasser toute l’obscurité. Lena regarda autour d’elle, mais ne trouva pas le marchand à qui elle avait vendu les vaches.
Ricart attendit un moment, puis s’approcha d’une table de jeu où des gens lançaient les dés avec enthousiasme.
« Où puis-je trouver un marchand qui achète et vend des vaches ? »
Quelqu’un qui observait la partie, les bras croisés, tourna la tête vers Ricart. Après l’avoir rapidement dévisagé, il lui indiqua une autre table de jeu.
« Essaie là-bas. »
Ricart leva les yeux. Plusieurs feux de joie brûlaient tout près, autour d’une table de jeu assez imposante.
Il s’y rendit avec Lena. Elle était anxieuse, mais n’avait d’autre choix que de s’en remettre à Ricart. Malgré tout, elle éprouvait un curieux sentiment d’attente et de sécurité.
La grande table de jeu avait son propre croupier. Des cartes étaient étalées face cachée et les joueurs misèrent. La mise minimale était d’une pièce d’argent, et Ricart aperçut aussi quelques pièces d’or.
Il demanda à Lena :
« C’est lui ? »
Lena examina attentivement les visages éclairés par le feu. Puis elle désigna l’un des joueurs.
« Cet homme… »
Dès qu’elle l’eut désigné, Ricart s’avança d’un pas décidé et tapota l’homme dans le dos.
Un homme à la barbe crasseuse et coiffé d’un bonnet se retourna.
Ne sachant pas si Ricart l’avait touché exprès ou s’ils s’étaient simplement heurtés, il le dévisagea. Ricart lui demanda :
« Tu connais cette fille ? »
Il indiqua Lena d’un mouvement de tête. Le marchand de vaches la reconnut aussitôt, sans même avoir besoin de mieux la regarder. Il devina aussi pourquoi Ricart était venu.
« La transaction est déjà conclue. »
« Ce n’était pas une transaction. C’était une arnaque. »
« Si j’avais escroqué quelqu’un, on m’aurait déjà arraché la langue. Mais regarde : je vais très bien, non ? »
« Donc tu refuses de payer le juste prix ? »
« Ha ha, quel drôle de type. Tu devrais regarder où tu mets les pieds avant de te lancer dans tes histoires de brailler et de tuer. »
Brailler et tuer ? Ricart ignorait ce que cela voulait dire, mais ça ressemblait à de l’argot local. Peut-être s’agissait-il de menacer les gens et de faire un esclandre.
En effet, plusieurs gaillards autour de la table de jeu lancèrent à Ricart des regards provocateurs. C’était un avertissement silencieux : s’il continuait à raconter n’importe quoi, ça finirait mal pour lui.
Mais Ricart répondit par des actes plutôt que par des mots. Sans prévenir, il renversa la table d’un coup de pied.
Crac !
Les cartes s’éparpillèrent et les pièces tintèrent sur le sol. Les gens aux alentours sursautèrent, déconcertés.
Mais pas tous. L’ambiance tourna au vinaigre en un instant.
Ricart fixa le marchand de vaches, qui était resté assis.
« Je t’ai posé une question. Tu vas payer le juste prix, maintenant ? Réponds-moi. »
Ceux qui n’étaient pas mêlés à l’affaire ramassèrent leur argent à la hâte et s’enfuirent, sentant que la violence allait éclater. D’autres accoururent de loin pour assister à la bagarre.
Même alors, le marchand de vaches ne se leva pas. Il détailla Ricart. Ses vêtements étaient usés, mais propres, et il portait une cape rouge. Il n’avait pas d’arme, seulement un bâton.
Quel accoutrement, franchement.
À son apparence, le marchand ne parvenait pas à déterminer quel genre d’homme était Ricart. Était-ce juste un jeune qui fanfaronnait, fort de l’audace de sa jeunesse, ou avait-il vraiment le talent qui allait avec cette assurance ?
Heureusement ou malheureusement, il eut bientôt l’occasion d’entrevoir les véritables capacités de Ricart.
« Hé, morveux. »
Apparemment à bout de patience, un grand gaillard tendit la main pour attraper Ricart. Mais celui-ci lui saisit brusquement le poignet, et un bruit inquiétant retentit.
Crac.
Plus que de la douleur, le grand gaillard sentit sa main devenir molle et retomber malgré lui. Un frisson lui parcourut l’échine.
À peine eut-il lâché un « Hein ? » que Ricart lui saisit la taille et la nuque, puis le projeta par-dessus la clôture jusque dans l’enclos.
Quelle force phénoménale !
L’homme s’écrasa la tête la première dans la boue épaisse de fumier. Il s’y débattit en vain.
Le silence tomba un instant sur les lieux. Puis, comprenant qu’on s’en était pris à leur compagnon, les brutes se mirent à hurler.
« Putain ! »
« Tu cherches la bagarre ? »
Mais le bâton de Ricart s’anima comme un éclair. Dans un enchaînement de Clac ! Clac !, les brutes s’effondrèrent les unes après les autres, incrédules.
Les autres ne comprenaient même pas ce qui était arrivé à leurs amis et compagnons. Ils tentèrent de dégainer à la hâte.
Mais Ricart pointa vers eux le bout de son bâton, sans le moindre tremblement.
« Si vous tirez vos lames, vous êtes morts. »
Chez les épéistes, il existait une règle tacite aussi ferme qu’une loi : si quelqu’un pointait une arme tranchante sur vous, vous aviez le droit de le tuer.
C’est pourquoi ceux qui vivaient par l’épée réfléchissaient à deux fois avant de dégainer.
Quelle que soit la proximité entre eux, ils ne devaient jamais se pointer une lame les uns vers les autres. Voilà pourquoi Boribori avait été si choquée, quatre ans plus tôt, quand Ice avait braqué son épée sur ses amis.
C’était l’une des rares règles que Ricart respectait. Quelqu’un qui n’avait pas d’arme ne ferait que se faire rosser. Mais s’il en tirait une, Ricart le tuait dès qu’il le pouvait.
Face à l’habileté fantomatique de Ricart, à ses mouvements précis et à son regard inébranlable, les brutes se figèrent, en plein effort pour dégainer.
Ce n’est qu’alors qu’elles comprirent qu’il était d’une tout autre trempe.
Son assurance sans faille les intimida tous d’un seul coup.
Ricart reposa son bâton au sol et regarda le marchand de vaches. L’homme était resté bouche bée.
« Réponds. »
« … Quoi ? »
« Je t’ai dit de me répondre. Tu vas payer le juste prix ? »
« Ah… O-oui, bien sûr. Un marchand doit faire des affaires en toute conscience. Bien sûr. »
Les mains tremblantes, le marchand de vaches sortit une bourse et la tendit à Ricart à deux mains.
Mais Ricart n’en prit que vingt pièces d’argent, puis lui rendit le reste d’un geste désinvolte. Il déposa fermement les vingt pièces dans la main de la jeune fille qui avait tant enduré.
« Allons-y. À partir de maintenant, fais du commerce honnêtement. »
Sur ces mots, Ricart laissa le marchand derrière lui et ramena Lena au campement.
Le marchand de vaches fixa sans rien dire la bourse qu’on lui avait rendue.
Pourquoi était-elle de nouveau entre ses mains ?
Pendant un instant, il resta perplexe, essayant de comprendre ce qui venait de se passer.
Quand Ricart revint au camp du groupe, tous le regardèrent avec inquiétude.
Il semblait avoir récupéré l’argent, peut-être en cognant quelqu’un ou par un autre moyen, mais ils craignaient des représailles.
Marie, bien sûr, ne paraissait pas du tout inquiète, comme si rien ne s’était passé. Roy, lui, regardait Ricart avec admiration.
Même son propre père restait parfois silencieux face aux menaces et aux pressions injustes, mais Ricart avait foncé tête baissée et récupéré l’argent.
Bremen, le guide responsable du groupe, ne voyait pas les choses du même œil.
« Mon ami, était-ce vraiment nécessaire d’en arriver là… ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Les marchands d’ici sont sous la protection de la Fraternité de Reiken. Ils ne laisseront pas passer ça. »
« Ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés et se laisser escroquer. »
« Malgré tout, ils n’ont pas perdu tout leur argent. Avec quelques pièces d’argent, ces enfants auraient pu trouver assez à manger et à boire pour tenir jusqu’à Thorweil. »
Ricart sentit qu’ils ne voyaient pas les choses de la même façon, indépendamment de qui avait raison ou tort. Il ne voulait ni juger ni critiquer les convictions des autres, mais ce qui était mal restait mal.
« Je ne sais pas. Si tu cèdes une fois, ils recommenceront la prochaine fois. C’est comme reculer petit à petit. Si tu continues à céder aux menaces et aux intimidations des mauvaises personnes, tu finiras dans une impasse et tu deviendras leur esclave. Même si tu arrives à la Frontière orientale avec l’esprit d’un esclave, crois-tu que tu y trouveras le salut ou l’espoir ? »
Qu’il s’agisse de quelque chose d’important ou non, si l’on renonçait à ses biens un à un, on finissait par tout perdre. C’était ainsi que Ricart voyait les choses.
Pour sauver sa vie, on finissait par livrer son âme à quelqu’un d’autre.
Ricart respectait ceux qui luttaient avec acharnement pour survivre. Mais, en même temps, il méprisait la servilité et l’humiliation de soi.
Ce n’était pas tant l’état d’esprit d’un guerrier qu’un destin inévitable pour quiconque cherchait à être indépendant.
Le salut tendait la main à ceux qui voulaient se tenir debout par eux-mêmes, tout comme Marie et ses amis étaient devenus des Maîtres de l’Épée. C’est pourquoi Ricart en était certain.
Peut-être parce qu’il était de cette nature, Hartmann estima que Ricart avait raison et hocha la tête. Roy écouta ses paroles comme fasciné, sans savoir qu’il les gravait dans son cœur.
Mais Bremen et les autres semblaient toujours inquiets.
« Nous ne sommes pas aussi forts que vous… »
Peut-être trop vieux pour trouver la force de résister, Bremen murmura ces mots à voix basse.
« Je ne crois pas que des compagnons qui font ensemble un long voyage soient liés par un lien sans importance. Je vous aiderai, alors ne vous inquiétez pas trop. Et peut-être qu’en agissant ainsi, nous aurons même plus de chances de réussir. »
Paradoxalement, il fallait peut-être accepter le danger pour le traverser et atteindre son but. Peut-être avaient-ils échoué jusqu’ici parce qu’ils s’étaient contentés de l’éviter et de fuir.
Quoi qu’il en soit, Lena serra dans sa main l’argent récupéré. Il lui sembla plus précieux que jamais.
C’était le prix de la vie de sa mère, et un jeune homme digne d’un héros l’avait récupéré pour elle.
La nuit s’approfondit.
Le lendemain matin, comme si c’était inévitable, un membre de la Fraternité de Reiken vint leur rendre visite. L’homme portait de beaux vêtements de soie et une épaisse cape de fourrure. Déjà imposant, il semblait encore plus massif sous sa cape.
Il portait une bague ornée d’une grosse pierre précieuse à chacun de ses dix doigts, et des colliers d’or pendaient à son cou.
Il arriva avec ses subordonnés et le marchand de vaches. Celui-ci désigna Ricart, qui était assis près du feu en train de prendre son petit déjeuner.
Tandis que tous observaient la scène avec inquiétude, Ricart avala ce qu’il avait en bouche, prit son bâton en silence et se dirigea vers le visiteur.
« Bonjour. »
Le visiteur lui adressa le premier un large sourire.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
« J’ai entendu dire que tu savais te battre. »
« Et alors ? »
« Tu peux me montrer ? »
Ricart observa le visiteur en silence, puis fit voltiger son bâton devant lui à plusieurs reprises, d’un mouvement du poignet.
Le visiteur, croyant qu’il allait se faire frapper, tressaillit légèrement avant de faire comme si de rien n’était.
Ricart reposa son bâton au sol dans un Boum !
Le cordon qui retenait la cape de fourrure avait été tranché, et celle-ci tomba au sol.
Mais ce n’était pas tout.
Les longs colliers d’or avaient été coupés eux aussi et tombèrent dans un cliquetis. Puis le cordon de son pantalon fut tranché, et le vêtement glissa jusqu’à ses chevilles.
Les yeux de tous ceux qui observaient la scène avec inquiétude s’arrondirent comme des lanternes.
Un magicien. C’était forcément un magicien.
Personne ne pensa que Ricart était un épéiste.
Ils le prenaient pour un véritable magicien.
Le visiteur, qui était arrivé à la tête de ses subordonnés, contempla un long moment ses jambes nues et poilues.
Tout en remontant discrètement son pantalon, il déclara :
« Je vous prie de m’excuser d’avoir interrompu votre repas. »
Puis, tenant son pantalon d’une main, il fit demi-tour et repartit par où il était venu. Ses subordonnés ramassèrent à la hâte la cape et les colliers tombés à terre, puis le suivirent.
Vers midi, une autre personne arriva, accompagnée de ses subordonnés. Contrairement à l’homme du matin, c’était un jeune épéiste vêtu simplement d’une brigandine et d’une cape, avec une épée à la taille.
Sa présence en imposait, mais Ricart et Marie ne lui trouvèrent rien de particulier.
Pour tous les autres, en revanche, un combat à mort semblait sur le point d’éclater, et l’angoisse leur nouait le ventre. Hartmann tendit discrètement la main vers la hache qu’il avait posée.
À côté de l’épéiste se tenait l’homme venu le matin, dont le cordon de pantalon avait été coupé sans raison. Cette fois, il leva la main et désigna Ricart, qui était en train de manger.
Alors, comme ça, il était désolé d’avoir interrompu son repas.
Mais le nouvel arrivant dévisagea Ricart un instant, puis pencha la tête. Soudain, ses yeux s’écarquillèrent de surprise.
« Hein ? »
Ricart ne le reconnut pas tout de suite non plus. Mais, quand il vit ce visage qui lui semblait familier, ses yeux s’écarquillèrent à leur tour.
« Hein ? »
Il ne parvint pas à se rappeler tout de suite les détails, puis le souvenir lui revint. C’était un aventurier qu’il avait rencontré à Rainfurt, après avoir quitté sa maison à l’âge de dix ans. Le chef du clan de Sandy.
Bletter, c’est ça ?
Ils venaient de croiser quelqu’un qu’ils n’auraient jamais pensé revoir, dans un endroit tout aussi inattendu. Ricart et Bletter ne purent que se regarder, déconcertés.
Qu’est-ce que tu fais ici ?
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