Chapitre 292
En ouvrant les yeux, il fut accueilli par un espace sombre ; rien d'autre que du noir s'étendait tout autour de lui.
L'air semblait vicié, sec et vide, comme si aucun être vivant n'avait respiré ici depuis des siècles.
Cet endroit lui rappelait l'espace d'invocation spirituelle partielle créé par Sigfor.
Mais ce qui rendait cet espace particulier par rapport à l'autre, c'était le sol semblable à un miroir sous ses pieds, où se reflétait une image claire de lui-même.
Les yeux du reflet semblaient… étranges. Plus sombres. Plus perçants.
Il regarda autour de lui, mais ne vit rien ; le lien avec le monde réel était totalement rompu.
Quelque part au loin, des pas légers résonnèrent — lents, délibérés… ils se rapprochaient.
Chaque pas envoyait une onde sur la surface miroitante sous ses pieds, déformant son reflet en quelque chose de tortueux et d'inconnu.
« Haah… »
Il soupira avec regret, ne sachant que faire. Dans une telle situation, il aurait dû paniquer, comme n'importe quel être humain normal. Mais il s'était tellement habitué aux ténèbres que cela ne le dérangeait pas autant qu'il l'aurait cru.
Peut-être était-il un peu inquiet à l'idée de s'échapper. Comment devait-il quitter cet endroit ?
Ou bien… était-il censé rester ?
Tic Tic Tic
Il marchait sur le sol miroitant d'un pas calme, imperturbable face à son environnement. C'était comme s'il faisait simplement une promenade du soir.
Le temps passa, et il finit par en perdre la notion. Il continua à marcher, les mains dans le dos, l'esprit en état de profonde concentration, songeant à diverses choses.
À un moment donné, les ténèbres changèrent.
Et alors…
Des visions commencèrent à apparaître à nouveau dans son esprit.
Dans ce souvenir, il vit un jeune démon issu d'un petit village, constamment menacé par de dangereuses bêtes démoniaques et des entités malveillantes. Les gens de son village perdaient la vie dès qu'ils partaient chasser ou voyager.
Les villageois vivaient dans une peur constante, ne s'aventurant jamais dehors sauf en cas de nécessité absolue. Cela rendit le village désolé : la nourriture était rare, les enfants mouraient de faim chaque jour, il n'y avait pas d'eau potable, et les vêtements qu'ils portaient étaient insuffisants pour les protéger du froid glacial de la nuit.
Des corps maigres et malnutris se blottissaient les uns contre les autres pour se réchauffer. Des yeux creux fixaient l'horizon, attendant la mort plutôt que le salut.
Les grognements et les hurlements des bêtes résonnaient de temps à autre, poussant chaque âme du village à supplier pour sa vie.
Le garçon voyait toute cette souffrance et s'interrogeait : quelle en était la raison ?
Pourquoi les siens souffraient-ils ? Pourquoi perdaient-ils la vie ?
Pourquoi ne se défendaient-ils pas contre les bêtes démoniaques ?
Pourquoi ne tuaient-ils pas ?
Et alors, il comprit.
Ils étaient faibles.
Ils n'avaient aucune force.
C'étaient des lâches.
Mais…
N'était-il pas l'un d'entre eux ?
N'était-il pas le même ?
N'avait-il pas vécu dans ce village, craignant ces bêtes démoniaques tout comme les autres ?
Alors, quelle était la différence ?
Pourquoi ne s'aventurait-il pas dehors ?
C'est là qu'il comprit : il était enchaîné.
Pas physiquement, mais mentalement. Il avait été confiné dans le même état d'esprit dicté par la peur que le reste des villageois.
Ne jamais quitter le village par peur.
Mais il n'était pas comme eux. Il ne pouvait pas vivre ainsi.
Il n'était pas une proie !
Ce jour-là, ses chaînes volèrent en éclats.
Dans les jours qui suivirent, le jeune démon quitta le village sans crainte, malgré le mépris des villageois et les innombrables rumeurs sur la brutalité des bêtes.
Malgré tout, il n'écouta personne. Il alla de l'avant.
Ce qui suivit fut un carnage sanglant.
Lorsqu'il revint, il était blessé et déchiré, marchant à peine droit.
Des marques de griffes s'enfonçaient dans sa chair. Le sang imbibait ses vêtements en lambeaux.
Mais les villageois qui le virent ne le critiquèrent pas.
Ils ne le pouvaient pas.
Car il traînait derrière lui le cadavre de l'une de ces terrifiantes bêtes démoniaques.
Le lendemain, il repartit.
Cette fois, il revint avec deux cadavres et les jeta à l'entrée du village.
Les corps étaient à peine reconnaissables : mutilés, déchiquetés, les os dépassant de la chair déchirée.
Chaque jour, il partait à l'aube et revenait au crépuscule, traînant les carcasses des bêtes qu'il avait abattues, chacune criblée de blessures brutales.
La cruauté pure de ses chasses était évidente dans les blessures atroces sur les corps des bêtes.
À présent, une petite colline de cadavres s'était formée à l'entrée du village.
La puanteur de la mort imprégnait l'air, un avertissement pour quiconque oserait le défier.
Le garçon devenait plus fort de jour en jour. Plus il se battait, plus il devenait puissant.
Chaque jour, la chasse continuait. Chaque jour, il revenait, plus fort, plus mortel.
Une colline de cadavres s'élevait à l'entrée du village.
La peur se transforma en admiration.
L'admiration se transforma en inspiration.
D'autres le suivirent.
Bientôt, le village ne fut plus une proie.
Voyant cela, les villageois qui craignaient autrefois les puissantes bêtes démoniaques commencèrent lentement à suivre les traces du garçon.
Au début, ils se contentaient de regarder.
Il tuait les bêtes sans pitié, et ils restaient là, stupéfaits de voir comment un garçon pouvait si facilement vaincre des créatures aussi terrifiantes.
Lentement mais sûrement, leur peur s'estompa.
Ils commencèrent à se joindre à lui.
Ils se battirent à ses côtés.
Les villageois autrefois tremblants devinrent des guerriers. Leurs lames brillaient du sang de leurs anciens prédateurs.
Des montagnes de cadavres commencèrent à apparaître dans les forêts entourant le village.
Le garçon fut couronné chef du village pour sa force et son courage.
Le village qui vivait autrefois dans la peur traquait désormais activement les bêtes mêmes qui l'avaient autrefois tourmenté.
En quelques semaines, toute la forêt fut nettoyée : aucune bête démoniaque en vue.
La forêt, autrefois domaine de la terreur, avait été transformée en cimetière.
Puis, la vision vacilla.
Ce qui suivit fut l'ascension d'un Roi !
Le garçon n'était plus un enfant.
Il était devenu un jeune homme redoutable, son corps étant une tapisserie de cicatrices gagnées lors d'innombrables batailles.
Il se tenait au sommet d'une colline, contemplant les terres qu'il avait conquises.
Le village qu'il protégeait autrefois s'était transformé en une cité prospère.
Son peuple ne tremblait plus.
Ils se tenaient droits sous son règne.
Pourtant…
Sa soif de pouvoir brûlait plus intensément que jamais.