Chapitre 25
Le savoir est une chose dangereuse, même entre de bonnes mains.
Cyrus Feln, Inquisiteur en chef
Le reste de la semaine s'écoula, Solomon passant ses matinées à gérer le domaine avant de se rendre en ville pour travailler depuis le bureau des Guetteurs. Il approuva chacun des gardes choisis par Vantus. Avec eux, il s'était désormais assuré personnellement de la loyauté d'une majorité d'entre eux, ce qui l'aiderait à maintenir son contrôle. Il parvint également à trouver un secrétaire compétent, Feist, un homme d'un certain âge qui avait autrefois été enseignant, avant que plus personne ne puisse se permettre de le payer. Avec un secrétaire à ses côtés, Solomon disposerait d'une aide précieuse pour organiser ses affaires et pourrait consacrer davantage d'attention à des problèmes plus vastes.
La nuit, Solomon poursuivait ses recherches dans les journaux de son oncle. Il continuait de se concentrer sur les mentions du dépôt, mais bien que le sujet revienne souvent, il lui fallut trois jours pour trouver la moindre indication explicite sur la manière dont Victor y accédait.
…j'ai dû remplacer l'appareil que j'utilisais pour accéder au dépôt. Savoir que M était à sa recherche rendait ce changement nécessaire. Heureusement, connaissant quelque peu sa véritable nature, je peux être certain qu'il ne sera pas en mesure de localiser le remplacement que j'ai dissimulé dans mon étude isolée…
Solomon cligna des yeux. Il se trouvait dans ce qu'il imaginait être l'étude isolée de son oncle. Il se leva du bureau où il était assis, saisit le petit bougeoir et la bougie allumée, puis commença à inspecter la pièce. Il débuta par la table des ingrédients alchimiques, cherchant tout ce qui pourrait luire de mana, mais ne trouva rien. Il retourna au bureau et fouilla à nouveau les tiroirs, sans plus de succès. Il se mit à longer les murs, se retrouvant finalement derrière le cadavre du dieu. Il scruta les parois et vit une infime étincelle de mana émanant d'une brique. Il ne l'aurait jamais remarquée en restant de l'autre côté du dieu, mais derrière lui, la lueur du mana était évidente.
Il posa délicatement la main sur la brique, sentant un léger picotement parcourir le bout de ses doigts à mesure qu'elle s'activait. Plusieurs autres briques autour se séparèrent pour révéler une petite chambre. Elle était baignée dans la lueur du mana. Il y pénétra prudemment, prenant soin de rester juste à l'extérieur du petit cercle d'invocation qu'il voyait au sol. Au centre se trouvait un socle sur lequel reposait un cristal sphérique, à l'intérieur duquel des nuages tourbillonnaient et convulsaient. Le cercle, le socle et la sphère étaient les seuls objets présents dans la chambre.
Solomon ressentit un frisson soudain et maudit le courant d'air qui semblait s'être abattu sur lui de nulle part. Il s'agenouilla, veillant à ne pas marcher sur le cercle ou à l'intérieur de celui-ci, et observa les runes qui y étaient inscrites. Il en reconnut quelques-unes grâce à ses études sur les runes de l'autre cercle. Âme et Transport y étaient fréquemment entremêlées. Les journaux de Victor mentionnaient qu'il s'agissait d'une méthode pour accéder au Dépôt à distance. Était-ce la même méthode qui l'avait transporté à la réunion des Arcanes ? Il n'avait vu aucune rune sur la statue de l'ermite lorsqu'il l'avait étudiée de plus près, mais peut-être les fondements étaient-ils les mêmes.
Malheureusement, il n'avait aucun moyen de déchiffrer entièrement le sortilège. Il manquait des connaissances nécessaires pour l'analyser complètement. Il n'y avait aucune raison pour qu'il soit piégé. Victor semblait très confiant quant au fait qu'il ne puisse être découvert. De plus, le temps pressait. Il grimaça ; il préférait être préparé, mais parfois, il fallait savoir faire le grand saut.
Il entra dans le cercle. Rien ne se passa.
Il posa ses mains de chaque côté de l'orbe. Rien ne se passa.
Il commença à insuffler du mana à l'intérieur.
Il eut la sensation de tomber pendant quelques instants. Des lumières explosèrent dans son champ de vision, entrecoupées d'une obscurité si profonde qu'elle semblait vouloir l'engloutir. Il ne sut dire combien de temps cela dura, mais cela sembla s'arrêter très soudainement.
Il se retrouva debout devant une immense bibliothèque. Il vit des parchemins anciens et flétris, des tomes reliés en cuir noir, des tablettes de pierre et même de la peau écorchée sur laquelle étaient tatoués des mots. L'étagère elle-même était d'un brun uni, et le sol en dessous était carrelé de carrés alternés de couleur beige et blanche.
Il tenta de lever la tête pour regarder le sommet des étagères, mais constata que sa tête ne bougeait pas. Il cligna des yeux, mais s'aperçut qu'il en était incapable. Il essaya de prendre une profonde inspiration et réalisa que ce n'était pas non plus une option. Il s'évalua, comprenant que tous les inconforts qu'il ressentait plus tôt avaient disparu. Il n'avait plus faim, ni fatigue. C'était très similaire à ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait été transporté à la réunion des Arcanes.
Il tenta de bouger ses bras et découvrit qu'après avoir exercé un peu de force, il pouvait les avancer. Il s'en servit alors pour se dégager de ce qui le retenait. Il leva les yeux, constatant que l'étagère devant lui semblait ne pas avoir de limite, et au-dessus, il vit ce qui ressemblait à des nuages flottant doucement dans le ciel.
Solomon fixa la scène pendant quelques instants avant de porter son attention sur lui-même. Il plaça ses mains devant son visage. Elles étaient faites de bois. Il plia chacun de ses doigts, découvrant qu'ils étaient parfaitement articulés. Il baissa ensuite les yeux sur son corps, trouvant que son torse et ses jambes étaient également en bois. Il était une marionnette. Une marionnette très finement travaillée.
Il se retourna pour regarder d'où il était sorti, découvrant un cercueil dressé à la verticale et rempli d'une substance vaguement jaune. Solomon s'avança pour le toucher et réalisa qu'il s'agissait de cire. Il regarda sur le côté et trouva plus d'une douzaine d'autres cercueils. Chacun d'eux était également debout et contenait une marionnette en bois. Cela devait être la solution de son oncle. Solomon ne put s'empêcher d'être émerveillé. Il imagina qu'il s'agissait d'un exemple de Soulamancie et de magie de téléportation, deux disciplines listées comme interdites. Cela lui semblait bien plus intéressant que de simplement lancer des flammes depuis ses mains.
Il observa les marionnettes, remarquant un bureau et une chaise, bien qu'il n'y eût rien dessus. Il avait espéré un instant que ce que son oncle consultait en dernier puisse être resté ouvert sur le meuble. Il se tourna et se dirigea vers les marionnettes et les cercueils. Les cercueils portaient un certain nombre de runes gravées, dont beaucoup correspondaient au cercle sur lequel son vrai corps se tenait. Les marionnettes elles-mêmes ne portaient aucune rune, mais elles étaient assurément magiques elles aussi. Rien que le fait de les étudier, ainsi que leur création, lui apprendrait probablement énormément. Il devrait cependant mettre cette piste de recherche de côté pour le moment.
Solomon se tourna vers l'étagère devant lui. Il s'émerveilla à nouveau de son envergure. Il s'en approcha davantage, constatant qu'il n'y avait aucune jointure sur les étagères elles-mêmes, comme si elles avaient été sculptées dans une seule pièce. Il en doutait cependant. En réalité, une étagère construite aussi haut serait condamnée à s'effondrer. En fait, tout cet espace n'avait aucun sens. C'était de la magie, ou peut-être l'œuvre d'un dieu, ou les deux. Son oncle avait mentionné ne pas être certain de ses origines, mais il était sûr qu'il avait quelques théories à ce sujet. Il espérait qu'elles étaient mentionnées quelque part dans ses journaux.
Solomon regarda l'étagère devant lui. Il fut tenté de saisir le parchemin le plus proche, celui qui semblait avoir été cousu à partir de chair, car il présumait qu'il contenait probablement le genre de magie interdite qu'il recherchait, mais il décida de jouer la prudence. Il tendit la main vers un simple livre en cuir brun. Il semblait être du genre de ceux que l'on tient comme journal intime. Il l'ouvrit avec précaution.
Deux mains jaillirent des pages et saisirent les côtés de sa tête, des griffes creusant de profondes entailles dans le bois. Il se dégagea, essayant de jeter le livre, mais elles étaient trop fortes. Au centre du livre, entre les pages, des rangées de dents acérées se manifestèrent soudainement, bougeant dans des directions alternées qui lui rappelèrent le mouvement de la scie de Barnabus lorsqu'il s'en servait. Il continua d'essayer de se dégager, mais c'était sans espoir ; sa tête fut enfoncée dans le livre, puis tout devint noir.
Solomon se retrouva de nouveau dans la chambre, ses mains agrippant l'orbe. Il sentit que le mana qu'il y avait insufflé avait disparu, probablement avec la marionnette déchiquetée. Il avait cru être prudent, mais les apparences pouvaient être trompeuses au sein du dépôt. Il canalisa davantage de mana dans l'orbe et se retrouva transporté à nouveau.
Comme précédemment, il se dégagea du cercueil de cire et fit quelques pas en avant. Il pouvait voir la marionnette déchiquetée de tout à l'heure, la tête coupée en deux ; le livre n'était pas à côté. Au lieu de cela, il vit qu'il était retourné sur l'étagère d'où il l'avait pris. Il traîna le corps de la marionnette jusqu'au cercueil, puis décida de suivre son premier instinct. Il saisit le parchemin de chair et l'emporta au bureau. Là, il le déroula prudemment, prêt à se retirer si nécessaire. Heureusement, rien ne se passa. Il examina le texte et découvrit qu'il s'agissait d'un vieux dialecte drakthique.
Foalicsh Realu
Cela signifiait Contrôle du sang.