Traducteur : Atlas Studios Éditeur : Atlas Studios
Au fond de la falaise de la secte Qingyun Dao, Su Changyu avait déjà pris la pose.
Vêtu de la robe qu’il portait la veille, il se tenait sur un rocher, l’épée dans la main droite, derrière lui. La brise faisait voleter ses longues mèches devant les oreilles et lui donnait l’allure d’un Immortel du Sabre.
Il réfléchissait profondément.
Il ne songeait pas à la Voie du Sabre, mais à la façon de berner son petit frère martial tout à l’heure.
Su Changyu savait qu’il devait le tromper, mais qu’il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin.
Tout ce qu’il dirait à Ye Ping devait reposer sur une part de vérité ; il lui suffirait d’exagérer un peu la logique.
Autrement dit, il devait se vanter avec logique, sans raconter n’importe quoi.
Ce n’était pas facile, mais Su Changyu estimait en être capable.
Tandis qu’il y réfléchissait, une voix le tira soudain de ses pensées.
« Salutations, Aîné Frère aîné. Je suis Ye Ping. »
En entendant la voix de Ye Ping, Su Changyu sortit de ses pensées.
Son expression était impassible.
« Bien. As-tu déjà pris ton petit-déjeuner ? » demanda calmement Su Changyu, sans regarder Ye Ping.
Ce n’était pas qu’il le méprisait ; il voulait simplement paraître fier et distant.
« Pas encore, Frère martial aîné. »
À ces mots, Ye Ping se rappela qu’il n’avait apparemment pas encore pris son petit-déjeuner.
« Tant mieux. Pour les cultivateurs, la cultivation passe avant les repas, et moins on mange, mieux c’est pour le corps. »
Su Changyu avait parlé.
Ye Ping acquiesça. Il en comprenait la raison : les aliments étaient remplis de toxines qui souillaient le corps une fois ingérés, ce qui risquait de gêner sa cultivation.
À cet instant, Su Changyu reprit la parole.
« Petit frère martial, le Maître m’a demandé de t’enseigner la Voie du Sabre, mais je ne la transmets pas au premier venu. Si tu manques de talent pour la Voie du Sabre, tu auras du mal à t’éveiller. Alors, laisse-moi te poser une question. Si tu sais y répondre, je te transmettrai la Voie du Sabre. Qu’en dis-tu ? »
Su Changyu se donnait des airs mystérieux.
Il n’avait pas l’intention d’enseigner directement la Voie du Sabre à Ye Ping. Il préférait d’abord lui poser une question pour préparer l’ambiance.
S’il lui enseignait la Voie du Sabre comme ça, il ne passerait pas pour quelqu’un qui se bradait ?
Du coin de l’œil, Su Changyu l’observa. Si Ye Ping montrait le moindre mécontentement, il lui répondrait aussitôt : « Mais tu sembles avoir du talent pour la Voie du Sabre, petit frère martial. Oublions cette question. »
Il voulait surtout vérifier si Ye Ping avait la bonne attitude.
Il regarda Ye Ping.
À ces mots, celui-ci ne manifesta aucun mécontentement. Au contraire, il acquiesça gravement.
« Je comprends que la Voie du Sabre semble simple, mais qu’elle renferme aussi le Grand Dao. Frère martial aîné, je vous écoute. Si je manque vraiment de talent, je n’oserai pas vous déranger. »
Ye Ping était un peu fébrile.
Il avait déjà vu cette scène dans des romans.
En général, les experts hors du commun ne transmettaient pas directement leurs techniques secrètes : ils commençaient par poser une question.
Et ces questions semblaient souvent simples, mais s’inscrivaient dans un contexte profond.
À cette pensée, Ye Ping ne put s’empêcher de se sentir de nouveau un peu nerveux.
Et si je ne sais pas répondre ?
Après ces paroles, Su Changyu fut quelque peu surpris.
Ah, il est si compétent ?
Il a même parlé du Grand Dao ?
Ce gamin est prometteur. Il ira loin. Bien, très bien.
Puisque tu es sur la bonne voie, ne m’en veux pas.
Su Changyu était ravi, mais conserva son air fier et distant. Il détourna le regard et fixa les montagnes avant de prendre lentement la parole.
« Petit frère martial, sais-tu ce qu’est la Voie du Sabre ? »
Sa voix retentit.
Ye Ping ne put s’empêcher de garder le silence.
Il avait vu juste.
C’était bien une question qui semblait simple, mais qui cachait un sens profond.
Ye Ping prit une profonde inspiration.
Il réfléchit intensément.
Pourquoi la Voie du Sabre ?
Les gens ordinaires répondraient sans doute que la Voie du Sabre, c’est tuer ses ennemis ou agir en gentilhomme.
Mais cette question n’était clairement pas aussi superficielle.
Il devait y apporter sa propre réflexion.
Pourquoi la Voie du Sabre ?
Ye Ping médita pendant deux longues heures, au grand inconfort de Su Changyu, toujours perché sur le rocher.
Frère, ça fait deux heures que je suis debout. Tu ne peux pas me donner une réponse au hasard ?
J’en peux plus de rester debout, j’ai les mains en compote. Tu peux répondre, s’il te plaît ?
Je t’en supplie !
Su Changyu commençait à regretter de s’être donné des airs aussi impressionnants.
Ye Ping ne répondait pas, et Su Chengyu n’osait pas changer de pose. Il tournait le dos à Ye Ping, la main droite derrière lui, toujours serrée sur son épée. Il avait beau être cultivateur, il ne pouvait pas rester debout deux heures durant.
Enfin, au bout de trois heures, Ye Ping donna sa réponse.
Sa voix était toutefois très basse.
Il cherchait à tâter le terrain.
Il n’osait pas répondre à la légère et se creusait les méninges pour retrouver quelques phrases lues dans des romans.
« Aîné Frère aîné, le cœur est-il la Voie du Sabre ? »
Après avoir prononcé ces mots, Ye Ping eut un peu peur.
Après tout, c’était la première fois qu’il cultivait et pratiquait l’art du sabre. Son interlocuteur était un expert absolu du Dao. Si sa réponse ne le satisfaisait pas, ne laisserait-il pas passer sa chance ?
Pourtant, Su Changyu ne put s’empêcher de rester bouche bée en l’entendant.
Hé !
Pas mal, comme réponse.
C’est mieux que ce que j’avais répondu, à l’époque.
Il est vraiment doué.
La réponse était bonne, mais Su Changyu se retourna et changea discrètement de posture. Puis il secoua la tête, toujours aussi fier et distant.
« Faux. »
En effet, c’était faux.
La réponse de Ye Ping ne l’intéressait pas. Quelle qu’elle fût, elle serait forcément fausse.
S’il l’approuvait comme ça, ne passerait-il pas pour quelqu’un qui ne prenait pas la chose au sérieux ?
« Alors… le ciel et la terre sont-ils la Voie du Sabre ? »
Ye Ping continuait de tâter le terrain.
« Faux. »
répondit Su Changyu.
« La Voie du Sabre, est-ce le soleil et la lune ? »
« Faux. »
« La Voie du Sabre, est-ce tout ce qui existe au monde ? »
Ye Ping posa de nouveau sa question avec hésitation.
Il ne savait vraiment pas quoi répondre.
« Ah… »
Su Changyu secoua la tête et regarda Ye Ping avec une pointe d’impuissance.
« Décidément, ton talent pour la Voie du Sabre n’est pas à la hauteur. Je vais changer de question. »
dit Su Changyu.
Ye Ping en fut abattu.
Il s’y était préparé, mais ne pensait pas être aussi incompétent. Toutefois, puisque son frère martial aîné était prêt à lui donner une chance, Ye Ping ne se laissa pas décourager.
« Ye Ping, dis-moi : selon toi, jusqu’où peut aller la Voie du Sabre ? »
demanda Su Changyu d’un ton sévère.
Jusqu’où pouvait aller la Voie du Sabre ?
Ye Ping fronça légèrement les sourcils.
Il n’avait jamais vu personne manier le sabre.
La question touchait à un domaine qu’il ignorait complètement.
Mais après y avoir réfléchi, il estima avoir lu assez de romans pour connaître l’art du sabre, même s’il n’avait jamais vu personne le pratiquer.
Sur cette pensée, Ye Ping se remit à réfléchir.
Cette fois, il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la réponse.
« Frère martial aîné, je pense que la Voie du Sabre atteint son apogée lorsqu’un seul coup fend tout l’univers. »
La voix de Ye Ping était basse, mais c’était surtout qu’il manquait d’assurance.
Ses paroles laissèrent pourtant Su Chengyu stupéfait.
Su Changyu resta figé sur place, sous le choc.
Heureusement, il gardait en apparence son air indifférent et distant. Aussi, ses traits ne changèrent guère.
En réalité, Su Changyu était bouleversé au plus profond de lui-même.