Traducteur : Atlas Studios Éditeur : Atlas Studios
À la falaise arrière de la Secte Qingyun Dao.
Ye Ping en resta bouche bée.
Il avait d’abord cru que son grand frère martial aîné lui donnerait un manuel secret au hasard, mais il ne s’attendait pas à recevoir une technique suprême.
« Technique ancienne de trempe corporelle du Dieu-Démon »
Rien qu’à son nom, il comprit qu’il s’agissait d’une technique suprême.
Sinon, pourquoi l’aurait-on appelée « Dieu-Démon ancien » ?
Ça alors !
Ça alors !
Ça alors !
La respiration de Ye Ping s’accéléra.
*C’est vraiment une secte discrète, mais impressionnante.*
*Si ce n’est pas une secte discrète, mais impressionnante, qu’est-ce que c’est ?*
Ye Ping respirait de plus en plus vite.
Su Changyu se méprit sur ses réactions.
Il crut instinctivement que Ye Ping avait découvert quelque chose et s’empressa de trouver une explication.
« Petit frère martial, j’ai trouvé ça dans des ruines anciennes, et je n’en connais pas non plus l’origine. Cependant, nous autres cultivateurs ne pouvons pas nous contenter de cultiver la Voie du Sabre. Il ne faut négliger ni la cultivation spirituelle ni la cultivation physique.
— Vous avez dépassé la meilleure période pour la cultivation spirituelle et vos racines spirituelles sont médiocres. Il serait peut-être préférable de vous concentrer d’abord sur la cultivation physique. »
Su Changyu racontait n’importe quoi, car une telle chose n’existait pas dans le monde de la cultivation immortelle.
La plupart des cultivateurs physiques s’étaient tournés vers cette voie parce que leurs racines spirituelles étaient trop faibles pour leur permettre d’envisager autre chose.
Au royaume du Raffinement du qi, la cultivation physique pouvait se révéler assez efficace. Après tout, on en était encore à un stade martial inférieur, où le renforcement du corps était forcément utile.
Mais, une fois l’Établissement des fondations atteint, l’intérêt de la cultivation physique diminuait.
Les experts du Noyau d’or pouvaient tuer un ennemi à des centaines de kilomètres avec une épée volante.
En revanche, les experts en cultivation physique ne pouvaient pas éliminer leurs ennemis à des centaines de kilomètres d’un seul coup de poing, à moins que le manuel secret ne fût authentique.
Mais était-ce seulement possible ?
Su Changyu avait déjà lu le manuel secret : son contenu était tout bonnement absurde et rempli de vantardises sans fondement. S’il n’avait pas pratiqué la cultivation immortelle, il se serait laissé berner.
En réalité, le manuel exposait surtout des théories, à l’exception d’une partie consacrée à de véritables méthodes de raffinement.
Voilà pourquoi Su Changyu l’avait remis à Ye Ping.
Il voulait simplement donner quelque chose à faire à Ye Ping, pour qu’il ne passe pas ses journées à tenter de tirer une épiphanie de la marque d’épée. À la longue, Ye Ping finirait forcément par s’en lasser.
De plus, Su Changyu devait lui-même étudier le manuel d’épée pendant cette période. Donner le manuel secret à Ye Ping pour gagner du temps ne posait donc aucun problème.
Ye Ping allait-il l’apprendre ou non ?
Su Changyu préférait ne pas tirer de conclusions hâtives.
Comprendre les techniques des Quatre Tonnerres à partir de la marque d’épée restait plausible.
Si Ye Ping parvenait à tirer quoi que ce soit de ce manuel secret absurde, il jurait d’avaler toutes les épées volantes de Qingzhou.
« J’ai compris. Merci, Frère martial aîné. »
Ye Ping avait parfaitement compris les paroles de Su Changyu.
En général, les cultivateurs peu doués devaient passer par le raffinement physique pour améliorer leur condition.
Ils pouvaient ainsi cultiver à la fois l’esprit et le corps.
On utilisait généralement les techniques d’épée contre les ennemis, mais si l’on s’appuyait sur sa constitution pour écraser l’adversaire au moment décisif, on pouvait le prendre au dépourvu et l’empêcher de se défendre.
On pouvait même lui lancer : « Désolé, mais mon point fort, c’est la cultivation physique. »
À cette idée, Ye Ping sentit son enthousiasme redoubler.
« Tant mieux si vous avez compris, petit frère martial. Bon, prévenez-moi si vous rencontrez le moindre problème. Prenez ce manuel secret avec des pincettes. Si vous n’y comprenez vraiment rien, ne vous forcez pas, d’accord ?
— Même si vous voulez vous entraîner, vous devriez d’abord maîtriser parfaitement l’élan de l’épée des techniques des Quatre Tonnerres. »
Après ces recommandations, Su Changyu s’en alla.
« Prenez soin de vous, Frère martial aîné. »
Ye Ping raccompagna Su Changyu.
Peu après son départ, Ye Ping contint son enthousiasme et glissa la « Technique ancienne de trempe corporelle du Dieu-Démon » dans ses vêtements.
Puis il reprit sa méditation devant la marque d’épée.
Sa compréhension s’accélérait peut-être parce qu’il était si enthousiaste.
Il ne pensait désormais plus qu’à la Technique ancienne de trempe corporelle du Dieu-Démon.
Les techniques des Quatre Tonnerres avaient l’air assez ordinaires.
Mais la Technique ancienne de trempe corporelle du Dieu-Démon, c’était autre chose.
Son nom évoquait quelque chose de déchaîné, de redoutable et de dominateur.
Que valaient les techniques des Quatre Tonnerres à côté ?
Attaquer avec le tonnerre ? Ses mains ne suffisaient-elles pas ?
Ye Ping en était toutefois bien conscient.
Il se doutait que la Technique ancienne de trempe corporelle du Dieu-Démon serait extrêmement difficile à apprendre ; il devait donc s’y consacrer de toutes ses forces. Sinon, il risquait de tout perdre s’il échouait à maîtriser à la fois la technique de cultivation physique et les techniques d’épée.
En un clin d’œil, deux jours passèrent.
Tard dans la nuit, Su Changyu contempla le manuel d’épée qu’il tenait entre les mains et demeura silencieux.
C’était le manuel pour lequel Daoïste Tai Hua avait dépensé une fortune.
Il renfermait le Dao, et la première personne à le lire devait en recevoir l’illumination et maîtriser rapidement les techniques d’épée.
Pourtant, Su Changyu l’étudiait depuis deux jours.
Et il n’avait toujours pas compris le véritable sens des mouvements d’épée.
Su Changyu en resta muet.
Il se sentit aussi un peu nerveux.
Daoïste Tai Hua voulait qu’il l’apprenne en trois ou quatre jours, puis qu’il le transmette à Ye Ping.
Mais il n’y arrivait pas et s’en trouvait profondément contrarié.
Surtout, Su Changyu n’y comprenait rien.
Il avait beau n’avoir qu’un talent moyen, le manuel était pourtant imprégné de la loi du Dharma et devait améliorer ses capacités.
*Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à le maîtriser ?*
*Il n’est pas écrit que n’importe qui peut l’apprendre, du moment qu’il a des mains ?*
*J’ai même essayé avec les pieds, alors pourquoi je n’y arrive toujours pas ?*
*Est-ce que je ne suis vraiment pas fait pour pratiquer le maniement de l’épée ?*
Su Changyu se sentait accablé.
Sans la comparaison avec Ye Ping, il n’aurait jamais pensé que son talent était inférieur.
Mais depuis qu’il se comparait à Ye Ping, Su Changyu se sentait encore plus mal.
Sa détresse ne venait pourtant pas de son talent.
Il ne s’était jamais cru particulièrement doué.
Ce qui le tourmentait surtout, c’était ce manuel d’épée.
Si Daoïste Tai Hua apprenait qu’il n’avait pas réussi à le comprendre, il le tuerait sans doute.
Il avait coûté 500 pierres spirituelles.
Après remise, cela coûta 450 pierres spirituelles, soit l’équivalent des revenus que la Secte Qingyun Dao mettrait des centaines d’années à accumuler.
Et malgré cela, Su Changyu n’avait toujours pas réussi à le comprendre.
À vrai dire, même lui ne pouvait pas le tolérer, alors Daoïste Tai Hua…
« Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais faire ? Je me sens si mal. »
La panique submergea Su Changyu, qui ne cessait de se demander quoi faire.
Après un long moment, il finit par trouver une solution.
« Exact. J’ai peut-être échoué à apprendre les mouvements d’épée, mais le manuel en donne une explication. Je n’ai pas besoin de transmettre le manuel à petit frère martial. Il me suffit d’en extraire l’essentiel et de le lui enseigner.
— S’il parvient à l’apprendre, c’est qu’il est doué. Sinon, on ne pourra pas non plus me le reprocher. Qui a dit qu’il fallait être doué en tout ? »
Su Changyu venait de trouver une solution.
Il connaissait certes mal le Sabre de Chuanhe, mais il pouvait toujours inventer des explications. Si Ye Ping ne comprenait rien, il n’aurait qu’à lui présenter les choses à sa façon.
À cette pensée, Su Changyu sourit enfin.
Il ouvrit aussitôt le manuel d’épée, le lut attentivement une fois, puis poussa la porte et sortit chercher Ye Ping.
Quinze minutes plus tard.
Dans la Secte Qingyun Dao.
Le calme était absolu.
Su Changyu avançait seul, en silence, vers la falaise.
Mais, à cet instant, un coup de tonnerre retentit.
Les arbres en tremblèrent.
Su Changyu se figea.
Il regarda en direction de la falaise arrière et resta silencieux, son sourire se crispant peu à peu.
Il le sentit.
Le grondement de tonnerre qui venait de retentir était le signe que l’élan de l’épée avait atteint son accomplissement.
Moins d’une demi-journée s’était écoulée.
Ye Ping venait de comprendre les techniques du Tonnerre automnal et du Tonnerre hivernal.
Su Changyu en resta sans voix.
D’autant plus qu’il faisait nuit, et qu’il se laissa inexplicablement gagner par une humeur étrange.
Il devint particulièrement mélancolique et se sentit au plus bas.
Il ne se rendit pas à la falaise.
À la place, il s’éloigna en silence vers un endroit désert.
Su Changyu ne savait pas ce qui lui arrivait ces derniers temps.
Chaque fois que la nuit tombait, il devenait sombre et abattu.
Et son état semblait empirer.
La lune diffusait une lumière éparse à travers les nuages.
Il évitait la foule et s’éloignait à pas pressés.
*Je suis désolé d’être né humain.*
Pour une raison obscure, cette phrase traversa l’esprit de Su Changyu.