Traducteur : Atlas Studios Éditeur : Atlas Studios
Dans les monts du Nuage d’Azur, les montagnes étaient escarpées et les rochers aux formes étranges.
Des nuages brumeux s’étendaient à perte de vue, donnant au paysage des allures de royaume céleste.
Deux silhouettes troublèrent la quiétude de la montagne, près de son pied.
Elles avançaient l’une derrière l’autre.
Le premier avait passé la quarantaine. Vêtu d’une robe taoïste verte, il progressait dans la montagne d’un pas léger, sans que la moindre poussière ne le souille.
Le second avait une vingtaine d’années et une allure soignée et raffinée. Habillé de blanc, il marchait dans la montagne avec l’air d’un lettré. Seul défaut : ses chaussures de toile, maculées de boue, détonnaient.
Il avait peut-être plu quelques jours plus tôt, car la boue entre les montagnes était humide et glissante.
Ye Ping avançait entre les montagnes.
Des scènes diverses lui revenaient en mémoire.
Ye Ping se trouvait bien malchanceux.
Trois ans plus tôt, il n’était qu’un employé de bureau ordinaire, qui gâchait sa vie dans le système de bénédiction du 996, sur Terre.
Mais un accident imprévu l’avait transporté dans un monde aux allures d’Antiquité.
Ce monde n’appartenait à aucune des dynasties Tang, Song, Yuan, Ming ou Qing.
On l’appelait plutôt l’ère des Arts martiaux immortels.
Il se trouvait dans un petit pays nommé le royaume de Jin.
Qu’il se soit retrouvé sous les Tang, les Song, les Yuan, les Ming ou les Qing, il n’aurait pas mené une vie trop misérable, puisqu’il avait l’avantage d’être un transmigré. À la pensée qu’autrefois, un homme pouvait avoir plusieurs épouses, il se sentit soudain beaucoup mieux.
Comme le dit le proverbe, l’instruction passe avant tout et constitue la voie à suivre. Quelle que soit l’époque, étudier était sans aucun doute le moyen le plus direct de s’assurer un avenir prometteur et de se faire un nom. Pour améliorer son sort, Ye Ping avait donc pris le train en marche et choisi la voie des études.
Peut-être que d’autres transmigrés détestaient étudier, mais Ye Ping était différent. Il aimait lire et apprendre, car le royaume de Jin avait instauré une loi permettant à tous les lettrés de bénéficier de dix années d’instruction obligatoire. Autrement dit, il se réjouissait de recevoir une éducation gratuite.
Il pouvait étudier et passer des examens pour se faire un nom sans débourser un sou. Comment Ye Ping aurait-il pu ne pas s’en réjouir ?
Ainsi, durant les trois années qui suivirent sa transmigration, Ye Ping étudia assidûment les ouvrages des Sages, mémorisa les classiques et les soutras, et grava dans son esprit les paroles célèbres des Saints. De plus, grâce à sa formation littéraire, il lui arrivait de composer lui-même de superbes vers sur le monde.
L’un de ses vers exhortait à suivre le cours des choses et comparait la vie à un rêve. Il en avait aussi composé un autre sur la bravoure.
Bien sûr, ces vers célèbres avaient été remaniés. Après tout, ce monde ne connaissait pas de frontières, et il avait fallu les adapter.
Malgré tout, ces vers classiques avaient permis à Ye Ping de se faire une certaine réputation dans le royaume de Jin.
Mais alors qu’il débordait d’assurance et se préparait à passer les examens impériaux, un imprévu survint.
En route pour les examens dans la capitale, il aperçut quelqu’un fendre le ciel sur une épée immortelle, avec une grâce insouciante.
Il eut soudain une révélation.
« Alors, c’est un monde de cultivation immortelle. »
Ye Ping fut aussitôt accablé en s’en rendant compte.
Il avait travaillé dur pendant trois ans.
Il avait enduré bien des épreuves durant ces trois années.
Au départ, il pensait vivre dans un monde de lettrés, où tout le monde pratiquait les arts martiaux et étudiait.
Il n’aurait jamais imaginé que ce serait un monde de cultivation immortelle.
« Étudier dans un monde d’immortels ? »
« C’est absurde. »
Ye Ping n’avait beau pas avoir de grandes ambitions, il savait faire la différence entre la cultivation immortelle et les études.
Même en vénérant le Roi des Singes, on ne serait sans doute qu’un insignifiant parmi les cultivateurs immortels.
Le roi d’un pays lui-même devait témoigner du respect à un cultivateur immortel, non ?
Aussi, dès qu’il apprit qu’il vivait dans un monde de cultivation immortelle, Ye Ping abandonna ses rêves de lettré et décida de poursuivre la Voie immortelle, aussi illusoire fût-elle.
Il avait d’abord cru que le processus serait très long.
Mais il ne s’attendait pas à trouver tant de cultivateurs immortels dans ce monde : ils n’avaient rien de rare, contrairement à ce qu’il avait imaginé.
En moins d’un mois, Ye Ping avait participé à quatre ou cinq Grands rassemblements de l’Ascension immortelle.
Dans ce monde de cultivation immortelle, les sectes pullulaient et redoublaient toutes d’ardeur. Chaque année, elles organisaient le Grand rassemblement de l’Ascension immortelle, où toute personne dotée de racines spirituelles pouvait rejoindre une secte immortelle.
Ye Ping avait participé à plus de cinquante Grands rassemblements de l’Ascension immortelle. Il ne comprit qu’il était dépourvu de racines spirituelles qu’après avoir été inscrit sur la liste noire des grandes sectes de la région de Qingzhou.
Il n’avait pas une constitution rare : il avait la pire qui soit.
Ceux qui avaient sa constitution étaient généralement considérés comme des bons à rien.
Pourtant, lorsqu’il apprit qu’il avait la pire constitution, Ye Ping ne se sentit pas le moins du monde malheureux. Au contraire, il fut ravi.
« N’est-ce pas le début classique de l’histoire d’un outsider ? »
« Plus le protagoniste part de loin, plus ses réussites seront éclatantes par la suite. »
Ainsi, Ye Ping ne se laissa pas abattre. Au contraire, il voulait continuer à participer aux grands rassemblements de l’Ascension immortelle. Il était convaincu que, s’il parvenait à être accepté par une secte immortelle et qu’on lui donnait une chance équitable, il accomplirait de grandes choses.
Mais aux yeux des membres des grandes sectes, quelqu’un sans racines spirituelles n’était qu’un bon à rien. Aucune secte n’accepterait un cultivateur qui en était dépourvu.
Après avoir persévéré et travaillé sans relâche, il finit par rencontrer un bienfaiteur.
C’était l’homme d’âge mûr qui marchait devant lui.
Il s’agissait de Daoïste Tai Hua, le Maître de secte de dix-huitième génération de la secte Qingyun Dao.
Il avait repéré Ye Ping dans la foule et accepté de le prendre comme disciple pour lui enseigner quelques techniques immortelles.
À une seule condition : il devait d’abord effectuer un stage. Pendant cette période, il ne toucherait aucun salaire.
Autrement dit, il ne serait pas payé.
Cette condition ne dérangeait pas vraiment Ye Ping. Après tout, les biens matériels ne l’intéressaient pas.
Ce qui comptait, c’était la cultivation.
Tant qu’il pourrait cultiver, il n’aurait plus à s’inquiéter de manquer d’argent à l’avenir.
À cette pensée, Ye Ping ne put s’empêcher de se sentir nerveux.
Au milieu des montagnes, les nuages dérivaient, donnant au paysage des airs de royaume céleste. Une brise légère souffla, et Ye Ping eut l’impression que son âme se purifiait. Il était nerveux, mais aussi impatient. Surtout, il était émerveillé.
À ses yeux, les immortels avaient toujours été majestueux.
Il s’imaginait déjà en cultivateur immortel, parcourant les neuf provinces grâce au vol sur l’épée, sa robe blanche flottant au vent. N’était-ce pas magnifique ?
« Les immortels jouissent d’une longue vie. »
« C’est merveilleux. »
Tandis que Ye Ping laissait son imagination s’emballer, Daoïste Tai Hua, le Maître de secte de dix-huitième génération de la secte Qingyun Dao, affichait un sourire radieux.
Cette fois-ci, il était descendu de la montagne pour régler quelques affaires sans importance.
Mais il ne s’était pas attendu à trouver un nouveau disciple.
Et surtout, ce disciple acceptait un stage sans salaire.
Une double bénédiction.
Ces derniers temps, la concurrence entre les sectes de la région de Qingzhou était devenue féroce, et elles se disputaient les disciples, ce qui avait fait grimper les salaires.
Les disciples talentueux avaient tous été raflés par les grandes sectes. Même la plupart de ceux qui manquaient de talent, mais possédaient tout de même quelques aptitudes, avaient été recrutés. Il ne restait donc que des cas désespérés.
Et malgré cela, les salaires ne cessaient d’augmenter chaque année à cause de la concurrence entre les sectes.
Bien sûr, c’était aussi parce que beaucoup savaient que ceux qui n’avaient pas de racines spirituelles finiraient comme hommes à tout faire dans les sectes immortelles. S’ils voulaient apprendre quelque chose, autant rejoindre une école d’arts martiaux pour renforcer leur corps. Au moins, ils auraient un avenir, même modeste.
La cultivation immortelle ne rendait pas forcément plus fort.
S’il suffisait de maîtriser les techniques de base pour devenir immortel, tout le monde serait expert.
Mais c’était aussi pour cette raison que certaines sectes de rang inférieur pouvaient passer plusieurs années sans recruter un seul disciple, sans même parler d’en trouver un qui accepterait de les rejoindre gratuitement.
Aussi Daoïste Tai Hua était-il de fort bonne humeur.
Une seule chose le préoccupait : ses disciples ne payaient peut-être pas de mine.
Il ne voulait pas que son nouveau disciple reparte peu après son arrivée.
Ce serait problématique.
Cependant, Daoïste Tai Hua ne se sentait pas coupable, car personne d’autre n’aurait accepté de prendre Ye Ping pour lui enseigner la cultivation immortelle. Puisque les deux parties étaient d’accord, il n’avait aucune raison de culpabiliser. Sa secte immortelle avait beau être pauvre, les sectes plus prestigieuses n’accepteraient pas Ye Ping.
La seule chose qui le gênait, c’était de ne pas lui verser de salaire. Mais Daoïste Tai Hua le noterait et se rattraperait lorsque la secte aurait prospéré et se serait développée.
Tandis que Daoïste Tai Hua réfléchissait tranquillement à tout cela, les deux silhouettes arrivèrent à l’entrée de la secte Qingyun Dao.