Chapitre 183
Au palais de la Grande dynastie Xia, le Prince héritier siégeait au milieu de la grande salle.
Il examinait plusieurs documents officiels.
En tant que Prince héritier de la Grande dynastie Xia, il avait la responsabilité de superviser l’État ; certains documents et rapports des fonctionnaires civils et militaires devaient donc lui être soumis pour approbation.
Cette tâche était fastidieuse, mais il ne s’en plaignait pas. Bien au contraire, il aimait s’y consacrer.
Ce n’était pas seulement parce qu’il avait l’impression de décider du sort de chacun ; surtout, il estimait que superviser l’État et approuver ou rejeter les documents officiels lui permettait d’étendre son pouvoir.
Par exemple, si un royaume mystique renfermait des trésors, il pouvait envoyer ses subordonnés s’en occuper. Grâce aux informations qu’il recueillait, il pouvait gagner un grand nombre de pierres spirituelles.
Et ces pierres spirituelles lui servaient à rallier des partisans.
Bien qu’il fût le Prince héritier de la Grande dynastie Xia, il avait davantage besoin de pierres spirituelles que les autres. Elles étaient l’équivalent de l’argent dans le monde des mortels. Personne ne se plaignait d’en avoir trop, et aucun cultivateur ne pouvait les dédaigner.
Pour s’attirer des soutiens, il lui fallait les couvrir d’argent. Sans cela, même son statut ne suffirait pas à les débaucher s’il ne leur proposait ni avantages ni bénéfices.
Mais, à cet instant, une silhouette apparut dans la salle.
« Votre Altesse, notre enquête approfondie a confirmé que le royaume mystique des Sept Anciens Rois est bel et bien apparu dans les montagnes du sud du royaume de Chen. »
L’homme se présenta et s’agenouilla respectueusement devant le Prince héritier.
« Très bien. »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia posa son pinceau trempé d’encre rouge et soupira lentement.
« Les Sept Anciens Rois étaient sept puissants maîtres sans égal de l’Antiquité, et leurs héritages me seraient d’une aide considérable. Yan Jiu, surveille cette affaire de près. Je dois mettre la main sur ce royaume mystique. Est-ce bien compris ? »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia avait le visage résolu.
« Soyez sans crainte, Votre Altesse. »
« Toutefois, Votre Altesse, il nous faudra les anciens jetons des Sept Rois pour ouvrir le royaume mystique des Sept Anciens Rois. Il m’est très difficile de les trouver, je vous prie donc de me pardonner. »
Yan Jiu baissa la tête en parlant.
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia secoua la tête, d’un calme imperturbable.
« Inutile de chercher les anciens jetons des Sept Rois. J’en ai déjà trois, et la Grande dynastie Ze en possède deux. La secte Xuantian et la secte du Grand Un en ont chacune un. Nous irons un jour ensemble aux ruines antiques des Sept Rois. »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia parlait avec une grande assurance.
« Votre Altesse, vous avez vraiment de la chance. Mais si nous impliquons la Grande dynastie Ze, la secte Xuantian et la secte du Grand Un, ne risque-t-on pas de déclencher une grande bataille ? »
Yan Jiu posa la question avec inquiétude.
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia sourit avec encore plus d’assurance.
« Une bataille ? Le Prince héritier de la Grande dynastie Ze m’a déjà remis l’ancien jeton. Ils ne se battront pas contre nous. Après tout, nos deux dynasties vont bientôt s’unir par un mariage, et la Grande dynastie Ze nous rendra bien ce service. »
« Quant à la secte Xuantian et à la secte du Grand Un… Même si elles viennent m’affronter, que pourront-elles faire ? Nous sommes déjà convenus que chacun vaquerait à ses propres affaires. J’ai lu dans les livres anciens que la première épreuve du royaume mystique des Sept Anciens Rois était la Grotte du fil du rasoir. »
« Je demanderai à un maître de la secte du Secret céleste de m’escorter. Ils n’y penseront jamais et, même s’ils s’y rendent, ils repartiront bredouilles. »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia parlait avec confiance.
« Votre Altesse, vous êtes vraiment sage et brillant. Je vous admire sincèrement. »
Yan Jiu s’inclina aussitôt pour flatter le Prince héritier de la Grande dynastie Xia.
Le sourire du Prince héritier s’effaça peu à peu, tandis qu’il poursuivait : « Le grand tournoi des Dix Nations va bientôt commencer. Va le surveiller. Si tu repères de nouveaux génies, essaie de les rallier à nous. Et si tu en rencontres qui sont indomptables, n’oublie pas d’inscrire leur nom dans le registre noir. »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia avait parlé froidement.
« Oui. »
Yan Jiu acquiesça. Il savait ce que signifiait le registre noir. Celui-ci appartenait exclusivement au Prince héritier de la Grande dynastie Xia et recensait ses ennemis. Une fois le Prince héritier monté sur le trône, ceux dont le nom y figurait auraient sans doute des ennuis.
« Bien. Va t’occuper de ce que tu as à faire. »
Le Prince héritier de la Grande dynastie Xia parlait lentement.
Yan Jiu disparut sur-le-champ.
Une fois Yan Jiu parti, le Prince héritier de la Grande dynastie Xia regarda au-dehors, par-delà son palais.
« Le royaume mystique des Sept Anciens Rois ! »
Il murmura ces mots, les yeux brillants de convoitise.
Les Sept Anciens Rois étaient véritablement des maîtres sans égal. Dans l’Antiquité, ils étaient connus comme les rois des hommes, qui régnaient sur toute chose et détenaient une puissance prodigieuse. À la fin, tous avaient accompli l’Ascension immortelle et étaient devenus des immortels.
La rumeur disait qu’avant leur ascension, ils avaient caché tous leurs trésors dans un royaume mystique.
S’il s’emparait de ces trésors, il gagnerait la moitié de la puissance d’une dynastie.
Voilà pourquoi le Prince héritier de la Grande dynastie Xia était si enthousiaste et les convoitait tant.
Bien qu’il fût le Prince héritier, plusieurs princes se tenaient sous lui et comptaient lui disputer le trône. Tant qu’il ne serait pas monté sur celui-ci, il ne pourrait pas goûter à la tranquillité.
Il était toutefois convaincu que, s’il obtenait les trésors des Sept Anciens Rois, il monterait à coup sûr sur le trône.
Au même moment, dans la capitale du royaume de Wei…
Cette année-là, le royaume de Wei avait été choisi pour accueillir le grand tournoi des Dix Nations.
Pour préparer l’événement, le roi du royaume de Wei avait dépensé une fortune à réaménager tout le pays.
À l’origine, le royaume de Wei ne comptait que dix grandes routes. Mais, pour le grand tournoi des Dix Nations, on en avait ajouté huit, chacune large de trente mètres et reliant les quatre coins du pays.
Six de ces huit nouvelles routes menaient au site du grand tournoi des Dix Nations.
Les deux autres reliaient les grands marchés de l’est et de l’ouest.
Cette fois, le grand tournoi des Dix Nations avait attiré d’innombrables cultivateurs au royaume de Wei. Nobles et cultivateurs ordinaires des dix nations brûlaient d’envie d’assister en personne à la compétition.
La capitale du royaume de Wei était donc bondée.
Heureusement, les autorités du royaume de Wei avaient vite régulé les entrées afin de désengorger la ville.
Voilà qui montrait bien l’ampleur du grand tournoi des Dix Nations.
Le lendemain aurait lieu l’épreuve de sélection du grand tournoi des Dix Nations.
L’épreuve dans le royaume mystique se déroulerait au nord-ouest.
De nombreux cultivateurs s’y rendaient déjà pour réserver des places, de peur de manquer l’occasion.
À cet instant, à l’extérieur de la capitale…
Des files interminables serpentant comme des serpents s’étiraient devant les portes, et d’innombrables cultivateurs attendaient. Beaucoup de retardataires se voyaient refuser l’entrée, malgré le long voyage qu’ils avaient effectué.
Heureusement, les participants disposaient d’un passage spécial, comme lors de la Rencontre de la Voie du Sabre de Qingzhou. Peu importait la longueur de la file : ils n’étaient pas concernés par l’attente.
« Immortels exaltés, suivez ce passage jusqu’au bout. Le roi a désigné le Ciel à une ligne comme résidence. Vous le verrez après environ une heure de marche. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, adressez-vous directement au personnel. »
Après avoir vérifié une nouvelle fois l’ancien jeton de Ye Ping, le commandant posté à l’extérieur de la ville prit aussitôt un air respectueux.
« Merci beaucoup, monsieur. »
Ye Ping prit l’ancien jeton, puis s’engagea dans le passage avec Li Yu.
Les cultivateurs qui faisaient la queue autour d’eux ne purent s’empêcher de les regarder avec envie.
Ce passage spécial était réservé aux seuls participants du grand tournoi des Dix Nations. Même le prince du royaume de Wei n’aurait pu enfreindre cette règle.
Li Yu n’était pas un élève participant, mais, en tant que Prince héritier du royaume de Jin, il bénéficiait d’un traitement privilégié. De plus, chaque participant avait le droit d’emmener une personne avec lui ; Li Yu profitait donc de la faveur accordée à Ye Ping.
Le grand tournoi des Dix Nations était un événement d’une ampleur exceptionnelle, ouvert aux cultivateurs des dix nations. Le royaume de Wei ne pouvait se permettre la moindre négligence, sous peine d’insulter les dix nations.
Sur la grande route.
Ye Ping était simplement vêtu d’une robe blanche sans ornement.
Pourtant, son allure et son apparence n’avaient rien d’ordinaires.
Beau et raffiné, il dégageait une aura de lettré qui attirait les regards.
Quant à Li Yu, le Prince héritier du royaume de Jin était naturellement séduisant, mais il paraissait ordinaire à côté de Ye Ping.
Tous deux avançaient sur la grande route.
Des généraux du royaume de Wei se tenaient de part et d’autre, mais de nombreux passants ne pouvaient s’empêcher de les dévisager.
Ils les observaient sans relâche.
Les femmes, en particulier, ne cachaient pas leur admiration.
« Les filles, regardez-moi cet homme ! Qu’est-ce qu’il est beau ! »
« Vite, regardez, quel beau gosse ! »
« Comment peut-on être aussi beau ? »
« De quelle nation vient cet élève ? Il est si beau… J’ai envie de lui donner un enfant. »
Ye Ping était véritablement d’une beauté remarquable ; on pouvait sans exagérer le qualifier de beau gosse.
Son aura singulière avait aussitôt attiré l’attention de nombreuses femmes.
Ye Ping demeura calme sous les regards de la foule.
Li Yu, lui, ne parvenait pas à dissimuler sa joie.
Tous deux marchaient d’un bon pas et, en moins d’une heure, ils aperçurent le « Ciel à une ligne ».
« Maître, le Ciel à une ligne est le restaurant le plus célèbre de la capitale du royaume de Wei. Je ne pensais pas que le roi de Wei serait assez généreux pour y loger les élèves participants. Mon père, lui, n’aurait certainement pas eu le cœur à une telle dépense. »
Li Yu ne put s’empêcher de louer le restaurant à sa vue.
Ye Ping ne répondit pas et se contenta d’observer le fameux Ciel à une ligne.
À première vue, l’endroit ressemblait davantage à un petit palais qu’à un restaurant. Ses pavillons de jade, ses toits aux avant-toits relevés et ses tuiles vernissées multicolores lui donnaient un air luxueux sans être tapageur.
À l’intérieur, de faibles notes de cithare apaisaient les sens.
« Salutations, Immortels exaltés. »
À cet instant, deux belles femmes s’avancèrent lentement et saluèrent Ye Ping et Li Yu.
Ye Ping et Li Yu leur rendirent leur sourire.
« Immortels exaltés, vous devez être fatigués après ce long voyage. Fée Zi Shuang joue actuellement de la cithare. Souhaiteriez-vous aller l’écouter et vous reposer un peu ? »
Une servante parlait d’un ton posé, mais jetait de temps à autre un regard à Ye Ping.
« Fée Zi Shuang est ici ? »
En entendant son nom, Li Yu parut aussitôt surpris.
Ye Ping ne put s’empêcher de lui jeter un regard curieux.
Sentant le regard de Ye Ping, Li Yu s’empressa de préciser :
« Maître, Fée Zi Shuang appartient à l’ancienne secte de la Cithare du royaume de Wei et est célèbre pour son talent musical. Elle ne se contente pas de jouer admirablement de la cithare : c’est aussi une beauté éblouissante, considérée comme l’une des quatre fées les plus ravissantes du royaume de Wei. »
Li Yu s’exprimait avec enthousiasme.
Ye Ping acquiesça. Il avait plus ou moins compris.
« Oui, oui, veuillez nous conduire. »
Sans attendre que Ye Ping réponde, Li Yu accepta à la hâte et demanda aux deux servantes de leur montrer le chemin.
Celles-ci n’ajoutèrent rien. Elles sourirent simplement avec calme, puis conduisirent Ye Ping et Li Yu à l’intérieur du restaurant Ciel à une ligne.
L’endroit était animé et embaumait d’un parfum singulier. Après avoir franchi plusieurs portes et tourné à maintes reprises, Ye Ping et Li Yu arrivèrent enfin dans une cour.
Au milieu de la cour, un pavillon se dressait sur un lac. Une femme vêtue de violet y jouait de la cithare.
Deux servantes se tenaient de chaque côté d’elle.
La mélodie était belle et apaisante. Au bord du lac, plusieurs anciennes tables à thé en bois accueillaient le public, qui comptait des centaines de personnes.
Tous, captivés par le concert, semblaient remarquables. Dès que Ye Ping apparut, il sentit une aura puissante.
Mais, à cet instant, une voix retentit et rompit le calme.
« Frère martial aîné Ye ! Qu’est-ce qui vous amène ici ? »
C’était Huangfu Tianlong.
Dans la foule, Huangfu Tianlong avait senti la présence de Ye Ping dès son arrivée.
Comme il cultivait son corps, il pouvait naturellement percevoir celle de Ye Ping. Il ne s’était toutefois pas attendu à ce que Ye Ping vienne réellement.
Il se leva et l’interpella bruyamment pour le saluer, sans se soucier des sentiments des autres.
Dong.
À cet instant, Fée Zi Shuang cessa brusquement de jouer.
La mélodie s’interrompit net.
Les auditeurs ouvrirent les yeux et sortirent de la transe où les avait plongés la musique.
Tous se tournèrent vers Huangfu Tianlong.
Mais celui-ci, inconscient du malaise général, ignora leurs regards et se dirigea tout sourire vers Ye Ping.
« Frère martial aîné Ye, je savais que vous viendriez. Je l’avais deviné ! »
Huangfu Tianlong affichait un grand sourire.
Libéré de la rancune qu’il avait nourrie, il souriait avec une sincérité particulière.
Mais il ne choisissait pas vraiment le bon moment ni le bon endroit.
En voyant approcher Huangfu Tianlong et en sentant tous les regards braqués sur eux, Li Yu se sentit gêné.
Ye Ping aussi était un peu embarrassé.
Après tout, tout le monde écoutait la cithare, et voilà qu’il venait d’interrompre le concert pour saluer quelqu’un, l’air de rien.
On devait le trouver bien mal élevé.
« Frère martial aîné Ye, venez, venez, asseyez-vous. Fée Zi Shuang joue de la cithare. Écoutons-la tout en bavardant. »
Huangfu Tianlong était plein d’entrain.
Il était encore jeune et manquait un peu de savoir-vivre. De plus, il ne jurait que par la Voie des arts martiaux. Pour le dire franchement, il respectait les forts et ignorait les faibles.
Sans se soucier des regards de la foule, il entraîna Ye Ping et Li Yu pour discuter autour d’un verre, avec une insensibilité déconcertante.
En fait, après avoir remarqué que Fée Zi Shuang avait cessé de jouer, Huangfu Tianlong la regarda avec curiosité et lui demanda : « Fée Zi Shuang, pourquoi avez-vous arrêté ? Reprenez vite ! Mon frère martial aîné est là : jouez quelques morceaux pour mettre de l’ambiance. »
Huangfu Tianlong parlait sans détour.
À côté, Li Yu baissa la tête, si mortifié qu’il aurait voulu creuser un trou pour s’y cacher.
*C’est… un peu trop gênant, non ?*
C’était Fée Zi Shuang, la première des quatre fées du royaume de Wei.
Elle était venue jouer de la cithare pour son plaisir. Ce n’était pas une musicienne de maison close. Pour qui la prenait-il ?
*Frère, vous pourriez arrêter de foncer tête baissée ?*
Li Yu baissa la tête, le visage écarlate.
Ye Ping était lui aussi embarrassé.
En homme lettré, il maîtrisait naturellement les arts raffinés : les échecs, la calligraphie, la musique et la littérature.
Tout cela exigeait du calme.
*Non seulement tu as interrompu le concert, mais tu me demandes en plus de la faire rejouer pour mettre de l’ambiance ?*
*C’est vraiment gênant, non ?*
« Frère martial aîné Ye, pourquoi ne dites-vous rien ? »
Huangfu Tianlong était un peu perplexe.
Il était vraiment enthousiaste. Depuis toujours, il espérait que Ye Ping participerait au grand tournoi des Dix Nations. S’il y prenait part, il serait sans aucun doute sélectionné pour l’Académie des Dix Nations.
Il pourrait alors souvent s’entraîner au combat avec Ye Ping.
En le voyant aujourd’hui, Huangfu Tianlong était au comble de l’enthousiasme.
Voilà pourquoi il s’était montré si exubérant, sans se soucier des sentiments des autres.
« Ça suffit, maintenant ? »
Mais avant que Ye Ping ait pu répondre, une voix glaciale retentit.
Dans la cour, des centaines de personnes étaient assises en silence. Ceux qui pouvaient entrer au Ciel à une ligne étaient, pour l’essentiel, des génies des différentes académies des Dix Nations.
La plupart n’étaient que des génies ordinaires et n’osaient donc pas exprimer leur mécontentement face au comportement de Huangfu Tianlong.
Mais cela ne signifiait pas qu’il n’y avait pas de véritables génies.
Une voix venait de s’élever.
Le silence tomba aussitôt.
L’homme portait une longue robe verte et une couronne de jade. Il avait l’air vaillant et digne.
« Chen Hongfei ? »
Li Yu semblait bien renseigné : il reconnut immédiatement l’homme.
Puis, baissant la voix, il ajouta : « Maître, c’est Chen Hongfei, le fils d’un grand lettré du royaume de Chen et l’un des meilleurs de l’Académie du royaume de Chen. Il est très célèbre et puissant. »
Li Yu lui présenta Chen Hongfei à voix basse.
Ye Ping se tourna vers lui et constata que sa cultivation était effectivement remarquable. À vingt-cinq ou vingt-six ans, il avait déjà atteint le Noyau d’or. Et, bien qu’il ne cultivât pas son corps, il avait une excellente constitution.
Huangfu Tianlong fronça les sourcils et regarda Chen Hongfei, puis balaya la foule du regard.
Il se calma aussitôt, comprenant qu’il s’était laissé emporter.
« Tout le monde, je vous prie de m’excuser. J’ai perdu mon sang-froid en voyant mon frère martial aîné. »
Huangfu Tianlong avait beau être un peu obtus, il n’ignorait pas complètement les règles de savoir-vivre.
Comprenant qu’il avait effectivement perdu son sang-froid, il s’excusa aussitôt.
« Hmph ! Si vous voulez bavarder, retournez le faire ailleurs. Vous n’aviez pas à interrompre le concert de Fée Zi Shuang. Vous gâchez l’ambiance. Vous avez ruiné la mienne, mais aussi celle de Fée Zi Shuang pendant qu’elle jouait. Vous croyez qu’une simple explication suffira à régler le problème ? »
Chen Hongfei prit son verre de vin.
Il en but une gorgée avec indifférence, d’un ton plutôt autoritaire.
« Qu’est-ce que vous voulez, alors ? »
Huangfu Tianlong ne put retenir sa colère.
Il avait beau avoir gâché l’ambiance, il ne pensait pas que c’était si grave : après tout, ce n’était qu’un concert.
Son expression se fit froide et sombre.
Ye Ping se leva aussitôt et se plaça devant Huangfu Tianlong, puis s’inclina calmement devant l’assemblée.
« Je vous prie de nous excuser. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu mon petit frère martial Huangfu, et nous étions tous deux si enthousiastes que nous avons perdu notre sang-froid. Je vous présente mes excuses en son nom. »
Ye Ping était raffiné et bien élevé.
La plupart des lettrés hochèrent presque la tête.
Après tout, ce n’était qu’un incident sans importance et Ye Ping avait pris l’initiative de s’excuser. La foule n’avait donc rien à redire.
Chen Hongfei ne put toutefois s’empêcher d’intervenir.
« Inutile de nous présenter vos excuses. Faites-les à Fée Zi Shuang. »
« Vous savez combien il est rare d’assister à une prestation de Fée Zi Shuang ? À son niveau, chaque fois qu’elle joue, elle en retire quelque chose. Et vous l’avez brusquement interrompue, gâchant son humeur. Vous rendez-vous compte de la gravité de votre faute ? »
Chen Hongfei poursuivit, le dos tourné à Ye Ping et Huangfu Tianlong, les yeux pleins d’admiration fixés sur Fée Zi Shuang, dans le pavillon.
Ye Ping fronça légèrement les sourcils, mais comprit aussitôt.
Chen Hongfei ne cherchait pas délibérément querelle : il essayait seulement de faire la cour à Fée Zi Shuang.
Huangfu Tianlong voulut répliquer, mais Ye Ping l’en empêcha. Puis il se tourna vers Fée Zi Shuang, dans le pavillon.
Il allait prendre la parole lorsqu’une voix douce retentit.
« Ce n’est qu’un détail, rien de grave. Ne vous fâchez pas pour si peu. Puisque vous êtes tous nos invités, je vais simplement jouer un autre morceau. »
La voix douce et mélodieuse de Fée Zi Shuang apaisa les esprits ; elle espérait qu’ils cesseraient de se quereller.
Chen Hongfei ne put toutefois s’empêcher d’intervenir.
« Comment pouvez-vous dire cela ? Fée Zi Shuang, les sons de votre cithare sont célestes et rares en ce monde. Vous interrompre est une faute impardonnable : ils doivent présenter leurs excuses. »
Chen Hongfei se leva, flattant Fée Zi Shuang et cherchant à s’attirer ses bonnes grâces au point d’en donner la chair de poule à tout le monde.
Quel flagorneur !
« Jeune Maître Chen, ce n’est qu’un petit incident. Inutile d’en faire toute une histoire. »
Fée Zi Shuang continua de parler. Elle aussi trouvait que c’était sans importance. Certes, elle s’était un peu agacée au début, mais elle n’était pas quelqu’un de mesquin.
Mais, à cet instant, Ye Ping reprit la parole.
« Fée Zi Shuang, mon petit frère martial a effectivement agi avec précipitation et interrompu votre concert. J’espère que vous le comprendrez et lui pardonnerez. »
Ye Ping ne voulait pas s’attarder davantage sur l’incident.
Après tout, quoi qu’il en soit, Huangfu Tianlong avait bel et bien commis une faute.
Il n’y avait rien de honteux à s’excuser quand on avait tort.
« Ce n’est rien. J’admire vraiment votre grandeur d’âme. J’espère que vous apprécierez ma prestation. »
Fée Zi Shuang était un peu surprise. Après tout, les génies de ce genre tenaient beaucoup à leur fierté, et les personnes aussi magnanimes que Ye Ping étaient rares. Elle comprit à ce seul détail qu’il avait bon caractère.
Mais Chen Hongfei reprit la parole.
« Vous voulez encore qu’ils écoutent votre prestation ? Des gens comme eux, incapables d’apprécier votre musique, ne sont que des rustres. Pourquoi les inviter à rester ? Fée Zi Shuang, leur présence insulte profondément votre art et nous autres lettrés. Nous devrions leur demander de partir. »
Chen Hongfei ne lâchait pas l’affaire.
À cet instant, le regard de Ye Ping se fit froid.
Que Chen Hongfei soit un flagorneur ne le dérangeait pas.
C’était son affaire.
Mais il allait trop loin en s’acharnant ainsi contre lui.
Huangfu Tianlong avait beau être un peu irréfléchi et avoir interrompu le concert, cela restait une broutille.
*Tu considères Fée Zi Shuang comme une déesse et sa musique comme un trésor, mais tu ne peux pas obliger les autres à penser comme toi.*
*Et nous nous sommes déjà excusés.*
*Tu insistes encore et encore, hein ?*
*Tu crois vraiment que je n’ai pas de caractère ?*
Li Yu sentit le regard de Ye Ping se glacer.
Il se leva aussitôt et fixa Chen Hongfei. Il ne pouvait peut-être pas le battre, mais il ne perdrait pas la face devant lui.
Huangfu Tianlong, lui, ne prit pas de détours.
Il s’avança droit vers Chen Hongfei et le fixa d’un air sombre.
« Vous cherchez à vous faire rosser ? »
Le regard de Huangfu Tianlong était glacial. Il n’était pas du genre à s’emporter facilement, mais il allait droit au but.
Si Chen Hongfei l’avait sermonné, Huangfu Tianlong ne se serait pas fâché ; il serait tout au plus parti sans lui prêter attention.
Mais il ne pouvait pas tolérer que Chen Hongfei veuille chasser Ye Ping.
Dans sa vie, il admirait deux personnes plus que tout : son maître et Ye Ping.
Alors…
Qu’on l’humilie, il pouvait le supporter !
Mais il ne laisserait personne humilier Ye Ping !
Le regard de Huangfu Tianlong était glacial.
Ye Ping aussi semblait sombre et écœuré.
Les flagorneurs lui répugnaient.