Chapitre 160
Au pied de la montagne du Nuage d’Azur.
En revoyant Ye Ping, Su Changyu sentit une joie irrépressible l’envahir.
Depuis tout ce temps, il avait craint que Ye Ping ne lui arrive malheur dans l’ancienne ville de Qingzhou.
Il s’était même préparé à apprendre sa mort.
Mais à présent que Ye Ping se tenait devant lui, indemne, Su Changyu ne pouvait naturellement plus contenir sa joie.
Tant que Ye Ping était en vie, rien d’autre ne comptait.
« Grand frère martial aîné ! »
Ye Ping s’avança précipitamment et s’inclina devant Su Changyu.
Il affichait un profond respect, et ses yeux brillaient eux aussi de joie.
« Inutile de tant de cérémonies. »
Bien qu’il fût ravi, Su Changyu affichait un calme absolu.
« Grand frère martial aîné, qui est-ce ? »
Revenu à lui, Ye Ping ne put s’empêcher de regarder l’homme qui se tenait aux côtés de Su Changyu.
C’était un homme d’âge mûr, qui semblait posé sans toutefois l’être autant que Su Changyu. Il avait plutôt l’air un peu lent d’esprit.
« C’est mon nouveau disciple. Tu peux l’appeler Disciple-neveu Gu. »
Su Changyu présenta le vieux Gu au groupe.
La seule évocation du vieux Gu lui donnait du fil à retordre.
À Lizhou, il avait rencontré Gu Jianxian, qu’il avait d’abord eu l’intention de prendre pour disciple. Mais, par la suite, il l’avait semé avant de rentrer seul à la secte.
Il ne s’était toutefois pas attendu à ce que Gu Jianxian le poursuive et insiste pour le suivre jusqu’à la secte.
Gu Jianxian avait même affirmé que, puisque Su Changyu avait été son maître, il serait toujours comme un père pour lui. Bref, il s’accrochait à Su Changyu.
Su Changyu comprit alors à peu près ce qui s’était passé.
Gu Jianxian avait soit été dupé par lui, soit percé sa ruse à jour et voulait simplement le suivre.
Dans un cas comme dans l’autre, Su Changyu trouvait cela gênant.
*S’il s’agit de la première hypothèse, comment vais-je lui expliquer clairement ? Si je finis par entraver sa cultivation, ce ne sera pas une mince affaire.*
Ye Ping n’avait jamais cultivé auparavant, aussi Su Changyu ne voulait-il en aucun cas le freiner. Mais il avait l’impression que Ye Ping se débrouillait plutôt bien, désormais.
Le vieux Gu, en revanche, était différent. C’était un véritable cultivateur immortel, sans doute en pleine crise de la quarantaine. S’il découvrait que Su Changyu l’avait berné, il risquait bien de le tuer.
Mais si c’était la seconde hypothèse, ce n’était pas mieux.
S’il savait que Su Changyu était un bon à rien et insistait malgré tout pour le suivre, qu’est-ce que cela signifiait ?
Qu’il n’était qu’un parasite.
Il voulait vivre aux crochets de Su Changyu.
Hors de question. La secte taoïste du Nuage d’Azur ne pouvait se permettre d’avoir qu’un seul parasite, et ce ne pouvait être que lui, Su Changyu.
Il comptait donc régler ses comptes avec le vieux Gu dans quelques jours.
À cet instant, le regard de Gu Jianxian s’anima enfin.
Il fixa aussitôt le Démon rancunier du Grand Purgatoire.
« Un Roi fantôme du royaume de l’Âme naissante ? »
Gu Jianxian reconnut d’un coup d’œil la véritable nature du Démon rancunier du Grand Purgatoire, mais cela ne sembla pas le surprendre. Il se demandait simplement pourquoi un Roi fantôme du royaume de l’Âme naissante se trouvait ici.
Cependant, dès qu’il aperçut l’anneau d’or sur la tête du Démon rancunier du Grand Purgatoire, il comprit aussitôt.
Sentant le regard de Gu Jianxian sur lui, le Démon rancunier du Grand Purgatoire lui lança un regard hostile, comme pour lui dire : « Qu’est-ce que tu regardes ? »
Gu Jianxian l’ignora et se tourna plutôt vers Xia Qingmo.
« La princesse de la dynastie Xia ? »
Cette fois, Gu Jianxian ne put retenir une pointe de surprise.
Il ne s’était vraiment pas attendu à voir ici la princesse de la dynastie Xia. Xia Qingmo, toutefois, ne le connaissait pas.
Gu Jianxian ne fut néanmoins que légèrement étonné. En tant qu’Immortel de l’épée suprême, il n’aurait pas été bouleversé même si le souverain de la dynastie Xia était apparu devant lui.
Puis Gu Jianxian reporta son regard sur Xu Luochen.
*Quel bon à rien.*
Il resta impassible.
Enfin, Gu Jianxian regarda Ye Ping.
*Hein ?*
Gu Jianxian discerna aussitôt le physique de Ye Ping.
Ye Ping était extrêmement fort et semblait avoir condensé le Fourneau de sang et de qi. Mais ce n’était pas tout : il avait l’air d’abriter un Vrai Dragon en lui, tant son physique, son corps et son qi et son sang avaient atteint leur apogée.
Plus important encore, d’après son qi et son sang, Ye Ping devait avoir environ vingt-deux ans.
C’était un génie.
Pas un génie ordinaire.
Une pointe de surprise passa dans les yeux de Gu Jianxian. Ye Ping était certes un génie, mais il en avait vu d’innombrables au cours de sa vie.
Avoir condensé le Fourneau de sang et de qi à vingt-deux ans était certes impressionnant, mais pas au point de l’étonner.
À moins que Ye Ping ne cultive depuis moins de trois ans, Gu Jianxian ne pouvait le considérer que comme un génie rare.
Détournant le regard, Gu Jianxian s’inclina légèrement devant Ye Ping.
« Mes salutations, maître oncle. Je m’appelle Gu Mingshi. »
Gu Jianxian parla sans expression, le regard dénué de toute émotion.
En l’entendant, Ye Ping fut quelque peu surpris : il ne s’attendait pas à avoir déjà un disciple-neveu.
Quoi qu’il en soit, il lui rendit aussitôt son salut.
« Inutile de tant de cérémonies. »
À cet instant, Xu Luochen ne put s’empêcher de s’approcher. Il observa Su Changyu avec curiosité.
« Grand frère martial aîné, pourquoi avez-vous pris un disciple en rentrant d’un voyage ? En avez-vous parlé au Maître ? »
« C’est compliqué. Nous en parlerons une fois de retour à la secte. »
Su Changyu ne voulait vraiment pas répondre à cette question et comptait attendre d’être rentré à la secte pour tout expliquer à Ye Ping.
Mais il ne tarda pas à regarder le Démon rancunier du Grand Purgatoire et Xia Qingmo.
À ses yeux, le Démon rancunier du Grand Purgatoire avait l’air d’un bon à rien.
En revanche, il s’attarda un peu sur Xia Qingmo.
Su Changyu fut visiblement surpris. Il avait déjà vu de jolies femmes, mais elle était d’une beauté renversante ; il ne put s’empêcher de la regarder une seconde fois.
Il se contenta toutefois d’un coup d’œil. Après tout, Chen Lingrou et Xiao Muxue étaient elles aussi magnifiques.
« Qui sont-ils ? »
Su Changyu demanda à Ye Ping d’un ton parfaitement calme.
« Grand frère martial aîné, ce sont des amis à moi. »
répondit Ye Ping.
« Des amis ? Dans ce cas, montons tous ensemble. »
Su Changyu acquiesça, puis se retourna et prit le chemin de la montagne.
À cet instant, six silhouettes se dirigèrent vers la montagne.
Chacune avait ses propres pensées.
Le Démon rancunier du Grand Purgatoire marchait derrière les autres.
Son regard ne cessait de passer de Xu Luochen à Su Changyu.
Il était déjà certain que Xu Luochen était un bon à rien.
Quant à Su Changyu, il avait certes été choqué au début et l’avait pris instinctivement pour un Immortel de l’épée suprême.
Mais après l’avoir observé attentivement, il avait pratiquement conclu que Su Changyu était lui aussi un bon à rien.
À cette idée, le Démon rancunier du Grand Purgatoire ne put s’empêcher de se réjouir. Il se disait que s’il en informait Ye Ping ce soir, celui-ci lui en serait infiniment reconnaissant.
Xia Qingmo jetait de temps à autre un regard à Su Changyu.
Pour une raison inconnue, elle éprouvait une émotion indescriptible chaque fois qu’elle le voyait. Il lui semblait familier, sans qu’elle parvienne à comprendre pourquoi.
C’est ainsi que le groupe arriva à la secte taoïste du Nuage d’Azur.
Rien n’avait changé : la secte taoïste du Nuage d’Azur était toujours aussi délabrée et dépouillée qu’avant.
Un bâtonnet d’encens se consumait dans le brûle-parfum, devant la secte.
Leur frugalité laissait les autres sans voix.
« Changyu ! »
« Ye Ping ! »
« Luochen ! »
À cet instant, le Daoïste Tai Hua sortit lentement du hall principal. Il comptait aller manger, mais ne s’attendait pas à retrouver dès sa sortie ceux qui l’avaient tant inquiété.
« Nos salutations, Maître. »
Su Changyu, Ye Ping et Xu Luochen s’inclinèrent ensemble devant le Daoïste Tai Hua.
Gu Jianxian, qui avait l’air un peu simplet, s’inclina légèrement devant le Daoïste Tai Hua.
C’était un véritable expert suprême, au cœur serein et humble. Même s’il avait dû mendier, il n’y aurait pas vu d’inconvénient.
« Bien, bien, bien ! Vous voilà de retour, c’est l’essentiel. »
Les yeux du Daoïste Tai Hua se remplirent de larmes de joie.
Il ne s’était pas attendu à ce que Su Changyu soit déjà rentré. Tout à coup, il se sentit beaucoup plus léger.
« Je ne sais pas pourquoi, mais votre grande sœur martiale aînée et les autres sont de retour. Je vous préparerai un festin ce soir. Allez discuter entre vous. »
répondit le Daoïste Tai Hua avec enthousiasme.
« Muxue est rentrée, elle aussi ? »
Su Changyu fut un peu surpris. De toute la secte taoïste du Nuage d’Azur, Xiao Muxue était celle qu’il craignait le plus.
Non pas qu’il eût peur qu’elle lui ravisse sa place de futur maître de secte ; c’était plutôt qu’elle avait la langue bien pendue et ne manquait jamais de l’insulter sans pitié quand ils se croisaient. Il ne pouvait donc s’empêcher d’éprouver du ressentiment à son égard.
« Elle est rentrée ce matin. Continuez à discuter, je vais vous préparer à manger. »
Le Daoïste Tai Hua était d’excellente humeur.
À vrai dire, cela faisait longtemps que toute la secte ne s’était pas retrouvée. Et par un heureux hasard, Xiao Muxue, Su Changyu, Xu Luochen et Ye Ping étaient tous rentrés aujourd’hui.
« La grande sœur martiale aînée est rentrée ? »
En apprenant le retour de Xiao Muxue, Ye Ping ne put s’empêcher d’être un peu inquiet.
Il n’en dit toutefois pas davantage et attendit que le Daoïste Tai Hua s’en aille pour conduire Xia Qingmo et le Démon rancunier du Grand Purgatoire dans leurs chambres afin qu’ils se reposent.
Bientôt, tout le monde se dispersa. Su Changyu avait eu l’impression d’échapper de peu à la mort et voulait lui aussi se reposer convenablement. Avant toute chose, il voulait dormir un bon coup.
Cinq minutes plus tard.
Après avoir installé Xia Qingmo et le Démon rancunier du Grand Purgatoire, Ye Ping alla directement voir Xu Luochen.
Il se souvenait encore parfaitement des instructions de l’Ancien Xu Chang.
Peu après, Ye Ping arriva devant la résidence de Xu Luochen.
À cet instant, Xu Luochen, dans sa chambre, repensait encore à ce qui s’était passé dans la journée.
Cette affaire lui déplaisait au plus haut point ; plus il y pensait, plus il se fâchait. Xu Luochen comptait rédiger une lettre de plainte.
C’est alors qu’il entendit la voix de Ye Ping.
« Deuxième frère martial, c’est moi. »
En entendant Ye Ping, Xu Luochen se rappela ce qu’il devait faire.
Il se leva aussitôt, ouvrit la porte et laissa Ye Ping entrer pour en discuter.
Dans la chambre, Xu Luochen se montra très courtois et prit l’initiative de lui servir une tasse de thé.
Puis, l’air perplexe, il demanda : « Ye Ping, tout à l’heure, au pied de la montagne, tu as dit que tu étais rentré cette fois-ci pour me voir. Que s’est-il passé au juste ? »
Xu Luochen était intrigué.
Il ne comprenait pas pourquoi Ye Ping était revenu de l’Académie du royaume de Jin juste pour le voir.
C’était étrange.
« Deuxième frère martial, voilà ce qui s’est passé. Il y a quelques jours, j’étudiais l’alchimie à l’Académie du royaume de Jin, et l’ancien qui nous faisait cours a affirmé qu’il n’existait aucune pilule non toxique au monde. »
« Deuxième frère martial, ce n’est pas que je ne supporte pas qu’on me provoque, mais cet ancien insistait surtout sur le fait que quiconque était capable de raffiner une pilule non toxique ne pouvait être qu’un escroc. Alors, sous le coup de la colère, je l’ai contredit. »
« J’ai ensuite raffiné une pilule non toxique devant tout le monde. »
« Mais je ne m’attendais pas à ce que cet ancien affirme que cette pilule non toxique était un trésor inestimable, capable d’aider tout le royaume de Jin, voire la dynastie Xia. Il voulait donc que je lui donne sa formule. »
« Or, c’est vous qui m’avez enseigné la méthode pour raffiner cette pilule non toxique ; je devais donc revenir vous demander votre accord. L’ancien a aussi dit que, si vous acceptiez, ils pourraient m’accorder tout ce que je voudrais. »
« Bien sûr, si vous ne le souhaitez pas, je peux retourner là-bas et refuser tout de suite. Au pire, je quitterai l’Académie du royaume de Jin. De toute façon, je n’y apprends pas grand-chose. »
Ye Ping raconta toute l’histoire à Xu Luochen.
Quand il eut fini, Xu Luochen resta figé.
*Hein ?*
*C’est uniquement pour cette affaire ?*
*La formule d’une pilule non toxique ? Quelqu’un y croit ?*
Il n’en voulait pas à Ye Ping : c’était un cultivateur immortel débutant, facile à duper.
Mais les anciens de l’Académie du royaume de Jin y croyaient aussi.
*Vous ne trouvez pas que vous poussez un peu loin ?*
« De quel ancien parles-tu ? »
Xu Luochen revint à lui, soudain intrigué.
Il voulait simplement savoir de qui il s’agissait. Comment un ancien pouvait-il être aussi ignorant ?
« Xu Chang. »
Ye Ping répondit sérieusement.
« Xu Chang ? Xu Chang ? »
Xu Luochen fronça légèrement les sourcils. Ce nom lui disait quelque chose, mais il n’arrivait pas à se souvenir d’où.
*Attends…*
*Xu Chang ?*
*Le meilleur alchimiste du royaume de Jin ?*
En un instant, Xu Luochen se rappela qui était Xu Chang et ses yeux s’écarquillèrent de stupeur.
« Petit frère martial, le Xu Chang dont tu parles, c’est bien le meilleur alchimiste du royaume de Jin ? »
Xu Luochen déglutit et ne put s’empêcher de demander.
« Oui, mais il n’est certainement pas le véritable meilleur alchimiste du royaume de Jin. »
Ye Ping acquiesça. Il ne pensait pas que Xu Chang fût le meilleur alchimiste du royaume de Jin, car le véritable meilleur alchimiste du royaume de Jin était assis juste devant lui.
Ye Ping ne le dit toutefois pas : il savait que ses frères martiaux aînés aimaient rester discrets. Il garda donc le silence.
Xu Luochen inspira profondément.
À cet instant, il était sidéré.
*Xu Chang ?*
*Xu Chang.*
Xu Chang, le meilleur alchimiste du royaume de Jin, était son idole.
En fait, il était l’idole de tous les alchimistes du royaume de Jin.
Et voilà qu’un personnage aussi prestigieux lui demandait sa formule ?
C’était vraiment… un immense honneur.
Un immense honneur.
Xu Luochen était stupéfait et exalté. Pour maîtriser ses émotions, il prit sa tasse de thé et la vida d’un trait.
« Deuxième frère martial, si vous estimez que ce n’est pas possible, je retournerai les voir dans quelques jours pour refuser. »
Voyant la réaction de Xu Luochen, Ye Ping n’y prêta pas attention et crut simplement qu’il était contrarié.
« Non. »
L’instant d’après, Xu Luochen secoua aussitôt la tête. Il se calma, puis reprit : « Nous pouvons leur donner la formule, mais l’Académie du royaume de Jin devra me promettre trois choses. »
Il ne pouvait certainement pas refuser.
C’était une occasion unique de faire honneur à ses ancêtres. S’il disait non, il serait idiot.
« Frère martial aîné, la méthode de raffinage de la pilule non toxique est d’une importance capitale. Si vous faites cela pour moi, vous n’en avez pas besoin. Après tout, vous y avez consacré tout votre cœur… »
Ye Ping ne s’attendait pas à ce que Xu Luochen accepte réellement de céder la formule.
À vrai dire, la demande de l’Ancien Xu Luochen lui avait déplu. Il estimait ne pas être un saint et que le monde ne dépendait pas de lui. De plus, cette formule était le fruit de toute une vie de travail pour Xu Luochen.
Ye Ping ne pouvait pas la partager avec d’autres.
S’il était rentré cette fois-ci, c’était surtout pour revoir ses frères martiaux aînés et apprendre quelques petites choses. Après tout, il n’avait rien appris à l’Académie du royaume de Jin ; autant rentrer à la secte.
En entendant Xu Luochen, Ye Ping fut réellement stupéfait.
« Ye Ping, tu te trompes. »
Xu Luochen prit la parole.
Il regarda Ye Ping et déclara calmement :
« Deux avis valent mieux qu’un. J’ai peut-être consacré ma vie à étudier et à mettre au point la formule de la pilule non toxique, mais elle comporte encore de nombreuses lacunes. »
« Pourtant, avec mes seules compétences, je ne peux pas exploiter tout le potentiel de cette pilule. Il faut que d’autres se joignent aux recherches. »
« Une lignée finit toujours par s’éteindre. Et puis, la Voie de l’alchimie consiste avant tout à faire le bien dans le monde. Les vrais alchimistes savent se sacrifier et se consacrer aux autres sans rien attendre en retour. »
« De plus, un véritable alchimiste ne voit pas seulement une formule, mais tout un monde. Tu comprends ? »
Xu Luochen gardait une voix calme, mais ses paroles respiraient une noblesse indescriptible.
Ye Ping fut soudain bouleversé.
Il fixa Xu Luochen.
Sans savoir pourquoi, Xu Luochen lui parut soudain d’une noblesse et d’une grandeur extraordinaires.
Ye Ping comprit alors qu’il était le véritable expert sans égal, un alchimiste suprême.
Quand les autres alchimistes savaient quelque chose que les autres ignoraient, ils ne songeaient qu’à en tirer leur part.
Mais les véritables alchimistes ne se souciaient pas de voir leurs formules se répandre. Ils se demandaient combien de personnes pourraient profiter de celle qu’ils avaient inventée.
À cet instant, Ye Ping eut vraiment envie de dire à Xu Luochen : « Vous êtes vraiment un grand homme. »
Il se retint toutefois, car il savait que Xu Luochen n’avait pas besoin de compliments : trop de gens l’avaient déjà loué.
« Je vous remercie au nom de tous les habitants de ce monde, deuxième frère martial. »
Revenu à lui, Ye Ping s’inclina devant Xu Luochen, le cœur rempli d’admiration.
Entendre ces paroles touchantes le satisfit encore davantage.
*Bien. C’est exactement ce que je voulais.*
« Petit frère martial, assieds-toi. Nous pouvons donner la formule à l’Académie du royaume de Jin, mais je veux éclaircir quelques points. »
« Premièrement, la formule reste ma propriété, cela ne fait aucun doute. »
« Deuxièmement, je conserve aussi le droit de décider de la fabrication de la pilule. Il faudra mon accord. »
« Troisièmement, la formule ne sera pas offerte gratuitement : l’Académie du royaume de Jin devra accepter trois de mes conditions. Mais elles ne seront pas difficiles à remplir. »
Xu Luochen invita Ye Ping à s’asseoir.
Il pouvait céder gratuitement la formule, mais tant qu’il pouvait poser des conditions, il n’allait pas s’en priver.
Xu Luochen avait déjà réfléchi aux trois conditions.