Chapitre 7 166
« Je ne connais aucun karma qui nous ait liés par le passé. Mais il y a une chose dont je suis sûre : tu es l’astre démoniaque prédestiné de ma vie ! »
Quand elle eut fini, ses lèvres s’étirèrent en un sourire malicieux. Elle repensa à sa première rencontre avec Long Chen : dans le monde des mortels, leur relation avait été plus amère que douce. Elle le regarda et tendit la main pour lui caresser la joue. Puis elle soupira.
« Tu devrais faire de ton mieux pour affronter tout ça. Tu ne peux pas y échapper. »
Zi Yan savait que Long Chen aussi avait des choses qui lui faisaient peur. Elle avait entendu parler de Lu Fanger. Elle savait que Ye Zhiqiu avait sacrifié sa vie pour lui. Et elle avait vu Yu Qingxuan mourir de ses propres yeux. À cause de ces événements, Long Chen craignait de perdre ceux qu’il aimait et s’était donc convaincu qu’on ne pouvait perdre ce qu’on n’avait jamais eu. D’une certaine façon, cela se tenait. Mais un tel état d’esprit était épuisant, et Zi Yan pensait qu’il finirait par le regretter. Elle ne voulait pas qu’il en arrive là.
Long Chen prit une profonde inspiration, puis demanda : « Que sais-tu de Miao Yin ? »
Zi Yan secoua légèrement la tête. « Je ne sais rien de son passé. La Cithare du Démon Céleste m’a seulement dit que Miao Yin et toi étiez liés à travers mille réincarnations. Mais elle a refusé de m’en dire davantage. Tu sais bien que notre aînée n’est pas du genre bavard. »
Long Chen n’avait aucun moyen de sonder tout ce que savait la Cithare du Démon Céleste, mais le simple fait qu’elle ait soulevé la question prouvait qu’il se tramait quelque chose de bien plus profond. Si Zi Yan allait si loin pour aider Miao Yin, c’était parce qu’elle savait que de puissants liens karmiques l’unissaient à Long Chen. Certes, ni l’un ni l’autre ne se souvenait de leur passé. Mais leurs souvenirs d’antan avaient-ils vraiment tant d’importance ?
Si Long Chen avait clairement la possibilité de lutter pour elle, mais qu’il choisissait de renoncer, alors, quoi qu’il arrive à Miao Yin, Zi Yan lui en voudrait sans aucun doute. Pour le dire simplement, une telle passivité équivalait à une trahison. Dans ce cas, Zi Yan elle-même ne pourrait jamais pardonner et oublier. Elle savait bien qu’après tout ce qui s’était passé sur le Continent du Ciel Martial, Long Chen avait depuis longtemps dépassé l’âge de la jeunesse. Il ne pouvait pas laisser son sang bouillant décider à sa place : le fardeau qu’il portait était trop lourd pour qu’il agisse avec autant d’insouciance. Mais quoi qu’il en soit et quelle que soit son opinion sur la question, cette attitude passive lui était absolument inacceptable.
Long Chen prit une profonde inspiration et se redressa. Il prit la main de Zi Yan et la serra fort. « Ne t’inquiète pas. Je ne fuirai pas ! »
Cette promesse arracha enfin un sourire soulagé à Zi Yan. « Tu ne dois pas agir ainsi simplement pour faire plaisir aux autres, mais tu ne peux pas non plus fuir. Contente-toi d’agir naturellement. Le temps nous révélera tout ! »
Agir naturellement ? C’est facile à dire !
En effet, cela paraissait facile, mais Miao Yin avait un charme auquel même Long Chen ne résistait pas. Il avait beau afficher un calme indifférent devant elle, ce n’était qu’une façade.
« Bon, ça suffit pour l’instant. Le maître du palais a l’air impatient de te parler. Tu devrais aller le voir », l’encouragea Zi Yan.
Long Chen acquiesça. Il était assez épuisé pour s’écrouler, mais il tint bon. Il avala une pilule médicinale et laissa Zhao Hongfei s’occuper du nettoyage.
Quand Long Chen arriva, le maître du palais venait de finir d’infuser le thé. Il leva les yeux à son entrée et lui tendit une tasse.
Long Chen ne s’était pas attendu à trouver le maître du palais avec un service à thé aussi délicat. Son expression se fit quelque peu étrange, et à juste titre. Vu le combattant sauvage qu’était le maître du palais, il s’était imaginé le voir s’enfiler du vin et dévorer la viande à même l’os. Le voir devant un service aussi raffiné, alors qu’il était littéralement un dragon enragé… le contraste avait de quoi surprendre.
Comme s’il avait deviné ses pensées, le maître du palais déclara : « C’est l’ancien balayeur qui me l’a offert. Il m’a dit que, pour accomplir de grandes choses en ce monde, il fallait d’abord commencer par les petites. »
Long Chen acquiesça. Il semblait que l’ancien balayeur travaillait à forger le cœur du maître du palais. Malgré ses défauts, celui-ci occupait à n’en pas douter une place particulière dans le cœur de l’ancien balayeur.
Il goûta le thé et, dès que ses lèvres l’effleurèrent, son esprit s’éclaircit. Ce thé était assurément d’une valeur inestimable. Une seule gorgée équivalait à une pilule médicinale !
Long Chen y réfléchit et comprit que l’ancien balayeur avait offert ce thé au maître du palais pour une bonne raison. Sa préparation était extrêmement complexe et exigeait une grande maîtrise ; elle pouvait même être comparée au raffinage de pilules. La moindre erreur dans le processus en réduisait considérablement les effets. Ainsi, pour infuser correctement ce thé, même une brute comme le maître du palais devait se concentrer pleinement. Sinon, il risquait de gâcher ce thé d’une valeur inouïe, ce qui aurait été déchirant.
Après avoir bu le thé, Long Chen sentit une chaleur se répandre dans ses membres. Incroyable : ce thé pouvait renforcer le corps ! Une seule gorgée avait suffi à accroître sa puissance physique ! Bien sûr, le gain était minime, mais son physique avait déjà atteint un niveau stupéfiant, même selon les critères de son royaume de cultivation. Qu’une simple boisson puisse l’améliorer de façon mesurable était absolument impressionnant. Et puisqu’il n’en avait bu qu’une gorgée, il était impatient de découvrir à quel point les effets seraient plus importants une fois sa tasse vidée.
C’était la première fois que Long Chen goûtait un thé aussi miraculeux. Il savait maintenant avec certitude que l’ancien balayeur l’avait préparé spécialement pour le maître du palais, qui cultivait principalement son physique, après tout. Ce thé ne pouvait mieux lui convenir. Long Chen comprit alors que même si l’ancien balayeur et le maître du palais n’avaient pas prêté les vœux officiels de maître et de disciple, leur relation y ressemblait bel et bien. Rien d’étonnant à ce que la puissance du maître du palais ait grandi chaque fois que Long Chen l’avait revu. Bien qu’il ne fût manifestement pas de la nouvelle génération, il parvenait tout de même à marcher à l’avant-garde de la nouvelle ère.
« L’ancien balayeur t’a-t-il confié un message pour moi ? » demanda Long Chen après avoir bu son thé.
Le maître du palais le resservit, puis haussa les épaules. « Pas du tout. Il m’a envoyé ici uniquement pour que je tempère la situation. »
« Tempérer la situation ? » Long Chen était un peu perplexe.
Le maître du palais posa la théière et regarda Long Chen. « Tu ne connais vraiment pas assez la Secte du Dao Pair des Cieux. C’est un véritable colosse, dont le réseau s’étend à travers les neuf cieux et les dix terres. Le monde est au bord du chaos, et les grandes factions se préparent toutes à de profonds bouleversements. Tu dois savoir que l’Académie du Haut Firmament se développe elle aussi à toute vitesse. Ce n’est donc pas le moment d’affronter de front la Secte du Dao Pair des Cieux. »
Il sirota lentement son thé, puis poursuivit : « Si tu avais tué Xuan Jizi, cela aurait été une gifle pour la Secte du Dao Pair des Cieux. Elle cherche en ce moment à retrouver sa réputation d’antan et, pour cette raison, elle tient énormément à son prestige. Si Xuan Jizi avait été tué, elle aurait dû déclarer la guerre à l’Académie du Haut Firmament. Ce n’est pas ce que nous voulons pour l’instant. »
Long Chen acquiesça. Il n’avait pas été au courant de ces informations, mais cela se tenait. L’Académie du Haut Firmament ne souhaitait tout simplement pas encore entrer en guerre et, à en juger par l’attitude de Xuan Jizi, la Secte du Dao Pair des Cieux non plus.
« Nous savons tous les deux que c’est la Secte du Dao Pair des Cieux qui a organisé cette attaque. Puisqu’elle a frappé la première, il est normal que nous ripostions. Mais tu me dis qu’il faut modérer notre réponse ? » demanda Long Chen.
« Tant que tu n’attaques pas le quartier général de la Secte du Dao Pair des Cieux, tu peux faire ce que tu veux. Je veux dire, tempérer la situation ne signifie pas tendre l’autre joue. Il est grand temps que l’Académie du Haut Firmament montre les crocs. Nous avons trop longtemps enduré. Le monde doit voir ce qui fait de nous la plus ancienne académie des neuf cieux et des dix terres. »
Sur ces mots, le maître du palais reposa sa tasse, une intention meurtrière manifeste traversant son regard. En effet, ils ne pouvaient plus garder leur lame au fourreau. Les autres considéraient l’Académie du Haut Firmament comme une grosse pièce de viande ; s’ils ne faisaient pas un exemple de quelques factions, l’académie serait submergée par des défis stupides.
Long Chen acquiesça. « Eh bien, tant mieux. Je n’aurai pas à modifier mes plans. »
…
Après une journée entière de repos, les disciples d’élite de la première académie avaient repris quelques forces et s’étaient rassemblés sur sa place principale. Ils ne s’en rendaient pas compte, mais un observateur impartial les aurait vus, avant et après cette bataille sanglante, et aurait constaté qu’ils commençaient déjà à prendre l’allure de véritables experts.
Long Chen s’éleva dans le ciel au-dessus de la place, tandis que Zi Yan et Miao Yin se tenaient derrière lui. Le silence était tel qu’on aurait entendu une épingle tomber.
« Au cours des trois prochains jours, nous allons suivre un entraînement spécial. Ensuite, vous serez évalués. Si vous n’arrivez pas à vaincre dix adversaires identiques à vous, vous serez immédiatement renvoyés de l’académie ! » annonça Long Chen.
« Quoi ?! »