Chapitre 7 163
Ce fut une réussite totalement inattendue.
Le Loup fantôme à deux visages cessa de résister. Son aura sauvage s’apaisa et même son regard sanguinaire devint plus doux.
C’était une créature terrifiante, mais elle avait bel et bien été domptée. Les témoins en restèrent stupéfaits, puis éprouvèrent une envie folle. Ce loup était sur le point d’atteindre le royaume du Souverain céleste. Quiconque pourrait en faire sa monture aurait de quoi se vanter toute sa vie !
Les experts à bord du navire de guerre ne regrettaient plus du tout que Miao Yin soit devenue la servante de Long Chen. En le voyant lui offrir un animal aussi terrifiant, certains envisagèrent même de devenir ses propres servantes !
Les disciples de l’académie déglutirent bruyamment. Eux non plus n’avaient jamais osé rêver de posséder une monture aussi puissante. En contemplant cette silhouette couverte de sang, dont l’aura vacillait visiblement après avoir été poussée au-delà de ses limites, ils furent saisis d’une admiration sans pareille. Ils étaient tous des Souverains Seigneurs, pourtant Long Chen avait depuis longtemps dépassé non seulement leurs objectifs, mais aussi leur imagination.
Quant à Du Xinhe et aux autres qui avaient voulu prendre sa place, ils ne souhaitaient plus que trouver un trou où s’enterrer. Ils ne s’étaient jamais sentis aussi ridicules : ils n’étaient qu’une bande de lucioles prétendant rivaliser avec l’éclat de la pleine lune.
Il ne s’agissait pas seulement d’une rivalité martiale. Si l’un d’eux était devenu le doyen de la première académie pendant l’absence de Long Chen, aurait-il eu le courage de mener les siens au combat, quitte à mourir, contre leurs ennemis ? Et même s’il avait eu ce courage, en aurait-il eu la force ? Il existait un mot pour désigner ceux qui avaient de l’audace à revendre sans avoir les moyens de leurs ambitions ; ce mot n’était certainement pas « bravoure ».
« Mon boss, c’est vraiment le boss ! Il est sans égal ! » Long Ziwei fixa le dos de Long Chen, le poing serré. Puis il jeta un regard à la silhouette devant lui et ne put retenir un profond soupir.
« Nous avons gagné. Pourquoi tu soupires ? » demanda une jolie femme qui se tenait à côté de Long Ziwei. Elle s’appelait Hua Yin. C’était elle aussi une génie, mais d’un rang inférieur à Zhao Yue et aux autres.
« Ça fait longtemps que je te dis de conseiller à grande sœur Zhao Yue de ne pas rester aussi passive. Une vraie femme doit prendre les devants ! S’il n’y a pas d’occasion, elle peut la créer elle-même ! Regarde un peu : Boss a une autre femme à ses côtés, et celle-ci est incroyablement puissante et belle, elle aussi. Les chances de Zhao Yue ne cessent de diminuer… » soupira Long Ziwei, contrarié.
La personne que Long Ziwei admirait le plus était Long Chen. Mais, parmi ceux de sa génération, la seconde personne qu’il admirait était Zhao Yue. Elle n’était pas seulement forte : elle était aussi très belle et avait un cœur bon. Elle avait donné à Long Ziwei de nombreux conseils qui l’avaient grandement aidé dans sa cultivation. Il lui en avait naturellement toujours été reconnaissant.
À ses yeux, seul son boss était digne d’une fée comme elle. L’épouser, elle, c’était choisir une autre femme et planter une fleur dans un tas de fumier. Ainsi, Long Ziwei n’avait cessé de glisser des allusions à Hua Yin, car elle était la seule à pouvoir conseiller Zhao Yue à ce sujet.
Chaque fois qu’il abordait la question, Hua Yin le regardait avec mépris. Selon elle, Long Chen avait beau être fort, Zhao Yue n’avait rien à lui envier. Pourquoi aurait-elle dû prendre l’initiative de le poursuivre ? Mais à présent que Long Chen se tenait devant elle, elle découvrait qu’il était si puissant qu’elle ne pouvait que lever les yeux vers lui. Et il avait prouvé sa force de la manière la plus incontestable qui soit : en sauvant la première académie de l’anéantissement.
Elle voyait aussi Zi Yan et Miao Yin à ses côtés. Toutes deux étaient des monstres absolus, à tous points de vue. Comparée à elles, Zhao Yue faisait pâle figure, qu’il s’agisse de beauté, de puissance ou même d’aura.
Hua Yin pinça les lèvres. Étrangement, cette fois, elle ne protesta pas. À vrai dire, elle éprouvait même quelques regrets. Peut-être que si elle avait conseillé Zhao Yue plus tôt, son amie se serait elle aussi tenue aux côtés de cet homme.
À la vue de son expression, Long Ziwei lui tapota l’épaule pour la réconforter. « Ce n’est qu’une plaisanterie. Boss Long Chen a beaucoup de femmes, mais elles s’aiment toutes profondément. N’importe qui ne peut pas toucher son cœur. Et puis, pourquoi une femme aurait-elle besoin d’un homme ? Grande sœur Zhao Yue a un talent exceptionnel. Un jour, elle s’envolera vers les sommets, c’est certain. Nous pouvons rester à ses côtés et nous envoler avec elle. »
Ces paroles réconfortèrent un peu Hua Yin. Elle haussa les épaules pour faire tomber la main de Long Ziwei et lui lança un regard noir. « Puisque c’est ton boss, demande-lui de te porter ! »
Long Ziwei rit. « Je n’oserais pas. J’ai le vertige ! »
Quelle plaisanterie ! Demander à Long Chen de le porter ? S’il n’était pas assez fort, il risquait de tomber et de s’écraser au sol. Il n’allait tout de même pas s’accrocher à la jambe de son boss et le ralentir.
Le maître du palais libéra le Loup fantôme à deux visages, qui rapetissa jusqu’à ne plus mesurer que trente mètres. Il s’approcha lentement de Miao Yin, s’agenouilla et remua la queue. Il se roula même sur le dos pour lui montrer son ventre.
Long Ziwei tressaillit. « C’est une louve ! »
« Tu as vraiment le sens des priorités… » Hua Yin lui lança un regard furieux, si bien qu’il sursauta de peur et détourna précipitamment les yeux.
Le Loup fantôme à deux visages poussa un grondement grave, mais enjoué. Il ne ressemblait plus du tout au loup d’autrefois, dont la puissance était capable de détruire des mondes. On aurait plutôt dit un chien adorable. Cette transformation stupéfia tout le monde. Le contraste était saisissant.
Miao Yin tendit la main et lui caressa la tête. Sa fourrure noire ondula, et les témoins remarquèrent que chaque poil était couvert de runes complexes. Tandis que Miao Yin le caressait, du qi noir s’échappa de son pelage, telle une vague douce sur une mer d’encre.
Miao Yin cessa de le caresser. Le Loup fantôme à deux visages reprit sa position agenouillée et elle sauta sur sa tête. Il se redressa. Le qi noir qui l’entourait se déchaîna et il releva la tête. Une puissante pression jaillit de lui tandis qu’il poussait un long hurlement.
AOUUUUUUUUUUUUUH !!!!
Sa voix fit vibrer les tympans de tous les témoins. Elle leur rappela que le Loup fantôme à deux visages était toujours aussi terrifiant qu’un instant plus tôt. Même s’il était désormais un animal domestique docile, une monture à toutes fins pratiques, il n’obéissait qu’à Miao Yin, et à personne d’autre. Quiconque oserait le provoquer serait anéanti.
Le Loup fantôme à deux visages lança un regard noir à Long Chen. Il lui en voulait, de toute évidence. Même devenu la monture de Miao Yin, il n’avait pas oublié comment Long Chen l’avait dupé. Pourtant, à côté de sa rancune, ses yeux laissaient aussi paraître de la peur.
Long Chen soutint son regard. Leurs cinq yeux semblèrent s’affronter, et le Loup fantôme à deux visages recula malgré lui de quelques pas en tremblant.
« Oh ? Intéressant. Tu peux le voir ? »
Long Chen fut surpris, non par sa peur, mais par ce qui la provoquait. Lorsque leurs regards s’étaient croisés, il avait senti les fluctuations d’énergie de son Démon intérieur.