Chapitre 9

Suite à la déclaration de Kayden, le bras droit de l'Empereur, un silence terrifiant s'abattit sur les lieux. Les animaux aux alentours ne faisaient plus aucun bruit, comme s'ils avaient peur de le rompre.
James regarda profondément Kayden dans les yeux. Il ne savait pas comment se sentir. Il savait que ce jour viendrait, ce moment où le temps passé avec son enfant s'estomperait. Mais il ne s'y attendait pas si tôt. Il eut l'impression de ne pas avoir assez profité d'eux, de ne pas avoir revu sa femme et sa fille... Elle a dû bien grandir, pensa-t-il.
Il poussa un soupir fatigué et se gratta la tête avec un sourire triste :
— Je ne viendrai pas avec toi, Kayden.
Toujours son arme pointée sur James, Kayden lui répondit calmement :
— Ce n'est pas un choix, James. C'est l'ordre de notre Sultan, et ton Sultan. Tu as prêté serment de le servir, si tu te souviens bien. Malgré ton crime, il demande quand même à ce que tu sois ramené en vie. Il est peut-être patient, mais pas moi.
James se mordit la lèvre de frustration :
— Tu sais très bien pourquoi je l'ai fait. J'ai fait une promesse.
— Une promesse ? Tu en as fait beaucoup, des promesses. Et tu as rompu la tienne le jour où tu es parti sans explication appropriée, en nous laissant enquêter sur ton crime, coupa Kayden d'un ton sec.
Il lâcha un rire sarcastique et continua :
— James, je suis venu seul face à toi par respect pour notre passé... Ne me fais pas regretter mon choix.
Les yeux de Kayden brillèrent, et sa voix baissa en un murmure que seul James put entendre :
— Ne me laisse pas faire saigner le seul ami qu'il me reste.
— Je ne viendrai pas avec toi et je n'irai pas voir Adonis. Je suis désolé, Kayden. Mais il semble que je doive me battre malgré tout, répondit James.
Son arme apparut dans ses mains. Il sortit la lame du fourreau avec un sourire fatigué. James le savait : au moment même où son arme était apparue, le retour en arrière était devenu impossible.
Seul un combat à mort pouvait suivre. Tout citoyen qui tirait son arme contre la famille du Sultan était condamné à l'exécution immédiate. Et l'Étoile Noire était comme un frère pour le Sultan.
James était face à un dilemme. Il regarda Auréel et Solga. Le garçon transpirait ; le lion avait un regard vide, complètement perdu.
Ils ne pouvaient rien faire : la simple pression émanant de l'Étoile Noire aurait pu les tuer. Ils étaient choqués, terrifiés pour James. C'était la première fois qu'Auréel et Solga ressentaient une telle peur pour lui.
— Ne vous inquiétez pas, les garçons. Je ne vous quitterai jamais, même si le ciel tombe. Je resterai avec vous.
Auréel comprit immédiatement :
Pourquoi il brandit autant de drapeaux rouges ? Il veut se sacrifier ? Non, non, non, père ! Assomme-moi ! Pour qu'on puisse fuir !
Les yeux d'Auréel se mirent à briller.
Il comprit que James avait l'intention de donner sa vie. Ces mots eurent l'effet inverse de celui escompté : ils fissurèrent quelque chose en lui. Ses jambes tremblaient, et il donna des coups de poing de frustration au sol :
— Bouge, bon sang, bouge !
Pendant qu'Auréel était en proie à ses tourments, Kayden ne lui prêta pas la moindre attention. Son regard était fixé sur James.
— Alors c'est ton choix, dit Kayden, visiblement déçu.
— Oui, je ne fuirai plus. Venez, tous autant que vous êtes. Et la prochaine fois, dis à Adonis de venir me chercher lui-même, répondit James d'un ton ferme, les yeux brûlants de détermination.
Sans plus attendre, le Béni de la Nature prit une position de combat, son épée à la main. Son armure invisible semblait peser. Il plia les jambes, prêt à l'assaut.
L'Étoile Noire soupira et fit un geste d'une main :
— Scellez la zone, ordonna-t-il calmement.
« À vos ordres, Général ! »
Des voix à l'unisson se firent entendre dans toute la forêt. Auréel et Solga, sous le choc, cherchèrent d'où elles provenaient. Elles étaient partout et nulle part à la fois. Ils n'avaient senti personne, mais sur un seul ordre de l'Étoile Noire, toute une armée s'était révélée.
Auréel tourna la tête et les vit : six cents soldats portant une armure rouge sang ornée de l'emblème de l'Empire du Soleil au centre de la poitrine. Un contraste frappant.
La pression qu'ils émettaient était intense. Solga recula inconsciemment ; Auréel tomba à genoux. La légion personnelle de l'Étoile Noire venait de faire son apparition.
Ils entourèrent la zone, scellant la forêt entière. Un soldat s'avança, mit un genou à terre devant l'ancien général et sortit un objet.
— Ancien Général James, notre Sultan souhaite vous dire un mot, dit le soldat, caché derrière la visière de son casque en forme de soleil.
James, toujours en position de combat, n'eut pas le temps de répondre qu'un hologramme surgit. Un homme aux cheveux d'or et aux yeux d'un rouge intense apparut. Son visage semblait sculpté par les dieux eux-mêmes, barré d'une cicatrice sur le sourcil.
À la vue de leur Sultan, tous les soldats se mirent à genoux. L'Étoile Noire lui-même baissa la tête. Auréel fixa l'homme dans l'hologramme puis baissa les yeux.
Comment aurait-il osé regarder le Sultan sans son autorisation ? Bien qu'il ne fût qu'une projection, sa seule présence faisait comprendre à Auréel qu'ils ne jouaient pas dans la même catégorie.
— Alors c'est ton choix, James, dit le Sultan d'une voix calme, où l'on pouvait déceler une profonde déception.
— Adonis, je ne ferai pas marche arrière, répondit catégoriquement James.
Un silence lourd s'installa. Seul le bruit du vent le troublait. Le silence n'était plus une option : il était une obligation. Qui oserait parler pendant le moment de réflexion du Sultan ?
Le Sultan soupira, fatigué de son vieil ami, et regarda Kayden :
— Ramène-le vivant, c'est un ordre. Vu que James a sorti son arme, il servira d'exemple.
Il fixa James d'un air triste et poursuivit :
— Votre combat sera diffusé dans tout l'Empire, pour montrer que personne ne peut enfreindre la loi, même les êtres les plus puissants. Aujourd'hui sera la chute d'un Gold.
La voix du Sultan tomba comme un décret divin.
— À vos ordres, dit Kayden en se levant.
Il prit position devant James, sans dire un mot. Les paroles n'étaient plus nécessaires. Et Kayden était un homme de peu de mots.
Le cœur d'Auréel se mit à battre lourdement. L'hologramme se dissipa et le soldat recula pour rejoindre les rangs.
À partir de cet instant, l'Empire tout entier allait être le témoin d'un combat dont on parlerait encore durant des générations.
— Père... ! cria Auréel, oubliant toute dignité.
Personne ne lui prêta attention. Tous étaient bien trop concentrés sur le Béni de la Nature et l'Étoile Noire. Le combat des légendes.
Face à l'Étoile Noire, James eut des flashbacks de leurs affrontements au fil des années. Le tout premier à l'académie, deux gamins qui ne connaissaient pas la cruauté du monde, deux idiots qui voulaient juste prouver qui était le plus fort.
Du côté de l'Étoile Noire, derrière son masque d'indifférence, il regardait le Béni de la Nature qui lui adressait un léger sourire. Si seulement, ce jour-là, je t'avais empêché de t'y rendre... pensa-t-il tout en prenant position, plaçant son katana devant lui comme s'il priait.
Auréel trouvait ses gestes hypnotisants, bien qu'il fût l'adversaire.
Le passé défilait devant leurs yeux, mais le présent leur rappelait que ce n'était plus un duel amical.
Une feuille tomba d'un arbre entre eux, tel un arbitre annonçant le début des hostilités.
Sans plus tarder, les deux guerriers foncèrent l'un sur l'autre à une vitesse fulgurante.
L'épée du Béni de la Nature s'abattit verticalement vers le cou de l'Étoile Noire, mais ce dernier, loin d'être un débutant, esquiva la frappe sans peine.
D'un geste précis, il balança son katana en visant le bras droit de James — son bras fort. S'il lui coupait ce membre, tout deviendrait plus facile. Avec détermination, il accéléra sa frappe.
Clang !
Les épées se rencontrèrent. La force titanesque du choc fit reculer les soldats alentour. Un cratère se forma sous leurs pieds.
Auréel et Solga furent propulsés au loin, mais rattrapés par des soldats qui les reposèrent au sol sans un mot.
Le Béni de la Nature et l'Étoile Noire firent un bond en arrière pour repartir de plus belle. James voyait l'Étoile Noire de l'académie foncer sur lui. Un léger sourire orna ses lèvres puis disparut aussitôt.
Il visa chaque point vital, mais l'Étoile Noire les bloquait tous. Chaque coup d'épée était contré, et chaque riposte se faisait plus mortelle.
La réputation de l'Étoile Noire n'était pas un mythe. À la vue des dégâts alentour, on mesurait l'ampleur du combat entre deux Saints. Profitant d'une fraction de seconde d'inattention, l'Étoile Noire esquiva un coup, canalisa son essence dans ses pieds et asséna un coup redoutable au ventre de James.
La frappe fut bloquée par les bras du Béni, mais ses yeux s'écarquillèrent : une force interne explosa et le propulsa à travers la forêt. Les arbres ne purent le retenir, la végétation fut dévastée et son corps s'encastra contre la paroi d'une montagne.
Il se releva aussitôt, mais l'Étoile Noire, tel un prédateur, ne lui laissa aucun répit. Il était déjà devant lui.
Sur la lame de son katana, de la foudre noire crépitait et ondulait frénétiquement, comme un nid de serpents venimeux prêts à mordre. D'un geste de la main, il lança une décharge qui paralysa le Béni de la Nature pendant quelques secondes.
Sans perdre de temps, il décida de lui couper les mains pour anéantir toute résistance.
Mais c'était un vœu naïf. Le Béni ne s'appelait pas « le Saint le plus fort de l'Empire » pour rien.
Alors qu'il était censé être paralysé, James s'agrippa au mur derrière lui, y laissant une marque profonde.
D'un coup de pied retourné, il frappa le menton de l'Étoile Noire. Le choc fut dévastateur : du sang gicla de la bouche de Kayden alors que son corps était projeté en arrière. Il faillit toucher le sol, mais parvint à se rattraper au dernier moment.
L'Étoile Noire était célèbre pour une chose : jamais son dos n'avait effleuré le sol. Et à cet instant précis, la légende avait failli se briser.
James ne portait pas son titre pour rien.
Il maîtrisait les quatre éléments avec une perfection divine. La lame noir onyx de son épée se mit à rougir de façon intense.
Le Béni de la Nature déclencha des lames de vent sur l'Étoile Noire, qui les esquiva à la seconde près, pur instinct de survie. Le sol secoué par James semblait s'être séparé en deux.
Donc il ne nous avait rien montré depuis le début... pensa amèrement Auréel, saisi d'admiration.
L'Étoile Noire ne se découragea pas. Son essence s'éleva, le ciel devint noir et les grondements de la tempête retentirent. Il leva le bras vers les cieux : de la foudre noire jaillit de ses doigts pour monter vers les nuages comme un dragon.
Un sentiment d'inquiétude traversa James. Il chargea à une vitesse surhumaine, mais la foudre s'abattit violemment sur l'Étoile Noire.
L'onde de choc repoussa James, coupant son élan.
Il regarda son rival et dit avec un sourire sincère :
— Alors, tu as fait évoluer cette technique à ce point ? Ça a toujours été ta préférée.
La foudre noire crépitait autour de Kayden de façon protectrice, consumant les pauvres arbres qui se tenaient trop près.
James frappa son propre torse : des flammes blanches jaillirent de lui, formant une armure étincelante ornée de l'emblème du Soleil. Les soldats regardèrent avec fascination l'armure légendaire du Béni de la Nature.
Solga était en transe, son cœur battant la mesure d'une énergie primitive. Cette chaleur, cette aura... Quelque chose en lui voulait dévorer ces flammes. Le même sentiment traversa Auréel :
ces flammes avaient l'air divines, mais étrangement familières.
L'armure blanche habillait James de la tête aux pieds, ses cheveux noirs masqués sous le casque en forme de soleil où seuls perçaient ses yeux bleus. L'Empire était témoin du véritable pouvoir des Saints. Ironiquement, l'armure de James était blanche et celle de Kayden était noire. En d'autres temps, on les comparait souvent au Yin et au Yang.
« Il n'existe pas de lumière sans obscurité, et il n'existe pas de création sans destruction », leur répétait autrefois Adonis lorsqu'ils s'affrontaient. Il les trouvait incroyables et leur avait donné un nom : les « Ailes Jumelles ». Ils étaient le contraire l'un de l'autre, mais formaient les deux faces d'une même pièce.
— James, est-ce vraiment ce que tu veux ? demanda Kayden.
— Je ne reviendrai pas en arrière. Tu le sais, répondit James.
Sans lui laisser le temps de répliquer, James lui asséna une coupe verticale enflammée qui lui entailla les côtes. La foudre noire protégea Kayden autant qu'elle le put, mais l'onde de chaleur s'infiltra sous son armure, provoquant une douleur cuisante chez James en retour. Il tint bon.
Les lames s'entrechoquèrent à nouveau. Les flammes blanches se heurtaient à la foudre noire. Les alentours ne ressemblaient plus à rien. James tenta de se protéger avec l'élément de terre, mais la foudre était trop destructrice. Comme des serpents en folie, les éclairs pulvérisèrent les montagnes environnantes. Pour amplifier son pouvoir, l'Étoile Noire murmura :
— Style Étoile Noire : Jugement divin.
À cet instant, la foudre s'abattit à quatre reprises sur le Béni de la Nature dans un fracas assourdissant.
Un silence lourd retomba. Auréel regardait la scène, les yeux remplis d'horreur...
— Hahaha ! C'est toujours un plaisir de se battre contre toi, Kayden !
La voix de James sortit, rauque, alors qu'il émergeait du nuage de fumée. L'armure sur ses bras était sur le point de voler en éclats, zébrée de stries de foudre noire.
Du sang était visible sous son casque brisé et une fine ligne rouge dégoulinait de sa bouche. Mais le Béni de la Nature était toujours bien vivant.
Il cria alors :
— Auréel ! Voici mon dernier cadeau pour toi !
Il pointa son épée dans la direction du garçon. Une flamme blanche perça la forêt, embrasant la végétation et faisant monter la température en flèche — même la pluie provoquée par la tempête ne pouvait l'éteindre.
La flamme blanche fondit sur Auréel et Solga et, de manière incompréhensible, s'enfonça directement dans le front d'Auréel.
Le monde entier resta abasourdi. En faisant cela, tout le monde comprit : James venait de léguer son pouvoir au jeune garçon. L'héritage du Béni de la Nature était désormais entre les mains d'un adolescent nommé Auréel.
Sans laisser aux spectateurs le temps d'assimiler la scène, le Béni de la Nature frappa le sol du pied. La terre trembla sous l'Étoile Noire. Kayden sauta, mais une main colossale faite de roche l'attrapa et le projetasur le côté.
À l'aide du vent, James apparut juste au-dessus de lui. Ignorant la douleur de la foudre qui le déchirait de l'intérieur, il plaça sa main sur la tête de Kayden et hurla :
— Paradis Brisé !
Un torrent de flammes blanches s'écrasa au sol, créant un trou béant dont on ne pouvait voir le fond.
James resta sur ses gardes, flottant dans les airs grâce au vent. Mais de la foudre noire jaillit du gouffre comme une menace de mort.
— Étoile Crosse ! cria l'Étoile Noire depuis les profondeurs.
Un éclair en forme d'étoile siffla en direction de James. Il l'esquiva d'un millimètre, mais la folie de la foudre désintégra deux de ses doigts au passage.
L'Étoile Noire jaillit du trou, volant au-dessus du Béni. Son armure de foudre crépitait. Il avait le bras cassé et le visage en sang. Il respirait lourdement, mais il lui restait des ressources. Il savait à quel point James était fort : ils s'étaient battus d'innombrables fois au côté du Sultan. Mais ce n'étaient pas des combats à mort comme aujourd'hui.
(26 ans plus tôt)
James faisait face à Kayden. Les quatre éléments contre la foudre. Ils fonçaient l'un sur l'autre sans un mot dans un déchaînement de puissance. La force contre la force. Le poing de foudre rencontrait le poing de flammes. La vitesse répondait à la vitesse.
(Présent)
Les lames se heurtèrent.
Clang ! Clang !
Des étincelles jaillirent, le champ de bataille devenant méconnaissable. Les coups de pied étaient bloqués. D'un geste précis, la lame de James s'abattit sous tous les angles possibles, traînant des sillage de flammes blanches. L'Étoile Noire sourit follement alors que son katana revêtu de foudre parait chaque assaut.
(Passé)
James, dans une pure folie furieuse, attaquait Kayden de tous les côtés. Kayden bloquait chaque coup avec difficulté, puis répliquait d'un coup de genou au menton de James.
(Présent)
Le coup de genou atterrit de nouveau sur le menton de James, lui faisant cracher du sang. Il riposta immédiatement, sa lame s'apprêtant à couper le bras cassé de Kayden
L'Étoile Noire anticipa le mouvement, mais trop lent pour l'esquiver complètement, sa main fut tranchée net. Du sang gicla sur le sol, s'évaporant aussitôt sous la chaleur des flammes blanches.
Le Béni de la Nature plaça une main dans son dos, adoptant une posture martiale, son épée toujours poingée vers l'avant :
— Chanson de Brinda : Pleurs des quatre éléments.
La lame tournoya dans un geste circulaire. Une onde composée des quatre éléments balaya l'espace dans une furie destructrice, immédiatement suivie de quatre autres identiques.
(Passé)
Après avoir déchaîné la Chanson de Brinda, les ondes avaient déferlé sur l'Étoile Noire. Aussi fougueux qu'intrépide, il avait déchaîné sa propre technique pour y répondre, condensant sa foudre dans ses mains pour former une croix : Style Étoile Noire : Foudre Stanza.
(Présent)
C'était d'une folie pure. Le monde assistait à un spectacle irréel.
Sur son trône, le Sultan regardait la scène, les poings serrés à en faire saigner ses paumes.
Le Béni de la Nature respirait difficilement. Il se posa sur le sol, se remit en position et cria dans un dernier effort :
— Chanson de Brinda : Conviction perdue !
La lame de James chanta d'une manière hypnotisante, aveuglant les spectateurs.
La technique déchiqueta l'oreille et l'œil gauche de l'Étoile Noire, laissant un trou béant sur ses côtes. Mais Kayden répliqua instantanément :
— Style Étoile Noire : Fatalité !
La foudre se déchaîna. Elle tomba du ciel et jaillit de toutes parts, brisant définitivement l'armure de James.
Les deux Saints se retrouvèrent à nu, leurs armures pulvérisées, leurs corps ensanglantés. Des flammes blanches parsemaient le champ de bataille, la foudre avait carbonisé les arbres et une montagne entière avait été réduite en miettes. Au centre de ce chaos, deux hommes respiraient lourdement. Le moment décisif était arrivé.
(Passé)
« Vous vous complétez tellement, les gars ! À la fin de ce combat, devenez mes bras et mes plus fidèles alliés ! À partir d'aujourd'hui, vous serez connus sous le nom des Ailes Jumelles de l'Empire du Soleil ! Accompagnez-moi dans mon aventure ! » avait crié Adonis avec excitation.
James et Kayden, qui se faisaient face, avaient souri de la bêtise de leur camarade. Mais ils ne pouvaient le nier : à eux trois, personne au monde ne pourrait les arrêter.
Ils s'étaient remis en position pour achever leur duel de la plus belle des manières.
(Présent)
L'Étoile Noire regarda son ami. Car oui, il le considérait toujours comme son frère. Il voyait le jeune James à travers cet homme meurtri. Une larme coula de son œil gris restant, aussitôt évaporée par la foudre.
Ce qu'il s'apprêtait à faire allait lui déchirer le cœur pour le reste de sa vie.
De sa main restante, il empoigna son katana. Il ne lui restait plus d'essence : tout se jouerait au mental et à la force physique.
Le Béni de la Nature était dans un état pire encore. Ses organes internes étaient carbonisés. Il se remit en position, le bras tremblant, la vision floue.
Ayant légué son héritage à Auréel, ses réserves d'essence étaient totalement à sec. Les braises de son pouvoir s'éteignaient.
Alors, dans un dernier soupir, il stoppa les tremblements de son bras et esquissa un sourire sincère. Ce sourire allait hanter tous ceux qui y assistaient. Car chacun avait compris : c'était la fin.
Dans un ultime élan d'une vitesse époustouflante, le Béni de la Nature et l'Étoile Noire s'élancèrent l'un vers l'autre.
(Passé)
James et Kayden prirent position pour l'assaut final et se retrouvèrent à quelques mètres l'un de l'autre dans un choc magistral.
(Présent)
La lame du Béni de la Nature coupa le bras restant de l'Étoile Noire, tandis que le katana de Kayden traversait de part en part la poitrine de James.
James cracha une gerbe de sang. D'un dernier regard, il chercha Auréel. Aussi loin qu'il fût, il le vit courir vers lui, les larmes aux yeux, traversant ce champ de bataille dévasté au côté de Solga.
L'Étoile Noire retira son katana de la poitrine de son vieil ami et s'effondra à genoux, ne pouvant plus se tenir debout, son arme plantée dans le sol carbonisé. Le Béni de la Nature s'écroula face contre terre à ses côtés, scellant la victoire de l'étoile noir.
Comme si le monde pleurait la mort de son Béni, une pluie intense se mit à tomber, venant éteindre les dernières braises du combat.
Et au loin, au sommet d'une montagne surplombant la scène comme une divinité stoïque, un loup aux couleurs changeantes observait en silence.