Chapitre 10
(Auréel)
La pluie était lourde. Elle n'était pas spécialement froide, mais aujourd'hui, elle me parut extrêmement glaciale. J'ai couru vers James. Je le voyais sur l'écran et j'entendais le bruit du combat au loin.
Plus je m'approchais du champ de bataille, plus l'air devenait irrespirable.
La forêt autrefois majestueuse ressemblait maintenant à un champ de ruines. La végétation était dévastée, la forêt brûlait de flammes blanches qui ne voulaient pas s'éteindre malgré la pluie. La foudre avait carbonisé tout ce qu'elle avait touché.
Ma tête me fait mal. Le pouvoir de James résonne en moi, j'entends la voix apaisante du monde dans mon esprit, chuchotant au début comme une douce mélodie malgré son ton monotone :
[Vous avez reçu un héritage.]
C'est ce que j'entends depuis que la flamme de James est rentrée dans ma tête. Je n'ai pas le temps d'y penser, James va peut-être mourir. Je sais que ce n'est pas un combat de mon niveau, mais je ne peux m'en empêcher : je dois l'aider.
Le bruit de la bataille devint plus intense. Les orages grondaient de manière inquiétante. Les flammes blanches qui brûlaient la forêt devoraient l'écosystème comme un monstre affamé. La foudre battait en criant folie et destruction.
Plusieurs fois, j'ai dû esquiver des débris sous peine de finir mort sans même qu'ils s'en rendent compte. En me rapprochant de plus en plus, de la foudre noire se dirigea vers moi. Instinctivement, je baissai la tête. Solga, qui était derrière moi comme un protecteur, l'esquiva d'un millimètre.
Booom.
Un bruit tonitruant se fit entendre derrière nous. Le rocher qui se trouvait dans notre dos fut complètement désintégré, ne laissant que de la poussière sur son sillage.
La foudre n'était pas dirigée contre nous, c'était juste un résidu du pouvoir de l'Étoile Noire. Mais la peur m'envahit. Si cette foudre nous avait touchés, nous aurions pu être tués sur place... Frissonnant, je ne pus me résoudre à stopper ma course.
Solga grogna, mécontent de la situation. Mon endurance n'était pas illimitée et je le sentis durement ; sous l'adrénaline, je ne l'avais pas remarqué. Mais l'atmosphère du champ de bataille me remit les idées claires. Hélas, mon père apparut dans mon champ de vision. Vu leur prise de position, il semblait qu'ils étaient sur leur dernière attaque... Je n'ai pas réussi à les suivre des yeux.
Une seconde, ils étaient en position, et la suivante, ils étaient déjà à cinq mètres l'un de l'autre.
L'épée de James trancha le bras de l'Étoile Noire, laissant une traînée grotesque de flammes blanches derrière lui qui embrasa le monde.
Une immense joie me parcourut en voyant l'action ralentir, à moitié soulagé qu'il ait gagné ce combat.
Mais comme une gifle au visage, la foudre noire battit lourdement de folie, ce qui me fit fermer les yeux quelques secondes.
Solga, qui était à côté de moi, poussa un hurlement de rage qui sortait tout droit de son âme. Cela me fit frissonner. En ouvrant les yeux, j'ai souhaité ne jamais les avoir ouverts. La vue devant moi était un cauchemar : alors que la foudre crépitait violemment, je pouvais apercevoir le katana de l'Étoile Noire transpercer comme un châtiment le cœur de James.
« Non, non, non, non... PÈÈÈÈÈÈRE ! » criai-je frénétiquement. C'est un cauchemar.
L'Étoile Noire — non, le meurtrier de mon père — tomba à genoux tout en crachant du sang, tenant son épaule où son bras manquait. Une pensée folle naquit dans ma tête : Et si je le tuais ? Il est affaibli. Alors, et si je le tuais ?
Mes pensées devinrent sombres, mais en regardant James, je ne pus m'empêcher de venir d'abord auprès de lui. J'étais juste à quelques mètres de lui, la dévastation était impressionnante.
Le sang gicla de sa bouche. Le katana de l'Étoile Noire était teinté du sang de mon père. Il doit mourir.
Sans hésitation, je sentis le pouvoir monter en moi. Je te tuerai avec la flamme de mon père, ai-je pensé à tue-tête, aveuglé par la rage. Je ne sais pas à quoi je ressemblais actuellement, mais je suppose que c'était un spectacle à voir. Une flamme blanche sortit de mon poing, se dirigeant à la vitesse d'une comète vers l'Étoile Noire brisé au sol. Aveuglé par la rage, je n'ai pas tenu compte du fait que mon attaque aurait pu toucher le corps de James.
L'Étoile Noire regarda l'attaque venir vers lui et je l'entendis murmurer : « Tu lui ressembles beaucoup trop », avec un sourire triste.
À quelques mètres du visage de l'Étoile Noire, ma boule de flammes blanches fut désintégrée par une lance tombée du ciel comme un jugement. Un guerrier de la légion de l'Étoile Noire atterrit juste en face de son commandant. Je ne pouvais pas percevoir le visage de l'homme sous la visière de son casque rouge, mais je pouvais très clairement sentir son hostilité.
Pourquoi me regarde-t-il comme ça ? C'est son foutu commandant qui est venu chez nous et qui a tué mon père. Sous prétexte de quoi ? Où est la justice là-dedans ? Père n'a jamais rien fait de mal ! ai-je pensé, à m'en sentir malade.
Alors que le soldat et moi étions bloqués dans un jeu de regards, Solga sauta directement sur lui en rugissant de toute son âme.
Le soldat ne recula pas et se mit en position, mais une pression soudaine nous fit tous trembler. Un soldat en armure rouge avec une cape, tenant une épée rouge sang, sauva Solga qui faillit se faire couper en deux. C'était Lyros ! Le monstre chevalier que James avait battu quelques années auparavant !
À ce moment-là, je me rendis compte que je n'allais pas perdre une, mais deux personnes de ma famille sous mes yeux !
Mais une voix faible me fit sortir de mes pensées : « Ne... touchez... pas à mes... enfants », dit James avec le peu d'énergie qu'il lui restait. À ce moment-là, je le compris immédiatement : il était condamné.
Comme si un interrupteur avait été allumé, Lyros, sous le nez du soldat, prit le corps de James sans qu'il puisse réagir, sous le regard vide de l'Étoile Noire.
Lyros plaça le corps de James à côté de moi. James avait laissé une mare de sang derrière lui. Mon cœur se serra alors que je me mis à genoux en essayant de contenir le sang qui sortait de son torse. Son cœur ou ses poumons avaient été touchés... À vrai dire, je ne sais pas.
Je me mis à regretter les cours de biologie que James me donnait. J'avais tout oublié en voyant James à côté de moi, mourant. Il était si fort, si fier. Je pris sa tête, la serrai contre moi. Je murmurai des mots incompréhensibles. Ma seule famille était en train de retourner auprès de notre déesse devant mes yeux.
L'Étoile Noire se leva avec l'aide de son soldat et prit un appel de quelqu'un que je supposais être le Sultan. Je n'entendis pas ce qu'il disait, j'étais trop perdu à pleurer sur le corps de mon père. Mais j'ai pu entendre les derniers mots de l'Étoile Noire avant qu'ils ne disparaissent :
« Héritier Gold. Le Sultan est miséricordieux. La famille Gold ne sera pas condamnée à cause des crimes de votre père. James n'étant plus là, en tant qu'héritier, tu représenteras la famille Gold au Conseil. Mais avant tout cela, prends de l'expérience à l'Académie de l'Empire. Et retourne auprès des Gold afin d'enterrer le Béni de la Nature dignement. À une prochaine fois, Garçon d'Or. »
Dit-il en nous laissant seuls sous cette dévastation.
Je ne compris pas le message, ou plutôt je ne pris pas la peine de le comprendre. Je lui jetai juste un regard haineux avant que l'Étoile Noire et ses six cents soldats ne disparaissent sous le bruit de la foudre qui s'abattit. Ils sont partis comme s'ils n'avaient jamais existé.
Je sentais les faibles battements de James contre moi, des larmes se mirent à couler. Solga à côté de moi grognait de manière triste, tandis que Lyros, impénétrable, s'était posé comme un garde du corps, se tenant au garde-à-vous en cas de danger.
Un doux toucher taché de sang effleura l'arrière de ma tête, laissant mes cheveux d'or souillés.
« Eh, pourquoi tu pleures ? » dit James de sa voix faible, comme un murmure.
Je ne lui répondis pas, mais j'essuyai mes larmes tout en continuant de le tenir dans mes bras.
« Je ne pleure pas », ai-je répondu sèchement, des larmes séchées sur mes joues.
« Ah ah, tu es un très mauvais menteur, tu sais ? » m'interrogea-t-il.
Je ne pris pas la peine de répondre, un léger sourire fut suffisant.
« Je suis désolé pour le fardeau que je t'ai laissé. » Il toussa et grogna de douleur, mais continua désespérément, de petites larmes coulant de ses yeux. Je ne sais pas si c'était dû à la tristesse du moment ou à sa douleur, mais cela m'affecta. James n'avait jamais pleuré, et voir cet homme — non, mon père — si faible me brisa intérieurement.
« Ce n'est pas grave. En tant que ton fils, ça allait bien arriver un jour », ai-je souligné.
Un faible rire résonna.
« Et puis je te vengerai, père. Sois-en certain, je te vengerai », dis-je en me répétant avec une colère non filtrée et non cachée.
Père se stoppa et dit calmement : « Fils, s'il te plaît. Ta colère est compréhensible, mais sers-toi d'elle pour les bonnes raisons. Car c'est par amour que nous combattons, par amour que nous nous mettons en colère, et par amour que nous avons peur. »
Je l'écoutais en larmes car, jusqu'à la fin, il resta lui-même : un homme romantique dont la fleur venait de faner.
« Je t'aime, fils. Et s'il te plaît, pardonne à Kayden et au Sultan. Enfin, prends soin de ma famille, dis-leur que je les aime malgré toutes ces années », dit-il alors que sa voix s'affaiblissait.
Je ne l'interrompis pas ; même Solga ne fit plus aucun bruit, ne voulant pas gâcher le moment.
James cracha un molard de sang et continua :
« Je sais que je t'en demande beaucoup, mais je te laisse le reste. Et sache que tu peux faire confiance au Sultan. Si tu le vois, transmets-lui ceci : "J'ai réussi à le sauver." »
dit James avec un sourire toujours aussi éclatant, malgré le sang qui avait taché ses dents blanches.
Le dernier souffle de James s'éteignit, abandonnant le monde à l'étreinte d'une nuit glaciale sous le regard lointain et indifférent des huit lunes.
Son corps se refroidit sous mon étreinte. J'essayais de le réchauffer avec mon pouvoir personnel, mais rien. Le corps de mon père devint engourdi, sa force l'avait quitté. Il ne parle plus. Ne bouge plus. Ne sourit plus. Je prends sa tête dans mes bras et le berce en murmurant son nom. Le visage de James ressemblait à une fleur de sang fanée.