Chapitre 6
Alors que James observait les deux corps d'Auréel et Solga, assis chacun sur un soleil, il se posait plusieurs questions.
« Quel genre d'éveil passent-ils ? Est-ce qu'ils souffrent ? »
Il n'arrivait pas à rester calme, alors il fit les cent pas à l'intérieur de la salle d'éveil.
Après les avoir vus grandir, James était sûr qu'ils s'éveilleraient. À vrai dire, il était pratiquement certain qu'aucun défi ne leur poserait problème. Mais James était loin d'imaginer ce que chacun traversait ; après tout, chaque éveil est différent. Tout dépend de l'âme et de la volonté de l'individu.
Pour un individu talentueux mais avec une volonté faible, le monde s'adaptera en lui donnant quelque chose à la limite de ce qu'il peut supporter, parfois un peu plus.
Cora peut être la plus vicieuse, la plus compatissante ou même la plus manipulatrice pour certains ; tout dépend du genre de personne que tu es.
Il est déjà arrivé que l'humain le plus saint du monde ait l'impression d'être maudit par Cora lui-même. C'est incohérent, mais complètement juste. Assez bizarre, pensa James.
Alors qu'il était perdu dans ses pensées, il sentit des mouvements. Sans même s'en rendre compte, avec une vitesse étonnante, il était déjà devant Auréel. Le corps d'Auréel tremblait de façon inquiétante.
Mais ce qui faisait peur à James, c'était l'essence d'Auréel. Il voyait son essence brûler puis revenir, ce qui n'était pas normal. Un humain sans essence est comme un cadavre ambulant.
Qu'est-ce que tu vis à l'intérieur, mon garçon ? D'un geste tremblant, il attrapa ses propres cheveux, frustré de ne pouvoir rien faire pour l'aider.
L'ancien soldat avait vécu beaucoup de choses, mais il n'avait jamais connu une telle peur. Car dans n'importe quelle autre situation, il pouvait au moins agir.
Mais là, il ne pouvait rien faire, sauf faire confiance à son fils.
Perdu dans sa frustration, il tourna son regard vers Solga, le lion doré. À la vue de Solga, James se leva sous le choc.
« Par la déesse... Mais qu'est-ce qu'il se passe ?! » cria James, complètement abasourdi.
Devant ses yeux, l'essence de Solga ressemblait à un volcan en éruption.
( 10 minutes plus tôt )
Solga s'est retrouvé au milieu d'une mer de feu. Il ne comprenait pas où il était. Malgré le fait qu'il ne parle pas le langage humain, il le comprend parfaitement.
Qui a dit que les bêtes ne pouvaient pas comprendre ? Solga dispose d'une intelligence qui pourrait même rendre les humains jaloux.
En se fiant aux mots de son père, il comprit que c'était censé être l'étape où il devrait éveiller son pouvoir.
La mer de feu était accueillante. Il grogna ; cette chaleur lui donnait envie de dormir. Mais il trouvait ça bizarre.
Il marchait littéralement sur la mer de flammes. Il ne coulait pas, non, il marchait sur les flammes. Il renifla les flammes, mais ne sentit aucune odeur.
Il lécha sa patte pour en sentir le goût, mais aucun goût n'y était.
Ne sachant pas quoi chercher, il se mit à visiter les lieux. Alors que Solga marchait sans but, il aperçut au loin un animal majestueux ressemblant à un aigle royal, avec des ailes de couleur changeante. Ses yeux reflétaient le monde autour de lui.
Il en émanait de la sagesse.
Instinctivement, il voulut baisser la tête. Mais comment le pourrait-il ? Lui, baisser la tête face à un foutu oiseau ?
Sa fierté ne lui permettrait pas. Comme un prédateur, il marcha doucement. La mer de flammes avait l'air bien plus vivante, ce qui était parfait pour qu'il se faufile.
Il marcha en cercle autour de l'oiseau aux couleurs changeantes.
Son instinct lui disait de baisser la tête, de se faire petit.
Même s'il ne possédait pas l'égo d'un humain, il avait la fierté d'un roi. Et sa fierté par rapport à son frère Auréel était énorme.
À pas feutrés, il se rapprocha lentement, les yeux toujours fixés sur sa cible. Quand il ne fut plus qu'à vingt mètres de l'aigle, ce dernier tourna son regard vers lui et déploya ses ailes massives.
L'aigle poussa un hurlement aigu qui fit frissonner l'âme du lion. La mer de flammes se déchaîna.
Solga comprit immédiatement le message : « N'oublie pas ta place, petit chaton. »
Pas besoin de mots, ni d'un langage commun. Il avait suffi d'un hurlement pour comprendre que cet aigle lui était supérieur et pour assimiler ce qu'il voulait dire.
L'aigle battit des ailes, comme amusé par Solga, et s'envola haut dans le ciel où un soleil d'or était visible.
Le cœur de Solga frissonna de peur.
L'aigle royal regarda Solga d'en haut. Avec un dédain absolu, elle poussa un hurlement qui déchaîna l'enfer dans ce monde.
Les flammes devinrent cramoisies. Solga sauta par instinct et se rendit compte que les flammes n'avaient plus rien d'accueillant. Non, elles brûlaient. Sa fourrure était en train d'être cramée. Si ça continuait comme ça, il se retrouverait sans sa fourrure, avec juste la peau visible. Ses pattes brûlaient littéralement. Il grogna de douleur et rugit de colère.
Sa colère envers l'aigle était magistrale. S'il devait mourir aujourd'hui, peu importe sa peur, il ne mourrait pas seul.
L'aigle observa la situation de Solga, amusée par le regard du lion qui la fixait avec une haine et une douleur intenses. Les yeux sont vraiment le reflet de l'âme, pensa l'aigle.
Cora, sous sa forme ailée, regarda autour d'elle et poussa un hurlement strident qui ouvrit les flammes en deux.
De la fumée s'échappait de la brèche ; au loin, une mer de lave était visible.
Solga regarda l'aigle avec haine tout en calculant dans sa tête la meilleure façon de tuer l'oiseau, sans jamais s'arrêter de bouger. Solga courut pour ne pas finir brûlé vif.
Dans sa course, il entendit le hurlement de l'aigle et regarda dans la même direction qu'elle.
Une mer de lave se rapprochait comme un tsunami.
Solga sortit un rugissement féroce pour montrer sa haine. Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Quelle était cette épreuve ? Comment était-il censé survivre à ça ? Alors qu'il était perdu dans sa rage, il sentit le sol trembler.
Un tremblement qui lui fit perdre l'équilibre durant sa course. Il tomba. Son visage fut brûlé ; du sang cramé barbouilla son faciès autrefois royal. Sa vision disparut. Le feu l'avait rendu aveugle.
Il hurla de douleur, sa chair brûlait et, ironiquement, sa rage montait.
Malgré tout, il le sentit quand même. Quelque chose sortait de la mer de flammes. Il le sentit au fond de lui, c'était primitif. Cette chose l'appelait. Mais cette chose se trouvait derrière la mer de lave...
Cora regardait le lion mutilé de haut et trouvait la situation intéressante. Après avoir vu l'état pitoyable du félin, elle était certaine que l'épreuve était devenue impossible à surmonter pour lui.
« Quel dommage », pensa-t-elle. Elle tourna son attention au loin, là où quelque chose sortait de la mer de lave.
Un arbre doré avec des lignes vertes émergeait. L'arbre était massif et possédait des branches d'or avec des feuilles vertes.
Royal, inquiétant et oppressant. Cora elle-même était impressionnée par l'arbre. Pas parce qu'il lui faisait peur, loin de là. Elle était simplement intriguée.
Elle ressentit une forme de pitié envers Solga, qui se mit soudain à courir à toute vitesse avec un rugissement qui ferait trembler tout humain normal.
Elle partit en direction de l'arbre, se posa sur une branche et regarda la « fin » du lion d'or.
Solga courut aussi vite qu'il le pouvait. Ses pattes étaient en feu, il n'avait plus de poils sur la peau, mais il tenait bon.
Bon sang qu'il tenait bon ! Il rugissait pour se donner de la force. Il ne voyait plus rien, mais il se concentra sur son sens de l'ouïe et du toucher. Certaines flammes étaient plus destructrices que d'autres, et il comprit quelque chose : les plus destructrices produisaient un son différent, tout comme le tsunami de lave qui générait un grondement ridiculement terrifiant. Les flammes normales étaient plus subtiles, mais Solga les entendait toutes.
Alors qu'il sentait la température monter, il entendit le bruit de la lave. C'était proche, très proche. Il n'avait presque plus de force pour continuer à avancer, mais est-ce qu'un roi a déjà abandonné ? Peut-être, mais pas lui, et il n'est pas du genre à se laisser marcher dessus. Avec un rugissement qui brisa l'air en deux, il accéléra avec toute la volonté du monde. La lave ? Ça ne lui faisait pas peur.
La chose qui l'appelait ? Il la rejoindrait sans détour.
( Au même moment )
Auréel, dont l'esprit s'était éteint, était toujours inconscient. Mais son corps ne l'était pas. Il continua de se battre pour monter les escaliers. Il avait perdu un bras. Son bras, ou plutôt ce qu'il en restait, avait été brisé. La troisième marche avait fait disparaître son membre. Son esprit ne l'avait même pas enregistré ; son corps continua simplement à avancer. Sa volonté était trop forte et Cora le vit, mais ne l'arrêta pas. Elle était intriguée.
« Quelle volonté... pour quelqu'un d'aussi jeune », dit-elle avec un sourire amusé.
Le corps d'Auréel bougeait de manière autonome, alimenté par sa seule volonté. La dernière pensée d'Auréel avant que son esprit ne s'éteigne était : « Pouvoir »
. Automatiquement, le corps se mit à poursuivre l'objectif d'Auréel ; sa volonté était le moteur pour que son corps reste fonctionnel.
« Pouvoir, pouvoir... » murmura le corps d'Auréel. Sa soif de puissance avait besoin d'être nourrie, et son corps avança plus rapidement.
Il ignorait la douleur, l'agonie. Un soleil miniature apparut vers l'avant-dernière marche et entra dans la zone où était censé se trouver son cœur. Pendant un instant, le corps d'Auréel se stoppa.
Même s'il ne sentait pas la douleur, instinctivement, il savait qu'il ne lui restait plus aucune force. Malgré tout, il monta la dernière marche comme un robot.
Solga fonça sans retenue, à l'aveugle, face au tsunami de lave. Sans stratégie, avec une bestialité pure, il entra dans la lave et rugit fortement pour rester conscient. Chaque partie de son âme lui criait de sortir de là, de fuir.
Mais Solga ignora cet instinct. Il griffa la lave. Inefficace, oui, il le savait, mais il n'arrêta pas. Il continua jusqu'à y laisser sa peau. D'une manière incompréhensible,
Solga réussit à avancer à travers la roche en fusion. Il ne restait plus rien de sa majestueuse fourrure ; il ressemblait à un cadavre ambulant.
Mais il possédait un charme étrange. Le lion, alimenté par la douleur et la haine d'avoir failli mourir, fonça vers l'arbre. Pas besoin de voir ; non, il le sentait, l'arbre était juste en face de lui.
Il s'avança avec difficulté, mais continua à courir. Pourquoi ne s'arrêtait-il pas ? À vrai dire, Cora était elle-même surprise par le lion.
Sa combativité l'impressionna et l'amusa en même temps. « Quel genre d'anomalies sont-ils ? » pensa-t-elle alors que l'image d'Auréel apparaissait dans sa tête.
Perdue dans ses pensées, elle regarda vers le bas. Le lion qui était si majestueux auparavant était devenu assez pathétique : sa chair était brûlée, des bouts de ses os étaient visibles, ses yeux dorés avaient disparu. Il ne se fiait qu'à ses autres sens pour avancer. Que c'est ridicule, mais qu'est-ce que c'est magnifique, pensa-t-elle avec un sourire.
Solga, complètement inconscient des pensées de Cora, arriva devant l'arbre et se mit à le déchirer. Le centre de l'arbre, plus précisément. Il utilisa ses griffes et sa mâchoire. C'était un spectacle assez grotesque.
Auréel arriva devant le trône où reposait la graine. « Pouvoir, plus de pouvoir. » Une rage intense parcourut son corps et il prit la graine sans aucune délicatesse. La graine brûla littéralement sa dernière main.
Solga sentit quelque chose de brûlant à l'intérieur de l'arbre ; sans se poser de questions, il décida de manger ce qui s'y trouvait.
Auréel ne céda pas à la douleur et mit la graine dans sa bouche.
Peut-être que c'était le destin, ou un pur hasard. Mais au même moment, à cet instant précis, Solga et Auréel poussèrent un hurlement vers le ciel. L'un était bestial, l'autre était inhumain
.
Le soleil avait choisi ses hôtes