Chapitre 5
Ma vie défilait devant mes yeux : les moments passés avec mon père, son incompétence aux jeux vidéo... ahah.
Et Solga. Je ne m'étais toujours pas hissé sur son dos.
Il a assez grandi maintenant, non ? Je savais qu'il me regarderait de ce regard hautain, me défiant de tenter l'impensable.
S'entraîner, manger, voyager... Ma vie avait été belle. Dommage que je ne sache pas d'où je viens. Dommage que je n'aie pas eu d'amis. Même James en avait eu un... même si, à présent, je doutais que ce lien existe encore.
Solga, j'espère que tu t'en sortiras sans moi, pensai-je en laissant ma conscience dériver vers les bras de Mère Nature... enfin, c'est ce que je croyais, jusqu'à ce que je perçoive un rire doux, presque hypnotique, près de moi.
Un rire ? Je ne suis pas censé être mort ?
Avec toute ma force, j'ouvris les yeux. Ce que je vis me paralysa. Je n'étais plus dans la salle de cérémonie.
Une prairie immense s'étendait autour de moi. Le soleil brillait d'une intensité pure, mais étrangement, il ne brûlait pas.
Je cherchai James et Solga... rien. Une angoisse commença à croître dans ma poitrine.
« Père ! Solga ! » hurlais-je, la panique me faisant trembler.
Je me levai comme possédé, écrasant les fleurs sur mon chemin, riant nerveusement. Je ne faisais plus attention à rien, un vrai bourrin.
« Ils ne sont pas là. Ne gaspille pas ton énergie », dit la voix, douce, apaisante... mais la tournure de sa phrase fit naître un doute encore plus profond en moi.
Je tournai la tête pour chercher celle qui parlait. Et là... aucun mot ne sortit de ma bouche. Je fus figé.
Devant moi se tenait une femme aux cheveux arc-en-ciel. Ses mèches flottaient et changeaient de couleur à chaque instant. Ses yeux, en amande, n'avaient aucune couleur. Elle semblait à la fois familière et étrangement étrangère.
« Qui êtes-vous ? Qu'avez-vous fait à ma famille ? Où sommes-nous ? Que voulez-vous ? » Je crachai mes inquiétudes sur elle. Elle n'avait probablement rien fait, mais j'avais besoin d'un coupable.
« Tu connais déjà les réponses à tes questions. »
Sa voix, calme et amusée, me glaça le sang.
Je la regardai, perplexe.
Le soleil semblait m'accueillir, et l'air autour de moi était si pur qu'il en était presque tangible. J'avais l'impression que cet endroit... avait été créé pour moi. Ou peut-être... que c'était une extension de moi-même.
Puis, je remarquai une différence : elle était enceinte. La divinité devant moi projetait maintenant l'image d'une femme portant la vie.
« Êtes-vous Cora ? » demandai-je, la voix tremblante.
Tout en moi me disait que c'était elle.
« À ton avis ? » répondit-elle avec amusement.
Ma pensée se confirma. Les légendes étaient vraies. Un sourire immense naquit sur mon visage.
« Ton cœur d'âme est très accueillant, petit », dit-elle, neutre mais amusée.
Cœur d'âme... ce terme fit vibrer mon esprit. L'identité de tout éveillé, le réceptacle de l'essence et du pouvoir... et j'allais bientôt m'éveiller.
Ignorant mes pensées, elle marcha lentement, caressant son ventre. Le reflet du soleil dansait autour d'elle. Puis, peu à peu, mon cœur se mit à battre plus vite. La chaleur, d'abord douce, devint étouffante. Les herbes commencèrent à brûler, les fleurs à faner... la prairie se transformait en cendres. La sécheresse régnait désormais en maître.
« Je vois... ton pouvoir est capricieux », dit-elle, ses yeux fixés sur moi. Je ne pouvais détacher mon regard de ses cheveux changeants.
Je m'inclinai respectueusement, comme face à la déesse de ce monde.
« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, Mère. »
Elle ne détourna pas les yeux du soleil. D'un geste délicat, elle tendit la main vers lui. Le soleil trembla. Mon cœur d'âme hurla. Mon âme se sentait violée, pénétrée par une puissance incommensurable. La douleur mentale et physique me fit chanceler. Des souvenirs, des connaissances sur le pouvoir du soleil, jaillirent dans mon esprit.
Je suffoquai, tenant mon cœur. Je tombai à genoux, le corps tremblant. Ma main se tendit vers elle.
Mais son attention n'était pas sur moi... elle était sur le soleil.
« Mère, protège-moi... » murmurai-je, la voix brisée. Une chaleur intense m'engloutissait, comme si j'étais dans un four en fusion.
Cora continua, imperturbable :
« Intéressant... gamin, tu possèdes un pouvoir impressionnant. Comment vas-tu le nourrir ? Comment vas-tu te l'approprier ? Montre-le-moi. Comment vas-tu le dévorer ? »
Un sourire fou apparut sur son visage. Du soleil, elle extraira une graine dorée, maintenant à la taille d'un ballon, laissant un trou grotesque au centre du soleil. Mon pouvoir, ma mémoire, mes sensations... tout semblait se concentrer sur cette graine.
Je sentis un toucher doux sur ma tête. Ma douleur diminua peu à peu. Mon corps reprit ses forces. Je levai la tête, prêt à remercier la déesse... mais elle me coupa.
Elle pointa du doigt un escalier d'or, majestueux, au centre de mon cœur d'âme. Il menait au soleil réduit, sur un trône d'or où la graine dorée reposait.
« Voici ton pouvoir, mon enfant. Arriveras-tu à le posséder ? Je suis désolée pour la douleur que tu as ressentie. Ton pouvoir refusait de se manifester, j'ai dû te faire un peu souffrir, dit-elle avec un léger amusement. Hélas, ce n'est pas ta dernière épreuve. Gravir ces marches te semblera difficile. »
Elle m'aida à me relever, son corps enceinte rayonnant de puissance. Je me sentis à la fois honoré et gêné par cette aide, contemplant celle qui portait la vie elle-même.
Je ne comprenais absolument rien à ce qu'il se passait. J'avais juste compris que pour éveiller mon pouvoir, je devais gravir l'escalier d'or et manger la graine. Manger ? Pourquoi avais-je pensé à la manger ?
Je tournai mon attention vers la déesse. Je ne savais pas quoi dire. Si je devais la remercier pour avoir éveillé mon pouvoir personnellement, ou bien lui en vouloir pour mon âme souillée.
« Il ne sert à rien de penser à ça pour le moment, faites votre choix après avoir éveillé vos pouvoirs. On en discutera plus tard », me dit-elle comme si elle lisait dans mes pensées.
Mon attention revint sur l'escalier d'or. Il me procurait un sentiment de malaise et de puissance. Qu'est-ce que je deviendrais en acceptant ce pouvoir ? Me permettrait-il de découvrir qui je suis ? Rempli de doutes, je m'avançai.
En approchant, l'air semblait de plus en plus oppressant, la chaleur plus intense. La sueur commençait à perler, la sécheresse avait pris le dessus sur l'environnement.
Arrivé devant l'escalier, j'ai eu un moment d'hésitation. La peur m'avait saisi. Qu'est-ce que je deviendrais ? Ce pouvoir, je le désire, je le veux. En ignorant mes pensées et mes inquiétudes, j'ai entamé mon ascension.
À la première marche, la chaleur s'est intensifiée. J'avais l'impression que tout mon corps était en train de fondre.
Chaque goutte d'eau était siphonnée jusqu'à la dernière, mon corps était laissé complètement à sec.
En même temps, des souvenirs pénétraient ma tête, ou plutôt, c'était comme des guides qui me montraient comment utiliser ce pouvoir.
Mes pensées devinrent chaotiques. Entre les souvenirs et la chaleur, je n'arrivais plus à penser correctement. À la hâte, je suis passé à la deuxième marche.
En posant mes pieds sur la deuxième marche, j'ai regretté toute pensée que j'avais pu avoir. J'étais littéralement en train de brûler vif.
« Aaaah ! » Un cri douloureux sortit de ma bouche. Mon corps tout entier brûlait comme si je n'étais pas censé être là. Moi, humble humain, comment puis-je me rapprocher du soleil ?
Père... je n'en peux plus. Est-ce que tu as autant souffert ?
« NON »
Je supporterais n'importe quoi pour devenir plus fort ! Je ne peux pas compter toute ma vie sur toi, père.
Malgré toute ma volonté, la douleur était bel et bien présente, mais je ne m'apitoierais pas ou plus sur mon sort. Ce pouvoir, je le veux. Une faim monta en moi, une faim de pouvoir. Le changement en moi fut drastique. J'attendais ce jour depuis le jour où j'avais connu les Éveillés. Tous ces jours à m'entraîner sous la tutelle du père pour abandonner si près du but ?
Ceci est censé être mon pouvoir ? Alors il n'y a aucune raison d'abandonner. C'est maintenant ou jamais.
Avec cette nouvelle volonté, je continuai à monter les marches. Mes souillures semblaient quitter mon corps, toute impureté que j'avais accumulée au fil des ans.
Mon corps donnait l'impression de se reconstruire. En traversant la marche suivante, je fus à nouveau brûlé vif. Un cri d'agonie et de rage sortit de ma bouche.
Aaarh, que c'est bestial, mais je ne pouvais pas le contenir. La douleur me transperçait de l'intérieur comme de l'extérieur. Au diable l'élégance ou le charisme, ce n'est pas ce dont j'ai besoin actuellement...
« Pouvoir, pouvoir. » Alors que ces pensées prenaient racine dans ma tête de manière chaotique, mon esprit s'éteignit