Chapitre 4

Auréel
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Je n'aurais jamais pensé qu'être le fils adoptif de James aurait des conséquences aussi profondes.
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Plusieurs années avaient passé.
Nous étions entrés dans le mois de novembre. Le temps s'était dégradé. Les arbres prenaient des teintes orangées et, si le désert de l'Empire restait toujours aussi doré à perte de vue, la chaleur, elle, s'était enfin calmée.
L'Empire est étrange.
On pourrait croire qu'il n'est qu'un immense désert, à l'image des civilisations anciennes dont parlait James. Pourtant, ce n'est pas si simple. L'Empire du Soleil est un mélange inattendu : des formes inspirées de l'Égypte, une architecture plus proche de l'Europe et une culture née de siècles d'évolution.
L'humanité elle-même avait changé. Peut-être par la grâce des Dieux. Peut-être non.
Chaque citoyen portait sur le dos de la main l'emblème de l'Empire où il était né.
Je baissai les yeux vers la mienne. Un soleil couronné y reposait, gravé dans ma chair. Le symbole de l'Empire du Soleil.
Les scientifiques avaient longtemps étudié la première marque apparue dans l'histoire. Elle n'était devenue qu'un simple sujet de recherche, jusqu'à la découverte que les humains évoluaient génétiquement.
Pour moi, elle était bien plus que ça.
Assis dans le salon, je pensais à mon avenir. À mon éveil.
Aujourd'hui était le jour où j'allais devenir un éveillé. Ou peut-être pas.
— Père, t'en as pour combien de temps encore ?!
dis-je, incapable de masquer mon impatience.
Depuis ce matin, il se préparait. Solga avait même eu le temps de dormir plusieurs fois.
Mais que dire... c'est James. Celui qui prend son temps dans tout ce qu'il fait.
James arriva enfin, vêtu de sa tenue d'entraînement : un t-shirt noir à manches longues, serré contre son corps et mettant en valeur sa carrure athlétique, accompagné d'un jogging blanc.
— Bien. Es-tu prêt à faire un pas dans la vraie vie, Auréel ? demanda-t-il.
— Je suis plus que prêt. Mais n'oublions pas qu'il est possible que je n'éveille aucun pouvoir, répondis-je, sceptique.
Père me fixa longuement, murmura quelque chose que je ne compris pas, puis détourna le regard, comme pour me faire comprendre que mes inquiétudes étaient infondées.
Pourquoi était-il si sûr que je réveillerais un pouvoir ? Savait-il quelque chose sur moi ? Sur mon passé ? Sur ma famille ?
Plusieurs fois au fil des années, je lui avais demandé s'il savait quelque chose. Il était incohérent dans ses réponses : un jour vague, un autre affirmatif, mais jamais clair.
Ce n'est pas que je me préoccupe de ma famille ou autre... Non.
Juste connaître mon identité et avoir des réponses. J'avais bien compris que j'avais été abandonné avec Solga. Pas besoin d'être un génie pour le comprendre. Quand père nous raconta comment il nous avait trouvés dans le désert, j'avais tout compris immédiatement.
James, Solga et moi marchâmes pendant un long moment à travers plusieurs villes. Je ne savais pas où il voulait faire ma cérémonie d'éveil, mais il avait l'air d'éviter les lieux habituels. Il voulait que cela se fasse dans un cadre privé.
J'avais voulu lui demander pourquoi, mais instinctivement, je savais qu'il ne répondrait que vaguement.
— On va marcher jusqu'à quand ? dis-je, frustré. On se retrouve... je ne sais où dans le désert, et j'en ai marre de marcher.
Je n'avais pas l'endurance de Solga ni de James pour marcher toute la journée.
On avait fini par parcourir le désert comme de véritables nomades.
— Nous sommes arrivés. C'est là que tu feras ton éveil, répondit-il en ignorant mes remarques et en pointant du doigt une pyramide au sommet d'une montagne.
Cette montagne était étrange : entourée de chaînes de sable, la pyramide semblait vouloir l'éviter, mais les chaînes la maintenaient au sol. Elle avait l'air ancienne, avec un œil sans pupille gravé au sommet. Lugubre et sacrée à la fois, comme un ancien temple ou palais royal.
— Qu'est-ce que c'est ? balbutiai-je.
— Il est dit que c'était autrefois le lieu d'entraînement du premier sultan, Salomon, répondit James.
Putain... il veut nous faire tuer ou quoi ? Comment croit-il que je ne vois pas le regard des gens que nous avons croisés, leur dégoût, leur façon de qualifier James de traître ? Et maintenant, il nous emmène dans un lieu royal, sans permission ?
— Es-tu fou ? Tu veux nous faire tuer ? Pourquoi m'emmènes-tu ici ? On peut le faire ailleurs ! Solga, partons ! m'exclamai-je en me retournant.
Honnêtement, je ne savais pas comment il connaissait cet endroit. Mais je ne voulais rien avoir à faire avec la royauté de l'Empire. Avec toutes les rumeurs que j'avais entendues... des fous, sanguinaires. Si tu touches à un cheveu d'un des leurs, toute la population est contre toi. On a l'impression d'avoir commis le pire des péchés.
James, qualifié de traître... aurait-il tué quelqu'un de leurs familles ? Et pourquoi m'a-t-il amené ici ?
— Ahahahah ! Ne t'inquiète pas, personne ne saura que nous sommes là. Trois personnes connaissent Hethnar... maintenant quatre, puisque tu es au courant, dit-il avec un sourire éclatant, imperturbable.
— Qui sont les quatre ? demandai-je, pensant déjà connaître la réponse.
— Le sultan actuel, sa femme, moi et toi, du coup.
— Pourquoi es-tu au courant ?
— Ça sera une histoire pour plus tard, répondit-il sérieusement, me faisant signe d'avancer. Mais avant tout, il ne faut pas que tu rates cette opportunité.
Je t'assure, fais-moi confiance. J'ai choisi cet endroit spécialement pour toi et Solga. Je sais que les bêtes peuvent aussi s'éveiller, et si tu veux un secret, j'ai l'impression que Solga a un lien... ou plutôt que sa lignée a un lien avec l'un des animaux que le Premier Sultan possédait. Cela pourrait être bénéfique pour lui.
Je tournai la tête vers mon lion d'or. Je ne m'étais jamais interrogé sur ses origines. Aussi loin que je me souvienne, il avait toujours été avec moi. Sa crinière d'or et ses yeux dorés mêlés de bleu nuit étaient fascinants. Je me souvenais qu'il m'avait protégé, nourri, durant nos temps seuls. Si cela peut l'éveiller, alors je ne reculerai pas. Et au diable la royauté : les Gold ne s'abandonnent jamais. Comme James nous l'a appris.
Solga me regarda avec dédain, renifla et se mit en route vers Hethnar. Parfois, j'oublie à quel point il est fier et orgueilleux.
En caressant mes cheveux, je me mis en route pour rattraper mon retard sur James et Solga, qui avançaient déjà en m'ignorant.
La pyramide possédait une entrée sur le bas à gauche. Plus on se rapprochait de la pyramide, plus l'air devenait difficile, il avait l'air de faire de plus en plus chaud. Comme si on rentrait dans un four, la température augmentait, c'était accablant, presque suffoquant.
Je me retrouvai à essuyer la sueur de mon front plus de fois que lorsque je m'entraînais dans le désert avec père.
La porte d'entrée était massive. En plein milieu, un soleil couronné de couleur orange était visible, comme pour montrer son appartenance. Tout autour de la porte, des motifs dorés étaient inscrits dans une langue que je ne pouvais pas comprendre.
Père posa la main sur la grande porte sans serrure. Comment comptait-il l'ouvrir ? Comme pour répondre à ma question, il nous regarda, Solga et moi, nous faisant signe de faire la même chose que lui. Sans discuter, je mis ma main sur la porte au milieu du motif du soleil. Je ne sais pas pourquoi je l'ai mise au milieu du soleil, c'était instinctif. Solga posa sa grosse patte sur une des branches du soleil.
Je regardai ma main puis celle de James, où nos symboles étaient identiques au motif de la porte. James se mit à fermer les yeux et à murmurer quelque chose. Sans poser de question, je l'imitai.
« Cher Cora, en ce jour accorde-nous cet endroit sacré afin de pouvoir effectuer la cérémonie d'éveil d'Auréel et de Solga sous ta protection et la protection de Salomon. Accorde-nous l'entrée afin d'éviter tous les yeux curieux du pouvoir latent de ces deux êtres. »
Pourquoi lui demandait-il l'accès ? Ne pouvions-nous pas juste pousser et entrer ? Avec tous les habitants du monde, « elle » ne devrait pas se soucier le moins du monde qu'on entre ou qu'on sorte de ce temple.
Alors que j'étais perdu dans mes pensées, Père et Solga s'étaient déjà reculés de la porte. Un grondement me sortit de mes pensées. La porte s'ouvrit majestueusement devant moi, à m'en faire perdre l'équilibre.
Fier que je suis, je ne voulais pas afficher une telle honte. Dans ma chute, j'effectuai un salto avant juste pour atterrir debout. Fier de mon action, je jetai un regard à père comme pour lui demander s'ils étaient impressionnés, mais les deux me regardèrent avec dédain et se mirent à avancer sans moi.
Le couloir était large et raffiné, assez de place pour emmener une armée de deux cents hommes. L'air était agréable et réconfortant. Les murs affichaient plusieurs tableaux qui retraçaient les aventures de Salomon, notre premier Sultan. Je me sentais gêné d'être ici. Cet endroit m'avait l'air trop sacré pour nous, personnes du peuple. Trop sacré, trop propre.
Je ne me sentais clairement pas à ma place ici, mais je ne montrais en rien mon malaise. Je marchais comme si je possédais cet endroit.
J'aperçus père qui me regarda avec un léger sourire et se mit à nous expliquer chaque tableau comme un guide dans un musée. Comment en savait-il autant sur l'ancienne époque ? Je compris que James n'était vraiment pas n'importe qui.
Si, comme il le disait, il était l'ancien ami du Sultan, comment a-t-il fini détesté comme ça ? Plus les années passaient, plus je remarquais des avis de recherche sur lui affichés sur les murs de certaines villes où nous passions, mais la seule réaction de James était qu'ils auraient dû mettre une meilleure photo sur l'avis de recherche, en rigolant.
Il ne s'est jamais caché, mais jamais personne n'est venu pour lui.
Pourquoi ?
Nous sommes arrivés dans la salle de cérémonie. D'après James, le premier Sultan s'entraînait parfois dans cette salle.
Elle était immense. Des drapeaux de l'Empire étaient affichés sur les quatre coins des murs. Des armes qui avaient l'air anciennes mais majestueuses, des armes dont je ne pouvais que rêver. De magnifiques motifs runiques étaient affichés sur les murs.
Le sol était en atrium, une matière dite incassable et qui absorbait toute attaque.
James plaça Solga et moi à l'extrémité de la zone d'entraînement. Deux soleils étaient dessinés sur le sol où James nous plaça.
« Maintenant, tout va se jouer dans vos esprits. Je vais faire circuler de l'énergie dans votre corps. Votre corps se défendra, mais acceptez la douleur. Ce processus est un appel pour le monde afin de savoir si vous deviendrez des éveillés ou non », dit James d'un ton sérieux.
Solga lâcha un mini rugissement comme pour dire qu'il avait compris, et moi j'hochai seulement la tête.
Satisfait, James nous ordonna de fermer les yeux et de nous concentrer sur l'énergie qui arrivait.
Mon monde est noir, mais l'énergie de James vient colorer mon monde.
Une énergie blanche illumine mon esprit. Je serrai les dents alors que ma respiration s'accélérait.
J'ai l'impression que quelque chose essaie d'ouvrir mon cerveau de force.
« Accueille l'énergie, ne résiste pas ! » cria follement James.
Accepter cette douleur ? Comment puis-je l'accepter ? Instinctivement, mon corps essaie de fuir cette douleur. Solga... comment s'en sort-il ? Je m'inquiète pour mon frère lion.
J'espère qu'il ne ressent pas cette douleur et que je suis le seul à la supporter. Ce furent mes dernières pensées avant que ma conscience ne s'éteigne.
— Intéressant, très intéressant. Réveille-toi, mon garçon. Ce n'est que le début de ta naissance.