Chapitre 968
« Tu pourras partir dès que tu seras rétabli. Comme ça, nous serons quittes, répondit calmement Garen. De toute façon, je ne t’aide que parce que tu m’as sauvé la vie autrefois. »
« Ce n’est pas pareil. À l’époque, je ne suis pas allé jusqu’au bout pour te sauver, alors je te dois encore une faveur. » Le Sixième était très pointilleux sur ce genre de choses.
« Peu importe, c’est à toi de voir comment tu veux considérer la chose. » Garen se retourna vers Sinno. « Mais si tu tiens vraiment à me rendre la pareille, aide-moi à former cette enfant. Elle n’a certes aucun talent en matière de Volonté, mais elle possède une détermination et des instincts de combat extraordinaires. »
En entendant cela, le Sixième regarda Sinno attentivement pour la première fois. « C’est ça, ta demande ? Si je la forme correctement, nous serons quittes ? »
« Oui. » Garen acquiesça.
« Aucun talent pour la Volonté… C’est effectivement un peu délicat, mais tant qu’elle n’est pas complètement isolée, ce prétendu manque de talent n’est qu’une idée reçue. La plupart des gens n’y arriveraient pas, mais cela ne signifie pas que nous, ceux du Niveau Hérité, en sommes incapables, déclara le Sixième avec une pointe de fierté. Dans cinq ans, elle sera sur la voie de la Volonté. »
Dès qu’il eut prononcé ces mots, Sinno fut stupéfaite. Même Garen fut un peu surpris. S’il l’affirmait avec autant d’assurance, cela signifiait que Sinno avait bel et bien une chance de dépasser ses limites et de devenir une véritable pratiquante de la Volonté !
« J-je peux vraiment… ?!!! » Sinno se leva d’un bond, bouleversée. Elle était restée complètement silencieuse jusque-là, mais elle aussi était à présent anormalement rouge et agitée.
« Si je te dis que tu en es capable, alors tu en es capable ! » répondit le Sixième d’un ton posé. « N’en doute pas. Suis simplement mes instructions, et je te garantis que tu dépasseras tes limites en moins de cinq ans. »
« Parfait, c’est entendu. » Garen souriait lui aussi légèrement. Plutôt que de lui faire subir une modification et une greffe d’organe mutant, cette voie conviendrait mieux à Sinno. Il était également heureux pour cette jeune fille si déterminée. Et une fois qu’il aurait réglé les affaires de la jeune fille, il pourrait enfin se concentrer sur son entrée dans la Métropole centrale.
Quelques jours plus tard…
Secteur des Machinistes énergétiques, tour d’enregistrement des suivants
La haute tour noire était entourée de fins voiles de nuages blancs, et une barrière bleu pâle s’étendait au-dessus d’elle. De l’autre côté de cette barrière, d’immenses volées d’oiseaux volants se pressaient dans le ciel.
De nombreuses personnes entraient dans la tour noire et en sortaient. À présent, au guichet d’enregistrement du deuxième étage,
devant la table en bois noir, quelques Machinistes énergétiques se tenaient debout et inscrivaient sur l’écran virtuel leur heure de départ ainsi que la durée approximative du séjour de leurs suivants, en se servant de leurs doigts comme de stylos.
Garen indiqua rapidement combien de temps il comptait laisser ses suivants ici : environ cent ans. Le logement gratuit n’était accordé que pour dix ans ; chaque décennie supplémentaire coûtait dix cristaux, à titre de loyer.
Il ne s’était pas attendu à devoir payer un loyer, mais les deux cents cristaux qu’il leur avait laissés suffiraient tout de même à couvrir leurs dépenses.
Pour finir, Garen sortit sa clé noire et l’appuya fermement contre le bas du formulaire d’enregistrement rempli.
Dans un bourdonnement, la clé imprima sa forme sur l’écran, où apparut également l’image complexe d’un loup.
Pour son lieu de contact, Garen inscrivit directement la Ville de Nagadako.
« Mon ami, toi aussi, tu vas à la Ville de Nagadako ? » demanda une voix un peu familière à côté de lui.
Garen se retourna et aperçut le gros homme au teint clair. Il s’était approché sans que Garen s’en rende compte. Un écran blanc flottait devant lui, où figurait également le nom de la Ville de Nagadako.
« C’est là que l’on apprend les techniques de modification. Je suis très intéressé par les modifications corporelles, alors, naturellement, j’ai envie d’y aller. » Garen hocha la tête. « Et toi ? »
« C’est chez moi, je rentre simplement à la maison. » Le gros homme se gratta la tête. Il avait revêtu une longue robe rouge vif, finement ouvragée, et portait sept ou huit bagues serties de pierres précieuses, en or et en argent. Il ressemblait un peu à un paysan devenu riche du jour au lendemain. Ses cheveux blonds avaient été tressés en une multitude de petites nattes, mais le sommet de son crâne était complètement chauve.
« Dis-moi, c’est la première fois que tu vas à la Ville de Nagadako ? »
« Oui. »
« Alors, n’oublie pas d’aller sur la place du Noyau stellaire ! » lança le gros homme en se léchant les lèvres.
« La place du Noyau stellaire ? »
« Tout en haut, il y a le monument de pierre laissé par le Niveau Régent, et aussi une zone royale, où se trouve l’arbre Nilan laissé par l’impératrice de la Voie lactée. La place de la Sélection, au pied de l’arbre Nilan, est spécialement consacrée au recrutement de talents pour les Machinistes énergétiques de bas niveau de la ville principale. Des foules innombrables s’y présentent aux sélections. Beaucoup de sectes, petites et grandes, y maintiennent des représentants toute l’année. Si tu veux recevoir la meilleure formation possible de Machiniste énergétique, celle qui est la plus reconnue, tu dois rejoindre une secte », expliqua discrètement le petit gros.
« Je dois le faire ? » Garen était un peu perplexe. « J’ai fait des recherches sur Internet. La Ville de Nagadako devrait avoir des bibliothèques et des professeurs qui donnent des cours payants, non ? »
« Bien sûr que si, mais les Machinistes énergétiques indépendants qui apprennent seuls ne peuvent pas progresser aussi vite que ceux qui sont formés en groupe. Et surtout, les deux matériaux les plus essentiels ne se trouvent que dans les sectes », dit mystérieusement le gros homme.
« Quels matériaux ? » Un autre Machiniste énergétique, qui remplissait le formulaire à côté d’eux, s’approcha à son tour, l’air très intéressé. De toute évidence, peu de gens connaissaient les informations que révélait le petit gros.
« Je parle des Noyaux stellaires et des Tactiques secrètes codifiées ! » gloussa le petit gros.
« Des Noyaux stellaires et des Tactiques secrètes codifiées ? » C’était la première fois que Garen entendait parler de ces deux choses.
« La plupart des gens ne savent pas vraiment pourquoi les Machinistes énergétiques des sectes possèdent généralement de puissantes capacités. Qu’il s’agisse de leur propre puissance au combat ou de celle de leurs hommes de main, ils sont tous bien plus forts que les Machinistes énergétiques moyens. Ils peuvent même facilement venir à bout de trois Machinistes ordinaires. Et le secret, c’est les Tactiques secrètes. »
« Et les Noyaux stellaires ? » demanda le Machiniste énergétique à côté d’eux en fronçant les sourcils.
« Le Noyau stellaire ? C’est indispensable pour atteindre le Niveau Hérité. » Le petit gros leva un doigt et le fit osciller. « Sans lui, peu importe ton talent, tu n’atteindras jamais le Niveau Hérité. C’est une ressource naturelle que seules les sectes possèdent. Pour un Machiniste énergétique ordinaire qui veut atteindre le Niveau Hérité, il n’y a qu’une solution : rejoindre une secte. »
Il tendit la main et tapota l’épaule de Garen.
« Mon frère, vu la tête que tu fais, tu n’as visiblement aucune idée de tout ça. Je te conseille de faire des recherches sur l’Éliminet. »
Sur ces mots, il tourna les talons et s’éloigna d’un pas nonchalant. Son formulaire était rempli depuis longtemps.
Le Machiniste énergétique, tout aussi perdu que Garen, échangea un regard avec lui. Tous deux comptaient manifestement rentrer et faire aussitôt des recherches sur cet Éliminet.
Garen revint de la tour d’enregistrement, mais ne retourna pas dans le bunker. Il se rendit directement dans l’espace des capacités spéciales.
Enfin, il reçut une réponse au message qu’il avait envoyé à Celine par l’intermédiaire de l’espace des capacités spéciales. Tout allait bien pour elle. Comme elle devenait chaque jour plus forte, sa famille était venue la chercher dans le Secteur du Tableau noir plus tôt que prévu. Pour éviter le chaos qui allait suivre, Celine avait utilisé ses droits spéciaux afin de faire venir également les parents de Nono et sa petite sœur. Par chance, ils avaient ainsi échappé au tumulte de la bataille qui faisait rage dans le Secteur du Tableau noir.
Garen lui répondit rapidement en lui indiquant où il se trouvait et en lui annonçant qu’il partirait bientôt pour la Ville de Nagadako.
Puis il rassembla tout ce qu’il avait préparé à l’avance.
Il avait encore cent cristaux sur lui. Comme il ne pouvait pas faire progresser sa Technique secrète vivante sans les Pierres de Paon rouge, il décida de remettre cela à plus tard. Atteindre le niveau quatre de Machiniste énergétique prendrait beaucoup de temps ; pour l’instant, il n’avait aucun espoir d’y parvenir. À présent, ses seules supériorités sur les autres Machinistes énergétiques résidaient dans ses aptitudes au combat rapproché et dans l’effet de renforcement que sa Graine de distorsion exerçait sur les créatures imprimées.
Il s’agissait de la même créature, mais Garen pouvait utiliser la Graine de distorsion pour tripler sa puissance d’origine. Pour tout le reste, il était à peu près au même niveau que les Machinistes énergétiques de son rang ; en réalité, il était bien en retard sur beaucoup d’entre eux, plus fortunés. Mais ses hommes de main ordinaires, dont la puissance avait été triplée, suffiraient à renforcer les créatures d’élite que l’on ne pouvait produire que sur les tables d’expérimentation. Cela lui donnerait un avantage considérable. En les utilisant habilement, il devrait pouvoir accumuler rapidement une grande quantité de ressources.
Suivant le conseil du petit gros, Garen se rendit sur le site appelé l’Éliminet. Son activité principale était l’assassinat et le renseignement. Il lui était très facile de s’y connecter par le réseau interne des Machinistes énergétiques, mais le site ne fonctionnait pas depuis l’Internet extérieur. Il contenait une foule d’informations, et Garen acheta quelques documents en fonction de ses besoins. Il ne dépensa pas grand-chose, un peu plus de dix cristaux.
Une fois tous les préparatifs achevés, il ne lui restait plus aucune raison de s’inquiéter, du moins pour l’instant. Garen envoya un message directement à Mincar.
Un peu plus de dix minutes plus tard…
Devant la porte lumineuse d’un blanc pur, Mincar se tenait les mains glissées dans ses larges manches, le dos droit comme un piquet et silencieux, tandis qu’il observait Garen.
« Tu es prêt ? »
« Oui. »
« Une fois là-bas, plusieurs possibilités s’offriront à toi. D’abord, tu pourras participer aux sélections et tenter d’intégrer une secte, mais c’est encore trop tôt pour toi. Ensuite, tu pourras trouver un petit boulot pour gagner de quoi vivre. La vie coûte extrêmement cher dans les grandes villes comme celle-là, alors prépare-toi mentalement. Et une fois parti, tu ne pourras pas revenir si facilement », lui conseilla Mincar.
« Je comprends. » Garen hocha la tête. Il devait partir. S’il continuait à traîner ici, il risquait de ne jamais retrouver son ancienne puissance de pointe, celle du niveau cinq, même en attendant encore quelques années. À moins de se rendre dans un endroit important, il ne pourrait pas obtenir davantage de ressources. Dans ces conditions, achever le Septième Général du Vent divin et Fila ne serait qu’un rêve insensé.
« Dans ce cas, je te souhaite bonne chance », conclut doucement Mincar. Il s’écarta et sortit délicatement un cristal rose, qu’il lança avec légèreté dans la porte de lumière blanche.
Boum !
Un rayon de lumière blanche intense jaillit et se transforma en une silhouette blanche et illusoire. Elle s’avança doucement et enveloppa Garen, qui se tenait devant la porte, dans son étreinte.
Dans l’espace, à la surface d’une planète désolée d’un jaune pâle.
De nombreux volcans brun jaunâtre se dressaient à la surface de la planète. Tous luisaient d’un éclat métallique, hauts, fins et acérés. Des rayons de lumière blanche pure jaillissaient sans cesse de leurs sommets et s’élançaient vers le ciel, tels une multitude de piliers blancs.
À la surface du sol, entre les nombreux volcans, des bâtiments brun jaunâtre s’entassaient comme des rebuts, dispersés sans le moindre ordre. Certains étaient des gratte-ciel en forme de piliers rectangulaires ; beaucoup d’autres avaient des toits en forme de faucille. Des vaisseaux aériens de toutes les couleurs et de toutes les tailles montaient et descendaient dans le ciel, ou avançaient lentement.
Dans toute la ville, de nombreuses lumières blanches scintillaient. À chaque fois que l’une d’elles s’allumait, quelqu’un apparaissait ou disparaissait quelque part.
Un long flot de voyageurs sortit du vaisseau aérien qui venait d’atterrir, tandis que d’autres émergeaient de l’ascenseur situé au pied des volcans. Dès qu’ils apparaissaient, les nombreux chauffeurs de taxi qui attendaient se précipitaient vers eux. Chacun montait dans un taxi.
Sur la large route jaune pâle, les voitures volantes emportaient leurs passagers, tandis que d’autres taxis prenaient leur place et déposaient les leurs.
Au pied de l’un des volcans métalliques, une nouvelle vague de voyageurs sortit de la grande porte noire, pareille à un rideau d’eau, à l’intérieur de l’immense portail jaune en forme d’arche.
Ces voyageurs étaient tous vêtus différemment, comme une grande troupe d’acteurs qui se serait mêlée avant d’avoir eu le temps de changer de costume. Certains avaient l’allure de riches marchands, d’autres celle d’étudiants ; il y avait aussi des ouvriers, des soldats et des officiers, des femmes au foyer, et même des gens qui ressemblaient à des mendiants.
Dans la foule, près de l’entrée principale, sur la gauche, se trouvait un jeune homme robuste vêtu d’une combinaison de pilote blanche et moulante. Ses longs cheveux noirs lui tombaient sur les épaules, et ses yeux observaient sans cesse les environs derrière ses mèches.
Ses cheveux lui cachaient la majeure partie du visage et il avait l’air négligé. Il avançait dans la foule lorsqu’un chauffeur de taxi le repéra à son tour.