Chapitre 933
En réalité, tout ce que Van Doe fit, ce fut de dépenser un peu d’énergie pour activer le Niveau Hérité et le protéger. Même si son disciple prodige était tué par des ennemis, le Parti du Déluge noir le dédommagerait et rétablirait l’équilibre nécessaire. Mais il était certain de ne pas s’en tenir là. Van Doe avait déjà récolté bien plus qu’assez, mais il restait avide et continuait à faire le mal.
« Je reviendrai tôt ou tard… Ne t’inquiète pas, marmonna Garen. En tant que maître d’arts martiaux suprême, il était hors de question qu’il abandonne aussi facilement à cause d’un obstacle. »
« Quand veux-tu recevoir les Cellules de Mila ? Donne-moi simplement un lieu de livraison et j’organiserai leur transport par avion, dit doucement Celine.
Garen comprenait à quel point la situation était délicate. On pouvait trouver facilement dans la ceinture radioactive tous les autres matériaux nécessaires au bassin biochimique, à l’exception des Cellules de Mila, un minerai rare et difficile à dénicher.
— Je suis hors de la ceinture radioactive, mais je ne sais pas exactement où. En fait, je viens juste de sortir du coma.
— Je peux envoyer les cellules dans ton secteur par drones aériens. Je te donnerai un code pour recevoir les signaux. Quand les drones arriveront, tu pourras t’en servir pour ouvrir le colis et récupérer les objets. Si tu n’entres pas le code, il s’autodétruira. » Celine sortit un petit objet en métal noir qui ressemblait à une boîte d’allumettes.
« C’est un émetteur automatique qui aidera le drone à localiser le signal de ta Clé de machiniste énergétique. Dès que tu auras récupéré les cellules, détruis immédiatement l’émetteur. N’oublie surtout pas ! Sois prudent !
— Oui, j’ai compris !
Garen savait que Celine était probablement le seul soutien qu’il lui restait sur le territoire de l’Académie du Tableau noir. Leur relation ressemblait à celle d’un maître et de son élève, mais ils étaient aussi de bons amis. La pression qu’ils subissaient tous les deux était inimaginable pour le commun des mortels.
Il tapota l’épaule de Celine. « Toi aussi, tu dois faire attention !
— Ne t’inquiète pas, tout ira bien ! » Celine sourit, mais son sourire semblait un peu forcé. « Bon, je ferais mieux de partir avant qu’ils ne découvrent mes traces et n’envoient des Machinistes énergétiques à mes trousses. Souviens-toi, le code est… Prends soin de toi.
— D’accord.
Le cœur de Garen se serra un peu tandis que Celine disparaissait peu à peu de son champ de vision. Il avait l’impression d’être le dernier être humain au monde.
Il pensa soudain à Clint, Baylon et à la mystérieuse Lune rouge. Peut-être avaient-ils déjà officiellement suivi leur propre voie.
En regardant autour de lui, il vit les Machinistes énergétiques communiquer sans un mot avec les gens. Pourtant, quelque chose lui semblait différent de la dernière fois.
De plus, les Machinistes énergétiques n’avaient pas l’air aussi propres et soignés que les habitants des territoires ; ils ressemblaient davantage aux gens de la ceinture radioactive.
« Est-il possible que les habitants de la ceinture radioactive puissent devenir des Machinistes énergétiques ? » se demanda Garen, perplexe.
Il entra dans une boutique au hasard pour y jeter un coup d’œil.
À l’intérieur, les rangées de comptoirs prouvaient qu’elle ne se distinguait en rien d’un magasin ordinaire. Plusieurs clients flânaient tranquillement dans les allées ; certains marchandaient avec la jolie vendeuse.
Personne ne remarqua l’entrée de Garen.
Il jeta un coup d’œil distrait aux objets exposés derrière la vitrine.
Des racines bleu marine, des pierres rouge cramoisi et une créature noire, moitié herbe, moitié insecte, qui se tortillait. Il y avait aussi des morceaux de plaques métalliques brisées et des objets qui ressemblaient à des fossiles d’empreintes de créatures vivantes.
Même leurs noms étaient étranges.
Larmes du Soleil, Gantelets du Vent, Pierre de Gel, Belles Racines, Pattes de crabe.
« Excusez-moi, puis-je vous aider ? » demanda quelqu’un en s’approchant.
Garen leva les yeux et vit une jeune vendeuse d’une grande beauté.
« C’est la première fois que j’entre dans l’espace des capacités spéciales. Pourriez-vous me dire quelle monnaie on utilise ici ?
— Nous utilisons les Pierres d’énergie, une sorte de pierre énergétique. Pour être exacte, il s’agit de cristaux énergétiques. Les Pierres d’énergie sont une monnaie universelle ; chacune peut être échangée contre 100 000 unités universelles de la Planète mère, répondit aimablement la vendeuse.
— Vous êtes une Machiniste énergétique, vous aussi ? demanda Garen, quelque peu curieux. D’après Celine, on pouvait faire apparaître directement des objets matériels ici, ce qui ne faisait qu’accroître son intérêt pour cet espace des capacités spéciales. Mais si c’était vraiment possible, cela devait coûter très cher. Sinon, Celine n’aurait pas pris le risque d’envoyer des drones et serait venue faire la transaction elle-même.
— Désolée, les vendeuses ne sont pas des Machinistes énergétiques. Nous sommes de simples employées recrutées par la Fédération des Machinistes énergétiques, répondit patiemment la vendeuse en secouant la tête avec un sourire.
— Et comment gagner des Pierres d’énergie ? demanda Garen.
— On peut gagner des Pierres d’énergie en vendant des techniques brevetées, en accomplissant des missions, en travaillant dans des boutiques et de bien d’autres façons. Si vous possédez de bons matériaux, vous pouvez aussi les vendre pour faire un bénéfice. Mais mieux vaut qu’ils soient de première qualité, car faire entrer des objets matériels dans l’espace des capacités spéciales est assez difficile. Cela coûte très cher : au moins 200 000 cristaux pour un kilogramme d’objet matériel, expliqua la vendeuse à voix basse.
— 200 000 cristaux pour un seul kilogramme… » Garen comprit enfin pourquoi Celine avait choisi une méthode aussi risquée pour transporter les Cellules de Mila. « Puis-je échanger mes unités universelles contre des Pierres d’énergie ?
— Désolée, on peut échanger des Pierres d’énergie contre des unités universelles, mais pas l’inverse. » La vendeuse sourit. « Puis-je faire autre chose pour vous ?
Elle avait déjà compris que le jeune homme devant elle était un débutant sans instructeur.
Chaque année, le marché des capacités accueillait de nombreux novices comme lui. Contrairement aux autres vendeuses, elle ne les méprisait pas. Après tout, ils n’étaient même pas comparables aux Machinistes énergétiques et ne pourraient jamais atteindre leur niveau. De quel droit auraient-ils méprisé les autres ? Ainsi, même si son interlocuteur n’avait pas l’intention d’acheter, elle répondait volontiers à toutes ses questions pour dissiper ses doutes.
« Sea Sand, qu’est-ce que tu fais là ? Des clients t’attendent à l’accueil ! » cria une fille depuis l’arrière-boutique.
La vendeuse devant Garen répondit aussitôt.
« J’arrive.
— Si vous avez encore besoin de quelque chose, attendez un instant ; je reviens tout de suite répondre à vos questions.
Veuillez m’excuser », dit Sea Sand à Garen avec un sourire contrit.
« Ce n’est rien, allez vous occuper de vos affaires. » Garen savait qu’il n’avait plus un sou. Qu’on s’occupe de lui, même quelques instants, c’était déjà pas mal.
« Sea Sand ! » pressa de nouveau la voix.
Sea Sand s’inclina légèrement devant Garen, puis repartit en hâte dans la boutique.
Son accueil chaleureux fit bonne impression à Garen.
Il fit le tour de la boutique, puis revint vers le comptoir près de la porte et y aperçut des Cellules de Mila.
« Cellules de Mila : cellules essentielles à la construction du bassin biochimique d’un Machiniste énergétique. Hautement corrosives, résistantes aux radiations, dureté de niveau cinq, dotées d’une fonction de réparation automatique. Prix : 4 999 cristaux. »
Les petites boulettes de Cellules de Mila ressemblaient à une masse de matière grise, qui frémissait encore légèrement. C’était répugnant.
Garen savait pourtant que, si on leur fournissait assez de nutriments et de matière organique, un bassin biochimique de la taille d’une piscine pouvait se former en à peine une heure.
« 5 000 cristaux… et il m’en faudrait encore 200 000 pour faire sortir quelque chose de l’espace des capacités spéciales… Ce n’est certainement pas à la portée du commun des mortels. » Garen secoua la tête en quittant la boutique.
Il se retourna pour lire le nom de l’enseigne : « Revenez nous voir ».
« Au moins, ce nom est facile à retenir. »
Il flânait sur la place lorsqu’il remarqua un Machiniste énergétique devant la fontaine aux dauphins, au milieu de l’esplanade. L’homme posa la paume sur la fontaine. Garen ne parvint pas à deviner ce qu’il faisait.
Il attendit que le Machiniste énergétique retire sa main, ouvre les yeux et s’en aille, puis l’imita. Il tendit la main et posa la paume sur le dauphin.
Une sensation glacée et lisse se répandit en lui, tandis qu’une voix féminine électronique et mélodieuse résonnait dans sa tête.
« Bienvenue dans le système de téléportation. Veuillez choisir votre destination. »
Un panneau translucide apparut aussitôt devant Garen. Sa surface affichait différents points de destination.
On n’y voyait qu’une maquette de la Planète mère, à la surface de laquelle des points lumineux brillaient comme des étoiles et indiquaient les destinations possibles.
Garen fixa l’un des points ; les détails correspondants apparurent aussitôt, avec le prix, le nom du lieu et sa spécialité.
La planète tournait lentement. Trois grandes zones attiraient particulièrement le regard, comme si la lune était entourée d’étoiles étincelantes.
La première était Polar City, située au milieu d’un vaste océan.
La deuxième était Blue Sky ; la ville semblait toujours en mouvement.
La troisième était la ville de Nagadako, le point le plus lumineux des trois. Le panneau indiquait qu’il s’agissait du Centre-ville de l’Alliance, sur la Planète mère.
Garen regarda autour de lui sans s’attarder. Le point de téléportation le moins cher coûtait au moins cinq ou six cents cristaux. Pour rejoindre l’une des trois grandes villes éloignées, il fallait débourser jusqu’à 10 000 cristaux !
« Tout coûte de l’argent… » Garen s’éloigna du dauphin et répéta trois fois le mot « sortir » dans sa tête. Aussitôt, son environnement se teinta des couleurs de l’arc-en-ciel et il se retrouva dans le tunnel d’où il était venu.
Lorsque le vertige s’estompa, il ouvrit les yeux.
Il était de retour dans le compartiment à missiles de la cuisse.
Il bougea légèrement, retira peu à peu son Rayonnement froid naturel, puis maîtrisa le givre qui s’étendait lentement afin d’accélérer la fonte.
Une épaisse couche de glace s’était déjà formée à l’intérieur du compartiment de la cuisse ; elle fondait de plus en plus vite à mesure que le temps passait.
Enfin, l’ouverture de la partie gelée se dégagea.
Il tendit la main pour pousser et fut brusquement éjecté du compartiment, aussi silencieux qu’un raton laveur.
Ignorant ce qui se passait dehors, il adopta aussitôt une posture de combat.
Pourtant, quelques secondes à peine après avoir quitté le compartiment de la cuisse, Garen sentit que quelque chose clochait.
Dans le grand lit à côté de lui dormait paisiblement une jeune fille nue et mince. La chambre semblait lui appartenir ; la porte et les fenêtres étaient fermées à clé.
En jaillissant du compartiment, il avait atterri juste à côté de son lit.
La peau de la jeune fille était claire et semblait luire comme de l’ivoire sous la lune. Elle dormait en étoile de mer, sans même se couvrir. Elle marmonnait dans son sommeil, ses longues jambes fines tressaillaient parfois, et même ses orteils bougeaient de temps à autre.
« Où suis-je ? » Garen détourna le regard de la jeune fille et inspecta les alentours. Il se dirigea vers les rideaux, les souleva doucement et aperçut dehors le paysage architectural en ruines, typique de la ceinture radioactive.
Gris, délabré, mais féroce et puissant, comme une bête assoupie.
À peine eut-il lâché le rideau qu’il sentit un courant d’air dans son dos. Il effleura quelque chose du revers de la main, esquiva sur le côté et évita le coup qui venait de derrière.
Dans le même mouvement, il frappa du doigt l’abdomen de la personne derrière lui.
Crac !