Chapitre 932
« Alors, préparons-nous au maximum et voyons s’ils oseront passer ! » East Perrin affichait une détermination farouche. « Nous avons de quoi nous défendre et de la puissance de feu. Nos réserves de nourriture devraient tenir deux semaines. Je ne crois pas qu’ils puissent rester aussi longtemps ! »
Ses deux adjoints acquiescèrent, puis partirent inspecter rapidement les abords de la ville, au cas où leur système de défense présenterait des failles.
L’équipe de défense était divisée en deux groupes de quinze hommes : l’un patrouillait tandis que l’autre rentrait se reposer.
Bientôt, les prédateurs qui s’étaient rassemblés à l’extérieur se dirigèrent vers les bruits. Peu après, ils filaient à la vitesse des véhicules et disparurent à l’horizon.
Les habitants de la ville poussèrent un soupir de soulagement.
Cependant, à travers ses jumelles, East Perrin vit que des prédateurs se trouvaient encore au loin, dans les environs, et gardaient la ville à l’œil.
Elle comprit alors mieux la situation. « Nous sommes marqués », se dit-elle. Les prédateurs n’étaient peut-être pas intelligents, mais ils avaient tout de même le sens de la logique, assez pour élaborer des plans et des stratégies simples.
Elle avait vu à quelle vitesse un prédateur pouvait se déplacer. S’ils quittaient la ville, les prédateurs ne tarderaient pas à les rattraper. Sans aucune défense, ils n’auraient même pas la force de leur résister.
« On va donc devoir tenir bon. » Un sentiment de danger la rongeait.
Mais elle ignorait que la menace ne se limitait pas à cette région. En réalité, dès qu’une fissure apparaissait dans le sol de la ceinture radioactive, des hordes de prédateurs s’y engouffraient sans relâche.
Ils tuaient quiconque se trouvait sur leur chemin et détruisaient toutes les villes qu’ils croisaient ! Tels des chiens sauvages, ils se déchaînaient généralement une fois par siècle, mais cette fois, la catastrophe avait frappé plus tôt que prévu et personne ne s’y attendait.
Seule la ceinture radioactive subissait ce genre de catastrophe. Les autres territoires dressèrent leurs propres boucliers d’isolement, coupant complètement tout contact avec la ceinture radioactive. Avec leurs lumières blanches, ils ressemblaient à des îles au milieu de la mer. Les avant-postes de la région du Tableau noir furent eux aussi désactivés et reçurent l’ordre de rentrer.
Les territoires étaient puissants, mais ils s’étendaient peu, laissant les habitants des zones irradiées profiter des nombreux minerais de la région et les extraire pour faire des affaires avec les gens des territoires. C’était pour cette raison qu’ils ne pouvaient maintenir qu’une telle étendue et une telle puissance pendant la Vague de prédateurs. Ce n’était pas qu’ils ne souhaitaient pas s’étendre : les habitants des territoires n’imaginaient tout simplement pas à quel point la Vague de prédateurs rendrait la situation plus terrifiante et éprouvante s’ils le faisaient.
Toute la surface de la planète mère — tous les territoires, y compris l’Académie centrale — ressemblait à un amas d’étoiles dispersées au hasard autour du centre, aux quatre points cardinaux. Tous étaient encerclés par les prédateurs.
En revanche, l’avantage de la ceinture radioactive était que presque tout le monde s’y trouvait retranché. Une telle Vague de prédateurs durait une journée et ne se retirait qu’à la tombée de la nuit.
Et cela se répétait chaque jour. Même une demi-journée de répit suffisait à redonner espoir aux habitants des zones irradiées.
La nuit tomba sans bruit.
Bien que la journée se fût déroulée dans le calme, East Perrin était épuisée par la tension accumulée.
Elle devait constamment rester en première ligne, apporter son soutien, calmer tout le monde et empêcher la ville de sombrer dans le chaos. Comme elle était la personne irradiée la plus puissante de la ville, si elle-même venait à tomber, toute la ville s’effondrerait à coup sûr.
De retour dans sa chambre, elle jeta un coup d’œil aux pièces de l’unité de cuisse, dans un coin. Un flacon de solution nutritive, fixé dans l’attache supérieure, avait été entièrement absorbé ; seule une croûte grise recouvrait encore la surface du composant. C’étaient les résidus de la solution nutritive.
« Tu l’as vraiment terminée ? » s’étonna East Perrin en s’approchant pour prendre le flacon. Elle l’examina : il était bel et bien vide.
« Enfin, cette solution nutritive hautement radioactive servait autrefois au jardinage, nous en avons plein. Ce sera intéressant de voir quelle quantité tu peux absorber ! » East Perrin sortit de la chambre et ordonna à ses gens de lui apporter une douzaine d’autres flacons de solution nutritive dont ils ne voulaient plus.
Elle versa tout le contenu sur la pièce.
La surface de la pièce se couvrit d’un voile bleu translucide de solution nutritive, qui fut absorbée à une vitesse visible à l’œil nu.
« Eh bien… » La curiosité d’East Perrin grandit. Parmi toutes les créatures mutantes qu’elle avait vues depuis son enfance, elle n’en avait jamais rencontré une dont la transformation fût aussi anormale.
Et cela se passait à l’intérieur de l’unité, là où elle ne pouvait rien voir.
Le corps recroquevillé de Garen avait retrouvé sa taille habituelle. Ses yeux frémirent légèrement et il sembla reprendre conscience.
Étrangement, les deux marques de Machiniste énergétique qui flottaient derrière lui se mirent à luire. La Clé de machiniste énergétique sur le corps de Garen, qui n’était pas brisée, sembla elle aussi vibrer lentement.
« Vérification de la qualification de Machiniste énergétique de niveau deux. Êtes-vous en mesure de participer au marché des capacités spéciales à proximité ? »
Une subtile force de Volonté interrogea Garen.
« Machiniste énergétique… Marché ? » demanda Garen, hébété.
« … J’accepte. »
« Confirmation terminée. Séparation de la Volonté en cours. Entrée dans l’espace des capacités spéciales… »
À son réveil, Garen ouvrit les yeux et observa les ténèbres autour de lui. En quelques secondes, il eut l’impression d’entrer dans un tunnel cylindrique aux couleurs de l’arc-en-ciel et de s’envoler à toute vitesse vers le haut.
Peu après, l’extrémité du tunnel apparut sous la forme d’une lumière blanche éclatante.
À sa sortie du tunnel cylindrique, Garen se couvrit instinctivement les yeux des deux mains pour les laisser s’habituer peu à peu à cette soudaine luminosité.
Il se trouvait sur la place qu’il avait visitée la dernière fois. Mais elle semblait légèrement différente.
Le sol était en jade blanc. Au milieu, une fontaine était ornée d’un dauphin bondissant en lévitation, comme si des techniques antigravitationnelles étaient à l’œuvre.
Il n’y avait que cinq ou six boutiques autour de la place. C’était peut-être pour cela qu’elle semblait relativement petite.
« Garen ! »
Soudain, une voix de femme retentit au loin.
Garen leva la tête et aperçut Celine, l’air épuisé, qui accourait vers lui. Ils n’étaient pas entourés de beaucoup de monde : tout au plus une vingtaine ou une trentaine de personnes.
Quelques Machinistes énergétiques étaient accroupis près des étals et échangeaient en silence avec les marchands. D’autres, debout, posaient des questions comme s’ils menaient une enquête.
Certains encore s’étaient regroupés et chuchotaient entre eux. Celine s’approcha vivement sans attirer l’attention, puis entraîna Garen à l’écart, dans un coin.
« Du calme, toi seul peux m’entendre ! » lança Celine, le visage rayonnant. « Je savais que tu étais vivant ! »
« Moi aussi, je croyais que j’allais mourir. » Garen secoua la tête. « Quelle poisse ! Les deux factions m’ont entraîné dans leur conflit. Je suppose que les grands sont toujours la cible des ennuis. » Visit NovelPing for the full chapter.
« Les grands sont toujours la cible des ennuis ? Pas mal, comme formule. » Celine acquiesça, les yeux légèrement rougis.
« Ça fait presque dix jours que je t’attends ici. Il y a une Vague de prédateurs, et l’espace des capacités spéciales est désormais le seul moyen de communiquer et d’échanger des objets. En plus, tous les territoires de la région sont complètement coupés les uns des autres, alors l’influence y est vraiment faible. Même si tu es un fugitif recherché, personne ici ne s’en soucierait. Les Machinistes énergétiques les plus infâmes sont traités comme les autres. Tant que tu ne transgresses pas les lois de la Fédération des Machinistes énergétiques, le monde extérieur n’a plus aucune importance. »
« Tant mieux ! » Garen poussa un soupir de soulagement. En repensant à ce qui s’était passé, il ne s’était pas attendu à ce que le professeur Van Doe l’abandonne. Quant à leurs adversaires, les Généraux du Vent divin, ils n’auraient certainement pas laissé la faction Van Doe se trouver un autre prodige ; ils avaient donc saisi l’occasion. Au bout du compte, la faction Van Doe, légèrement plus faible, avait dû battre en retraite.
Un prodige mort ou estropié ne valait plus rien. C’était peut-être la principale raison pour laquelle Van Doe l’avait finalement abandonné.
« Où es-tu, maintenant ? Si tu as besoin d’aide, dépêche-toi de me le dire. Je suis déjà dans la Région polaire. Le bouclier de protection n’est pas complètement fermé. Tu as réussi à quitter le territoire ? » demanda rapidement Celine.
« Comment tu le sais ? » s’étonna Garen.
« La Clé de machiniste énergétique que tu as sur toi émet un faible signal que je peux capter d’ici. Et comme personne d’autre que moi ne sait que tu es entré dans cette région ni que tu as rejoint l’espace des capacités spéciales, je peux situer ta présence à peu près », répondit aussitôt Celine, en jetant nerveusement des regards à droite et à gauche.
« Écoute, je ne peux pas faire grand-chose pour la plupart de tes affaires. J’ai fait tout mon possible pour récupérer ton mécha exclusif, mais je n’ai pas réussi à le reprendre à Fila. J’ai déjà caché une partie du minerai d’énergie de maîtrise qui restait. Pour les matériaux de ton bassin biochimique, je n’ai pu dissimuler que les Cellules de Mila. Les autres matériaux rares que tu as amassés ces deux dernières années ont été emportés par les hommes du professeur Van Doe. Si tu veux toujours tes Cellules de Mila, je peux te les faire parvenir tout de suite, avant que les prédateurs ne pénètrent dans l’espace aérien. »
« Van Doe les a prises ? » Garen resta stupéfait.
« Tu ne me crois pas ? » Une lueur sarcastique passa dans les yeux de Celine.
« Quand tu étais au plus mal, ton professeur a aussitôt envoyé des hommes chez toi. Ils ont fouillé toute la maison pour trouver des renseignements sur la façon dont tu traitais la Pierre arc-en-ciel. Mais ils n’ont rien trouvé. Il pensait avoir suffisamment bien dissimulé ses traces ; ce qu’il ignorait, c’est que j’avais toujours des gens chez toi pour surveiller les lieux. »
Garen garda le silence.
« Maintenant qu’ils nous surveillent, je n’ai pas le temps. En plus de ta famille, les hommes envoyés par ton professeur voulaient aussi que je leur livre les informations sur tes techniques. Hé hé. » Celine ricana.
« Du côté de Fila, aucune nouvelle. Mais ton professeur, lui, envoie des hommes me surveiller tous les jours. C’est aussi lui qui s’en est pris à ta famille. Fila ne prend même pas la peine de s’en mêler. »
Garen réfléchit un instant, puis demanda :
« Qu’est-il arrivé à ma famille ? »
« Ils ont été arrêtés. Ta sœur a été capturée et envoyée chez Van Doe. Dieu sait ce qu’il lui a fait. Je me suis précipitée pour la faire sortir, mais je crois qu’on l’avait droguée : elle était complètement désorientée et répondait à toutes mes questions. Quant à tes parents… leur entreprise a été fermée et ils ont disparu. Mais ne t’inquiète pas, je ne laisserai rien leur arriver ! » affirma Celine à voix basse.
Garen prit une profonde inspiration. Même s’il n’éprouvait aucun attachement pour la famille Nonosiva de cette dimension, il était tout de même la cause des malheurs qui s’abattaient sur elle.
« Merci. » Il posa fermement la main sur l’épaule de Celine.
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? » demanda Celine avec méfiance. « S’il te plaît, ne fais rien d’irréfléchi ! Tu ne peux pas les vaincre ! »
« Ne t’inquiète pas. Je ne suis peut-être pas fait pour devenir pilote, mais je reste un Machiniste énergétique. » Son regard était glacial.
Le Septième Général du Vent divin, Van Doe, Fila. À vrai dire, il n’en voulait ni au Général du Vent divin ni à Fila. Après tout, ils étaient ses ennemis ; recourir à des stratagèmes pour riposter était normal.
Mais le plus douloureux, c’était que Van Doe, son propre professeur, ne lui avait transmis ni l’enseignement ni les connaissances dont il avait besoin. Tout ce qu’il savait du Vent noir, les membres du Parti du Déluge noir le savaient déjà. Finalement, il était devenu le sacrifice d’une lutte entre deux factions, l’enjeu d’un échange. Et celui qui en avait tiré le plus grand profit, c’était encore le professeur Van Doe lui-même.