Chapitre 93
Un coup de poing !
Le bras droit de Garen jaillit comme un python qui ondulait, droit vers la tête de Tenstar Ni.
Des pensées meurtrières lui vinrent à l’esprit.
Depuis qu’il avait transmigré dans cette réalité parallèle, il faisait semblant d’être un adolescent, alors qu’il avait l’esprit d’un adulte. Il était en proie à la dépression. S’entraîner aux arts martiaux lui permettait de se détendre. Chaque fois que sa force augmentait, son sentiment de sécurité grandissait lui aussi.
Pourtant, la mort du Vieux Gregor l’avait rendu impuissant et lui avait fait comprendre à quel point il était faible. À peine avait-il réalisé d’immenses progrès dans les Arts secrets qu’il avait rencontré Sylphalan et failli perdre la vie. Son sentiment de crise s’en était trouvé ravivé.
Il n’avait pas prévu de provoquer la Porte du Cercle Céleste, mais il ne s’était pas attendu à ce qu’elle prenne aussi ouvertement le parti de ses ennemis. À cet instant, les émotions dépressives de Garen jaillirent comme un volcan en éruption.
La sphère de sang dans sa poitrine libéra d’innombrables courants brûlants qui se répandirent dans tout son corps.
Boum !
Son poing s’écrasa contre le mur et s’y enfonça profondément.
Tenstar Ni esquiva sur le côté, le visage grave. Son épée tournoya, formant un rideau de lumière argentée pour parer d’éventuelles attaques, puis il bondit en arrière en exécutant un salto.
Bam !
Soudain, un nuage de gravats et de sable lui éclaboussa le visage. Plusieurs pierres lui heurtèrent le nez et lui ouvrirent quelques plaies sanglantes.
« Vas-y ! » lança Tenstar Ni, les yeux fermés dans la poussière. Il leva la main gauche, d’où jaillit un filet de lumière argentée.
Clang !
Un poignard court rebondit sur la poitrine de Garen sans lui faire le moindre effet. En voyant cela, Tenstar Ni le ramena dans sa main à l’aide d’un fil fin attaché à son manche.
« Hé ! »
Garen bondit en avant. Son poing droit était toujours plein de gravier ; il leva la main pour envoyer une nouvelle vague de poussière au visage de son adversaire. Dans le même temps, il projeta sa paume vers la poitrine de Tenstar avec la Forme du Tir.
Sa main bleu sombre s’étendit, les ongles aussi acérés que des lames. Elle fendit l’air dans un sifflement strident, à la fois singulier et multiple, semblable au barrissement d’un mammouth.
Tenstar Ni changea de nouveau d’expression. Il leva une main pour se protéger de la poussière et brandit son épée de l’autre. Incapable de distinguer clairement l’attaque, il fit étinceler sa lame et frappa la main de Garen.
Thud !
L’épée heurta la main de Garen dans un bruit sourd, mais ne put empêcher sa paume de poursuivre sa course.
Tenstar Ni serra les dents. Une aura bleue passa sur son visage, tandis qu’une masse de muscles sombres émergeait sur le dos de sa main armée. Elle avait la forme d’une étoile cruciforme.
Fff ! En un instant, l’épée frappa trois fois, puis pivota de quatre-vingt-dix degrés en une fraction de seconde et se dressa, tailladant directement la main de Garen.
Zing !!
La main et l’épée entrèrent en contact. À la surprise générale, la lame ne parvint pas à laisser la moindre éraflure sur la paume bleu sombre et se courba.
Garen afficha une expression impitoyable et martela le sol du pied !
L’impact projeta sable et débris dans les airs.
L’épée se brisa en deux dans un craquement, tandis que la main de Garen enfonçait les morceaux de l’arme dans la poitrine de Tenstar Ni.
Dans un bruit sourd, Tenstar Ni gémit et bascula. Après avoir roulé sur une dizaine de pas, il se releva enfin d’un bond. Ce chapitre a été copié depuis novelрing.com sans autorisation.
Trois entailles sanglantes marquaient la paume droite de Garen ; la peau et les muscles autour des plaies avaient été entièrement arrachés, laissant vaguement apparaître les os.
Il referma la main et sentit une vive douleur au centre de sa paume. Il ne saignait pourtant pas beaucoup : le sang avait vite coagulé, formant une couche protectrice autour des plaies et empêchant la chair d’entrer en contact avec l’air.
« Ce n’est pas ça, la Technique secrète du Mammouth ! » hurla Tenstar Ni avec rage. Son visage rougit tandis qu’il parlait : signe qu’il était grièvement blessé.
Tenstar Ni recula rapidement, sortit de sa poche un petit sachet en papier et avala d’un trait tous les flacons de médicaments qu’il contenait.
À peine eut-il avalé les remèdes qu’il se retourna et s’éloigna en titubant.
« Tu essaies encore de t’enfuir ! »
Garen le poursuivit de près en utilisant la Forme de la Ruée. Il frappa le sol du pied avec la Forme du Pas, creusant un petit cratère ; sa vitesse augmenta soudain et il bondit vers Tenstar Ni.
Dès qu’il se lança à sa poursuite, une vive lueur lui aveugla les yeux : deux poignards fonçaient sur son visage.
Lancé à pleine vitesse et les poignards arrivant en sens inverse, Garen n’avait aucune chance d’esquiver. La vitesse des armes s’ajoutait à la sienne, doublant au moins la puissance meurtrière de l’attaque ennemie !
Un danger comme il n’en avait jamais connu s’empara de lui. Le reflet des lueurs argentées grandissait dans ses pupilles.
Garen ne put que fermer les yeux et baisser la tête. À cet instant, un courant remonta de la sphère de sang dans sa poitrine jusqu’à ses sourcils.
Il ne s’était pas attendu à ce que son adversaire blessé garde son ultime technique en réserve jusqu’à maintenant, renverse la situation et le mette en grand danger.
« Meurs ! » hurla-t-il en lançant l’Épée des Larmes.
Les deux poignards tailladèrent les sourcils de Garen et heurtèrent aussitôt l’os de son front. Ils ne réussirent qu’à lui ouvrir deux entailles sanglantes au-dessus des yeux.
Le visage de Tenstar Ni blêmit lorsqu’il se retourna et vit que ses attaques n’avaient pas eu d’effet.
Il savait qu’il n’était pas assez fort. Il avait beau donner toute sa puissance, il ne pouvait infliger à son ennemi qu’une légère blessure. Il avait tout essayé, mais s’était tout de même fait grièvement blesser ; et tous les dégâts provenaient d’un seul coup.
En combinant toute sa force à l’élan de Garen, qui s’était lancé à sa poursuite, il aurait dû pouvoir mettre fin au combat. Pourtant, il n’avait pas prévu que…
« Comment je suis censé me battre contre lui… » gémit-il tout bas. « J’aurais mieux fait de ne pas mettre ce monstre en colère ! Sa Technique de durcissement du corps est absurde ! Je ne peux pas le blesser. Tout ce que j’ai réussi à faire, c’est à lui arracher un peu de peau. »
En se retournant, il vit Garen lui lancer une épée argentée, accompagnée d’un sifflement strident. Tenstar Ni fut mort de peur. La masse musculaire en forme de croix gonfla de nouveau et son bras droit se changea en une ombre qui frappa derrière lui.
Il bloqua l’Épée des Larmes et la projeta au loin. La lame s’enfonça profondément dans le mur à côté de lui, dont seul le manche dépassait.
Cependant, la violente force de recul secoua son corps et le ralentit. Garen saisit l’occasion, bondit en avant et attrapa Tenstar Ni par l’épaule.
Une bouffée de poudre grise se répandit sur le visage de Garen : c’était le remède dont Tenstar Ni s’était servi pour se soigner.
La poudre avait une odeur âcre et piquante. Garen ralentit, sachant qu’elle allait lui irriter les yeux. Il les ferma et fouetta l’air de la main avec la Forme du Balancement.
Mais le geste était trop lent et la Forme du Balancement manqua sa cible.
Tenstar Ni fit un salto arrière et atterrit à quelques mètres de là, le visage encore plus pâle qu’auparavant. L’usage de sa technique musculaire cruciforme semblait lui avoir coûté énormément d’énergie ; ajouté au coup que Garen lui avait porté à la poitrine, cela le laissait dans un état lamentable.
« Garen de la Porte du Nuage Blanc ! Attends un peu, je tuerai tous ceux qui t’entourent ! » lança au loin Tenstar Ni d’une voix malveillante. Il se retourna et s’éloigna en titubant. Sa démarche était étrange, mais cela ne le ralentissait pas.
Garen se frottait les yeux, encore brouillés par la poudre et les larmes. À cet instant, il ne distinguait pas clairement son adversaire.
Pourtant, en entendant sa voix, il ricana et frappa le sol de la main, réduisant les pierres et la terre en gravier. Il en ramassa une poignée et la lança avec force dans la direction d’où provenait la voix.
Son bras enfla en un instant et sa main projeta les gravats à toute vitesse, tandis que les petits cailloux sifflaient dans les airs.
Pouf ! Pouf !
Au bruit de l’impact, plusieurs trous sanglants apparurent dans le dos de Tenstar Ni, qui s’effondra au sol.
« Imbécile ! Je ne savais vraiment pas quoi faire si tu ne faisais pas de bruit ! »
Garen eut un rictus féroce et se précipita vers lui malgré sa vue brouillée, avant de l’attraper par les cheveux.
« Mon frère aîné te vengera ! » Tenstar Ni savait qu’il ne pouvait pas s’échapper. Il hurla tandis que Garen le tenait par les cheveux et lui fracassait la tête contre le sol.
Bam !
À la surprise de Garen, la tête de Tenstar Ni était intacte. Mais, lorsqu’il tenta de le relever, il lui arracha le cuir chevelu en le tirant par les cheveux. La scène était atroce et sanglante.
Tenstar Ni rampa aussitôt vers l’avant, tel un mollusque invertébré, faisant preuve d’une vitalité remarquable.
Garen le rattrapa et lui écrasa le dos du pied.
Forme du Pas !
Boum ! Crac !
Deux bruits retentirent ensemble tandis que la colonne vertébrale de Tenstar Ni se brisait en morceaux. Il lutta de toutes ses forces pour se retourner et cracha une flèche de sang au visage de Garen.
Cette flèche de sang aurait pu tuer une personne ordinaire, mais elle ne fit aucun effet à Garen. Il ferma les yeux et sentit un liquide chaud sur son visage, rien de plus.
Garen essuya le sang de son visage, visa la tête de Tenstar Ni et employa une nouvelle fois la Forme du Pas.
« Rugis !! »
Le barrissement du mammouth résonna dans les airs.
Boum !!
Un profond cratère apparut dans le sol. Cervelle, os et sang se mêlèrent, puis, avec quelques mèches bleues en désordre, formèrent une bouillie visqueuse.
Le pied droit et la cheville de Garen en étaient couverts. Il le leva et se mit à fouiller le torse. Il trouva un autre sachet de poudre médicinale, deux autres poignards argentés — tous deux attachés à un fil fin —, un trousseau de clés et un peu d’argent.
En ramassant son butin, il ouvrit les yeux autant qu’il le put. Les larmes avaient emporté la poudre médicinale, et bien qu’il ressentît encore une gêne, il voyait de nouveau clairement.
Il regarda autour de lui, mais ne vit aucune trace du chauve.
« Il a réussi à s’enfuir, hein ? » Il observa les alentours. Il se trouvait dans une cour à ciel ouvert derrière un bâtiment de deux étages. Les murs étaient couverts de fissures et de trous laissés par le combat.
À l’intérieur, le silence était total.
Il prit une profonde inspiration et regarda autour de lui pour vérifier s’il y avait d’autres ennemis dans les parages. Soudain, un enfant se mit à pleurer à l’intérieur du bâtiment, mais un bruit étouffa bientôt ses sanglots. Il entendit faiblement la respiration horrifiée d’une femme.
Une famille se trouvait manifestement encore à l’intérieur, mais ses membres n’osaient pas faire de bruit, de peur qu’on les fasse taire parce qu’ils étaient témoins. Ils gardaient le silence, faisant semblant de ne pas être chez eux.
À cette distance, une personne ordinaire n’aurait pas pu entendre le moindre bruit. Mais les sens de Garen étaient plusieurs fois plus aiguisés ; il entendait donc tout.
En secouant la tête, Garen s’examina. Sa chemise avait disparu, une rangée de balles était fichée dans sa taille, et il avait deux blessures aux sourcils ainsi que trois à la main droite.
Il saisit les balles fichées dans sa taille et les arracha d’un coup sec. Des flots de sang jaillirent des plaies, mais s’arrêtèrent presque aussitôt. Le sang coagula en une membrane qui recouvrit ses blessures.