Chapitre 90
« Collin, raconte-moi exactement ce qui s’est passé à l’École du Nuage Blanc. » Garen se retourna vers elle.
« D’accord ! » La jeune fille s’essuya le front en sueur. Consciente de l’urgence, elle s’efforça de tout expliquer aussi brièvement que possible.
« Pour l’instant, notre sœur aînée a trahi l’École, notre deuxième frère aîné a disparu et notre troisième frère aîné n’a pas pu faire face à la situation. Ceux qui sont sous notre autorité ont toujours été ambitieux. J’ai peur qu’ils ne profitent de l’occasion pour se partager l’École.
« Nous sommes dans une situation désastreuse ! Le maître est toujours inconscient. De plus, les Douze Portes du Sud se sont toujours soutenues dans les moments difficiles, mais à présent, tous nos alliés sont paralysés ou ont perdu le contact avec nous. L’École doit être en plein chaos ; il faut donc que quelqu’un se lève et en prenne les commandes ! Frère aîné, tu dois rentrer tout de suite et assumer tes responsabilités. »
« Nos ennemis ne laisseront pas passer cette occasion. Nous allons sûrement avoir des ennuis sur le chemin du retour ! »
« Nous verrons bien quels ennuis ils peuvent nous causer ! » Le visage de Garen se durcit.
À cet instant, un groupe d’hommes masqués sortit du bord de la route. Ils étaient de tailles diverses, mais portaient tous le même masque en bandana noir. Une forte aura de guerrier émanait d’eux.
Les hommes masqués ricanèrent et barrèrent la route. Une femme maigre qui les dirigeait s’avança, un sourire narquois aux lèvres.
« Fei Baiyun, tu ne pensais pas qu’un jour les choses en arriveraient là, hein ? » Sa voix était sèche et rauque, tandis que son corps jeune avait des formes généreuses. Elle avait une silhouette superbe, mais sa voix était désagréable à entendre.
Un peu plus loin, sur la route, quelques personnes sortirent des bois. Elles étaient vêtues de rouge et de blanc, et aucune ne portait de masque. Une douzaine de jeunes hommes les suivaient. Dans l’ensemble, ils avaient tout l’air d’appartenir à une secte d’Arts secrets.
« Le Scorpion Écarlate Angela est passée la première. Parfait, laissons-la tâter le terrain à notre place. »
Un vieillard petit et replet, auquel on avait tranché le nez, plissa les yeux. « Nous ne sommes pas les seuls à convoiter l’École du Nuage Blanc. D’innombrables sectes en ont après les Douze Portes du Sud : c’est un morceau de choix. Si nous n’agissons pas vite, nous ne goûterons même pas à la soupe. »
« Nous avons attendu patiemment si longtemps. C’est enfin le moment de prendre notre part du gâteau. Fei Baiyun est toujours inconscient et il ne reste qu’un disciple si tendre qu’on pourrait en faire sortir de l’eau en le pressant. Deux de leurs disciples principaux ont aussi disparu. »
« L’École du Nuage Blanc n’a aucune chance de résister. Nous devons simplement nous méfier des autres », murmura une autre femme vêtue de blanc.
« Les Douze Portes du Sud nous ont opprimés pendant toutes ces années. Cette fois, nous allons enfin pouvoir nous débarrasser d’elles une bonne fois pour toutes ! » Le vieillard ricana. « Même s’il faudra se méfier des derniers soubresauts de Fei Baiyun. »
« Aucun problème, le président de l’Association des combattants est juste derrière nous ; il attend Fei Baiyun. » La femme ricana. « Notre École de la Montagne de Jade s’occupera des autres. »
Installé dans la calèche, Garen observa attentivement les hommes qui leur barraient la route. Son regard fouilla les bois qui la bordaient. Qui savait combien de menaces inconnues se dissimulaient encore dans l’ombre ?
« Continuez sans moi. Je m’occupe d’eux ! » Les yeux de Garen se glacèrent, et il sauta de la calèche sans attendre la réponse de Collin.
Il marcha à grands pas vers la femme au masque noir qui se trouvait devant eux.
« Livrez-nous Fei Baiyun… »
Fouït !
Garen ne dit pas un mot. Il bondit simplement en avant et abattit son bras droit en Forme du Tir.
La femme fut prompte : elle esquiva d’un pas de côté et agrippa le bras de Garen. « Je vais d’abord te briser ce bras ! » lança-t-elle cruellement en concentrant toute sa force dans son geste. Pourtant, comme si elle tentait d’enlacer une poutre d’acier, elle ne parvint pas à faire bouger son adversaire d’un pouce.
Les bras de Garen déployèrent soudain une force colossale, et la femme fut projetée au loin comme un sac de jute rempli d’herbe. Elle fit une dizaine de culbutes sur le sol avant de s’écraser contre un tronc. Le visage livide, elle poussa un cri de douleur et se serra la poitrine.
Elle était incapable de prononcer un mot.
Garen ne s’arrêta pas pour évaluer le résultat de son attaque. Il fonça droit sur deux machettes lancées dans sa direction. Dans un craquement, elles volèrent en éclats, tout comme les os de trois hommes masqués ; ceux-ci furent projetés au loin et s’écrasèrent au sol.
Garen ne montrait aucune émotion. En Forme du Tir, il écarta les bras, saisit deux hommes masqués par les cheveux et tira sans le moindre effort, leur arrachant deux morceaux sanglants du cuir chevelu. Les hommes hurlèrent de douleur et titubèrent.
Boum !
Un coup de feu retentit brusquement. Garen ressentit une légère douleur au ventre. Il baissa les yeux et vit une balle de cuivre rebondir sur sa peau avant de tomber au sol dans un cliquetis.
À cet instant, tout le monde resta figé de stupeur.
« Même une balle ne peut pas… lui transpercer la peau ! » s’exclama quelqu’un d’une voix tremblante. Horrifiés, les hommes masqués commencèrent à reculer.
Garen faucha du pied un homme masqué qui se trouvait à sa droite. Un craquement retentit au niveau de sa taille ; sa colonne vertébrale se courba dans une position contre nature tandis qu’il roulait sur le sol. Il ne fit plus un bruit.
Garen fonça vers la femme masquée sous l’arbre. Il n’avait pas besoin de la regarder pour savoir que c’était elle qui lui avait tiré dessus.
Il exécuta la Forme du Pas et, dans un bruit sourd, le pied de Garen écrasa la poitrine généreuse de la femme. Un énorme trou apparut au milieu de son torse. Elle mourut sur le coup, sans un cri. Le pistolet qu’elle tenait glissa sur le côté.
Garen ramassa le pistolet et le lança dans la calèche, puis se retourna et s’élança au plus profond des bois.
Le vieillard petit et replet et la femme en blanc avaient toujours l’air stupéfait ; leurs disciples s’étaient disposés en éventail pour former une ligne défensive. Garen fonçait déjà sur eux, le visage impassible.
Bam ! Bam ! Bam !
En trois chocs consécutifs, Garen envoya sauvagement trois disciples dans les airs. Ceux qu’il touchait avaient la colonne brisée ou explosaient en lambeaux de chair et de sang sous l’impact. Soudain, plus personne n’osa se dresser devant lui.
Le vieillard petit et replet sortit un court coutelas. Ses mains luisaient d’une lueur bleue tandis qu’il contournait rapidement Garen pour le frapper férocement à la taille.
La femme en blanc ricana. Elle portait un poing américain à lame d’argent sur une main et fendit l’air du poing pour attaquer Garen. Son attaque se dédoubla en trois poings fantômes qui visèrent simultanément le visage, la poitrine et le ventre de Garen.
Leurs attaques atteignirent Garen en même temps, mais, hormis quelques vêtements déchirés, elles ne lui firent absolument rien. Tous deux, choqués, poussèrent précipitamment sur leurs orteils pour tenter de fuir, mais il était trop tard.
« Double Forme du Tir ! »
Garen ferma les yeux, ignorant complètement leurs attaques, et fit claquer ses doigts tandis qu’il passait entre ses deux adversaires.
Deux claquements secs retentirent, et le vieillard comme la femme dépassèrent Garen.
Sans regarder derrière lui, Garen s’enfonça de nouveau dans la forêt.
Les deux adversaires restèrent pétrifiés ; une fine ligne apparut sur leur cou. Leurs têtes se détachèrent dans un effroyable bruit de chair et d’os qui se rompent. Le sang jaillit de leurs veines tandis que leurs corps s’effondraient lentement au sol.
Après quelques secondes de stupeur, tous leurs disciples poussèrent des cris de terreur.
« C’est un massacre ! »
Collin et les autres, toujours dans la calèche, observèrent, livides, Garen ravager les rangs ennemis. Quiconque osait se mettre en travers de son chemin explosait en une brume sanglante, comme un ballon. Il était inarrêtable.
Simon et les disciples des autres sectes étaient stupéfaits ; le carnage et le sang effrayèrent plusieurs filles.
« Dépêchons-nous de partir, nous ne ferons que les gêner si nous restons ! » Simon comprit la situation et fouetta vivement le cheval pour accélérer la calèche.
« Une telle puissance… Frère aîné Garen est incroyablement fort ! » Rampas, le jeune homme aux cheveux argentés qui dirigeait les deux autres sectes, accéléra lui aussi. Il réprima une envie de vomir et s’exclama d’un ton envieux.
« Frère aîné Rampas, sommes-nous en sécurité, maintenant ? » demanda une adorable petite fille en se couvrant la bouche, le visage livide.
« Pas tout à fait. Même si frère aîné Garen, de l’École du Nuage Blanc, peut nous protéger un moment, nous devrons ensuite rentrer dans nos propres écoles. Tu dois prendre la tête de la tienne, en tant que sœur aînée. »
« Les Douze Portes du Sud sont plongées dans le chaos et nos maîtres ont été grièvement blessés. » Rampas eut l’air résolu en jetant un regard aux disciples de l’École du Nuage Blanc devant eux.‘’
Garen s’élança dans les bois en direction de deux silhouettes élancées qui se tenaient les mains derrière le dos.
L’un était un homme d’âge mûr, vêtu d’un costume de cuir noir moulant sur la poitrine duquel le mot « Combat » était imprimé à droite. Il tenait deux cimeterres sombres.
L’autre homme avait l’air âgé. Il portait un ample uniforme d’entraînement noir et tenait un court bâton blanc dans une main. Le choc causé par le carnage ne disparut de son visage qu’à la vue de Garen qui approchait.
« Garen, de l’École du Nuage Blanc ! Le plus fort des Douze Portes du Sud ! Voyons combien de temps tu tiendras ! » Le vieillard recula tandis que l’homme d’âge mûr s’avançait pour affronter Garen.
Fouït, fouït, fouït !
Trois coups de lame consécutifs visèrent le visage de Garen, dont deux les yeux.
L’homme en noir était impitoyable : il lança trois attaques juste au moment où il allait percuter Garen. Dans le même temps, son genou droit, muni d’une pointe qui venait d’apparaître, frappa le bas-ventre de Garen.
« Forme du Balancement en chaîne ! »
Le haut du corps de Garen pivota comme une toupie. Ses bras se détendirent tels les pales d’un hélicoptère, repoussant les cimeterres avant de trancher le cou de son adversaire.
Sa rotation lui permit en même temps d’éviter le coup de genou.
Bam ! Bam !
Les trois lames furent repoussées, mais la force de l’homme était surprenante : il ne recula que d’un pas avant de reprendre son attaque en griffant le visage de Garen.
« Hé ! » Garen frappa l’assaillant sans se soucier du danger, prêt à rendre coup pour coup.
Il ferma les yeux et sentit ses paupières dures comme l’acier bloquer les griffes de son adversaire.
Clang !
Un bruit de métal retentit lorsque son poing heurta la poitrine de l’ennemi ; quelque chose de dur lui faisait obstacle.
Garen ricana et appuya de nouveau, en redoublant soudain de force.
Crac ! Pff !
Après un violent choc, il entendit l’homme d’âge mûr cracher du sang.
Il ouvrit les yeux et vit son ennemi encastré dans le tronc d’un arbre. Une large pièce de son plastron de métal s’était enfoncée vers l’intérieur, laissant voir un creux sanglant qui avait transpercé son corps et s’enfonçait profondément dans l’arbre.
Sans s’accorder une seconde de répit, Garen fonça droit sur l’autre homme.
« Cain ! Le plastron a été transpercé ! Comment est-ce possible ? »
Le vieillard, en sueur, tenait son court bâton. Il leva les bras et celui-ci se démultiplia en une multitude d’ombres qui encerclèrent le haut du corps de Garen.
Pourtant, la puissance et la vitesse de ses attaques étaient bien inférieures à celles de l’homme d’âge mûr. De toute évidence, il était vieux et avait depuis longtemps dépassé son apogée.
Garen exécuta une Forme de l’Assaut, leva le poing et l’abattit sur la poitrine du vieillard.
Fouït !
Un rayon de lumière argentée jaillit devant lui et arrêta son attaque.
Garen s’immobilisa et plissa les yeux.
« Encore toi ? »
Tenstar Ni sortit de derrière un arbre, un sourire aux lèvres et une épée d’argent à la main.
« Tu ne peux pas le tuer. C’est le président de l’Association des combattants, un allié de la Porte du Cercle Céleste. »
« La Porte du Cercle Céleste ne se mêlerait-elle pas un peu trop des affaires des autres ? » La voix de Garen était grave et son visage se ferma.
« Trop ou pas assez, c’est notre affaire. Tu veux essayer mon épée ? » Les yeux de Tenstar Ni brillèrent d’une lueur impitoyable. Tandis qu’il fixait le cou de Garen, une aura mystérieuse émana de son corps.
Garen sentit cette menace.
« La Porte du Cercle Céleste… » Il contint sa rage et se détourna. Des disciples plus jeunes l’attendaient à l’École du Nuage Blanc et il ne pouvait pas se permettre de continuer à se battre ici. Jusque-là, il n’avait pas utilisé ses Arts secrets pour gonfler ses muscles, car il voulait garder ses forces pour le véritable danger à venir. La vraie menace ne s’était pas encore manifestée.