Chapitre 897
Garen plaqua son corps contre la paroi de pierre noire et tenta de se fondre dans le décor.
La Volonté qui l’entourait modifiait lentement son apparence, dessinant un motif complexe à la manière d’un caméléon. Ce motif hélicoïdal recouvrit tout son corps tandis qu’il parvenait à utiliser sa Volonté incolore pour se confondre avec la paroi de pierre devant lui.
C’était la Technique de camouflage exclusif à changement de couleur de la Serre de l’aigle tapi. Elle différait de la Serre de l’aigle tapi de la Cour extérieure : le professeur Van Doe avait modifié cette méthode d’entraînement au point de lui ajouter deux nouvelles capacités, plus puissantes, le Vent noir et la Technique de camouflage à changement de couleur.
C’était là toute la différence entre la version simplifiée de la Serre de l’aigle tapi, diffusée dans la Cour extérieure, et celle de Van Doe.
Vroum, vroum !!
Quatre Méchas noirs passèrent devant Garen sans se douter que leur cible se cachait dans un renfoncement.
Il entendait encore Linda et les autres se réprimander mutuellement sans arrêt.
Garen resta assis en silence dans le cockpit, tandis que des insectes semblables à des lucioles dérivaient autour de lui en luisant d’un éclat vert.
Quand il sentit que les assassins s’étaient enfoncés très loin, Garen tendit doucement la main et attrapa le point lumineux. Le petit insecte vert rampa dans sa paume. Il ressemblait à un scarabée, ses ailes brillant d’une lueur verte.
« Je m’en suis débarrassé sans peine », souffla-t-il en démarrant son moteur et en manœuvrant son Mécha camouflé hors de la crevasse. Il savait que, dès que les assassins flaireraient quelque chose d’anormal, ils feraient aussitôt demi-tour pour le chercher.
Mais il aurait quitté les lieux en toute sécurité avant que cela n’arrive.
Alors qu’il s’éloignait lentement de la crevasse, il remarqua le silence qui régnait alentour. Soit tous les pilotes de la maisonnée Nottingham avaient évacué les lieux, soit ils avaient tous péri. Garen éprouva de la compassion pour ces innocents : s’il n’avait pas attiré ses ennemis jusqu’ici, ils ne seraient pas morts.
Il avait dissimulé son aura et s’était camouflé pour échapper à leur détection ; ils avaient donc accueilli les quatre assassins à sa place.
« Je n’oublierai pas votre sacrifice. » Garen se retourna et jeta un regard à la base de la falaise, au bord de l’effondrement, puis vola droit vers le point de ravitaillement le plus proche.
« Quelque chose cloche ! Pourquoi ne détectons-nous aucun signal devant nous ? » Linda interrompit aussitôt la poursuite.
Rainstorm, à côté d’elle, commençait lui aussi à se douter que quelque chose n’allait pas.
« Ce salaud a peut-être une sorte de capacité de camouflage exclusive ? »
Si j’avais une capacité de camouflage, que ferais-je à sa place si l’on me poursuivait ? Linda se frotta le front en réfléchissant. Elle travaillait dans le milieu de l’assassinat depuis plusieurs décennies, et c’était la première fois qu’elle tombait sur un débutant aussi pénible.
« À sa place, je profiterais de cette capacité de camouflage pour me diriger vers un endroit difficile d’accès, histoire de nous ralentir grâce aux autres. En même temps, je chercherais une occasion de me cacher ! » lança l’un des assassins.
« Bon sang ! Ce salaud a dû filer dehors ! Poursuivez-le ! » Linda serra le poing.
« Il se dirige forcément vers le point de ravitaillement le plus proche pour récupérer des batteries ! Nous… » L’assassin n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Il leva les yeux, comme s’il venait de voir quelque chose d’inimaginable.
Linda et les autres regardèrent dans la même direction et remarquèrent que la lumière à la surface du Mécha de l’assassin avait quelque chose d’étrange : elle était plus vive que d’habitude.
Vroum…
Un grondement sourd, semblable au galop d’un cheval, leur parvint faiblement du ciel. Au loin, une traînée de lumière rouge et jaune fonçait vers eux.
Le météore franchit le mur du son en laissant derrière lui une longue traînée jaune fumante. Son éclat aveuglant illumina quatre Méchas, dont les carapaces reflétèrent un faible lustre métallique.
« Qu’est-ce que c’est ? » Rainstorm sentit qu’un malheur allait s’abattre sur eux.
« Je n’en sais rien… » Vous lisez sur novelрing.com, la source officielle.
« Qu’est-ce que c’est ?! C’est un pilote héritier !! Sauvez-vous ! » Linda perdit son sang-froid, fit demi-tour et s’enfuit sans la moindre hésitation.
Les trois autres Méchas marquèrent une pause, puis lui emboîtèrent le pas. Sans se soucier de leur consommation d’énergie, ils s’enfuirent à pleine puissance.
Quatre traînées de flammes bleues jaillissaient derrière eux, semblables à des ailes.
« Chaîne de la Grande Lumière !! » Une voix autoritaire et sourde descendit du ciel.
Soudain, quelques fines chaînes d’un blanc pur jaillirent du météore rouge et jaune et foncèrent sur les quatre assassins à la vitesse d’un projectile de Canon laser. Elles les rattrapèrent sans peine et les ligotèrent en quelques secondes.
Les chaînes se resserrèrent autour de trois d’entre eux au contact du champ d’énergie de leur Volonté. Plus ils se débattaient, plus elles semblaient se tendre.
« Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Linda resta stupéfaite et sortit aussitôt une substance visqueuse verte qu’elle serra dans son poing.
Elle éclata et le liquide se répandit en un nuage de brume verte. Un visage apparut au milieu, puis ouvrit lentement les yeux.
Au même instant, une couche de brume verte enveloppa son Mécha. Au centre de celui-ci, un visage de dix mètres de diamètre ouvrit lentement les yeux et fixa le Mécha Grande Lumière derrière elle.
Deux rayons verts jaillirent et frappèrent le Mécha Grande Lumière plus vite qu’un laser.
« La Lumière de l’engourdissement ? C’est la disciple de Bear Angus !! Hahahaha ! Finalement, je ne suis pas venu ici pour rien !! » Un rire strident retentit dans le Mécha Grande Lumière. « Je réglerai son compte à Bear après t’avoir capturée. J’avais justement envie de venger les blessures de mes frères, depuis la dernière fois ! »
La lumière verte la paralysa une fraction de seconde, mais le Mécha Grande Lumière plongea vers le sol et tira sur la chaîne, entraînant les quatre Méchas vers lui.
Tous quatre firent de leur mieux pour se libérer, en vain. La chaîne semblait illusoire, et pourtant, elle s’accrochait solidement à leur dos.
Livrés à eux-mêmes, ils pâlirent dans leurs cockpits tandis qu’on les tirait vers leur adversaire.
« C’est la fin… » Linda frissonna.
Boum !!
Sa dernière vision fut celle d’innombrables flots blancs de lumière qui recouvraient le ciel et fondaient sur elle.
Au loin, dans une plaine noire.
Garen leva les yeux vers le météore rouge et jaune qui traversait le ciel en direction de la crevasse noire.
Il sentit une légère vibration, comme une oppression prenant sa source au plus profond de la Volonté.
« Un puissant vient d’arriver… » Son cœur se serra. Il était sûr de pouvoir échapper à ces quatre-là, mais cet individu était hors de sa portée. Il s’agissait à coup sûr d’un puissant doté de son propre Mécha exclusif. Une fois un tel Mécha en sa possession, sa puissance de résonance était certes redoutable, mais ses capacités de base, bien supérieures à celles d’un modèle standard, suffisaient déjà à le rendre difficile à affronter.
La technique de camouflage dont il s’était servi pour échapper à ses ennemis ne fonctionnerait peut-être pas contre cet individu. Qui savait quels instruments de détection avancés équipaient ce Mécha exclusif ?
« Je me demande ce qui est arrivé à Linda et à son équipe. À en juger par les apparences, cette personne doit être un puissant de la maisonnée Nottingham… » Garen se réjouit de leur malheur et prit gaiement la direction du point de ravitaillement le plus proche.
Après une dizaine de minutes de vol, il ne sentit plus la résonance derrière lui. Il survola le désert radioactif et aperçut çà et là des flaques jaunes. Une brume acide jaune s’évaporait sans cesse de l’eau, et des os blanchis de vers et de cadavres jonchaient le bord des flaques.
De gros rats gris et crasseux, longs d’au moins un mètre, grimpaient sur les bords des flaques.
Il regarda à gauche, puis à droite : il ne vit que le désert qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Son Mécha n’avait plus que 2 % d’énergie.
Quelques minutes plus tard, il n’eut d’autre choix que de s’arrêter. Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
Garen s’était déjà préparé à continuer à pied, en combinaison de protection.
Il n’avait emporté ni beaucoup à boire ni beaucoup à manger, puisque son sac principal était entre les mains de l’équipe d’Anda.
Il vola jusqu’à ce que son Mécha n’ait plus qu’un infime reste d’énergie.
Garen regarda autour de lui sans rien voir. Il consulta ensuite la carte : le point de ravitaillement le plus proche était un petit village radioactif, à dix minutes de vol. L’énergie qui lui restait ne suffirait pas à l’atteindre.
En tant qu’arme individuelle, le Mécha était considéré comme très puissant. Cependant, ses capacités de navigation sur de longues distances étaient bien inférieures à celles d’un cuirassé, d’où l’usage de ces derniers pour transporter les Méchas jusqu’à leur destination. Aussi puissant que fût le réacteur d’un Mécha, il ne pouvait égaler l’autonomie de celui d’un cuirassé. Après tout, celui-ci était conçu pour le transport et la navigation. À cette époque, les principales forces de combat étaient les chasseurs miniaturisés et les Méchas.
Il existait peut-être des Méchas dotés d’un réacteur longue durée, mais il fallait un pilote d’un niveau supérieur pour les manœuvrer. Un pilote qui n’en avait pas les capacités serait incapable de gérer un Mécha aussi puissant durant la phase d’activation. Il finirait soit par ne pas réussir à le déplacer, soit par se blesser grièvement en essayant de le forcer.
Clac !
Garen ouvrit le cockpit et en sortit, vêtu de sa combinaison noire de protection. Il sauta légèrement et atterrit fermement sur le terrain. Il tenait aussi un petit bâton : le Bâton du Yin absolu, qu’il emportait toujours avec lui.
Le cockpit derrière lui se referma lentement et les yeux du Mécha s’éteignirent, sa source d’énergie étant complètement épuisée.
Garen regarda autour de lui, mais ne vit aucun signe d’activité humaine.
Après les régions urbaines, la plus vaste zone était la ceinture radioactive. La superficie de cette planète était bien plus grande que celle de la Terre.
« Je dois trouver au plus vite une source de carburant pour le Mécha. »
Après avoir repéré le point de ravitaillement le plus proche, Garen partit aussitôt au pas de course.
Après quelques foulées, plusieurs vers de terre jaunes jaillirent du sol et se jetèrent sur son masque. Ils n’avaient qu’un seul œil injecté de sang et une bouche, comme des araignées. Ils n’arrêtaient pas d’ouvrir et de refermer la mâchoire, dégageant une aura répugnante.
Garen les repoussa d’une légère pichenette, mais ses doigts puissants ne leur firent apparemment aucun mal. Les vers bondirent de nouveau après être retombés au sol.
« Hmpf ! »
Garen ricana tandis qu’une grande gueule bleue aux dents irrégulières s’ouvrait dans sa paume gauche. D’innombrables tentacules bleus en jaillirent, attirèrent les vers dans sa bouche, puis les engloutirent.
Le potentiel de la Technique du Paon du Givre infernal commençait à se révéler : après une lente évolution, sa capacité Dévorer montrait enfin ses premières prouesses.
Les étranges radiations des vers pénétraient dans son corps par ses paumes tandis qu’il les dévorait. Cependant, sous le contrôle de la Volonté de Garen, elles cessèrent de se répandre en atteignant son épaule gauche. Elles se transformèrent alors en petites graines, ébauches de la Graine de distorsion.
La grande gueule apparue dans sa paume avait également déchiré sa combinaison de protection. Garen décida donc de l’arracher autour de sa main gauche. Au moment où il s’apprêtait à étudier la différence entre les radiations, son expression changea brusquement et il s’éloigna en courant à toute vitesse.
Après son départ, le Mécha Grande Lumière blanc pur apparut lentement derrière le Mécha noir. Le cristal vert en forme de diamant incrusté dans sa carapace était agencé de manière à former un immense réseau lumineux vert, dont la forme reproduisait clairement le mot « lumière » dans la langue universelle.
C’était le Mécha Grande Lumière de White Light.
« Tu cours vite, dis donc ! » Nottingham balaya les alentours du regard.
« Tu as réussi à attirer des gens ici et à tuer deux de mes subordonnés de niveau cinq ! Si je te laissais t’échapper aussi facilement, ça voudrait dire que moi, Nottingham, je ne sers à rien ! » Elle ricana. Elle leva l’épaule gauche et un petit compartiment s’ouvrit sous son bras, révélant une bouteille de liquide vert foncé en ébullition.
De l’autre main, elle saisit le tube à essai et le lança devant elle.
Le tube se brisa et le liquide vert se répandit en un nuage de brume qui se diffusa lentement dans les environs.
Bientôt, des empreintes nettes apparurent sur le terrain. Elles luisaient d’une lueur verte et s’étiraient dans la direction où Garen s’était enfui.
« Par ici. »
Nottingham eut un sourire en coin et suivit les empreintes vertes.