Chapitre 890
À l’intérieur du manoir, une foule d’hommes et de femmes impeccablement vêtus attendait.
On les conduisit ensuite dans des chambres, où ils choisirent leur divertissement. Par « divertissement », il fallait entendre l’environnement nécessaire pour satisfaire chaque invité.
Si vous aimiez la nourriture, par exemple, on vous emmenait dans un décor composé d’aliments de qualité, à faible teneur en radiations. La chambre était en chocolat, le lit en bonbons au lait, toutes les plantes du jardin étaient des fruits sucrés et la piscine était remplie de lait.
Si vous aimiez les jolies femmes, on vous conduisait aussi dans un endroit spécial où toutes celles qui vous entouraient étaient nues. Des jouets sexuels traînaient partout, et vous pouviez prendre une femme quand bon vous semblait et vous amuser avec elle comme vous le vouliez.
Si vous étiez homosexuel, on vous proposait les meilleurs hommes, au choix : des beaux, des séduisants, des costauds, des cools, vêtus de toutes sortes d’uniformes pour vous aguicher.
Dans ce manoir, tout ce que vous désiriez pouvait être satisfait à tout moment, à l’exception des aliments et des boissons de luxe de niveau un. Même si vous aimiez tuer, on vous fournirait des gens à abattre, les uns après les autres, de la manière que vous voudriez et autant de fois que vous le souhaiteriez.
Voilà ce qu’était le Manoir du Paradis, le manoir des hommes de chair, dans les montagnes !
« Tous les gens d’ici sont des hommes de chair ? » Garen fermait la marche, observant les nombreuses personnes alignées en deux rangées pour l’accueillir. Il y avait des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, mais tous avaient un point commun : leurs yeux étaient ternes et sans vie. Seule une infime minorité semblait conserver une lueur de conscience ; les autres avaient des mouvements raides et mécaniques.
« Oui… » répondit doucement Petite Salope. Elle semblait un peu effrayée et serrait fort le bras de Garen, le corps presque plaqué contre le sien. « Tout le monde ici a reçu une puce. Ils ne peuvent pas s’échapper. Certains ont le QI d’un enfant de sept ou huit ans, mais d’autres sont un peu plus intelligents : c’étaient des gens ordinaires qui ont commis des crimes. »
« Sérieusement… » Garen secoua la tête. Il en avait appris davantage encore sur la cruauté de la ceinture de radiation.
Dans le hall, Vendant se retira avec beaucoup de tact, laissant Anda, Linda et Graen devant les piliers de sélection de la salle principale.
« Vous pouvez choisir ici votre divertissement. Si ce que vous voulez ne figure pas dans la liste, décrivez-le vous-même et saisissez-le en utilisant votre Volonté. Tant que cela ne contredit pas le système principal, vous pouvez créer à votre goût de nouveaux espaces de divertissement », expliqua Anda. « J’y suis venu quelques fois, et ce n’est pas mal du tout. Dommage que les médicaments antiradiations de la plus haute qualité ne soient livrés qu’en petites quantités, chaque année, aux gens de haut niveau. Si l’on pouvait retirer sa combinaison de protection ici pour s’amuser, ce serait vraiment le paradis. »
Anda paraissait bien plus détendu qu’auparavant. Il regarda Garen.
« C’est ta première fois, Garen, alors amuse-toi autant que tu veux. Une fois que tu auras choisi un espace, personne ne pourra y entrer sans ta permission. Tu peux donc satisfaire ici toutes tes pensées les plus sombres et tes fantasmes, hé hé… »
« Ennuyeux », répondit Garen avec calme, en jetant un coup d’œil distrait aux choix proposés.
Meurtre, jolies femmes, beaux garçons, gastronomie, chenil, parc à thème, torture…
La longue liste des divertissements couvrait presque tout un côté du pilier. Il y avait même une deuxième page. Garen y jeta un coup d’œil et vit au moins une centaine de choix, répartis en catégories.
« Il faut que tu choisisses quelque chose. C’est le Manoir du Paradis : si tu ne prends aucun divertissement, quand ça se saura, personne ne croira que tu es hétéro », dit Anda en s’approchant de Garen avec un sourire sinistre.
Garen, qui s’apprêtait à choisir l’option tranquille, leva les yeux au ciel. Il bougea le doigt et le posa sur un choix au hasard, sans même prendre la peine de le regarder. Outre les options violentes, il y en avait beaucoup d’autres écrites dans d’étranges symboles qu’il ne comprenait pas ; le mode qu’il venait de sélectionner était justement codé de cette façon.
« Allons-y. » Le pilier indiqua à Garen où se rendre. Sous le rire sinistre d’Anda et le regard impuissant de Linda, il entraîna Petite Salope et franchit une petite porte qui venait de s’ouvrir automatiquement sur la gauche.
Anda choisit avec soin une option sur le pilier de pierre, puis entra lui aussi dans une petite porte en prenant la blonde dans ses bras.
Linda fut la seule à rester. Son regard s’éclaira légèrement. Elle ne choisit aucune option, mais sortit du hall et leva sa montre devant la porte, faisant apparaître un clavier virtuel. Après avoir tapé un code simple pour composer un message secret et l’avoir envoyé, elle retourna au pilier, choisit l’option tranquille et conduisit le joli garçon dans une petite porte. Consultez nоvelping.com pour lire le chapitre complet.
Ville de la Raie volante, résidence du maître de la ville.
Au sommet de l’arbre-montagne le plus haut de la ville se trouvait une immense salle vide. Tout en haut de cette vaste étendue noire trônait un gigantesque homme chauve et obèse, large de sept ou huit mètres et haut de cinq ou six, étendu sur un immense siège.
Son corps était couvert de graisse. Sous l’effet de la gravité, les bourrelets s’affaissaient et s’empilaient les uns sur les autres, formant des plis pareils aux couches d’une crêpe mille-feuille. De loin, il ressemblait à une montagne de chair blanche.
Les deux yeux triangulaires de l’obèse clignaient sans cesse. Il tenait à la bouche une longue pipe noire d’un demi-mètre. Deux femmes voluptueuses et nues, à ses côtés, lui massaient continuellement le corps et la tête.
« Ceux qui sont venus cette fois-ci sont des élites de la Cour intérieure de l’Académie du Tableau noir. Faites preuve d’une extrême prudence en les accueillant », ordonna nonchalamment l’obèse en regardant Vendant, agenouillé à ses pieds.
« J’ai accueilli les trois seigneurs selon le protocole de première catégorie. Soyez tranquille, Maître de la ville », répondit Vendant d’une voix forte, la tête baissée.
« Parfait. » Le Maître de la ville hocha la tête, mais son menton était si gros que le geste passa presque inaperçu. « Reste attentif et vois si tu peux obtenir d’eux des techniques concernant les cuves de réparation. Il manque encore trop de techniques essentielles à nos propres cuves. Si nous parvenons à les achever rapidement, nous pourrons aussi former rapidement la division des Hommes empoisonnés. »
« Et ne laisse pas les autres maîtres de la ville apprendre que les trois seigneurs sont ici. »
« Oui. »
Vendant se releva et s’apprêtait à partir quand il toucha soudain son oreillette : un de ses subordonnés lui faisait son rapport.
Il fronça légèrement les sourcils.
« Il y a encore une chose, Maître de la ville. »
« Quoi donc ? Parle », dit calmement le gros Maître de la ville en tirant sur sa pipe.
« L’un des trois seigneurs souhaite emprunter nos forces militaires pour partir à la recherche de certaines personnes. » Vendant marqua une pause. « C’est le nouveau seigneur, nom de code Garen. Ce doit être sa première fois dans la ceinture de radiation. »
« Oh ? On obtient toujours facilement de bonnes choses des nouveaux seigneurs… Pas mal, pas mal. Satisfais-le. Puisqu’il cherche des gens, envoie la meilleure escouade Panthère et qu’ils lui obéissent au doigt et à l’œil. » Le Maître de la ville agita généreusement la main.
« Oui, je vais leur ordonner de se mettre en route immédiatement », répondit Vendant avec respect.
Aucun des deux ne remarqua l’insecte d’un noir de jais qui clignait de ses yeux à facettes dans un coin sombre de la salle. Son corps entier était fait de mécanismes glacés. Des ondes invisibles transmettaient leurs voix à une destination lointaine.
Dans la région du Tableau noir, dans une propriété privée de la ville du Tableau noir.
Fila traversa le manoir jusqu’au deuxième étage, le visage sombre. Il aperçut un jeune homme insouciant qui regardait la télévision projetée sur le mur, une télécommande à la main. Derrière lui, une jolie fille l’éventait avec soin.
Quel salaud… Il y avait la climatisation juste là, mais il refusait de l’allumer.
Fila le maudit intérieurement.
« Où est Grand frère ? » demanda-t-il à voix basse au jeune homme.
« J’en sais rien… Cinq, pourquoi tu as l’air aussi mal en point ? On dirait un chien crevé, tu sais~~ » Le jeune homme ne chercha pas à dissimuler sa moquerie.
S’il n’avait pas été incapable de battre ce fils de… Fila sentit les veines de son front sur le point d’éclater.
« C’était juste un accident. » Une idée lui traversa soudain l’esprit et il fit de son mieux pour répondre d’un ton neutre.
« Un accident ? »
Le jeune homme ressemblait à n’importe quel petit voyou de la rue. Ses cheveux courts étaient teints en blond, et une petite mèche blanche, toute bouclée, lui barrait le côté gauche du front, comme s’il se croyait beau et irrésistible. Ses vêtements d’intérieur blancs juraient avec sa peau sombre. Ils valaient plus de dix mille dollars, mais, sur lui, ils lui donnaient l’air d’un petit seigneur de province.
« Oui, un accident. » Fila fit comme s’il n’avait pas envie d’en parler.
« Intéressant. » Le jeune homme leva sa montre et la consulta rapidement. Quand il comprit ce qui s’était passé, son intérêt redoubla. « Un nouveau t’a mis dans cet état ? » Il sourit, complètement captivé. « Intéressant, vraiment très intéressant ! »
« Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je m’en occuperai moi-même. Je te préviens, Dragon de glace, je réglerai mes problèmes tout seul ! Si tu oses t’en mêler, je ne te considérerai plus comme mon frère ! » lança Fila froidement.
« Cinq, tu te trompes… » Le jeune homme appelé Dragon de glace se leva. « Tu es tout seul et tu n’as que quelques petits gars sous tes ordres. Si, dans une situation pareille, tu ne viens pas trouver ton grand frère, les gens diront que mon petit frère ne vient même pas me voir quand il a des ennuis. Comment veux-tu que je puisse encore regarder le monde en face ? » s’écria-t-il en se frappant la poitrine. « Détends-toi et laisse-moi m’en charger ! Je vais régler son compte à ce petit con pour toi ! »
« C’est mon problème… » Fila prit un air mécontent, mais avant d’avoir pu finir sa phrase, une lourde pression s’abattit sur lui. Il en resta un instant stupéfait, incapable de prononcer un mot.
Ce type était devenu encore plus fort… !
Dragon de glace posa les mains sur les épaules de Fila, tout sourire.
« Nous sommes frères, et tu gardes tes distances avec moi… » Soudain, son expression se glaça. « Tu cherches vraiment à me faire perdre la face… ! » Son intention meurtrière, froide, se dégagea par vagues et immobilisa Fila.
Quel fou !
Le cœur de Fila se glaça. Il n’osa plus provoquer cet homme et se força à sourire.
« Bien sûr que non… »
« Tant mieux. » Dragon de glace sourit de nouveau. « Récemment, les hommes de Grand frère ont commencé à laisser filtrer quelques indices. Tout se déroule comme prévu. D’ici deux mois, nous aurons probablement réussi à obtenir des renseignements sur cette personne. »
« Déjà ? » Le visage de Fila changea légèrement.
« Prépare-toi, alors… Les trois Maréchaux et l’Étoile Unique, ou je ne sais quoi, j’ai envie de les rencontrer depuis un moment… » Une profonde intention meurtrière traversa le regard de Dragon de glace. « Mais avant ça, je vais régler le compte du gamin qui s’en est pris à mon frère. Ce sera mon amuse-bouche… »