Chapitre 882
Garen franchit la porte. Milo et Nehri étaient couverts de blessures, mais son visage demeura impassible. Il se contenta de trouver Hill, le centre intelligent, de lui poser une question, puis traversa le salon d’un pas décidé et se dirigea vers la sortie.
« Fais attention ! Il y a des gens qui montent la garde dehors ! » Voyant Garen sortir sans se méfier, Milo s’empressa de le prévenir. « Ils sont nombreux à attendre qu’on mette le nez dehors ! » Il rougit de honte en reconnaissant que tous ces gens étaient là à cause d’eux.
Comme ils se laissaient facilement intimider et dépouiller, de plus en plus de gens s’étaient intéressés à eux. Tout le monde voulait venir prendre sa part.
Nonosiva était lui aussi un nouveau venu. Si on le dépouillait à cause de leurs histoires, Milo s’en voudrait énormément.
« Je ne suis pas comme toi », lança Garen sans se retourner.
À peine eut-il franchi la porte et posé le pied sur la chaussée qu’un groupe d’élèves aux airs menaçants surgit des deux côtés de la villa et l’encercla.
Aucun d’eux n’avait plus l’allure de l’élite qu’ils avaient autrefois affichée en étant sélectionnés pour entrer dans la Cour intérieure. Le système de compétition brutal de la Cour intérieure les avait complètement transformés.
« Vous… vous me gênez », dit Garen en balayant les environs du regard. Il évalua rapidement le niveau des personnes présentes. Ils étaient quinze en tout, hommes et femmes confondus, mais le champ de Volonté le plus puissant n’atteignait que le niveau trois.
« Hé, gamin, qu’est-ce que tu racontes ?! On se souvient des anciens de cette villa. Avec ta tête, tu crois encore pouvoir te faire passer pour un ancien et nous faire peur ? Réveille-toi ! » ricana une grosse femme au visage balafré.
« File-nous tes points de quête et tes unités universelles ! »
« Ne nous oblige pas à te casser la gueule ! »
La bande ricana.
Depuis le salon, Milo vit la scène et s’inquiéta aussitôt. Il voulut se précipiter dehors pour sauver Garen, mais une grosse main le retint brusquement. En se retournant, il reconnut sa grande sœur Galafil.
« Grande sœur, mais… »
« Ne fais pas de bruit ! Ce nouveau n’est pas un bleu comme toi. » Galafil fixa le dos de Garen d’un air grave. « Regarde bien. Même si vous êtes tous les deux des nouveaux, quel fossé entre vous ! Si tu veux te venger, tu as encore beaucoup de chemin à parcourir ! »
Milo resta bouche bée.
Boum !
À cet instant, une tempête furieuse déferla soudain aux abords de la villa. Quand Milo se retourna, il ne vit plus que Nono, qui tenait une tête d’une main et suspendait son propriétaire dans les airs. L’homme se débattait frénétiquement, frappant le bras de Nono.
Bang !
Nono projeta l’homme au hasard. Celui-ci s’écrasa contre une voiture volante qui passait justement dans la rue. Le véhicule dévia violemment, manquant de provoquer un accident. Son propriétaire n’osa même pas protester : il tourna et accéléra aussitôt pour s’éloigner. L’homme roula au sol et resta étendu sur le dos. Tous les véhicules qui passaient le contournèrent. Il semblait s’être évanoui.
La plupart des gens qui avaient encerclé Nono étaient grièvement blessés et inconscients. Certains avaient un bras cassé, d’autres les côtes enfoncées ou les cuisses tordues, mais la plupart saignaient du nez et de la bouche. Il suffisait d’un coup d’œil pour comprendre que ces blessures graves avaient été causées directement par une Volonté puissante.
« Ils ont tous été blessés par la Volonté, et la technique était très précise. Personne n’est mort, mais sans dix jours à deux semaines de convalescence, ils ne pourront même pas sortir du lit. Tss, tss… quelle cruauté », soupira Galafil.
« Il est… il est si fort ! » Milo en resta bouche bée.
« Incroyable… » Nehri agrippa fermement le bras de Milo. Ses ongles étaient sur le point de lui laisser des marques, mais aucun des deux ne s’en rendit compte.
« Ce type… vient de vous éviter d’avoir à réparer vos dégâts », dit Galafil en secouant la tête. « Je pensais vous laisser vous entraîner davantage. »
Milo baissa la tête, un peu honteux. Il avait d’abord cru que sa grande sœur se fichait complètement d’eux.
« Pourquoi… Lui aussi est un nouveau. Pourquoi est-il tellement meilleur que nous ?! »
« Oui, vous êtes tous les deux des nouveaux. Alors pourquoi ? Réfléchis-y. » Galafil tourna les talons et regagna sa chambre, laissant Milo et Nehri méditer sur ses paroles.
Lorsqu’ils relevèrent les yeux, Nonosiva avait disparu de l’autre côté de la porte.
Bibliothèque n° 1 de la Cour intérieure
Une foule animée montait et descendait sans cesse les centaines de marches de pierre de la bibliothèque. Chacun gardait instinctivement ses distances. Même si les marches semblaient larges, ceux qui attendaient préféraient laisser passer les autres plutôt que de s’approcher trop près.
De chaque côté des marches se dressaient, à intervalles réguliers, des statues noires à forme humaine, disposées par paires.
Garen portait un trench-coat noir qu’il venait d’acheter et était entièrement couvert. Il se tenait derrière une statue de femme qui, la tête baissée, chantait en tenant une harpe. Cette tenue lui avait coûté toutes ses unités universelles restantes. Il avait dépensé tout ce qui se trouvait sur son compte pour l’acheter.
Elle avait l’air ordinaire, mais c’était une puissante armure ajustée, faite d’un matériau offrant une défense de niveau deux. Sa fonction la plus importante était de bloquer toute détection ou recherche minutieuse par champ de force d’un niveau inférieur au Niveau Hérité, empêchant ainsi les autres de déterminer le niveau de sa Volonté.
Le vendeur avait même juré qu’elle procurerait un certain effet de dissimulation contre les personnes du Niveau Hérité. Toutefois, d’après les déductions de Garen, qui s’était servi d’un instrument, l’estimation la plus prudente était que l’effet fonctionnerait si l’autre partie procédait à un balayage général. Mais s’il y prêtait un peu attention, la tenue ne servirait à rien.
Après avoir dépensé autant, il ne se sentait pas rassuré : il ne l’avait pas essayée avant de partir.
Les pilotes et les pratiquants de techniques secrètes étaient différents. Incapables de réagir, ils n’étaient plus que des gens ordinaires, simplement plus puissants que la moyenne. Si Garen était venu ici, c’était grâce aux renseignements qu’Anda lui avait fournis sur les horaires de travail et de repos de Fila. Cela lui avait coûté près de vingt mille unités universelles, une somme loin d’être négligeable.
La bibliothèque n° 1 était une base de données essentielle où la Cour intérieure stockait des données sur les particules orbitales, qu’il était impossible d’emprunter. Pour consulter ces informations, il fallait entrer dans la bibliothèque et se connecter à la base de données par liaison sans fil. À la sortie, toutes les données étaient automatiquement effacées. Plusieurs employés administratifs surveillaient les visiteurs afin d’empêcher toute copie.
Depuis quelque temps, Fila cherchait des informations sur les données des particules orbitales et venait ici tous les jours.
Garen se tenait discrètement derrière la statue. Il y avait beaucoup de gens comme lui, et il ressemblait simplement à l’un de ces élèves venus chercher à se venger. Il passait donc inaperçu. Ce genre de scène était monnaie courante dans la Cour intérieure. Tous les jours, des gens attendaient l’occasion de se venger.
À côté de lui se tenait un jeune homme et une jeune femme qui fumaient. La jeune femme avait les cheveux multicolores, mais un joli visage et une silhouette harmonieuse. Elle jeta un regard à Garen.
« Hé, mon pote, tu attends quelqu’un, toi aussi ? » demanda-t-elle en s’approchant d’un air détaché.
« Ouais. Vous aussi ? »
Garen sourit avec douceur.
« Ma sœur s’est fait tabasser par quelqu’un. Cette fois, j’ai retrouvé le coupable et je suis venue exprès pour le surveiller », dit-elle sans détour en tirant sur sa cigarette. « Tu connais Serpent de feu ? C’est ce petit salaud qui a osé s’en prendre à ma sœur. »
Du coin de l’œil, elle observait l’expression de Garen, espérant y surprendre de l’étonnement. Pourtant, il souriait toujours tranquillement et semblait ne pas connaître Serpent de feu.
« Tu ne connais pas Serpent de feu ? » demanda le garçon à côté d’elle, incapable de s’en empêcher. « Laisse tomber. Il ne devrait pas tarder à arriver. Ne lui parle pas, reste attentive. Les hommes de Crewe sont là aussi. »
Peu après, deux autres hommes s’approchèrent et chuchotèrent quelque chose au garçon, comme s’ils discutaient d’une affaire.
Plusieurs personnes sortirent leurs pistolets à rayons et l’atmosphère se tendit aussitôt. Ces armes avaient une puissance destructrice de niveau un. Elles suffisaient à s’occuper d’armures ordinaires de niveau un et d’élèves dont la Volonté ne dépassait pas le niveau trois.
Garen recula de deux pas pour laisser assez de place au groupe. Il les observa préparer leurs armes : des couteaux aiguisés, des armes à feu et même un Canon laser d’une puissance de niveau deux.
Cette bande semblait prête à partir en guerre. Ces armes suffiraient même contre des adversaires dotés d’une Volonté de niveau quatre. Le Canon laser pouvait complètement percer le Champ de Volonté formé par une Volonté de niveau quatre. On pouvait activer ce Champ de Volonté individuellement, mais pour le faire en pilotant un mécha, il fallait une Volonté de niveau cinq.
Garen secoua légèrement la tête. Lui aussi s’était bien préparé. Pour parer aux éventuels coups fourrés de Fila, il avait dépensé des millions, voire des dizaines de millions d’unités universelles. Il avait également dépouillé plus d’une douzaine de personnes et utilisé leurs points de quête pour s’acheter du matériel de qualité.
À voir la façon dont ces gens exhibaient leurs armes sans chercher à se cacher, ils n’avaient manifestement aucune intention de garder cela secret. L’autre partie savait probablement aussi qu’ils monteraient la garde dehors.
À cet instant, une silhouette élancée et pleine d’allant sortit enfin de la bibliothèque n° 1.
Fila portait une tenue noire ajustée et gardait une courte cape sur les épaules. Le plus étrange, c’était qu’elle avait quatre sourcils. Au-dessus de ses deux sourcils ordinaires poussaient deux longs sourcils rouges.
Trois personnes qui semblaient être ses gardes du corps le suivaient. Chacune dégageait les fluctuations d’un Champ de Volonté.
Le groupe sortit de la bibliothèque. Tous les passants s’écartèrent, n’osant pas s’approcher.
« C’est Fila ! »
« Fila, l’une des cinq premières. Tss, tss. J’ai entendu dire qu’elle devait affronter aujourd’hui Reyla, classée neuvième. Ils doivent se rendre sur le terrain de combat », murmura un groupe de personnes qui montaient la garde près de Garen.
« Britney est venue en personne dans la Cour intérieure il y a quelque temps et a discuté avec Fila pendant plus de dix minutes. Je me demande si ça aura un impact sur le District Nord. »
« Qui sait ? Si nous pouvions deviner au hasard ce que les hauts responsables ont discuté, ce serait quand même étrange. »
Le groupe poursuivit la conversation à voix basse.
La jeune femme aux cheveux multicolores soupira en entendant ces bavardages futiles. Sans avoir envie d’en dire davantage, elle s’ennuya et reporta son regard sur le côté.
« !!! »
Garen était en train d’assembler un silo lance-missiles !
Le type avait presque entièrement monté un silo de six mètres de haut ! Et il le pointait…
La jeune femme se retourna et sentit aussitôt son cœur ralentir d’un battement. Il visait le groupe de Fila !
« Toi, toi, toi, toi, toi !!!! » Elle le désigna du doigt et en perdit presque ses mots.
En un instant, elle vit Garen sortir une chose après l’autre de sous ses vêtements.
Des explosifs puissants, un fusil à rayonnement de haute énergie, des bombes biochimiques acides à usage unique, un générateur de champ orbital d’une puissance d’au moins niveau cinq, valant dix millions ! Garen sortit avec désinvolture tout cet arsenal terrifiant, dont la létalité atteignait au minimum le niveau quatre.
Les autres furent soudain attirés par les objets que Garen avait étalés devant lui. Ils en restèrent tous bouche bée.
Sans des dizaines de millions d’unités universelles et des centaines de points de quête, il était presque impossible de se procurer ce genre de matériel.
Dépenser des dizaines de millions d’unités universelles pour démolir quelqu’un…
Utilisées à l’extérieur, ces armes pourraient détruire plus de la moitié de la ville !