Chapitre 881
Garen jaugea les deux nouveaux venus. Ils n’avaient manifestement jamais connu le moindre combat ni vécu la moindre aventure. Ils ne comprenaient peut-être même pas le fonctionnement de l’environnement et du système de compétition de l’Académie du Tableau noir.
Un sourire aux lèvres, Garen tourna les yeux vers sa sœur aînée, Galafil.
« Demain, le professeur devrait donner son cours. Tu sais si nos deux autres frères aînés viendront ?
— Peut-être. Mais l’un d’eux est parti dans la ceinture de météorites annulaire. Il risque de mettre longtemps à revenir, répondit Galafil avec désinvolture avant de s’asseoir avec les deux nouveaux.
Garen n’y vit pas d’inconvénient et s’assit à son tour.
« Bien, Hill, reprenons notre transaction de tout à l’heure.
— Aucun problème, aucun problème ! répondit aussitôt Hill, le centre intelligent.
Un écran lumineux transparent apparut bientôt devant Garen. D’innombrables chiffres et lignes serrés y défilaient. Puis ils s’immobilisèrent rapidement, ne laissant apparaître que deux lignes de texte.
« Voici les méthodes d’entraînement de machiniste énergétique que tu voulais. Ce sont les méthodes les plus récentes, accessibles à tous, même si leur apprentissage risque de prendre un peu plus de temps… » Hill eut un petit rire.
« Un peu plus de temps ? intervint Galafil, qui observait froidement la scène. Même pas un pour cent de progression en un an, et tu appelles ça “un peu” ?
De toute évidence, elle voulait prévenir Garen que c’était un piège dont il ne pourrait plus sortir une fois qu’il y serait tombé.
« Ce n’est pas parce que toi, tu n’as pas réussi que les autres en sont incapables, rétorqua Hill. Je vois bien que Nono n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il a peut-être vraiment les prédispositions d’un machiniste énergétique. Une fois qu’on le devient, on peut mener une vie de rêve sans aucun problème !
— N’est-ce pas ce que tu m’as déjà dit, à moi ?
— C’est parce que tu n’avais pas les aptitudes nécessaires pour réussir. Qui d’autre pouvais-tu blâmer ? Je t’ai toujours prévenue et je t’ai laissé entendre les choses dès le début, mais au bout du compte, toi…
Un humain et un noyau se mirent à se chamailler.
Garen ne prit pas la peine de s’intéresser à leur dispute et se contenta de jeter un coup d’œil à la description affichée.
« Méthode d’entraînement de machiniste énergétique — NIS : école orthodoxe fondée par Neer, grand maître de l’ancienne République d’Elsie. Elle offre la progression la plus standard pour un machiniste énergétique. Son degré de fusion entre mécanique et biochimie est sans égal. Elle est surtout réputée pour la fabrication de machines énergétiques de type insecte volant. »
« Compétences spéciales de la méthode d’entraînement : à chaque niveau, la plateforme expérimentale produit des machines énergétiques dotées d’une défense et d’une vitesse de base équivalant chacune à un demi-niveau. »
« Méthode d’entraînement de machiniste énergétique — Contrôle sans fil de Laura : méthode d’entraînement cumulative créée par Laura, grand maître machiniste énergétique énigmatique. La caractéristique la plus singulière de la plateforme expérimentale est sa nature cumulative. Tous les deux ans, elle génère naturellement une machine énergétique de combat très intelligente, dont le nombre dépend du niveau de la plateforme. Les machines énergétiques ne pèsent pas sur la Volonté du machiniste énergétique. Leur contrôle intelligent est automatisé, mais elles peuvent être affectées par des perturbations électromagnétiques. Avec suffisamment de matériaux et de ressources énergétiques, il est facile de créer une armée de machines énergétiques. Il faut bien sûr disposer d’une plateforme de contrôle assez vaste. »
« Compétences spéciales de la méthode d’entraînement : chaque étape augmente de 1 la capacité mécanique maximale de la plateforme (toutes les machines énergétiques du machiniste énergétique ont une capacité maximale initiale de 1), et chaque niveau réduit de 5 % le coût de fabrication des machines énergétiques. »
« Remarque : les méthodes d’entraînement ci-dessus risquent de demander plus de temps et de ressources. »
À la lecture de ces deux méthodes d’entraînement de machiniste énergétique, Garen comprit en gros que la principale force d’un machiniste énergétique venait de ses machines énergétiques, dont la fabrication exigeait énormément de ressources et d’énergie.
« C’est un métier que seuls les riches peuvent se permettre. Même pour quelqu’un qui a de l’argent, consacrer trop de ressources à l’entraînement de machiniste énergétique ne garantit pas un avenir radieux », dit Galafil d’un ton détaché, tout en le mettant en garde. Suivez les derniers chapitres sur novelping . com.
« Les machinistes énergétiques peuvent-ils extraire eux-mêmes les matériaux ? demanda soudain Garen.
— Bien sûr, répondit aussitôt Hill. Tous les machinistes énergétiques peuvent purifier ou synthétiser des matériaux comme les métaux. Il leur faut simplement un four énergétique.
— Alors, je prends… le NIS, choisit Garen pour tenter le coup.
Il n’avait pas oublié qu’il avait obtenu une méthode d’entraînement similaire, le Rayonnement lumineux, auprès des Nobles honorés.
Cette méthode d’entraînement était très étrange. Elle mettait uniquement l’accent sur la conception du bassin de modulation biochimique.
« Aucun problème ! » Hill se réjouit aussitôt et gloussa. Au tintement d’une sonnerie, tous les points de quête du compte de Garen disparurent.
La méthode d’entraînement NIS apparut également dans la base de données de sa montre-bracelet. Il baissa la tête et commença à l’étudier lentement.
Peu à peu, les gens assis sur le canapé se turent. Galafil et les deux nouveaux remarquèrent eux aussi le changement. Comme ils n’avaient rien à se dire, ils se mirent à bavarder à voix basse, bien moins fort qu’avant.
Garen parcourut rapidement la méthode d’entraînement NIS et constata qu’elle ressemblait peu à celle du Rayonnement lumineux. Elles avaient toutefois un point commun : toutes deux mentionnaient un élément essentiel, le bassin de modulation biochimique.
La voie principale du machiniste énergétique consistait à se consacrer à la création de diverses machines énergétiques contrôlées en partie par la Volonté. Qu’elles servent au soutien, au combat ou à la logistique, elles pouvaient toutes être très utiles. Nombre de ces technologies novatrices étaient même capables de révolutionner l’ensemble d’un secteur industriel. Les machinistes énergétiques comptaient parmi les meilleurs chercheurs.
Bien sûr, les connaissances de base nécessaires à leur apprentissage étaient immenses. Outre les quelque vingt disciplines des sciences fondamentales, il fallait aussi maîtriser des domaines avancés et complexes : les mathématiques de haute énergie, l’étude des champs magnétiques, les matériaux magnétiques économes en énergie, la nanoélectronique, la nanobiotechnologie, les bases d’énergie à fusion cyclique… et toutes sortes de sciences de recherche.
Même s’il existait des méthodes d’entraînement permettant d’accroître l’intelligence, bien des notions relevaient tout simplement de l’abstraction pure. Il fallait construire un modèle à partir de la réalité physique, effectuer des calculs, dégager des régularités dans les formules, s’appuyer sur celles-ci pour en déduire de nouvelles, puis les utiliser afin de calculer toutes sortes de phénomènes physiques et d’élaborer un nouveau modèle physique. Sur cette base, on se servait ensuite d’ordinateurs quantiques pour accumuler les phénomènes ou en transformer la qualité, jusqu’à obtenir l’état final recherché… un état primaire…
Voilà le processus qu’il fallait suivre pour atteindre un état cible primaire. Il impliquait une multitude de constantes fondamentales, de calculs de base et d’opérations complexes de toutes sortes. Il fallait également disposer d’un ordinateur quantique assez puissant ; sans cela, il était impossible d’effectuer les calculs et les déductions nécessaires.
L’état primaire constituait peut-être le paramètre d’environnement d’application le plus courant sur les plateformes de nombreux machinistes énergétiques. Or, une plateforme nécessitait généralement des dizaines de milliers de paramètres.
À ce stade, Garen comprit enfin pourquoi les machinistes énergétiques étaient si rares. La complexité de cette discipline dépassait de loin ce qu’imaginaient les pilotes qui comptaient sur leurs dons naturels pour parvenir à leurs fins.
Il y avait toutefois un léger avantage à devenir machiniste énergétique : n’importe qui pouvait apprendre sa méthode d’entraînement. Le gouvernement n’en interdisait jamais l’accès. Nul besoin d’identité particulière ni de quoi que ce soit du genre pour l’étudier. Mais sans vastes réserves de connaissances, de ressources et de richesses, un machiniste énergétique ne pouvait pas progresser d’un cheveu.
« C’est bien ce que je pensais… Quel métier qui engloutit l’argent ! » soupira Garen.
« Avec des tonnes d’argent, on n’a rien à craindre. Bien sûr, les gens fortunés ne manquent pas, mais les chances de devenir machiniste énergétique ne sont que d’une sur dix mille », dit Galafil en prenant la tasse de café que lui tendait le centre intelligent, puis en y trempant les lèvres.
Garen hocha silencieusement la tête, remit de l’ordre dans les informations qu’il avait recueillies et retourna directement dans sa chambre. Il n’avait aucune envie de faire la conversation aux deux nouveaux.
Milo se leva pour le retenir, mais Galafil le tira en arrière et secoua légèrement la tête. Il ne put que regarder Garen entrer dans sa chambre, refermer la porte et la verrouiller dans un bip sonore.
« Sœur aînée, pourquoi tu ne m’as pas laissé… ? » demanda Milo en se rasseyant, perplexe. Il savait que Galafil était bien intentionnée et qu’elle n’était pas du genre à faire délibérément du mal aux autres.
Nehri, assise à côté de lui, était tout aussi perplexe et regardait Galafil. De toute évidence, elle aussi se posait la question.
Galafil posa sa tasse de café.
« Ce type n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il a tué des gens.
— Quoi… ?
À ces deux exclamations, Milo et Nehri furent terrifiés. C’étaient de nouveaux élèves qui venaient d’entrer à l’académie, choisis grâce à des relations particulières et amenés par le professeur Van Doe, non pour leurs mérites, mais grâce à leurs appuis.
« Ne le provoquez pas, dit franchement Galafil. Il y a des gens qui, en apparence, vous parlent gentiment et ont l’air d’avoir bon caractère. Mais dès que la situation tourne, ils peuvent vous dévorer en un instant, sans vous laisser un os.
— Lui aussi, c’est un nouvel élève, non ? demanda Milo, le visage livide. Tuer quelqu’un ? Je n’ai jamais tué de poulet avec un couteau, moi. Rien que voir les autres se battre me terrifie.
Nehri, à côté, était dans le même état. Elle s’agrippait fermement au bras de Milo.
« Les nouveaux ne se ressemblent pas tous, soupira Galafil. Tant que vous ne le provoquez d’aucune façon, tout ira bien.
Avec le temps, huit ou neuf jours s’écoulèrent depuis l’arrivée de Garen chez le professeur Van Doe. Le moment de son rendez-vous avec Anda était venu.
Chaque jour, il restait enfermé dans la villa et étudiait la méthode d’entraînement qu’il venait d’acquérir, tout en accumulant suffisamment de points de potentiel pour en avoir en réserve.
Galafil et les deux autres frères aînés étaient là. Comme prévu, ils avaient tous deux une Volonté de niveau cinq. Leurs Degrés de résonance étaient également au Niveau de nouvelle lune, et chacun possédait son propre mécha. Ils avaient même tous les deux un bouton spatial, un objet capable de stocker instantanément le mécha et de le libérer. Ce fut une révélation pour Garen : il découvrait pour la première fois une technologie de stockage spatial qu’il n’avait jusque-là vue que dans des romans.
Vint ensuite le cours du professeur Van Doe.
Sans attendre que Garen et les deux nouveaux aient fait des progrès, Van Doe parla sans discontinuer pendant une heure. Il fallait mémoriser toutes sortes de paramètres et de formules conventionnelles. Beaucoup de formules en engendraient d’autres, encore plus complexes. En se superposant, elles formaient finalement une technique de résonance de la Volonté complexe : l’Aigle des sables, fruit de centaines de théories et de calculs complexes.
Il s’agissait d’une véritable technique de résonance, déduite par Van Doe à partir de la Serre de l’aigle tapi. Il avait sans cesse approfondi cette technique, qui ne comptait que cinq niveaux, puis, après des années de calculs, avait fini par mettre au point l’Aigle des sables, une technique capable d’augmenter le Degré de résonance.
Cette technique de résonance était plutôt étrange. Du moins, c’est ainsi qu’elle paraissait à Garen. En effet, à force de la pratiquer, on augmentait progressivement la Volonté de la Serre de l’aigle tapi et le Degré de résonance du mécha. Cette technique de résonance ne servait pas du tout au combat, mais à la cultivation.
De plus, les ordinateurs ne pouvaient pas s’y substituer. À chaque fois, il fallait repartir de zéro et effectuer les simulations dans son cerveau. Ces calculs de simulation faisaient fluctuer la Volonté de diverses manières et agissaient sur le noyau du mécha. Le principe précis relevait de la théorie de la résonance. Dans ce monde, cette théorie avait largement dépassé les bases des recherches et des explorations menées par Garen dans le Monde des Totems, et avait atteint un niveau très élevé.
Pendant ces jours passés dans la villa, Garen assimila sans relâche ces connaissances très pointues. Malgré tout le savoir qu’il avait recueilli dans plusieurs mondes, il trouvait ces notions difficiles à maîtriser. Il ne parvint à déduire seul qu’environ 60 % de l’Aigle des sables avant de buter sur un obstacle. Il avait réussi à dépasser les techniques précédentes, mais la suite impliquait toutes sortes de calculs supplémentaires. Même lorsqu’il calculait au point d’avoir l’impression que son cerveau allait exploser, il n’y voyait toujours pas clair. À force de poursuivre les calculs, il avait souvent le vertige.
Pendant ce temps, les deux nouveaux, Milo et Nehri, découvrirent enfin la cruauté de la cour intérieure.
Les quelques fois où ils sortirent, ils rentrèrent le visage tuméfié, le corps couvert d’ecchymoses et, parfois, en boitant. Galafil n’intervint pas. Après tout, tôt ou tard, ils devraient se débrouiller seuls dans la cour intérieure. Si elle intervenait à sa guise, cela nuirait beaucoup à leur progression.
De plus, il fallait surtout se rappeler que, dans la cour intérieure, les vétérans comme eux n’étaient pas invincibles. Le professeur Van Doe avait ses anciens élèves. Les autres mentors aussi. Chacun avait ses propres soucis et ses adversaires.
Les deux jeunes semblaient également avoir de la dignité et du caractère. À leur retour, ils s’obstinaient à ne pas demander d’aide à leurs frères ou sœurs aînés et souffraient en silence.
Heureusement, même s’ils rentraient blessés chaque jour, ils récupéraient plutôt bien à chaque fois. La villa disposait de conditions de soins assez correctes. Il ne fallait pas longtemps pour traiter ce genre de blessures superficielles. Ceux qui les malmenaient semblaient aussi savoir jusqu’où ne pas aller. Ils ne leur infligeaient aucune blessure grave susceptible d’entraîner des séquelles. Après avoir vidé le bassin pour y pêcher les poissons [1], ils savaient qu’ils ne pourraient plus en tirer profit.
Crîîî !
Milo était assis dans le salon tandis que Nehri lui bandait le mollet. Il tourna la tête et vit la porte de la chambre de Nonosiva s’ouvrir, après que celui-ci ne fût pas sorti depuis des jours.