Chapitre 88
Longtemps après, Garen reprit lentement conscience. Tout était flou, comme si ses yeux avaient un problème, et son œil droit distinguait à peine un éclat de lune.
Quelqu’un le tirait par les cheveux, et il avait l’impression d’être
traîné par terre.
Sa vision était trop trouble pour qu’il voie quoi que ce soit. Après avoir été assommé, il avait l’impression que son cerveau était déconnecté de son corps.
Fff…
Il distinguait vaguement la terre et le sable qui défilaient sous ses jambes.
Peu après.
Floc !
On le jeta dans un profond trou de terre.
« Dégâts nerveux généralisés, quatre-vingts pour cent des os brisés, rupture du cœur, hémorragie interne. »
« Pauvre gars… Pourquoi as-tu dû t’en prendre aux gens du Palais immortel ? Lequel de ces tarés n’est pas un psychopathe, tout en étant inhumainement fort ? »
Une voix âgée s’éleva du haut du trou.
« Jeune homme, si tu renais dans une prochaine vie, essaie d’être un simple citoyen. Ne te mêle pas à ces histoires. »
L’homme s’exclama, puis se mit à reboucher le trou à coups de pelle.
Garen resta immobile dans le trou, sentant son corps s’enfouir peu à peu. Il n’avait pas besoin de respirer, mais il était paralysé et ne sentait qu’une petite partie de sa tête.
« J’ai réussi… Je l’ai dupé. » Il attendit d’être entièrement enterré et d’entendre l’homme qui l’avait enseveli s’éloigner. Il perçut faiblement le « hou-hou » des hiboux.
Garen attendit encore un peu, puis régla lentement sa respiration pour désactiver la technique.
Ouf…
Il expira tout l’air vicié contenu dans ses poumons.
Son corps était toujours sans force.
« Je devrais utiliser le point d’attribut que j’ai gardé en réserve. »
Il lui restait un point d’attribut inutilisé, au cas où une situation de ce genre se présenterait.
Il concentra son attention sur la Vitalité et, au bout de trois secondes, le dernier point d’attribut fut lentement ajouté.
Sa Vitalité passa de 1,88 à 2,08.
Vroum !
À l’instant même, Garen sentit un flot brûlant s’écouler de son cerveau le long de sa colonne vertébrale, jusque dans son dos. Le flot se répandit dans chacun des muscles de ses membres, tel un feu de forêt.
Son corps, jusque-là affaibli, retrouva soudain ses forces. La chaleur qui l’envahit le réconforta.
Il leva la jambe et donna un coup de pied vers le haut.
Boum !
La terre encore meuble au-dessus de lui vola en éclats.
Garen se dépoussiéra rapidement. Malgré ses graves blessures, il avait encore assez de force pour se nettoyer.
Après être sorti de terre, il s’assit dans l’herbe et regarda autour de lui.
La pâle lumière de la lune éclairait l’herbe. Les ombres des arbres s’entrecroisaient sur le sol, tandis que le vent nocturne agitait les feuilles. Pour lire les nouveautés plus rapidement, rendez-vous sur novelping.com.
Assis dans la terre et l’herbe, Garen sentit son nez et ses oreilles le démanger. Il se moucha violemment, et quelques fourmis jaillirent de ses narines.
« Merde ! »
Il trouva vite une petite branche pour se nettoyer les oreilles. Un gros ver ressemblant à un asticot en sortit en roulant.
Le ver s’était accroché à l’intérieur de son oreille pour essayer de lui dévorer un peu de chair, mais les Arts du Poing explosif avaient durci sa peau ; il n’avait même pas réussi à la percer. Garen l’écrasa finalement entre ses doigts.
Assis par terre, Garen se reposa et sentit son corps se rétablir peu à peu. Une sensation d’engourdissement lui parcourait les membres.
Il se souvenait parfaitement que la plupart de ses os avaient été brisés ou fêlés avant qu’il ne perde connaissance.
À l’exception de quelques côtes qui n’étaient pas encore guéries, ses os s’étaient presque tous ressoudés sans l’aide du point d’attribut.
Il passa la main sur certains de ses os.
« Ils se sont tous ressoudés ? C’est l’effet du remède du maître ? »
Bien que ses os se fussent ressoudés, certains avaient repoussé de travers. Garen les brisa de nouveau et, tandis qu’il endurait la douleur, le flot brûlant du point d’attribut enveloppa rapidement les os fracturés et se mit à les guérir.
Étrangement, la régénération due au point d’attribut n’était d’ordinaire pas aussi puissante. À présent, pour une raison inconnue, elle s’était considérablement renforcée. Vingt minutes plus tard, ses os brisés s’étaient ressoudés.
« Ça ne peut être que l’œuvre de ce remède… » Garen était certain que le remède avait accéléré sa guérison. « On dirait que le maître m’a donné quelque chose d’incroyable… »
Après s’être reposé environ deux heures, ses os s’étaient complètement ressoudés. Quant à ses nerfs, ils avaient été les premiers à se rétablir.
Garen se leva. Une sueur sombre et sanglante suintait de sa peau : c’était le sang congestionné de ses organes internes qui, après le processus de guérison, s’évacuait par ses pores.
« Sylphalan… » murmura-t-il. C’était sa première défaite, et elle avait été tragique. Sans le remède de son maître et son point d’attribut, il aurait pu être gravement blessé. Il aurait même pu étouffer sous terre.
Il repensa aux paroles du vieil homme qui l’avait enterré.
À cet instant, dans le panneau des techniques au bas de son champ de vision, le mot « Explosif » de sa Technique secrète du Mammouth finit par se condenser et devenir opaque.
Une sensation étrange naquit en lui. Il eut l’impression que son sang formait, au centre de son corps, une sphère brûlante. Celle-ci diffusait un flot de chaleur qui réchauffait tout son corps.
Partout où ce flot brûlant passait, une force nouvelle apparaissait. Sa vitesse de guérison était revenue à la normale, et la plupart de ses blessures avaient cicatrisé.
« Le Palais immortel… » Garen serra les poings et baissa la tête. « Je vous retrouverai… »
Il reboucha le trou, puis s’éloigna d’un pas décidé.
Quand il regagna sa chambre, il était déjà tard dans la nuit. Garen prit une douche et enfila une tenue d’entraînement blanche.
Il trouva étrange de ne voir aucun autre disciple.
Garen but un verre d’eau sur le canapé et détendit ses muscles. Il ne pouvait pas s’occuper de Sylphalan pour le moment. Il devait garder cela dans un coin de sa tête et s’améliorer ; un jour, il serait assez fort pour aller le retrouver.
Bien qu’il eût franchi une nouvelle étape avec la Technique secrète du Mammouth explosif, les mystérieuses techniques de son adversaire lui revenant à l’esprit, il n’était toujours pas certain de pouvoir battre Sylphalan. C’était une sorte de pouvoir qu’il n’avait jamais vue, et il devait mieux se préparer.
« Mais au moins, je sais comment le vieil homme est mort… » Il glissa la main dans son col et, à sa grande surprise, le collier était toujours là, mais les lettres avaient disparu.
Il sortit de ses pensées et s’inquiéta un peu.
« Où sont passés Collin et les autres, à une heure pareille ? »
Soudain, il entendit des pas approcher… Un groupe d’hommes arrivait.
Toc, toc, toc !
« Grand frère, vous êtes là ? Vous êtes rentré ? »
« Je viens d’entendre la porte se fermer. Il est peut-être rentré ! »
Garen prit un air grave et se précipita pour ouvrir.
La porte s’entrouvrit. Collin et Carrie se tenaient sur le seuil.
Collin avait le poing levé, prêt à frapper de nouveau. À la vue de Garen qui ouvrait, il se figea un instant. Puis il ne put retenir ses larmes.
« G… Grand frère… Quelqu’un a blessé le maître ! »
La voix de Collin s’étrangla sous les sanglots. À ses côtés, Carrie pleurait elle aussi en silence.
« Quoi ?! » Les yeux de Garen s’écarquillèrent. « Où est le maître, maintenant ? »
« Sur la plateforme du tournoi où nous nous sommes entraînés aujourd’hui ! »
« Venez ! » Garen se précipita dehors sans refermer la porte, entraînant les deux disciples avec lui.
Crac !
« Aaaah ! » Un jeune homme aux cheveux courts et verts brisa le bras de Simon, qui se plia aussitôt vers l’arrière et retomba contre son dos.
Le jeune homme poussa Simon, puis le projeta au sol d’un coup de pied.
Des gens de différentes écoles entouraient la plateforme blanche dans la nuit. Les maîtres de la Porte de l’Étoile céleste et de l’Épée des Sables cramoisis étaient assis côte à côte ; ils observaient le combat, les sourcils froncés.
La foule chuchotait et bavardait à voix basse.
« L’École du Nuage Blanc est finie, déclara Rolexia, maître de la Porte de l’Étoile céleste. Le président de l’Association de combat a des différends historiques avec le maître de l’École du Nuage Blanc. En exigeant un combat aujourd’hui, il profite de la détresse de l’École du Nuage Blanc. »
« Il y a des raisons à cela. » Le maître de l’Épée des Sables cramoisis était un bel homme aux cheveux roux. Il tenait un verre de vin sans y toucher, admirant la couleur du breuvage à travers le cristal limpide.
Un léger sourire flottait sur ses lèvres, comme si rien n’avait d’importance.
« Rosetta, la disciple aînée de l’École du Nuage Blanc, a fait défection ; Farak, le deuxième disciple, a disparu au cours d’une mission. Si j’étais le président de l’Association de combat, je les aurais défiés dès que possible, moi aussi. Sans compter qu’on vient de défier les Douze Portes du Sud et de blesser Fei Baiyun. »
« En effet. Quand les forces sont égales, le statut fait pencher la balance. Ajoutez à cela les précédents défis, et le président de l’Association de combat se révèle être un homme avisé. »
Rolexia acquiesça. « Maintenant que leur maître est blessé, leurs deux piliers sont hors jeu : leur disciple aînée a fait défection, et leur second disciple a disparu. L’École du Nuage Blanc est condamnée. J’ai entendu dire que Rosetta était liée à la Porte du Béhémoth. »
« Je n’en suis pas sûr, mais les Douze Portes du Sud ne seront pas les seules à en pâtir : l’École du Nuage Blanc aussi. » Le maître de l’Épée des Sables cramoisis secoua la tête.
À ce moment-là, l’homme aux cheveux verts se tenait les mains derrière le dos et regardait Simon qu’on emportait.
« Voilà donc tout ce dont sont capables les redoutables Douze Portes du Sud ! Leurs maîtres ne valent pas les nôtres, et leurs disciples sont tout aussi bons à rien ! »
Ses paroles provoquèrent des remous et des cris autour de la plateforme. Les disciples des Douze Portes du Sud s’étaient rassemblés autour de Fei Baiyun et des onze autres maîtres. Certains étaient inconscients, d’autres saignaient ou avaient le bras cassé ; tous étaient blessés à des degrés divers.
Les disciples, furieux en entendant le jeune homme, n’osaient pourtant pas protester. Les membres de certaines autres écoles s’étaient déjà éloignés des Douze Portes.
« Toi ! »
Un homme aux cheveux roux s’apprêtait à monter sur la plateforme, mais ses compagnons le retinrent.
« Non ! Tu n’es pas de taille contre lui ! »
Le visage de Fei Baiyun était pâle comme un linge. Affalé sur une chaise, il se faisait soigner par Simon, qui endurait la douleur de son bras cassé.
« Si… Simon… Va ! Va chercher ton grand frère… Dis-lui de faire sortir tout le monde… de… d’ici ! » Blessé à la tête, il s’accrochait à ses dernières forces et lui donna cet ordre.
« Maître ! Grand frère peut sans aucun doute vaincre ce type ! » dit Simon en serrant les dents.
« Ces adversaires… ce n’est pas eux que je crains… Ils ne nous ont pas frappés trop violemment, et nous pourrons récupérer une fois rentrés… Le vrai danger, ce sont nos ennemis ! »
Fei Baiyun repoussa Simon de ses mains tremblantes. « Les Douze Portes du Sud ont trop d’ennemis. Nous ne sommes pas chez nous, il faut… rentrer tout de suite ! »