Chapitre 877
Bien que l’influence de l’environnement martial de Garen fût bien plus forte que celle de celui des autres, espérer obtenir un avantage considérable grâce aux arts martiaux dans un monde où les combats parfaits étaient simulés et répétés à la perfection n’était qu’un rêve chimérique.
Une fois que son environnement martial aurait dépassé le niveau du Roi du Siècle, Garen pourrait alors tirer de grands avantages du fait d’évoluer sur un pied d’égalité avec les autres. Il saurait saisir les occasions avec plus de précision qu’eux. Il pourrait aussi agir sans hésiter ni gaspiller la moindre énergie au combat. En outre, ses stratégies et ses instincts de combat connaîtraient des améliorations stupéfiantes.
Cela ne renforcerait toutefois que ses arts martiaux. Face à des ennemis de haut niveau maîtrisant des techniques de Volonté exceptionnelles, il lui serait totalement impossible d’anticiper toutes les capacités de son adversaire. Il ne pourrait donc que choisir l’approche la plus prudente afin d’optimiser ses chances de victoire.
Il ne pourrait révéler toute la puissance de son environnement martial qu’après avoir peu à peu appris à mieux connaître les techniques de Volonté, grâce aux nombreux rapports, aux informations et à l’expérience accumulés.
Pour l’heure, Garen ne pouvait compter que sur ses stratégies de combat. Mais celles-ci ne lui seraient d’aucune aide s’il ne perfectionnait pas ses arts martiaux et ses aptitudes au combat, car ces éléments dépendaient des choix et du style propres à chacun.
Après avoir remis de l’ordre dans ses pensées, Garen décida d’améliorer immédiatement sa Technique secrète vivante. Après tout, cette capacité pouvait renforcer ses attributs physiques et même son niveau de Volonté.
Tout en discutant tranquillement avec Anda, Garen réfléchit en secret aux moyens d’investir ses points de Potentiel dans la Technique du Paon du Givre infernal, afin de savoir comment utiliser ceux nécessaires aux améliorations. Comme prévu, il ne pouvait pas faire progresser la Technique du Paon du Givre infernal d’un seul coup. On aurait dit que son évolution était à l’arrêt, faute de quelque chose. Pourtant, quelques-uns de ses points de Potentiel avaient disparu, preuve qu’il en avait bien dépensé une partie.
Garen fronça légèrement les sourcils et activa avec sa Volonté le noyau de la Technique secrète vivante, à l’intérieur de son corps. Une série d’informations lui parvint.
« Il me faut à la fois la Pierre de Paon rouge et la Pierre de Paon blanc pour passer à l’étape suivante ? » Garen se rappela les minerais qu’il avait vus auparavant. La Pierre de Paon blanc était une variante de la Pierre arc-en-ciel, tandis que la Pierre de Paon rouge mentionnée par la Technique secrète vivante correspondait en réalité à la Pierre arc-en-ciel rouge. Sa production était toutefois bien plus faible que celle des Pierres arc-en-ciel blanches, et ces deux minerais provenaient également de lieux différents.
Sa Technique du Paon du Givre infernal était presque parvenue au sixième niveau. Pourtant, sa progression était bloquée à cinq pour cent depuis tout ce temps, sans la moindre avancée.
« … Nous sommes presque arrivés aux arènes. Tu veux entrer jeter un coup d’œil ? L’endroit vaut le détour. » Garen n’avait pas remarqué quand Anda avait commencé à lui parler des arènes, à côté de lui.
Garen revint à lui et se rendit compte qu’ils étaient désormais très loin du terrain d’entraînement. Ils marchaient devant un immense bâtiment circulaire, d’un gris cendré, dans la Cour intérieure. Les lieux étaient parfaitement calmes ; quelques personnes seulement entraient et sortaient. La plupart se hâtaient vers l’intérieur, le visage furieux.
« C’est ici qu’on règle ses comptes, que le duel soit à mort ou non. Bien sûr, rares sont ceux qui viennent réellement se battre. La plupart sont là pour regarder les bêtes mutantes s’affronter. On y organise de grands tournois de pari, et c’est aussi le principal endroit où choisir et acheter des bêtes mutantes. Emmenées dans les zones irradiées, la plupart peuvent aider à accomplir des quêtes », expliqua Anda avec un sourire.
« Des bêtes mutantes ? » C’était la première fois que Garen entendait parler de gens qui gardaient ces créatures pour s’amuser.
« Tu veux entrer jeter un coup d’œil ? On peut parfois dénicher de bonnes choses dans les arènes », proposa Anda avec un sourire.
« D’accord, parlons franchement », dit Garen en jetant un regard vers l’extrémité des arènes. « Qu’est-ce que tu comptais faire en venant me trouver en personne ? Ne me dis pas que tu voulais simplement discuter parce que tu t’ennuyais. »
Anda remonta ses lunettes.
« Naturellement, je cherche des gens pour rejoindre mon unité de quête. J’ai déjà recruté trois personnes, mais il m’en faut encore deux qui fassent l’affaire. Tu as retenu mon attention. »
« Tu es sûr que je te serai utile, alors que je ne suis qu’un nouvel élève qui vient d’arriver ? » demanda Garen calmement.
« Tu as réussi à échapper à Fila et à survivre alors que tu venais à peine d’arriver ici. En plus, on dirait que toutes tes blessures ont guéri en moins d’une demi-journée. Tu es peut-être un novice, mais tu n’as rien d’ordinaire… » Anda sourit de nouveau.
Garen fut stupéfait. Les sources d’information de ce type étaient d’une efficacité redoutable. Il venait à peine de guérir et de sortir pour comprendre sa situation, et l’autre avait déjà obtenu des renseignements détaillés sur lui.
« Tu es remarquablement bien renseigné. »
« Ceux qui parviennent à prospérer éternellement dans la Cour intérieure ont forcément leurs propres atouts. » Anda s’immobilisa et épousseta des vêtements qui n’avaient aucune poussière. « Ne t’inquiète pas pour Fila et les autres. Cette fille est arrogante, mais si elle ne t’a pas tué la première fois, elle ne reviendra pas te chercher, à moins que tu ne la provoques toi-même. Elle traverse actuellement une période décisive de sa vie et s’apprête à affronter un ennemi redoutable. Quand elle libérera la puissance qu’elle a accumulée, elle aura de fortes chances d’atteindre le stade parfait du niveau de pleine lune. Elle pourra alors se mesurer à Medero aux yeux rouges pour tenter de décrocher une place dans l’Étoile noire. »
« En dehors de Fila, je me suis aussi attiré les foudres de deux autres personnes. »
« Ne t’inquiète pas pour ces deux-là. Si tu n’es pas assez fort pour les vaincre, ça ne changera rien que tu meures de leur main ou pendant la quête », répondit Anda avec un sourire, en prononçant ces paroles glaciales.
« On ne dirait vraiment pas que tu as vingt ans », lança Garen en fronçant les sourcils. Lisez ce roman sur novelping.com pour en profiter pleinement.
« Je suis désolé. En réalité, j’ai cent huit ans cette année », répondit Anda d’un air indifférent. « Après avoir passé plus de quarante ans dans la Cour intérieure, j’ai même réussi à dénicher quelques prodiges de premier ordre, à mes débuts. »
Plus de cent ans ?!
Garen fut stupéfait : cet homme n’avait pas du tout l’air d’avoir dépassé la centaine.
« Pas la peine d’avoir l’air aussi surpris. Pardonne-moi d’avoir consulté ton dossier, mais j’ai découvert que tu étais né dans une famille ordinaire. Il est donc naturel que tu ignores bon nombre des secrets que dissimulent les pilotes de mécha de haut niveau », dit Anda avec un sourire. « Sais-tu pourquoi tant de pilotes de la Cour intérieure accordent autant d’importance aux Degrés de résonance ? »
« Il paraît que seuls ceux qui possèdent les Degrés de résonance les plus élevés peuvent atteindre le Niveau Hérité », répondit Garen calmement.
« Ce n’est qu’une des raisons. Il en est une autre à laquelle personne ne peut échapper. C’est aussi pour cela que tout le monde réprime sa propre puissance et sa Volonté par tous les moyens possibles. C’est la principale raison pour laquelle ils cherchent sans cesse à faire progresser leurs Degrés de résonance. » Anda leva un doigt. « Cette raison, c’est leur espérance de vie. »
« L’espérance de vie ? »
« Oui, l’espérance de vie. » Une lueur étrange passa dans les yeux d’Anda. « En théorie, une fois ses Degrés de résonance parvenus au niveau de pleine lune, on peut recourir à certaines méthodes pour s’améliorer et atteindre le Niveau Hérité. On parle de niveau de pleine lune pour désigner un état complet et parfait. Si tant de personnes au niveau de pleine lune se sont évertuées en vain à réprimer leur puissance pour atteindre le niveau des deux lunes avant de progresser naturellement, c’est principalement pour prolonger leur vie. Une fois le niveau de pleine lune atteint, leur espérance de vie augmente de dix ans chaque fois que leurs Degrés de résonance progressent d’un pour cent. Voilà le secret dont les puissants ont connaissance et qui fait l’unanimité parmi eux. »
« Ceux dont les Degrés de résonance sont inférieurs à quatre-vingt-dix pour cent appartiennent déjà au niveau de pleine lune. L’écart de dix pour cent entre le niveau de pleine lune et celui des deux lunes leur permettrait donc de gagner cent ans d’espérance de vie ?! » Garen fut lui aussi quelque peu surpris.
« Oui, c’est bien ça. Même si les technologies actuelles de modification génétique et de biochimie sont extrêmement avancées, l’espérance de vie dépend de facteurs qui tiennent au hasard. Ceux qui atteignent le Niveau Hérité ou restent en dessous n’ont qu’une seule occasion de prolonger leur vie. Personne ne voudrait donc renoncer à une telle chance. À ton avis, pourquoi Medero aux yeux rouges a-t-elle refusé si longtemps d’atteindre le Niveau Hérité ? D’abord, son maître ne lui a pas transmis de méthodes d’entraînement du Niveau Hérité. Mais surtout, elle voulait consolider ses fondations et se préparer correctement », expliqua Anda comme s’il énonçait une évidence.
« Les Degrés de résonance agissent comme une loupe qui amplifie les fondations de ta puissance. Si les fondations de ta Volonté sont trop faibles, elles le resteront une fois amplifiées. Mais si tes fondations sont solides et que tu ne les amplifies pas suffisamment, tu ne gagneras pas en puissance. Pour obtenir le meilleur résultat, ces deux facteurs doivent progresser de manière proportionnelle », dit calmement Anda en rajustant ses lunettes.
« Alors, quel genre d’aide espérais-tu obtenir en faisant tout ce chemin pour venir me trouver ? » demanda Garen, soulevant la question qui lui importait le plus. Il ne croyait pas que l’autre homme fût venu spécialement pour l’aider à dissiper ses doutes par pure bonté.
« J’ai besoin de tes capacités de guérison. » La lumière d’une lampe toute proche se refléta sur les lunettes d’Anda, leur donnant un éclat blanc et vif.
« Des capacités de guérison ? »
« Tu as guéri tes blessures mortelles en une après-midi. Sais-tu si tu peux aussi utiliser cette capacité sur les autres ? » demanda Anda, l’air sincère.
« Mes capacités de guérison peuvent aider les autres et les soutenir. Mais leur effet sera moins puissant que sur moi », répondit Garen en hochant la tête. Sa Volonté sans nom pouvait effectivement guérir les autres. Elle ne faisait toutefois que réparer leurs blessures physiques et ne semblait pas restaurer leur Volonté. Cette Volonté servait principalement à soigner les méchas. Elle n’aurait probablement aucun effet sur ceux d’un niveau inférieur au Niveau Hérité.
« Je m’en doutais », dit Anda en hochant la tête avec un sourire. « Notre unité manque justement d’un membre chargé du soutien. Alors, nous comptons sur toi. »
« Ne me dis pas que vous n’avez pas de médicaments ou d’autres choses de ce genre ? »
« Bien sûr que si. Mais notre quête nous mènera trop loin, et les frais de médicaments seraient également trop lourds », répondit Anda. « As-tu entendu parler de la montagne enneigée de Mingchuan ? »
« La montagne enneigée de Mingchuan ? Ces vastes montagnes couvertes de neige, à la frontière de la zone irradiée ? Tu n’as pas peur d’y aller, avec toutes ces hordes de bêtes mutantes ? » demanda Garen. Il avait déjà vu quelques renseignements sur cet endroit. Son Intelligence améliorée lui avait donné une mémoire photographique, bien supérieure à celle des gens ordinaires. Les informations étaient vagues, mais il en gardait tout de même quelques souvenirs.
« Les traces laissées par les zones irradiées sont partout sur la planète mère. C’est dangereux, mais les risques et les récompenses sont acceptables. En réalité, notre principal objectif est d’accepter la quête, car nous gagnerons des points de quête où que nous allions, tout en récupérant certains objets que nous recherchons. Tant que tu n’auras pas décidé de nous rejoindre, nous ne pouvons pas te révéler davantage d’informations. »
Garen garda le silence un instant et se mit à peser le pour et le contre.
« Tu peux au moins me donner un indice sur le sujet ? »
« Bien sûr. Il s’agit de matériaux pour mécha que nous désirons tous les deux », répondit Anda en hochant la tête. « Et pas n’importe lesquels : des matériaux destinés à des composants principaux, comme les systèmes de châssis. »
« Il faut que je rentre et que j’y réfléchisse un moment. » Garen n’allait naturellement pas accepter aussi facilement sans rien savoir de cette quête.
« Échangeons nos coordonnées. Si tu ne me contactes pas d’ici dix jours, je considérerai que tu as refusé. » Anda posa sa montre contre celle de Garen pour échanger leurs coordonnées. « Je vais te laisser. »
« Très bien, merci de m’avoir donné ces renseignements », le remercia sincèrement Garen. L’autre homme lui en avait effectivement appris beaucoup. Même s’il ignorait si tout était fiable, il avait au moins une idée générale de la situation.
« Fila ne fait partie que d’un groupe neutre. Il y a trois grands groupes dans la Cour intérieure. Tu peux te renseigner sur les autres, du moment que tu ne te mêles pas des affaires de ces trois-là. Rentre et fais une enquête approfondie. » Anda fit un signe de la main sans se retourner, puis entra aussitôt dans l’une des arènes devant lui.
Garen le regarda s’éloigner et entrer dans l’arène, puis fit demi-tour et partit dans la direction opposée. Il voulait se rendre à la bibliothèque, où il pourrait sans doute trouver davantage de renseignements.
« Clint… »
« Clint… Clint… »
« Réveille-toi… Allez, réveille-toi… »
Une voix qui l’appelait sans cesse résonnait à l’oreille de Clint. Elle semblait venir de très loin, floue et indistincte.
Clint émergea lentement de son profond sommeil.
Il avait l’impression d’être allongé sur un immense lit. La pièce était plongée dans le noir, et la silhouette d’un homme assis près du lit fumait.
« Réveillé ? » La voix de l’homme était très rauque, comme si sa gorge avait été gravement blessée. Quand il parlait, on entendait l’air s’échapper.
« Où suis-je ? » Encore hébété, Clint tenta de se redresser, mais se rendit vite compte que son corps entier était raide et totalement immobile. « Où est Lon ? Lon… »
« Tu parles de cette fille ? Elle dort dans la pièce d’à côté », répondit l’homme avant de tirer une nouvelle bouffée de cigarette.
« C’est vous… qui nous avez sauvés ? » demanda prudemment Clint. Il remarqua soudain qu’il était entièrement nu et fut aussitôt saisi de peur.
« Oui. J’étais justement en train de régler un vieux compte avec cette boutique quand je vous ai vus tous les deux vous faire enlever. J’ai décidé de vous sauver puisque j’étais là. » Lorsque l’homme se leva, on distingua vaguement les lignes de ses muscles tendus.
« Je vous aurais laissés là si vous ne m’aviez pas rappelé quelqu’un. Repose-toi, puis fiche le camp d’ici. Moi aussi, je vais partir. »
L’homme sortit en parlant. Quand il ouvrit la porte, un soleil doré aveuglant se déversa dans la pièce et l’illumina d’un coup.
Clint avait la vue trouble. Il ne put que plisser les yeux tandis que l’homme sortait et disparaissait de l’autre côté. La voix de Lune rouge résonna de nouveau dans son esprit.
« Alors ? Tu as pu te reposer ? »
« Seigneur Lune rouge ! » Clint ne put retenir les larmes qui lui montaient aux yeux et menaçaient de déborder. Il avait soudain l’impression d’avoir retrouvé sa mère biologique.
« Ne pleure pas, ne pleure pas. J’ai utilisé ta Volonté pour hypnotiser cet homme quelque temps, jusqu’à ce qu’il accepte de vous sauver tous les deux. Tout va bien maintenant, non ? » Il était rare que Lune rouge lui parle avec autant de douceur.
« Mais… mais… » Clint n’avait encore jamais pleuré de façon aussi pitoyable.
« Ne t’inquiète pas, Lon va bien. Cet homme ne s’intéressait pas du tout à elle. Il n’a même pas touché aux vêtements qu’elle portait », le réconforta Lune rouge.
« Mais… j’ai vraiment mal aux fesses… » Clint se mit à pleurer à chaudes larmes.
« … »
Lune rouge ignorait ce qui s’était passé, car il avait usé de trop de force. Il ne savait pas ce que Clint avait enduré d’effroyable après s’être évanoui de nouveau. En voyant le désespoir inconsolable qui se lisait sur le visage de Clint, il se jura de ne plus jamais lui demander ce qu’il avait vécu durant ces heures sombres.