Chapitre 85
Cette coordination constituait déjà une limite difficile à franchir ; au-delà, les progrès ne seraient que minimes. Il l’avait compris : les Arts du Poing explosif, la Méthode secrète du Nuage Blanc et la Technique de combat du Nuage Blanc étaient autant de composantes fondamentales, comme les membres d’un mammouth. S’entraîner à ces techniques martiales revenait à aguerrir les membres du mammouth : plus ils étaient puissants, plus les fondations étaient solides, et plus l’effet combiné de la Technique secrète du Mammouth était fort.
Le but de la Technique secrète du Mammouth était de réunir tous ces éléments pour former un véritable mammouth. Chaque pratiquant développait des caractéristiques différentes, selon sa constitution physique et le niveau qu’il avait atteint dans les Arts du Poing explosif ou la Méthode secrète du Nuage Blanc.
La Méthode secrète du Nuage Blanc de Garen avait atteint un niveau sans précédent ; ses Arts du Poing explosif étaient de niveau intermédiaire, avec une maîtrise encore modeste ; sa Technique de combat du Nuage Blanc était elle aussi de niveau intermédiaire. Ajoutez à cela la constitution physique exceptionnelle dont il était le plus fier — au-delà des limites physiques d’une personne ordinaire — et vous obteniez un tout qui, grâce à l’Art martial secret, avait permis à Garen d’atteindre un niveau phénoménal et terrifiant.
Ce n’était qu’une technique d’Art martial secret de troisième ordre, mais son mystérieux pouvoir spécial lui avait permis de la porter à un niveau insondable.
Les autres pratiquants de l’École du Nuage Blanc n’avaient pas des fondations aussi solides lorsqu’ils s’exerçaient aux Arts martiaux secrets. En général, ils ne commençaient à les pratiquer qu’après avoir acquis de bonnes bases dans les autres disciplines. Après tout, les Arts du Poing explosif et la Méthode secrète du Nuage Blanc exigeaient beaucoup de temps. S’ils attendaient d’avoir atteint un certain niveau dans ces disciplines avant de s’initier aux Arts martiaux secrets, ils n’y parviendraient probablement pas avant l’âge de quarante ans. Même les meilleurs talents n’atteignaient qu’un niveau intermédiaire dans les Arts du Poing explosif et la Méthode secrète du Nuage Blanc. Or, avec une Méthode secrète du Nuage Blanc limitée au niveau intermédiaire, sans même avoir atteint le niveau avancé, l’écart avec le niveau inégalé de Garen était immense.
Personne ne savait quels changements une Méthode secrète du Nuage Blanc maîtrisée à la perfection pouvait entraîner une fois intégrée à la Technique secrète du Mammouth. Dans les Arts martiaux secrets, la Méthode secrète du Nuage Blanc jouait le rôle du cœur du mammouth : elle rassemblait la puissance et la force explosive de tout le corps.
Garen ignorait même à quel stade il en était. Il savait seulement qu’il était plus fort qu’avant, plus fort que lorsqu’il s’était rendu à la réunion du Cercle d’Or !
Il reprit le chemin par lequel il était venu et se précipita vers le lieu du tournoi.
« Où est le maître, maintenant ? » demanda-t-il en marchant.
« Le prochain tour sera suivi de la finale, qui déterminera les dix premiers. Le maître devrait être là pour regarder, expliqua simplement Collin. Il doit être avec les maîtres des autres dojos et sectes, en ce moment. »
Garen hocha la tête sans rien ajouter. L’histoire du billet le tracassait toujours ; il ignorait qui le lui avait glissé, mais…
Une froide lueur passa dans ses yeux. Garen accéléra le pas. Tout au long du couloir, les disciples des Douze Portes du Sud s’écartaient respectueusement sur son passage.
« J’ai entendu dire que Frère aîné Garen avait été désigné comme le meilleur des combattants hors du top dix précédent ! C’est Frère aîné Andrela en personne qui l’a évalué !
— Frère aîné Garen et Frère aîné Tenstar Ni sont considérés comme ceux qui ont le plus de chances d’intégrer le top dix.
— Le prochain tour, c’est la finale. Allons vite nous trouver une place ! »
Les murmures des élèves leur parvenaient de temps à autre. Garen n’y prêta pas attention, mais une pointe de fierté illumina peu à peu le visage des trois autres.
L’École du Nuage Blanc n’avait jamais reçu un tel honneur. Petite secte de troisième ordre, elle disposait de méthodes martiales limitées ; même ses disciples les plus doués n’avaient jamais atteint un tel niveau. Chaque disciple ne pouvait participer que trois fois de suite, sans compter la limite d’âge. La sœur aînée et le deuxième frère aîné avaient depuis longtemps dépassé l’âge autorisé et, même à l’époque où ils participaient, ils étaient encore loin d’avoir reçu une telle évaluation.
Maintenant que Garen y était parvenu, tous trois marchaient la tête haute. Ils n’étaient plus les mêmes qu’avant.
Après avoir traversé plusieurs couloirs, Garen entra à grandes enjambées dans l’arène où il avait combattu au début. Dans la salle bondée, quelqu’un l’attendait déjà dans le ring blanc.
C’était un jeune homme aux muscles bien proportionnés, coiffé d’une brosse haute qui évoquait un balai. Il avait les deux mains enveloppées de bandes blanches et affichait un air rebelle. Le torse nu, il portait un short blanc. Il n’avait qu’une chaussure, au pied droit ; la scène était plutôt étrange.
Garen baissa instinctivement les yeux vers ses pieds.
Quand le jeune homme déplaça son pied droit, Garen comprit qu’il ne portait pas vraiment de chaussure : un motif noir en forme de chaussure avait été peint sur son pied. Il était pieds nus.
« Frère aîné Garen, veuillez entrer dans le ring ! » cria l’arbitre.
L’arène se tut presque aussitôt. La foule s’écarta pour laisser passer Garen et ses trois compagnons. La plupart des spectateurs le regardaient avec impatience ; seuls quelques-uns le dévisageaient avec insolence.
Garen s’avança jusqu’au bord du ring, y fit un salto et se redressa.
« Carlos, de l’Ordre du Poing de fer. » Le jeune homme plaça une main devant lui et serra l’autre en poing contre sa taille. Il prit la posture du cavalier et adopta une pose solennelle.
« Garen, de l’École du Nuage Blanc. » Il jeta un coup d’œil à son adversaire sans même prendre de garde, puis se tourna vers l’arbitre. « On peut commencer ? »
« Commencez ! » L’arbitre fit sonner la cloche d’un geste décidé, puis sortit du ring d’un salto. Ce n’était pas un jeu d’enfant : à ce niveau, les duels opposaient des experts. S’il ne prenait pas garde, un arbitre comme lui risquait d’être blessé par accident.
À peine la voix de l’arbitre s’était-elle éteinte que Carlos décocha un coup de poing fulgurant, qui fendit l’air en direction du côté droit du visage de Garen.
Il franchit d’un seul pas les quelques mètres qui les séparaient. Son poing fusa vers le côté droit du visage de Garen comme une faucille. Il allait si vite qu’on n’en distinguait qu’une ombre, pareille à la courbe tranchante d’une lame.
« Quelle vitesse ! » Garen fut stupéfait. Il eut tout juste le temps de lever le coude ; le souffle du coup fit vibrer la peau de son visage.
Boum !
Les deux hommes s’engagèrent dans un échange de coups. Garen bloqua du bras droit et lança le gauche vers le visage de son adversaire. Son bras partit comme un ressort : il exécutait une Forme du Tir classique. La force explosive de son coup s’accompagna d’un sifflement.
Clac !
Un autre bruit sec retentit. Chacun avait paré les attaques de l’autre.
À moins d’un demi-mètre l’un de l’autre, Carlos assaillit Garen de coups de coude acérés comme des pointes. Garen protégea ses points vitaux ; les autres coups frappèrent ses muscles et les firent violemment tressaillir, mais l’effet s’estompa vite. Sa peau rougit à peine.
Un crépitement régulier, comme des gouttes de pluie, résonna.
Carlos prit un air encore plus sombre. Même sa Vibration ne parvenait pas à percer la résistance de la Technique de durcissement du corps de Garen. Elle ne faisait que rougir sa peau, ce à quoi il ne s’était pas attendu.
Mais pour être arrivé à ce stade du tournoi, son adversaire ne pouvait naturellement pas être un faible. Il s’y était préparé.
« Coup de pied fulgurant ! » rugit Carlos. Sa jambe droite se détendit et fusa vers le menton de Garen. Sa rapidité la transforma en une ombre grise.
Bam !
Garen ne réagit pas à temps et reçut le coup de plein fouet ; sa tête partit en arrière sous l’impact. Mais, un sourire rusé aux lèvres, il prit le risque de saisir l’épaule de son adversaire de son bras droit et le fit trébucher d’un coup de pied.
Un choc sourd retentit, et Carlos se retrouva plaqué au sol dans le ring.
Garen n’hésita pas et enchaîna d’un violent coup de coude vers le bas.
Un fracas retentit ; une petite cavité apparut dans le ring.
Carlos roula sur le côté et esquiva l’attaque. Il s’éloigna de plusieurs mètres en roulant, puis se remit debout. Il regarda avec effroi le creux dans le sol. Ces rings étaient faits d’un ciment spécial de grande résistance. Malgré son coût initial très élevé, ce matériau était extrêmement dur, presque dix fois plus que le ciment ordinaire. Et voilà que la force de Garen l’avait facilement endommagé.
« Si je n’avais pas esquivé cette deuxième attaque… » Il laissa échapper une toux rauque. Des glaires lui remontèrent dans la gorge, tandis que des élancements lui transperçaient le dos.
Il se tourna de côté pour cracher : c’était du sang mêlé de glaires. La substance rougeâtre s’écrasa sur le sol du ring.
« Beau combat ! » Sous le coup de l’excitation, Carlos prit aussitôt un accent rhotique ; Garen ne parvint pas à en déterminer l’origine.
« Toi non plus, tu ne te débrouilles pas mal. » Garen eut un petit rire et chassa provisoirement ses inquiétudes. « Encore ! »
Il frappa le sol du pied, orienta le coude vers l’avant et fonça sur son adversaire comme une vrille.
Son coude gauche accompagna la Forme de la Charge. Combinée à l’impact de la Forme du Pas, l’utilisation coordonnée des Quatre Formes majeures représentait sa véritable transformation depuis qu’il avait reçu l’Art martial secret.
C’était la même manœuvre qui lui avait permis de vaincre le jeune homme corpulent un peu plus tôt.
Alors qu’il fonçait sur Carlos, celui-ci esquissa un sourire rusé, se baissa brusquement et frappa le bas du corps de Garen d’un coup de pied.
Clac !
Carlos toucha Garen en plein mollet, mais son expression changea aussitôt. Il tenta de rouler sur le côté pour esquiver, mais il était trop tard.
Le mollet de son adversaire était aussi inébranlable qu’un mur de fer. La différence de force était considérable. En outre, son coup de pied direct ne lui avait pas fait le moindre mal, pas même une égratignure.
C’était une mauvaise plaisanterie ? D’ordinaire, ce coup suffisait à faire éclater deux sacs de sable placés l’un derrière l’autre !
Il vit Garen ramener les mains contre sa poitrine et abattre le coude sur lui, s’effondrant sur son corps comme une montagne.
Trop tard.
Carlos n’hésita pas et prit une décision impitoyable.
« Coup de pied fulgurant ! »
Il lança soudain les deux jambes vers le haut. Le bout de ses pieds, semblable à des pointes acérées, frappa successivement la poitrine et l’abdomen de Garen.
Bam !
Les deux hommes se heurtèrent de plein fouet ; tout le ring trembla sous l’impact.
L’arène entière sombra soudain dans un silence absolu.
Garen se releva lentement et regarda Carlos, qui crachait du sang.
« Peu importe ta vitesse ou ton rythme : il me suffit de te toucher une fois. »
Ce ne fut qu’alors que l’arbitre se précipita dans le ring pour faire sonner la cloche.
« Le vainqueur est Garen, de l’École du Nuage Blanc ! »
Hourra !
Le public éclata en acclamations ; l’arène tout entière devint aussitôt bruyante. La plupart des disciples des Douze Portes du Sud étaient aux anges.
Garen secoua la tête en regardant l’équipe médicale emporter Carlos, blessé. Il baissa les yeux vers sa propre poitrine : deux marques rouges y étaient bien visibles, et sa peau était légèrement enflée.
« C’était bien un expert qui maîtrisait la Vibration ; ses coups étaient bien plus meurtriers que ceux d’une personne ordinaire. Un peu plus fort, et il aurait percé ma défense. »
« Le prochain lieu de combat sera l’arène de la finale, c’est-à-dire celle en plein air, annonça prudemment l’arbitre, à côté de lui. Elle commencera demain matin. Les éliminatoires d’aujourd’hui sont terminées. Demain, la finale déterminera les dix premiers. »
« Autrement dit, je peux rentrer me reposer ? » demanda Garen.
« Oui. »
Garen bondit hors du ring. Ses vêtements blancs étaient en lambeaux : les coups de pied de Carlos lui avaient déchiré le haut au niveau de la poitrine. Il l’ôta simplement et sortit de la salle torse nu.
« Frère aîné, tu es enfin en finale ! » Collin, Carrie et les autres étaient ravis.
« Où Rimridor a-t-il bien pu passer, à un moment aussi crucial ? » gémit Simon à voix basse.
« Ce type n’est toujours pas là ? » Garen fronça les sourcils. « Peu importe, oublions-le. Rentrez vous reposer. Je vais d’abord prendre une douche. »
« Oui, Frère aîné ! » répondirent-ils tous trois avec respect. Leur estime pour Garen était désormais plus grande et leur obéissance, plus entière que jamais.
Garen hocha la tête et s’engagea seul dans le couloir de gauche. De temps à autre, des disciples des Douze Portes du Sud le regardaient avec admiration et s’écartaient devant lui.
Sa victoire sur Carlos, de l’Ordre du Poing de fer, lui valut aussitôt une réputation éclatante. L’Ordre du Poing de fer était classé neuvième, et Carlos avait bel et bien été l’un des favoris du top dix lors du précédent tournoi. En le battant, Garen venait de profiter de sa défaite pour progresser dans le classement.