Chapitre 8
Le vieil homme passa les doigts dans ses cheveux clairsemés. « Regardez autour de vous. Les objets du côté gauche de ma boutique, je les ai dénichés moi-même à la campagne. À droite, vous trouverez des objets de famille transmis de génération en génération. » Il baissa la tête et se remit à examiner le minuscule objet qu’il tenait dans la main.
Le vieil homme portait des gants blancs et tenait une montre à gousset en or pâle. Le dos de la montre était ouvert et il semblait étudier son mécanisme et ses rouages.
Garen jeta d’abord un coup d’œil à l’ensemble de la boutique, puis commença à examiner les objets en détail, de gauche à droite.
Une longue peinture à l’huile rectangulaire était accrochée au mur tout au fond, sur la gauche. Elle représentait un château blanc assiégé. Quelques guerriers en armure, portant une bannière rouge, avançaient vers le château. Des catapultes projetaient sans cesse d’énormes rochers, tandis que de l’huile coulait le long des remparts. Des cadavres ensanglantés jonchaient le sol.
Sous la peinture à l’huile se trouvait un disque de métal circulaire, d’un or sombre. Il mesurait un demi-mètre de large et un visage humain souriant ressortait en son centre.
« Qu’est-ce que c’est ? » Garen toucha le disque. Le matériau était dur et sa surface présentait une texture rugueuse, semblable à du papier de cuivre.
Le vieil homme, qui se tenait sous l’étagère, leva les yeux. « C’est le Totem du Dieu Soleil, qui appartenait à la tribu Crimson il y a trois cents ans. C’est un objet de grande valeur. Chaque fois que la tribu pillait de l’or, son sorcier peignait le disque de métal avec de l’or en fusion. À l’exception du visage humain au milieu, tout le reste a été recouvert d’or et de laiton d’innombrables fois. Si ça vous intéresse, je peux vous le vendre à bon prix : trente-cinq mille dollars. » Le vieil homme ôta ses lunettes et en frotta les verres avec un chiffon doux avant de poursuivre : « De nos jours, peu de gens connaissent encore la valeur de ces objets. Il y a quelques décennies, à l’époque où les antiquités avaient la cote, j’aurais pu le vendre des centaines de milliers de dollars. »
« Le Totem du Dieu Soleil… » Le coin des lèvres de Garen tressaillit. Il savait sans même regarder que c’était un faux. Non seulement son pouvoir spécial ne réagissait pas, mais si le totem valait vraiment une telle somme et était réellement en or, il n’aurait pas été exposé ici en attendant un acheteur. S’il s’agissait effectivement d’une énorme plaque de métal plaquée or, n’importe quel bijoutier aurait accepté de l’acheter cent mille dollars. Le propriétaire de la boutique lui faisait même un « prix d’ami » à trente-cinq mille dollars… alors que tout l’argent qu’il avait sur lui se montait à vingt dollars.
Sur sa gauche, il aperçut une haute table en séquoia. Dessus se trouvaient un insigne bordeaux, une bouteille de vin transparente et une coupe en argent.
Garen toucha délicatement chacun des trois objets. Quand il effleura l’insigne bordeaux, la Jauge de potentiel au bas de son champ de vision bondit.
« Hein ?! Il y a quelque chose de louche là-dedans ! » Il tourna discrètement le dos au vieil homme. La peau de son visage se tendit.
Il prit l’insigne bordeaux et l’examina attentivement.
L’insigne avait la forme d’une croix. Celle-ci était bordeaux, et des lauriers dorés en entouraient les bords. Au beau milieu de la croix, Garen remarqua une minuscule tache de peinture noire, de la taille et de la forme d’un ongle, sur laquelle était gravée la lettre P.
Il sentait l’énergie froide, puissante et concentrée qui se trouvait dans l’insigne. Comparée à celle de la perle noire et de l’Auréole de la Tragédie de Felicity, elle semblait plusieurs fois plus puissante. Pourtant, pour une raison ou une autre, il ne parvenait pas à absorber toute cette énergie. Un mince filet le reliait à l’insigne, et le Potentiel s’écoulait lentement, comme du dentifrice qu’on presse.
« Avant, j’absorbais facilement et instantanément tout le potentiel des objets que je trouvais. Pourquoi est-ce si lent, cette fois ? À ce rythme, il me faudrait rester ici des jours pour absorber toute cette énergie. » Une lueur d’excitation et d’incrédulité passa dans les yeux de Garen.
« Six mille dollars », dit le vieil homme à lunettes d’un ton impassible, debout à la droite de Garen.
« Six mille dollars… » Garen fronça les sourcils.
Tout de noir vêtu, le vieil homme contempla l’insigne et reprit d’une voix grave : « J’ai obtenu cet insigne en forme de croix de bronze auprès d’une famille de vétérans. Vous avez l’œil, vous avez choisi une belle pièce. De tous les objets que j’ai dénichés, c’est le plus raffiné. Il vient de la République de Mengdiya, il y a plus de cent cinquante ans. À l’époque, la République de Mengdiya était si puissante que tous les autres pays la craignaient. Elle avait établi des centaines de colonies dans le monde entier, et la moitié du territoire occupé aujourd’hui par la Confédération de Yalu avait également été colonisée par elle. Cet insigne date de cette époque. Je crois qu’il s’agissait d’une récompense remise à un commandant militaire de deuxième niveau. »
« Je vais encore regarder un peu… Je ne suis pas pressé. » Garen tenta de réprimer son envie de l’acheter. Il savait que s’il parvenait à absorber tout le potentiel de l’insigne, il pourrait ajouter plus de deux points à ses capacités. Malheureusement, il n’avait pas d’argent…
Son argent de poche hebdomadaire n’était que de vingt dollars. La différence avec six mille dollars était astronomique.
Le vieil homme remarqua combien Garen avait du mal à s’en détacher. « La dernière fois, un soldat est venu et a voulu me l’acheter, mais il n’avait pas assez d’argent liquide. Si vous le voulez vraiment, mon garçon, profitez-en pour l’acheter avant qu’il revienne. »
Le visage de Garen tressaillit. « Je vais d’abord regarder d’autres objets. »
« Très bien, comme vous voulez. » Le vieil homme sourit comme un chrysanthème en fleur.
Garen lui jeta un coup d’œil. « Ce type… Il a bien vu que je voulais l’acheter et il a inventé cette histoire pour me pousser à craquer. Je ferais quand même mieux de rester prudent. Il y a peut-être vraiment quelqu’un qui le convoite. Mais rien ne presse. Avec un peu de chance, je trouverai autre chose dans cette boutique et je pourrai aussi en absorber le potentiel. »
Plus déterminé, il se mit à examiner tout ce qui se trouvait là, des tables aux murs. En très peu de temps, il eut touché chacun des objets de la boutique. Suivez les derniers chapitres sur novelping.com.
Hélas, tous les autres objets étaient ordinaires. Seul l’insigne renfermait du potentiel.
Au bout d’un moment, il revint à la table ronde et reprit l’insigne bordeaux en forme de croix. Il l’examina pendant plus d’une demi-heure.
« Je n’ai pas assez d’argent sur moi pour le moment. Pourriez-vous me le mettre de côté ? Je reviendrai l’acheter plus tard. » Garen releva la tête vers le vieil homme.
Celui-ci était depuis longtemps retourné près de l’étagère. Il époussetait ses antiquités avec un chiffon blanc et doux. À la demande de Garen, il tourna la tête avec un sourire en coin. « Bien sûr. Mais je ne peux pas vous le réserver longtemps. Mon histoire vous a peut-être semblé être un argument de vente, mais quelqu’un veut vraiment l’acheter. Il ne reste que trois semaines avant son retour. »
« Trois semaines… » Garen fronça les sourcils. « Très bien. Je vais faire de mon mieux pour réunir l’argent. Quel est le prix le plus bas que vous puissiez me faire ? »
« Puisque vous êtes étudiant, je vous accorde une réduction et ne vous demande que cinq mille dollars. C’est mon prix définitif, le plus bas possible », répondit le vieil homme en rajustant ses lunettes.
« Je ne négocierai pas avec vous maintenant, mais nous en reparlerons plus tard. » Garen n’ajouta rien. Il jeta un dernier regard à l’insigne et le reposa sur la table. Puis il s’approcha du vieil homme. « Je m’appelle Garen. Puis-je vous demander votre nom ? »
« Appelez-moi le vieux Gregor. Que voulez-vous savoir ? Je vous préviens, je ne réponds pas gratuitement aux questions délicates. »
« Je voulais savoir où vous aviez acheté cet insigne », demanda Garen en fronçant les sourcils.
Le vieil homme fouilla dans ses souvenirs. « Je peux vous répondre, mais… » Il tendit le bras en souriant.
Garen regarda, muet, le vieil homme ouvrir la main. Il sortit un billet de dix dollars et le déposa dans la paume maigre comme une patte de poulet.
« Pingre… » marmonna le vieil homme en prenant l’argent. « Je l’ai trouvé dans un vieux château abandonné, dans une ville située à plus de soixante miles de Huaishan. Le propriétaire d’origine était un vicomte, mais ses descendants étaient faibles. Aujourd’hui, le titre le plus élevé dans la famille est celui de chevalier. Personne n’a été capable d’entretenir le château depuis des années. Résultat, tout ce qu’il contenait a été vendu : il est pratiquement vide, maintenant. S’il avait été en meilleur état et mieux situé, il aurait été vendu depuis longtemps. Le nom du château… Je crois qu’il s’appelait le château de Soie d’Argent. »
« Le château de Soie d’Argent… Pourriez-vous me dessiner un plan détaillé pour m’y rendre ? »
Le vieil homme tendit de nouveau la main ouverte, un sourire aux lèvres.
« Putain ! » lâcha Garen malgré lui. Il sortit un autre billet de dix dollars de sa poche et le fourra dans la paume du vieil homme. « Vous pouvez vous dépêcher, s’il vous plaît ? »
« Bien sûr ! » Le vieil homme accepta le billet, puis sortit rapidement d’un tiroir une fine feuille de papier jaune. Il prit une plume imbibée d’encre et dessina un plan sommaire.
Garen parcourut le plan des yeux après l’avoir reçu. « Merci d’avoir pris le temps de le faire. Attendez-moi, s’il vous plaît. »
Avant que le vieil homme ait pu répondre, Garen enroula le papier et sortit à grands pas de la boutique d’antiquités.
Après avoir marché un moment sur le trottoir, il porta la main à sa poche vide. Il avait envie de pleurer, mais aucune larme ne lui venait. « Même si je n’achète pas l’insigne et que je me rends seulement au château, le trajet me coûtera quand même cinquante ou soixante dollars… Ça veut dire que je dois économiser mon argent de poche de cette semaine et de la prochaine. »
Tout en marchant, il cherchait comment réunir cinq mille dollars. Il avait vaguement l’impression que quelque chose recouvrait l’insigne, l’empêchant d’entrer véritablement en contact avec lui et d’en absorber tout le potentiel. Pour tout absorber, il faudrait gratter ce qui le recouvrait et révéler l’objet véritable. Le problème, c’est qu’il n’avait pas les moyens de l’acheter et ne pouvait donc pas se permettre de l’abîmer en le grattant.
En voyant les chiffres rouge pâle dans le bas de son champ de vision, il constata que la Jauge de potentiel avait dépassé les cent un pour cent. Une vague d’air froid persistait autour de son cerveau. À présent, il pouvait ajouter des points à n’importe quel attribut quand il le voulait.
« Rien ne presse. Je suis resté là-bas si longtemps, et pourtant j’ai absorbé si peu de potentiel. Si je veux en tirer une quantité importante, il faudra que je reste là des jours. Le vieux Gregor ne me laissera jamais faire. » Garen recalcula le potentiel total estimé de l’insigne. Quand il comprit qu’il devait en contenir au moins cinq points, une flamme s’alluma dans sa poitrine.
« Je peux essayer de trouver de l’argent et venir ici tous les jours pour en absorber le potentiel. De petites quantités finiront par s’accumuler. Je finirai bien par tout absorber ! » se promit-il en silence.
De retour à l’entrée de la rue Pennington, Garen leva la tête et regarda la maison de son oncle.
Par coïncidence, la fenêtre en arc était grande ouverte. Un homme corpulent d’âge mûr se tenait près de la fenêtre et regardait en bas. « Garen, c’est toi ? » Il avait un visage très ordinaire, d’épais sourcils noirs et une allure robuste. « Ça fait si longtemps que je ne t’ai pas vu. Allez, monte ! » Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
Garen ne s’attendait pas à voir son oncle. Il se contenta de hocher la tête, contourna le pilier de pierre et entra dans le couloir en bois dont la porte était entrouverte.
Le couloir menait à un vaste salon. Le sol était couvert d’une moquette noire, et une statue d’ange en pierre blanche se dressait au milieu. Ses ailes étaient largement déployées, comme s’il s’apprêtait à s’envoler.
Garen entra par l’escalier de gauche, dépassa quelques personnes en trottinant et atteignit rapidement une porte en métal rouge, sur le côté gauche du cinquième étage.
Toc, toc, toc.
Il tendit la main pour ouvrir la porte.
Aussitôt, celle-ci s’ouvrit en grinçant. Oncle Tyr se tenait sur le seuil, vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon noir de costume. « Entre vite ! Le feu brûle dans la cheminée. »
« D’accord. » Garen passa la porte, enfila des pantoufles et entra dans la pièce avec son oncle.
Les murs de la pièce étaient tapissés de papier peint jaune clair et couverts de peintures à l’huile. La plupart ne représentaient pas oncle Tyr, mais sa femme, Windsor.
Quelques minutes plus tard, Garen se tenait près de la fenêtre et écoutait son oncle parler de l’actualité locale avec un invité barbu.
Au milieu de leur discussion animée, oncle Tyr posa soudain les yeux sur Garen.
« Garen, si tu veux réussir dans la vie, souviens-toi d’une chose : lis beaucoup, explore beaucoup et réfléchis beaucoup. Le principe essentiel, c’est de parler moins et d’agir davantage. » Oncle Tyr retira son cigare et le tapota doucement dans le cendrier. « Tu es au lycée maintenant, tu iras à l’université plus tard, puis tu commenceras ta carrière. Que ce soit dans tes études ou dans ta vie professionnelle, tu ferais bien de retenir ce conseil. »
« Et puis, passe plus de temps avec Lombarth et Phelia. Vous avez à peu près le même âge et vous serez cousins toute votre vie. Ces jours-ci, ils ne font que jouer à une sorte de jeu de guerre sur un échiquier. Ils ne font plus rien d’utile. Tu devrais leur remettre les idées en place. »
Oncle Tyr gérait sa propre entreprise depuis longtemps. Les liens entre ses activités légales et illégales étaient très complexes. Même s’il avait l’air d’un homme d’affaires ordinaire, il avait en réalité des intérêts dans bien d’autres domaines et possédait même un permis de port d’arme.
Garen baissa les yeux et hocha continuellement la tête. Il savait que, malgré son air très aimable, son oncle était au fond de lui quelqu’un d’entêté et de paranoïaque. Il détestait qu’on conteste ses projets, car il avait un individualisme très marqué.
L’homme barbu rit à son tour. « C’est votre neveu ? Les jeunes ont de nos jours des ressources précieuses. Quand je repense à notre époque, nous n’avons pas grandi dans un environnement aussi agréable. »
« Exactement, ils vivent dans un environnement si favorable qu’ils ont oublié d’en apprécier la valeur », dit oncle Tyr en riant avec résignation, avant de reprendre sa conversation sur les affaires avec l’invité barbu.
Garen se tenait à l’écart et écoutait les deux adultes discuter. En son for intérieur, il cherchait comment trouver ces cinq mille dollars. D’habitude, lorsqu’il rendait visite à son oncle, celui-ci lui donnait entre quatre-vingts ou quatre-vingt-dix dollars et quelques centaines de dollars. Il était encore très loin du compte.
De toute façon, Garen n’avait pas l’intention de demander de l’argent à son oncle. Ce serait la première fois, et il aurait peut-être besoin de son aide une deuxième, voire une troisième fois après aujourd’hui. Son oncle accepterait peut-être de lui donner de l’argent une fois, mais s’il recommençait, il finirait par ne plus céder, même s’il l’aimait beaucoup.
« Il faut que je trouve une solution moi-même… » Garen pensa au dojo. « Si j’arrive à entrer au Dojo du Nuage Blanc, je pourrai toucher une petite prime chaque mois. D’habitude, elle est de deux mille dollars. Ce serait une source de revenus. En plus, l’école offre de nombreuses bourses, pour un total de dix mille dollars. Il reste deux mois avant la fin du semestre, mais avec mon niveau actuel, je n’ai aucune chance d’obtenir une bourse, à moins de pouvoir améliorer mes capacités. À part en civilisation ancienne et en histoire, je n’ai même pas atteint le niveau minimum requis en intelligence. Je ne pourrai mémoriser et comprendre tout le contenu qu’une fois ce seuil atteint. Sinon, il faudra que je suive les méthodes habituelles et que j’étudie lentement. »
Soudain, une idée traversa l’esprit de Garen. « Il y a des concours de tir à l’arc et d’escrime ! Ying Er participera à l’un des deux. Les trois premiers sont récompensés, et même le troisième reçoit dix mille dollars. Mais je ne sais pas si Garen est doué au tir à l’arc et à l’escrime… »
Dès qu’il se posa la question, il vit les symboles au bas de son champ de vision changer lentement. Bientôt, trois éléments apparurent : Escrime, Tir à l’arc et Boxe élémentaire.
Escrime : élémentaire. Tir à l’arc : élémentaire. Boxe élémentaire : élémentaire.
« Je me demande si je peux ajouter des points à ces capacités… » conjectura Garen.
Il tenta de se concentrer sur l’élément « Escrime ». Dans son cerveau, des vagues d’air s’agitaient, prêtes à jaillir.
« C’est possible !! » Il interrompit aussitôt le flux d’air, détourna son attention et réprima son excitation.