Chapitre 77
Le cœur de Garen manqua un battement. Si sa sœur aînée n’avait atteint que le niveau de maître en Art martial secret, cela signifiait-il qu’il était désormais de son niveau à elle ?
« Pourtant, pourquoi mon corps n’a-t-il pas changé après la fusion ? J’ai quand même dépensé deux points d’attribut ! Il devrait bien y avoir quelques remous, même si je les avais jetés à l’eau… »
C’était ce qui le laissait le plus perplexe.
À cet instant, la jeune fille assise en face de lui ouvrit les yeux et se réveilla lentement. Encore ensommeillée, elle regarda le maître et son disciple assis en face d’elle, puis leur adressa un sourire amical.
Garen lui rendit son sourire.
« Tu vas aussi à Hela ? » murmura la jeune fille.
« Oui. Et toi, tu y vas aussi ? » répondit Garen.
« Oui. Qu’est-ce qui t’y amène ? » La jeune fille repoussa les cheveux qui lui tombaient sur le côté du visage. « À ton âge, tu y vas pour t’inscrire à l’école ? »
« Euh… » Garen ne sut quoi répondre. Pouvait-il simplement lui dire qu’il allait participer à un rassemblement d’échange martial ? En réalité, il était interdit d’en parler à des étrangers, car cette rencontre était confidentielle.
Comme il ne répondait pas, la jeune fille sourit, convaincue que sa supposition était juste. À en juger par son expression, elle devait penser que Garen était un nouvel élève que son père accompagnait à l’école pour l’inscrire.
« Et toi ? Tu vas à Hela en vacances ? » demanda Garen, tout en détaillant discrètement la jeune fille.
Ses longs cheveux argentés retombaient sur ses épaules. Elle portait une robe blanche en dentelle et dégageait l’aura d’une dame distinguée et raffinée. Sa peau, claire et tendre, semblait poudrée de blanc ; elle était si lisse et délicate qu’on n’y distinguait presque aucune imperfection.
Elle ressemblait à une jeune demoiselle partie en promenade et dégageait une impression de culture et de pureté. Elle n’était pas particulièrement jolie, mais cette aura calme et gracieuse était d’une rareté remarquable.
Garen se rappela Felicity, qui avait quitté Huaishan quelque temps auparavant. Elle n’avait rien à voir avec la jeune fille en face de lui. À la voir, on l’aurait prise pour une demoiselle arrogante, éblouissante et magnifique.
Il fut toutefois un peu intrigué par les mains calleuses de la jeune fille en face de lui, qui contrastaient totalement avec son aura et sa tenue.
« Nous n’y allons pas en vacances. Nous allons aussi nous inscrire à l’école. Mais nous sommes partis plus tôt pour découvrir la culture locale », répondit la jeune fille aux cheveux argentés avec un sourire.
Garen acquiesça.
« D’où êtes-vous partis ? »
« Nous sommes partis de Xining. Avant que tu montes dans le train, nous roulions déjà depuis plus d’un jour et d’une nuit. » La jeune fille se couvrit la bouche et bâilla doucement. « Oh… Je suis si fatiguée. Même après avoir dormi aussi longtemps, je me sens encore épuisée. »
« Si tu restes assise comme ça, c’est sûr que tu vas te fatiguer. » En la voyant bâiller, Garen sentit lui aussi le sommeil le gagner.
Comme ils n’avaient pas d’autre sujet en commun, Garen se tourna vers la fenêtre pour regarder le paysage. Une voiture coccinelle jaune roulait à la même vitesse que le train. Le conducteur, un homme en uniforme militaire et lunettes d’aviateur, jetait de temps à autre un coup d’œil au train.
« C’est l’uniforme de la marine de la Confédération. D’après l’insigne sur sa poitrine, cet homme doit être lieutenant dans la marine. »
« La marine de la Confédération ? » C’était la première fois que Garen voyait un militaire de carrière de la Confédération, et il ne put s’empêcher de le regarder plusieurs fois.
Le train finit par dépasser la voiture du militaire. Garen se fatigua peu à peu de regarder le paysage. Il tourna la tête vers son maître et découvrit que Fei Baiyun dormait profondément, la tête inclinée sur le côté.
Garen somnola et se réveilla lentement au bout d’un temps indéterminé.
Dehors, le ciel était déjà sombre et le wagon était quelque peu bruyant. Dans l’allée, un employé avançait lentement en poussant un chariot de nourriture.
« C’est l’heure de manger ! »
Le wagon était peu rempli. Certains passagers bâillaient, d’autres se levaient pour acheter à manger, tandis que quelques-uns sortaient leurs propres provisions. Garen entendit même des enfants crier dans un dialecte qu’il ne comprenait pas. Suivez les derniers chapitres sur novelping.com.
Le garçon aux cheveux argentés assis en face de lui s’était réveillé, mais il était moins aimable que la jeune fille. Il jeta un bref regard à Garen et à son maître, sans engager la conversation.
Son maître, Fei Baiyun, sortit un petit sac qui contenait des gâteaux, du pain et deux bouteilles de thé.
« Voilà le dîner. Sers-toi. »
Garen contempla sans mot dire les gâteaux et le pain, écrasés les uns contre les autres au point qu’on ne pouvait presque plus les distinguer. Rien qu’à les regarder, il n’avait pas faim.
« Maître… Vous n’êtes pas obligé… Ce n’est pas comme si nous manquions d’argent… »
« Qu’est-ce que tu en sais ! » Fei Baiyun lui lança un regard noir. « Quelqu’un a eu la gentillesse de me préparer ça ! Ce n’est pas une question d’argent ! » Tandis qu’il parlait, il sembla se rappeler quelque chose et une légère rougeur lui monta aux joues.
Garen eut un haut-le-cœur… Voir un vieil homme sourire bêtement en rougissant était vraiment un peu écœurant.
Il prit tout de même un morceau de gâteau qui ressemblait à du pain et une bouteille de thé noir, qu’il posa sur ses genoux.
La deuxième jeunesse de maître… Il savait déjà qui avait préparé le repas. C’était évidemment la maîtresse de son maître.
Il baissa les yeux vers ce qu’il tenait dans ses mains. Peu auparavant, Garen avait encore faim, mais il n’avait désormais plus aucun appétit.
Les frère et sœur aux cheveux argentés, assis en face d’eux, mangeaient de délicieux gâteaux aux pommes et au beurre, tout en buvant du café dans des tasses en porcelaine. Leur boîte à déjeuner en bois de rose contenait toutes sortes de pâtisseries soigneusement disposées : des cerises rouges, des chips de banane grillées, de la crème rose, du gâteau éponge jaune pâle et quelques légumes en guise de décoration.
Rien qu’à leur apparence, ces mets étaient bien supérieurs à celui qu’il tenait dans ses mains.
En regardant à nouveau son morceau de gâteau, Garen perdit encore un peu plus l’appétit.
Fei Baiyun, propriétaire d’un immense dojo qui rapportait des dizaines de millions par an, était en train de manger un repas aussi minable dans le train.
Garen ne put s’empêcher de regarder son maître assis à côté de lui avec dédain. Il resta stupéfait en constatant que celui-ci avait déjà englouti ce qu’il tenait en quelques bouchées et semblait s’étouffer en avalant le thé noir à grandes gorgées.
Garen contempla encore le morceau informe et mou qu’il tenait dans ses mains, puis décida fermement de ne pas le manger. Il leva la bouteille de thé noir et en but une gorgée. Heureusement, le thé était sucré et parvint à calmer sa faim. Restait à savoir combien de temps cela durerait.
Les frère et sœur assis en face d’eux avaient assisté à la scène et ne purent s’empêcher de sourire. Même le garçon aux cheveux argentés ne parvenait plus à faire semblant d’être froid.
« Si ça ne te dérange pas, il reste des pâtisseries dans ma boîte. Tu veux bien en goûter ? » dit doucement la jeune fille à Garen.
« Je ne peux pas… » Garen comptait sortir en douce pour s’acheter quelque chose avec son propre argent, mais lorsque la jeune fille poussa la boîte vers lui et qu’il sentit son riche parfum de beurre, il fut aussitôt tenté.
Ils n’avaient mangé que la moitié du contenu de la boîte, laissant le reste des délicieuses pâtisseries intact. Chacune était soigneusement enveloppée dans du film alimentaire ; il pouvait donc les prendre directement avec les mains. Elles avaient l’air propres et hygiéniques.
« Ça ne me dérange pas, tu sais. Je vois bien que tu as oublié de prévoir de quoi manger », dit la jeune fille avec un doux sourire.
Garen jeta un coup d’œil furtif à son maître.
« Puisque c’est offert de bon cœur, mange donc ! » Fei Baiyun lui donna une tape sur la tête, exaspéré. En voyant les délicieuses pâtisseries dans la boîte et en les comparant à ce qu’il venait de manger, il sentit une pointe d’amertume lui traverser l’esprit.
« Merci beaucoup. »
Garen eut un sourire gêné et prit la boîte. Il souleva doucement un gâteau aux amandes et en prit une bouchée. Il était très parfumé et sa texture, incroyablement moelleuse. On y sentait aussi une légère saveur d’amande.
Garen dévora en quelques bouchées les pâtisseries de la boîte, qui faisaient chacune la taille de son poing. Il avait d’abord pensé en offrir une à son maître, mais Fei Baiyun était manifestement gêné à l’idée d’accepter quelque chose d’un plus jeune que lui ; Garen en profita donc.
Il lui fallut dix minutes pour finir toutes les pâtisseries de la boîte. Les frère et sœur assis en face de lui le regardaient, médusés.
« C’est bien meilleur que ce qu’ils vendent dans le train. Merci beaucoup. » Garen posa la boîte sur la petite table rectangulaire entre les sièges et la repoussa doucement vers eux. « Désolé, je n’ai pas pu m’arrêter une fois que j’ai commencé… »
Il avait déjà très faim et les pâtisseries étaient vraiment délicieuses. C’était la première fois que Garen en goûtait d’aussi bonnes ; elles étaient bien meilleures que celles vendues dehors.
« Elles sont vraiment si bonnes ? » Un sourire apparut sur le visage de la jeune fille.
« Elles sont délicieuses. » Garen acquiesça. « Bien meilleures que celles qu’on trouve dehors. Tu peux me dire où tu les as achetées ? J’irai sûrement dans cette boutique la prochaine fois ! »
« Je suis contente qu’elles te plaisent… » La jeune fille semblait ravie. Elle baissa la tête avec embarras et ajouta : « Je ne les ai pas achetées. C’est moi qui les ai faites… »
Le garçon aux cheveux argentés assis à côté d’elle fit la moue et marmonna : « Qu’est-ce qu’elles ont de si bon ? Pas la peine d’exagérer à ce point… Franchement… »
« C’est toi qui les as faites ? » Garen en fut quelque peu surpris. « C’est remarquable. Avec un tel talent, tu pourrais ouvrir ta propre boutique. »
« Tu plaisantes ! » La jeune fille était un peu gênée par ce compliment.
Le garçon assis à côté d’elle leva aussitôt les yeux au ciel. « Tu trouves ça bon, alors que c’est juste passable ? Quel plouc… » De mauvaise humeur, il regardait le grand jeune homme musclé assis en face de lui. Ils avaient beau avoir presque le même âge, le contraste entre eux était saisissant : l’autre était au moins deux fois plus musclé que lui. En plus, dès qu’il était monté dans le train, il avait regardé partout autour de lui comme s’il n’avait jamais pris le train. Et, tout à l’heure, il avait mangé si vite qu’on aurait dit qu’il n’avait rien avalé depuis plus de dix ans.
De son côté, Garen discutait avec entrain avec la jeune fille. Ils étaient déjà passés des astuces de pâtisserie à leurs livres préférés, et les sujets ne leur manquaient pas. À côté d’eux, Fei Baiyun et le garçon aux cheveux argentés, qui s’ennuyaient, se remirent à somnoler.
Comme ils n’avaient rien à faire dans le train, ils ne pouvaient que faire un somme.
Deux jours plus tard.
Gare de Hela
Un sifflement strident retentit tandis que le train acajou ralentissait peu à peu jusqu’à s’arrêter.
Dans un grand fracas, un contrôleur ouvrit brusquement la porte du wagon. « Les passagers à destination de Hela, il est temps de descendre ! »
Dans le wagon.
« C’est l’heure de descendre. » Fei Baiyun tapota le bras de Garen et se leva le premier.
Garen sortit rapidement de dessous leur siège une valise en cuir rouge, puis se leva.
« Nous voilà enfin arrivés. Tu descends aussi ? » demanda-t-il à la jeune fille aux cheveux argentés. Après avoir discuté pendant plusieurs jours, ils s’étaient assez bien familiarisés l’un avec l’autre.
Les frère et sœur assis en face d’eux avaient eux aussi sorti une petite valise noire en cuir.
« Oui. En fait, nous étions partis en vacances à Xining et nous rentrons chez nous. » La jeune fille aux cheveux argentés sourit avec embarras.
« Je le savais », dit Garen en riant. « Pendant nos discussions, ces deux derniers jours, tu connaissais manifestement bien Hela, mais tu savais peu de choses sur Xining. Bon, descendons. »
« D’accord. »
Tous les quatre quittèrent leurs sièges et suivirent le flot clairsemé de passagers vers la sortie.