Chapitre 73
Garen appuya fermement sur sa poitrine pour dissimuler sa blessure. Il songea qu’il devait se rendre au dojo et demander de l’aide au maître.
« Ying Er, je déjeunerai au dojo, alors ne m’attends pas. Je vais d’abord rapporter les provisions à la maison, dit Garen.
— Encore le dojo… Maman et Papa sont à la maison aujourd’hui, répondit Ying Er, le visage empreint de déception.
— Ne sois pas triste. J’ai entendu dire qu’ils avaient trouvé un meilleur emploi et qu’on pourrait passer plus de temps ensemble, maintenant. » Garen tapota la tête de sa sœur et sourit. Il avait demandé au maître d’obtenir un meilleur poste pour ses parents, et il semblait que celui-ci l’avait déjà fait.
L’oncle de Garen aurait pu faire une chose pareille sans difficulté, mais, pour une raison quelconque, il n’avait jamais aidé ses parents. Garen rentra chez lui, posa tout ce qu’il portait, puis partit directement au dojo.
La ville était en plein travaux : de nombreuses infrastructures étaient en cours de reconstruction. Partout, Garen apercevait des ouvriers et des charrettes tirées par des bœufs, chargées de matériaux. Le centre-ville était devenu chaotique et n’avait plus la propreté d’autrefois.
Tout en descendant rapidement la rue, il repensa aux trois personnes qu’il avait rencontrées plus tôt et ne put s’empêcher de trouver la situation étrange.
« Si le champ de force invisible était le talent dont le vieil homme m’a parlé, alors le livre qu’il m’a demandé de lire ce jour-là détient la clé de toutes ces questions. » Garen pensa avoir enfin trouvé une piste. « Après m’avoir regardé lire le livre, le vieil homme avait eu l’air déçu et m’avait dit que je n’avais aucun talent. Depuis, je n’ai plus revu ce livre. Il contient peut-être les réponses à toutes mes questions… »
Garen ralentit un peu. Au détour d’un carrefour, il vit un vendeur de crêpes s’approcher de lui avec son étal. Le commerçant lui sourit et lui tendit un petit bout de papier en passant.
Garen s’arrêta un instant et examina le papier. On y avait dessiné un Cercle d’Or, avec une phrase écrite en dessous : « 28-3, pont de pierre, rue des Saules. Urgent. »
Garen glissa le papier dans sa poche et prit une profonde inspiration. Puis il fit demi-tour et traversa la rue.
À l’est de Huaishan.
Un fleuve jaune traversait lentement la ville, pareil à un large ruban qui la séparait en deux. Mais il était sale.
De part et d’autre du fleuve s’alignaient de nombreuses maisons carrées, d’un jaune pâle. Certaines étaient hautes, d’autres basses. Elles ressemblaient à un amas de blocs disposés sans ordre. Parfois, on apercevait des habitants aux fenêtres.
De nombreux ponts de pierre jaune sombre enjambaient le fleuve. Des piétons et des voitures les traversaient en foule. Au milieu de l’un d’eux, loin du centre-ville, se dressait un buste argenté et noir. Avec son socle, il mesurait environ trois mètres. Il représentait un homme moustachu, entouré de fleurs.
Une plaque de bronze présentant le buste se trouvait devant celui-ci. Un homme en pull à carreaux se tenait à côté. Âgé d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années, il avait les yeux bruns et le nez aquilin. Ses cheveux gris coupés court lui donnaient un air impitoyable.
Un jeune homme robuste aux cheveux violets courts apparut à l’extrémité gauche du pont et s’approcha lentement de la plaque de bronze. Il portait un sweat-shirt noir, si ample qu’il dissimulait à peine ses muscles. Le soleil ne brillait pas fort, pourtant les bras du jeune homme luisaient.
« Maître Neuf ? »
Garen reconnut la voix et regarda l’homme au nez aquilin. Celui-ci lui montra une boucle d’oreille en or qu’il tenait de la main droite.
« Neuf ? » Garen fronça les sourcils et le fixa. Il se rappela alors qu’il venait de prendre la place du Numéro Neuf. « Qu’y a-t-il ? » demanda-t-il.
« Le maître Six examinait les corps récupérés et a pensé que les résultats pourraient vous intéresser. Il m’a demandé de vous en informer », répondit l’homme avec déférence, d’une voix basse, juste assez forte pour que Garen l’entende.
« Les corps… Montrez-moi le chemin. » L’expression de Garen changea et il parla d’une voix grave.
« Bien sûr. Suivez-moi, je vous prie. »
Ils traversèrent le pont et quittèrent le centre-ville. La route était encombrée de charrettes tirées par des bœufs et de voitures à chevaux. Garen ne vit presque aucune automobile, seulement, de temps à autre, des bouses de bœuf au bord de la route.
Ils traversèrent deux rues et s’engagèrent dans un sentier étroit, au flanc d’une petite colline. De l’autre côté, un mur noir séparait le quartier résidentiel du sentier.
Ils avaient déjà quitté la ville, et Garen entendait les insectes bruisser dans les buissons. Il suivait l’homme au nez aquilin tout en observant les alentours.
Coin-coin. Coin-coin.
Au détour d’un virage, Garen vit plusieurs canards au plumage blanc traverser le sentier. Un vieux fermier coiffé d’un chapeau de paille les guidait à l’aide d’une branche. Il avait l’air détendu. Garen et l’homme contournèrent le cortège et poursuivirent leur route. Au bout du sentier, ils arrivèrent à un terrain vague ; derrière celui-ci se trouvait un petit bâtiment entouré d’arbres verdoyants.
Les arbres bloquaient les rayons du soleil, plongeant le bâtiment dans l’ombre.
« C’est là. » L’homme s’arrêta à l’entrée du bâtiment. « Voici l’une de nos bases à Huaishan. Rendez-vous au deuxième étage. Les autres maîtres vous y attendent. »
Garen le regarda sans répondre, puis entra dans le bâtiment. Une femme aux cheveux noirs sortit d’une pièce du deuxième étage. Vêtue d’une combinaison de cuir moulante, elle avait une allure sexy. Grande et mince, elle portait une queue-de-cheval. Ses yeux violet foncé attirèrent le regard de Garen.
La femme était jolie, mais semblait difficile d’approche. Elle vit Garen monter l’escalier, puis retourna dans la pièce sans un mot. Il en resta quelque peu déconcerté.
« Le Numéro Dix est là aussi… Je suppose qu’elle sait qui je suis. » Garen secoua la tête et continua d’avancer. Un homme robuste se tenait à l’entrée du deuxième étage.
« Par ici, je vous prie. Conformément au règlement, veuillez mettre votre boucle d’oreille », lui indiqua l’homme.
Garen acquiesça et sortit de sa poche la boucle d’oreille en or. Il hésita un instant en se frottant le lobe. Finalement, il la passa à son auriculaire gauche, tourna le côté portant le numéro vers le haut, puis entra dans la pièce de droite.
C’était la seule pièce du côté droit du deuxième étage. Elle était spacieuse, avec une table rectangulaire, deux bibliothèques et plusieurs fauteuils à dossier haut. Tout le mobilier était en bois rouge. Garen en percevait le léger parfum.
Un homme et une femme se tenaient devant les bibliothèques. La femme était le Numéro Dix ; l’homme, blond, n’avait qu’un seul œil. Ils discutaient.
Le Numéro Six et un homme pâle vêtu d’une cape noire jouaient aux cartes autour de la table.
« Tu es là ? On peut commencer. » Le Numéro Six se leva en riant et posa ses cartes. « Désolé, Numéro Huit, j’ai encore gagné.
— Mon cul ! » jura le Numéro Huit. Il se leva et regarda Garen. « Tu es un peu en retard.
— Désolé, je ne connais pas bien le chemin », répondit Garen en hochant la tête. Le Numéro Huit avait invité Garen à rejoindre le Cercle d’Or, et c’était le seul membre qu’il connaissait. Il s’approcha donc de lui et se plaça à ses côtés.
« Alors, qu’est-ce qui se passe ? » demanda Garen.
Le Numéro Six sourit sans répondre.
Il applaudit et déclara : « Bien. Nous sommes réunis pour discuter du Château de Soie d’argent. Cinq membres du top dix sont présents, et cela faisait des années que nous ne nous étions pas retrouvés ainsi. »
« Arrête ton baratin ! » lança le Numéro Dix, coupant court aux paroles inutiles du Numéro Six. « Nous sommes occupés à organiser nos territoires, pas à perdre notre temps. »
« D’accord. » Le Numéro Six se gratta la tête. « Pour commencer, j’aimerais vous présenter notre nouveau membre, le Numéro Neuf ! »
Clap, clap.
Quelques applaudissements retentirent, mais personne ne sembla s’y intéresser.
« Je ne sais toujours pas grand-chose sur le Cercle d’Or », dit Garen en haussant les épaules.
« Tiens. » Le Numéro Huit lui tendit une liasse de feuilles. « Laisse-les ici quand tu auras fini. Quelqu’un les brûlera. »
Garen prit plusieurs pages et découvrit qu’elles contenaient des renseignements sur le Cercle d’Or.
Il les parcourut rapidement et apprit quelques notions de base sur l’organisation.
C’était une vaste organisation qui vendait des antiquités et des bijoux. Les dix premiers membres du Cercle d’Or avaient créé un réseau d’information qui recueillait des rumeurs sur les antiquités. Si un client recherchait un objet particulier, l’organisation faisait tout ce qui était nécessaire pour le lui procurer.
Les dix premiers membres étaient responsables de l’organisation, mais leur classement ne dépendait pas des numéros ; chacun avait son propre territoire et son propre réseau. Ils avaient rejoint l’organisation uniquement pour augmenter leurs profits.
Chacun des dix premiers membres supervisait une tâche précise : certains recueillaient des renseignements sur les antiquités, d’autres communiquaient avec les acheteurs. Ils pouvaient acheter les antiquités qu’ils convoitaient ou se les procurer dans les territoires des autres. Ils collaboraient dès lors qu’ils y trouvaient leur compte.
Le Numéro Six reprit la parole tandis que Garen continuait d’examiner les renseignements. « Ces derniers temps, nos clients s’intéressent beaucoup aux Antiquités de la Tragédie, et le Numéro Neuf s’y connaît. Il s’assurera que les antiquités que nous trouverons sont authentiques. C’est la principale raison pour laquelle j’ai accepté de l’intégrer. »
« De plus, le Numéro Neuf est un expert martial, et il est tout près d’atteindre le rang E », ajouta le Numéro Huit. « Nous avons déjà voté pour confirmer son adhésion. Inutile d’en discuter davantage. Numéro Six, va droit au but. »
« D’accord. » Le Numéro Six acquiesça et regarda le Numéro Dix. Elle ne semblait pas se soucier de tout cela. « Il nous arrive de remanier la direction, comme lorsque le Numéro Sept nous a rejoints, il y a environ deux ans. Bon, passons aux choses sérieuses. » Son visage se fit grave.