Chapitre 645
Près de l’Université de Gullivier.
Garen ne fut plus victime d’aucune embuscade en chemin. La nuit était déjà tombée lorsqu’il arriva sain et sauf chez lui, dans la banlieue.
« Patron. » Sous la conduite de Jay, quelques-uns des nouveaux membres haut gradés de l’Uniforme noir saluèrent Garen avec discipline.
Garen hocha la tête, descendit de voiture et franchit la porte principale de la villa derrière Jay et les autres.
Quelques membres des Faucons de nuit lui ouvrirent respectueusement la porte. Ils le guidèrent à travers la pelouse jusqu’à un terrain vague derrière la maison.
Plusieurs camions étaient garés sur ce terrain. Ils étaient recouverts d’une bâche noire, soigneusement tendue, qui dissimulait complètement leur chargement.
« Patron, voici les marchandises que nous avons récupérées cette fois-ci », annonça Jay respectueusement, la tête baissée.
Il avait amené quelques subordonnés et attendait sur le côté que Garen inspecte la marchandise.
Garen s’avança et, à la lumière vive de la lampe située à côté de lui, souleva un coin de la bâche noire. De grandes caisses noires apparurent.
Il percevait vaguement une sorte d’énergie potentielle, tapie dans la caisse et qui y persistait.
En regardant autour de lui, il remarqua que ses dix subordonnés s’étaient dispersés de leur propre initiative pour surveiller les environs de près. Le torse bombé, ils gardaient les autres dans leur ligne de mire.
« Il y en a pour trois camions, soit cent vingt-cinq pièces au total. Je récupérerai les autres petit à petit, aussi vite que possible », rapporta Jay à voix basse.
Garen hocha la tête, satisfait.
« J’ai confiance en toi. Fais transporter toutes ces marchandises dans la villa. Et trouve plus de monde pour s’occuper de la maison : c’est trop triste d’y vivre seul. »
« Oui, monsieur », répondit Jay en hochant rapidement la tête. Il donna discrètement quelques consignes à ses subordonnés, puis une foule de personnes entra aussitôt et se mit à ouvrir les caisses une à une pour transporter leur contenu dans la villa.
Vases à fleurs, miroirs, couverts, peintures à l’huile et même boîtes à musique anciennes : on transporta avec précaution toutes sortes d’objets dans la villa, puis on les disposa dans l’une des pièces selon les instructions de Garen.
« À quoi te servent ces reliques ? » demanda Black Sethe à son oreille, perplexe. « Les Créatures du Vide peuvent revenir d’un instant à l’autre, et tu trouves encore le temps de t’amuser avec ces jouets ennuyeux. »
« Tu ne vois pas ? » Garen ne lui répondit pas et préféra lui poser une question à son tour, d’un ton désinvolte.
« Voir quoi ? » Black Sethe ne pouvait manifestement pas percevoir le potentiel des antiquités.
« J’aime collectionner les reliques », répondit Garen avec indifférence.
Le transport des reliques s’acheva enfin à minuit. Les gens quittèrent ensuite la villa l’un après l’autre. Sur les ordres de Jay, un groupe resta pour monter la garde, tandis que les autres remontèrent dans leurs voitures et retournèrent à la branche de l’Uniforme noir.
Le siège de l’Uniforme noir se trouvait en Afrique, tandis que celui des Faucons de nuit avait été établi en Amérique à cause de Garen. On pouvait mobiliser suffisamment d’hommes depuis l’un ou l’autre endroit, y compris des membres d’élite.
Une fois tout le monde parti, Garen resta seul dans la réserve où étaient entreposées les reliques.
Il contempla le foisonnement d’objets. Certains dégageaient de l’énergie potentielle, tandis que d’autres n’étaient que de simples antiquités.
Il passa le reste de la nuit à trier les antiquités et les reliques, mettant de côté les objets sans intérêt et ne gardant que ceux qui dégageaient de l’énergie potentielle. Ce chapitre a été copié depuis novelping(.)com sans autorisation.
Quarante-cinq reliques possédaient une valeur potentielle, mais la plupart ne contenaient que quelques points de Potentiel. Seules trois d’entre elles en valaient au moins dix.
L’un de ces objets était un masque. Ancien, étrange, rouge et noir, il ne révéla pas à Garen sa valeur potentielle exacte, mais celui-ci sentit qu’elle était élevée : au moins dix, voire vingt ou trente points.
L’arrivée de ces reliques au bon moment lui remonta aussitôt le moral, et ses blessures s’étaient également beaucoup améliorées.
« À part leur valeur de collection et leur intérêt historique, à quoi peuvent bien servir des reliques ? » insista encore Black Sethe.
Garen fit immédiatement la sourde oreille. Rien qu’en restant dans cette pièce, il sentait déjà son corps absorber lentement l’énergie potentielle que dégageaient les antiquités et les reliques.
Il jeta un coup d’œil à la fenêtre des attributs, au bas de son champ de vision, et remarqua que sa valeur potentielle évoluait lentement, de manière floue. C’était lent, mais les chiffres augmentaient bel et bien.
Il prit une montre à gousset au hasard. Toute l’énergie potentielle qu’elle contenait fut rapidement absorbée par son corps. Des courants d’air frais et vivifiants parcoururent ses poignets, remontèrent le long de ses bras jusqu’aux épaules, puis gagnèrent son cerveau.
Ses points de Potentiel augmentèrent aussitôt de trois. Les points restants continuèrent ensuite d’affluer lentement. Il lui faudrait au moins une semaine pour absorber complètement tout le Potentiel de la montre.
Absorber du Potentiel grâce aux antiquités était beaucoup plus lent que d’en gagner en tuant des créatures dans le Monde des Totems. Mais cette méthode avait l’avantage de durer et de fournir un apport régulier.
Garen regarda par la fenêtre et remarqua que le ciel s’éclaircissait déjà. La nuit était passée à toute vitesse. En certains endroits, ses blessures cicatrisaient plus lentement, faute d’avoir pu se reposer convenablement.
Il contempla les reliques et les antiquités disposées devant lui. Trop paresseux pour aller en cours, il décida de s’allonger au milieu de ces objets. Il finit par s’affaler sur un lit ancien en cuivre, mais propre, et s’endormit.
Le moyen le plus rapide d’absorber leur énergie était de rester constamment auprès de ces reliques.
Le temps passa vite.
Quelques mois s’écoulèrent en un éclair…
Sous le ciel nocturne, une berline blanche s’arrêta lentement devant une villa indépendante, en périphérie. Une télécommande actionna alors l’ouverture automatique des grilles métalliques.
Garen, au volant, entra sans se presser dans le jardin de la villa. Il passa devant une fontaine, fit demi-tour sous les indications de la domestique, puis s’engagea lentement dans le garage souterrain.
Clac.
Il ouvrit la portière, descendit de voiture et sortit lentement du garage.
La nuit, le ciel était constellé d’étoiles scintillantes, pareilles à d’innombrables petits diamants bleu pâle sertis dans le rideau nocturne.
Vêtu d’un costume ajusté de la tête aux pieds, Garen traversa la pelouse et entra dans sa villa, dont les lumières brillaient à l’intérieur. Deux personnes qu’il n’avait pas vues depuis longtemps étaient déjà assises là.
Quentin et Xander.
Tous deux semblaient se reposer les yeux fermés, mais au bruit de la porte et des pas, ils les ouvrirent aussitôt et regardèrent vers l’entrée.
En voyant Garen, ils se levèrent immédiatement.
« Président », le saluèrent-ils ensemble, avec respect.
Garen s’était consacré à l’absorption de Potentiel et à la pratique de sa Technique du rêve avec la plus grande concentration. Il parvenait déjà très bien à concentrer sa conscience et son attention, tout en gardant assez de lucidité pour savoir qu’il rêvait. Ce qui le surprit le plus agréablement, c’était que ces exercices semblaient aussi améliorer ses Techniques secrètes. À mesure que sa Technique du rêve progressait, il sentait de nouveaux changements s’opérer dans ses Techniques secrètes, longtemps restées en sommeil.
La Main meurtrière semblait subir de nouveaux changements, auxquels Black Sethe lui-même ne s’était pas attendu. Garen avait en fait obtenu cette technique en pratiquant la Technique maléfique des eaux véritables de givre et de feu du Trident du Nord ; ce n’était donc pas à proprement parler une technique démoniaque purement meurtrière. Elle avait beau avoir subi d’étranges transformations, nul ne savait si elles étaient bénéfiques ou non. Il ne pouvait que les observer pas à pas.
Au cours de ces derniers mois, il avait essuyé d’innombrables raids des Poupées blanches. Mais, en apprenant à mieux les combattre et en atteignant un niveau plus terrifiant encore que celui du Roi du siècle du Monde du combat, il avait vite découvert leurs faiblesses. Il pouvait désormais affronter les Poupées blanches sans difficulté, et ses points de Potentiel, qui avaient augmenté, lui permettaient de guérir rapidement. Dès qu’il fut capable de rester conscient et lucide tout en rêvant, les Poupées blanches cessèrent de représenter une menace, même lorsqu’elles l’attaquaient par deux ou trois.
Cette lucidité lui permettait d’utiliser ses Techniques secrètes et ses autres pouvoirs sans entrave. Il était donc bien plus fort que ses adversaires, qui l’attaquaient passivement dans un état de confusion.
Même sans l’aide de Black Sethe, il était désormais capable d’affronter plusieurs Poupées blanches à la fois sans difficulté, démontrant clairement les pouvoirs de niveau général dont Black Sethe lui avait parlé. Au cours de ces derniers mois, il avait tué plus de dix Poupées blanches de suite.
Mais toute son attention était désormais tournée vers les Créatures du Vide, et il se désintéressait complètement des tâches ordinaires de ce monde. Il mit à profit ses capacités de régénération rapide pour améliorer sa vie, reléguant tout le reste au second plan.
Grâce aux reliques, son corps pouvait désormais retrouver continuellement ses qualités initiales. Il ne cessait de se renforcer et avait accumulé plus de deux cents points de Potentiel. Si les points ne lui avaient servi à rien dans le Monde des rêves et qu’il n’avait pas dépensé tous ceux qu’il possédait pour renforcer son corps, il les aurait tous consacrés à son esprit.
« C’est rare que vous veniez me voir. Vous avez une affaire importante à me soumettre ? » Garen demanda à la domestique d’apporter trois tasses de thé vert. Même s’il vivait désormais dans un environnement occidental, il n’aimait pas le café : il lui laissait un goût aigre en bouche et était moins réconfortant que le thé.
Quentin fronça légèrement les sourcils. Cette jeune femme belle et séduisante avait toujours été franche, mais elle semblait maintenant hésiter.
« Laissez-moi vous expliquer. » Xander ressemblait à présent à un jeune homme ordinaire, bien intégré dans la société. Il portait un costume gris cendré impeccablement repassé, ses cheveux étaient soigneusement peignés et il ne lui restait qu’un peu de barbe.
« Président, nous sommes venus vous voir dans l’espoir que vous accepteriez d’intervenir personnellement. »
Xander avait un ton inhabituellement sérieux.
« Intervenir ? » Garen sourit.
Jusque-là, le grand nombre de points de Potentiel contenus dans les reliques lui avait permis de restaurer les capacités naturelles de son corps. Celui-ci avait donc peu à peu amélioré la valeur moyenne de ses attributs. Chacun de ses gestes dégageait désormais une forte aura, comme s’il exerçait une force gravitationnelle qui attirait inconsciemment tous les regards.
« De quoi parles-tu ? » demanda-t-il en regardant Xander avec calme.
Xander avait toujours trouvé que les yeux de Garen ressemblaient à des abîmes sans fond ou à des tourbillons, et il ne pouvait s’empêcher de baisser les siens.
« C’est à propos de Hochman et de Dahm. »
« Hochman et Dahm ? » Garen se frotta le menton. « Ils se sont toujours bien entendus, non ? »
« Hier soir, à vingt et une heures vingt, ils se sont officiellement déclaré la guerre, répondit doucement Xander. Ils ont perdu la raison, au point d’ouvrir le feu sans vergogne en plein centre-ville et de tuer des gens. Leurs familles se sont complètement déclaré la guerre. Dahm a même fait jouer ses relations pour mobiliser les forces spéciales de police, tandis que Hochman a immédiatement envoyé des mercenaires. »
« Ce sont deux adultes qui ont leurs propres principes. Maintenant que la situation en est arrivée là, ma présence ne servirait de toute façon à rien. Une fois que la rancune s’est installée, elle est difficile à apaiser. S’ils ont déjà décidé de passer à l’action, c’est qu’ils ont certainement pris en compte tous les autres aspects », dit Garen avec calme et un sourire aux lèvres. « Cela dit, n’est-ce pas une bonne chose ? Les forts ne devraient jamais fuir le combat, et se battre est aussi une façon de progresser dans les arts martiaux. »