Chapitre 614
Dans une suite privée d’un hôtel d’Afrique du Sud.
« Espèce d’idiot ! » Garen gifla furieusement Baldy.
Le corps de Baldy traversa la pièce et renversa au passage de nombreuses tables et chaises. À moitié étendu sur le sol, il n’osa pas se relever. Il n’osa pas davantage essuyer le sang qui lui coulait de la tête.
« Tu croyais avoir assez de force pour affronter tout le monde à la fois. C’est ton arrogance et ton orgueil qui ont fait dégénérer ce petit incident en un véritable désastre ! » lança froidement Garen.
Baldy baissa les yeux, sans oser souffler mot.
Les Faucons de nuit restants étaient pétrifiés. Un silence total régnait dans la pièce ; on n’entendait que les battements précipités des cœurs. Tous étaient en sueur froide, leurs muscles tressaillaient de temps à autre. Certains se mordaient les lèvres au point de saigner, mais personne n’osait bouger le petit doigt.
« Incapables de mener à bien une tâche aussi simple… Bande de bons à rien ! » Garen était furieux. Il n’avait certes pas beaucoup formé ce groupe d’élite, mais quoi qu’il en soit, il comptait parmi les meilleurs du monde des mercenaires. Avec leur technique secrète, l’Ombre tirée, ils auraient même dû être l’élite de l’élite. Pourtant, une bande d’humains sans le moindre pouvoir surnaturel les avait vaincus.
Son orgueil en avait pris un coup.
La punition avait été infligée, mais il restait encore à régler les problèmes du moment.
« Préparez-moi la liste des organisations qui ont participé à l’opération contre vous. »
Sur ces mots, il sortit de la pièce, les bras croisés.
« Il ne s’agit plus seulement de l’Horloge de pierre de la Fortune. »
Garen fit jouer son poing. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas dû régler les choses de ses propres mains qu’il se demanda s’il n’avait pas perdu la main.
Il regagna sa chambre d’hôtel et contempla la ville de Noordia par la fenêtre.
Les innombrables lumières rouges et jaunes, serrées les unes contre les autres, formaient une rivière lumineuse qui dessinait la longue route. Au loin, au milieu de celle-ci, un immense cercle rouge avançait lentement : une foule de voitures progressait à petite allure sur le rond-point.
Debout devant la fenêtre, Garen retira doucement ses nouveaux gants noirs, faits sur mesure, dévoilant une paire de mains d’une blancheur inquiétante, au teint parfait.
Elles étaient pâles et fines, comme sculptées dans le jade. Paumes et poignets ne présentaient aucun défaut ; on ne distinguait même pas les follicules pileux. Elles étaient d’une perfection absolue. Sous la lumière jaune de la chambre, elles semblaient ensorcelantes, dotées d’un attrait démoniaque.
Ses mains dégageaient une douce lueur.
« La Main meurtrière… » Garen ressentit peu à peu les effets de cette technique démoniaque sur son corps.
Il ne lui résista pas et laissa la technique fusionner avec lui. Il avait tenté de maîtriser entièrement sa nature innée, mais il lui fallait d’abord la laisser s’unir à son utilisateur. Il sentait son esprit et son corps changer sous son influence. Toutefois, s’il le souhaitait, il pouvait inverser ces changements, et ceux-ci ne lui déplaisaient pas.
Il remarqua que les techniques secrètes des quarante-trois Rois démons de l’Ancien Endor étaient l’exact opposé de la Technique secrète vivante.
On pouvait dire que la Technique secrète vivante prenait le pratiquant pour base et se modifiait pour mieux s’accorder à son corps, jusqu’à donner naissance à une technique secrète unique.
Les Techniques secrètes démoniaques, au contraire, rendaient le corps du pratiquant plus compatible avec la technique, en l’adaptant peu à peu aux conditions idéales pour la maîtriser.
Ces deux approches étaient diamétralement opposées, mais représentaient deux voies possibles de l’évolution des techniques secrètes.
Les techniques secrètes ordinaires, elles, n’avaient pas la capacité de changer. Si elles ne convenaient pas, il n’y avait rien à faire.
Comparée à une technique secrète ordinaire, une technique démoniaque offrait bien plus d’avantages et de possibilités ; elle était très pratique et exigeait peu de prérequis.
À moins que le corps ne soit extrêmement incompatible, la technique démoniaque pouvait le transformer, permettant ainsi à son utilisateur de s’entraîner et d’exploiter tout son potentiel.
Mais un tel potentiel risquait de faire perdre la raison aux personnes à la volonté faible. Elles finissaient par tomber sous l’emprise de la technique démoniaque et devenaient de simples esclaves sans esprit, de véritables machines à tuer.
Ainsi, bien que les Techniques démoniaques fussent les plus faciles à acquérir pour les débutants, elles comptaient parmi les techniques secrètes les plus dangereuses à apprendre. La volonté ne se laissait pas facilement modifier par autrui ; tout dépendait de la persévérance du pratiquant. C’était le seul moyen de s’assurer qu’il ne s’égarerait pas.
C’était sans aucun doute l’une des techniques secrètes les plus dangereuses.
Garen définit mentalement la Main meurtrière.
En fusionnant avec la technique secrète, il avait prêté attention à sa nature innée. Cette voie si différente serait extrêmement bénéfique à son style d’arts martiaux et à son développement.
« Horloge de pierre de la Fortune, surprends-moi. »
Le regard tourné vers la ville nocturne, il se concentra peu à peu sur ses techniques secrètes.
******
Dans un autre hôtel de luxe de la même ville.
Quelques jeunes gens en tenue de bureau étaient réunis autour d’une table pour jouer aux cartes. Des billets en dollars s’y entassaient, et les joueurs en ajoutaient régulièrement.
Sous la lumière chaleureuse, un homme à lunettes vêtu d’un costume gris fumait une cigarette, soufflant des volutes de fumée dans la pièce.
« Et maintenant ? » demanda-t-il avec un drôle d’accent français.
« Que veux-tu dire ? »
« Nous avons déployé tant d’efforts pour affaiblir les Faucons de nuit et éliminer l’un de nos plus grands rivaux. Nous devrions au moins en tirer quelque chose, non ? Nous avons même subi d’innombrables pertes. » L’homme à lunettes parlait toujours, sa cigarette au coin des lèvres.
« Levi, de l’Uniforme noir, n’est pas là. Si tu veux obtenir quelque chose, va lui en parler », répondit la femme en jupe noire assise en face de lui.
« Ça fait combien de temps que nos deux groupes attendent ici ? Dix jours ? Je suis sûr que oui. Pourquoi n’avons-nous toujours aucune nouvelle ? » demanda avec impatience l’homme noir assis à côté.
« Nous n’attendons pas justement des nouvelles ? Pourquoi s’impatienter ? Que ce soit Kenna ou Levi, s’ils veulent découvrir ce secret, ils finiront par venir ici. Nos hommes sont déjà postés partout dans le secteur ; ils ne peuvent pas nous échapper », répondit la femme.
« Tant que Vincent n’est pas parti, il nous suffit de le surveiller. Levi lui a forcément déjà remis l’objet », dit l’homme noir.
Boum !
La porte de la pièce s’ouvrit brusquement sous un coup.
Un grand homme blanc à la carrure imposante entra.
« Je crois que nous avons un problème. »
Il regarda les quatre personnes dans la pièce.
L’un d’eux jeta ses cartes sur la table et se leva.
« Un problème ? Nous avons même vaincu le groupe le plus puissant de la région, les Faucons de nuit. Quel autre problème pourrait-il y avoir ? » demanda l’homme noir, adossé à son fauteuil de cuir.
« Malheureusement, il s’agit des Faucons de nuit », répondit doucement l’homme blanc.
L’atmosphère se glaça brusquement. Certains s’efforçaient encore de sourire, mais leurs regards étaient en alerte.
« Je viens d’apprendre la dernière nouvelle : le véritable chef des Faucons de nuit est ici », dit lentement l’homme blanc.
« Le véritable… chef ? » L’homme à lunettes posa ses cartes face contre la table. Pour une raison inconnue, cette annonce donna la chair de poule à tous ceux qui se trouvaient dans la pièce.
« Si je me souviens bien, les Faucons de nuit sont le groupe de mercenaires le plus puissant d’Afrique du Sud, pas vrai ? Leur chef a toujours été ce chauve, celui qu’on surnomme le Faucon africain. » L’homme rajusta ses lunettes. « Et maintenant, tu me dis qu’ils avaient un autre chef depuis tout ce temps ? Un chef qui tirait toutes les ficelles dans l’ombre ? Will, dis-moi que tu plaisantes. »
La main qu’il posait sur ses cartes pâlissait sans même qu’il s’en rende compte.
Grâce à la coopération de leurs groupes et aux manigances de Levi, ils avaient fini, au prix de nombreux sacrifices, par vaincre les Faucons de nuit, allant jusqu’à crever un œil à leur chauve de chef.
Les Faucons de nuit avaient perdu la moitié de leurs hommes et une grande partie de leur puissance, avant de céder leur place de groupe de mercenaires le plus puissant d’Afrique du Sud. Tous leurs anciens ennemis et rivaux profiteraient sans aucun doute de l’occasion pour les frapper alors qu’ils étaient à terre.
On pouvait dire qu’au moment de leur défaite, les Faucons de nuit étaient au plus bas. Dans le monde des mercenaires, se retrouver dans un tel état revenait à signer son arrêt de mort.
Et voilà qu’un homme venait d’entrer pour leur annoncer que les Faucons de nuit avaient toujours eu un autre chef, leur véritable dirigeant, le cerveau qui tirait les ficelles.
« C’est hilarant, pas vrai, Casey ? Les Faucons de nuit sont le groupe de mercenaires le plus puissant d’Afrique. Qui pourrait prétendre les diriger ? C’est la blague du siècle ! »
Il ne s’en aperçut pas, mais ses mains tremblaient de façon incontrôlable. Son visage pâlissait à vue d’œil et sa voix se mit à trembler.
Il se mit à rire, dans l’espoir de détendre l’atmosphère.
Personne d’autre dans la pièce ne rit.
Voyant qu’il était le seul à rire, il s’interrompit lentement et se rassit.
« Je crois que nous avons de sérieux ennuis… » murmura la femme de bureau.
« Il faut d’abord que nous unissions nos forces pour obtenir des renseignements sur cet homme. »
« Mon équipe de reconnaissance n’a rien trouvé sur lui. » Le grand homme blanc franchit la porte, puis se retourna pour la verrouiller.
« Nous unir ? »
« Oui, nous unir. »
Tous sortirent leur ordinateur portable ou leur téléphone et se mirent à l’ouvrage.
L’homme à lunettes, pourtant, n’arrêtait pas d’appuyer sur les mauvaises touches. Ses doigts étaient si glissants qu’il n’arrivait même pas à taper correctement. Il leva les yeux vers les autres. La femme de bureau gardait son calme, mais les gouttes de sueur qui perlaient à son front trahissaient son état.
L’homme noir affichait un air calme, mais ses pieds tremblaient malgré lui.
« J’ai trouvé ! » s’écria soudain l’homme noir.
« Tu as trouvé des renseignements ? » « Allez, accouche ! »
Tous se tournèrent aussitôt vers lui, le regard noir.
« N-non… Je veux dire que j’ai trouvé un plan ! » balbutia l’homme noir.
« Quel plan ? »
« Retrouver Vincent et unir nos forces avec lui ! Nous ne sommes pas les seuls à avoir vaincu les Faucons de nuit. Même s’il vient de “cet autre monde”, il n’oserait pas s’en prendre à tant de gens à la fois, pas vrai ? » proposa l’homme noir.
Ils comprirent tous. Dans « cet autre monde », ceux qui détenaient du pouvoir et de l’influence n’étaient souvent pas des gens ordinaires. Ils n’avaient aucun moyen de tenir tête à de tels êtres.
« Vincent n’a plus beaucoup de pouvoir lui-même, mais la rumeur dit qu’un être de “cet autre monde” se tient encore derrière lui. Un être très puissant. »
« J’ai trouvé… » dit la femme de bureau, le soulagement se lisant sur son visage.
« Tout va bien, finalement. Cette personne n’est pas un être de “cet autre monde”. C’est juste un artiste martial, un humain ordinaire. »
Ouf !
À cet instant, tous les occupants de la pièce poussèrent un soupir de soulagement.