Chapitre 6
« C’est un serpent panaja, un serpent amphibie très venimeux ! Il faut faire sortir le poison, tout de suite ! » Garen réagit aussitôt et reconnut rapidement cette espèce. Il n’avait pas passé tout ce temps à vivre sa nouvelle vie les yeux fermés : il avait déjà mémorisé la plupart des connaissances courantes de ce monde. De plus, le jeune Garen, qui avait grandi à la campagne, avait déjà eu affaire à ce genre de serpent.
À peine eut-il fini de parler qu’il donna un coup de pied dans un pavé.
Boum !
La pierre atterrit près du serpent noir. Effrayé, celui-ci se faufila aussitôt dans le ruisseau, ne laissant derrière lui qu’une traînée de vaguelettes avant de disparaître rapidement.
« Comment neutraliser le venin ? » sanglota Enna, la cousine de Fayne, la seule fille qui n’avait pas été mordue.
« Rincez la plaie à l’eau, trouvez des feuilles de peuplier, mâchez-les bien et appliquez-les sur les morsures ! » cria Garen.
En ces instants critiques, tous les élèves étaient complètement désemparés. Le calme de Garen, lui qui avait l’esprit d’un adulte, contrastait nettement avec leur état. Il chargea les garçons de trouver des feuilles de peuplier et demanda aux filles de nettoyer les morsures et d’en faire sortir le sang empoisonné. Tout fut réglé assez rapidement. Les filles mordues semblaient bouleversées, mais elles tinrent bon.
Felicity se releva, remit ses cheveux en désordre en place et ajusta sa jupe. En voyant Garen si maître de lui, elle fut un peu surprise.
« Je n’oublierai pas que tu as aidé mon amie aujourd’hui », dit-elle calmement en soutenant celle-ci dans ses bras.
« Ce n’est rien. » Garen haussa les épaules. Avec son âge mental de plusieurs décennies, il n’y accordait naturellement pas d’importance. « Bien sûr, si tu tiens vraiment à me remercier, j’aime beaucoup les bijoux anciens. Si tu en as, j’adorerais les emprunter pour les admirer. »
Son regard se posa doucement sur le cou blanc de Felicity, où pendait un cordon de cuir bleu foncé, presque noir.
Alors qu’il se rapprochait, la Jauge de potentiel apparut dans le bas de son champ de vision. Elle bondit de deux unités, passant de 89 % à 92 %. Il en était certain : Felicity possédait un Joyau de potentiel. Ce bijou pouvait être de meilleure qualité que les perles noires.
« Des bijoux ? » Felicity fronça légèrement les sourcils.
Fayne, qui se trouvait de l’autre côté, s’approcha pour expliquer : « Garen aime beaucoup les bijoux anciens. À l’origine, il ne voulait pas venir, mais je lui ai promis de lui montrer les bijoux transmis dans ma famille. Si je ne lui avais pas fait cette promesse, ce type ne serait certainement pas venu ! »
« Tu veux devenir expert en bijoux ou quelque chose comme ça ? » demanda Felicity. Elle réfléchit un instant, puis passa les deux mains derrière son cou et détacha le cordon de cuir sombre.
Ce n’est qu’alors que tout le monde put voir le pendentif accroché au cordon. C’était un cristal bleu en forme de losange, de la taille d’un ongle. À l’intérieur se trouvait, chose surprenante, un minuscule halo argenté.
« C’est une antiquité que j’ai obtenue après l’avoir marchandée, il y a quelque temps. C’est ce qui t’intéresse, n’est-ce pas ? » Felicity tendit le cristal à Garen.
Garen prit le cristal et l’examina. À part son aspect très ancien, il ne semblait pas avoir grande valeur.
« Il est très joli… »
Mais dès que sa main toucha le cristal, il sentit une bouffée de chaleur brûlante en jaillir et se déverser dans ses doigts.
La Jauge de potentiel, dans sa vision périphérique, s’emballa.
92 %… 98 %… 103 %… 132 %… 177 %… 181 % !
La Jauge de potentiel ralentit peu à peu, puis s’arrêta à 181 %.
En regardant le cristal dans sa main, Garen eut l’impression que quelque chose avait peu à peu disparu à l’intérieur, bien qu’il n’eût subi aucun changement visible. S’efforçant de réprimer son exaltation, il rendit soigneusement le cristal. « C’est un très beau cristal. Si possible, pourrais-tu me raconter l’histoire de ce bijou ? »
Felicity reprit le cristal, marqua une pause, surprise, puis demanda : « Tu sais ce que c’est ? »
« Savoir quoi ? Il a une histoire, ce truc ? » Les élèves qui venaient de finir de soigner les morsures commençaient à se détendre. En voyant les deux discuter entre eux, la fille rousse se sentit soudain intriguée. Elle s’approcha et se joignit à la conversation.
« Il a une petite histoire, oui. » Felicity hocha la tête. « Ce cristal s’appelle le Halo de la tragédie. La légende raconte que ceux qui portent ce pendentif connaissent toutes sortes de malheurs et finissent par mourir de façon non naturelle. Mais je ne crois pas à ces superstitions. Cela dit, ce genre de choses m’intéresse beaucoup, alors je l’ai payé très cher. Je le porte depuis. Seulement, il existe de nombreuses contrefaçons du Halo de la tragédie, et je ne suis même pas certaine que le mien soit authentique. »
Garen hocha la tête. Ce cristal avait donc une histoire aussi répandue. Les deux Joyaux de potentiel qu’il avait absorbés auparavant étaient eux aussi entourés de légendes superstitieuses. Cela renforçait une autre hypothèse : seuls les bijoux ayant une origine surnaturelle possédaient du potentiel. This chapter was copied from NovelPing without permission.
« Tu as du courage. Et si les rumeurs étaient vraies ? »
« Tous les anciens propriétaires sont morts de façon non naturelle. Alors, vrai ou faux ? » Deux filles, remises de leurs blessures, entourèrent Felicity pour lui poser d’autres questions sur le cristal.
Après avoir absorbé le potentiel, Garen s’éloigna seul jusqu’au ruisseau et fit semblant de se laver les mains et le visage.
« J’ai déjà testé ma force la dernière fois, et le changement a été énorme. Je me demande quel attribut va augmenter aujourd’hui… »
Dans son champ de vision, les quatre barres d’attributs s’élevèrent.
« Mes attributs physiques sont mon point faible, mais ma forme, ma force et mon agilité peuvent facilement s’améliorer avec de l’entraînement. Pour l’intelligence, en revanche… Je ne sais pas vraiment dans quelle mesure elle peut m’être utile. »
Il s’interrompit un instant, puis fixa les barres de force, d’intelligence et de forme physique.
« Je pense que répartir mes points de potentiel ne donnerait pas de grands résultats ; je deviendrais seulement quelqu’un d’un peu au-dessus de la moyenne, mais de tout à fait ordinaire. Pour vraiment prendre l’avantage, il faut que je me spécialise. Comme j’ai déjà investi des points en force, je pourrais continuer dans cette voie. Mais… si seulement je pouvais répartir les points entre plusieurs attributs… »
Dès qu’il eut cette pensée, le flux d’essence qui tourbillonnait dans son cerveau se divisa en trois filets distincts, qui pénétrèrent chacun dans l’un des attributs suivants : Force, Agilité et Intelligence.
Garen sentit son corps tressaillir tandis qu’un étrange engourdissement déferlait violemment de sa tête jusqu’à son dos.
Au bout de quelques secondes, son corps retrouva son état normal.
Il sentit le haut de son corps gagner en force et en robustesse. Son esprit aussi s’éclaircit instantanément. Soudain, il parvint à réfléchir et à répondre à des questions de ses cours qui lui avaient jusque-là échappé.
Il prit le temps de s’habituer à ces changements, puis jeta un coup d’œil aux jauges qui indiquaient ses différents attributs.
Force : 0,44 ; Agilité : 0,23 ; Forme physique : 0,31 ; Intelligence : 0,36 ; Potentiel : 81 %.
La Force avait augmenté de 0,03, la Forme physique de 0,03 et l’Intelligence de 0,04.
« Les points ont été répartis de façon équilibrée ! » Garen marqua une pause. « Mais à quoi sert l’intelligence, au juste ? » se demanda-t-il en examinant son état physique.
L’Académie des Nobles de Shengying suivait un programme conçu pour les nobles. Autrement dit, elle se spécialisait dans la formation des génies. Il suffisait qu’un élève excelle dans un domaine pour y être admis, même si ses résultats étaient médiocres dans les autres. Garen, cependant, n’avait aucune intention d’intégrer l’Académie des Nobles de Shengying. Cette voie était réservée aux enfants de puissants, qui ne manquaient de rien. Les élèves ordinaires, eux, cherchaient à améliorer leurs résultats dans toutes les matières et à entrer dans des établissements réputés.
Pour y parvenir, l’élève devait maîtriser chaque matière.
La nuit.
Dans un petit quartier du sud de Huashan City, au sein d’un immeuble aux toits rouges.
Garen était assis à son bureau, dans sa chambre. Ses cheveux violets et ses yeux bordeaux luisaient faiblement tandis qu’il lisait le livre posé devant lui à la lumière jaune pâle de sa lampe.
Les fines pages effleuraient doucement le bout de ses doigts avant de se tourner et de retomber, souples et lisses. Le livre ouvert devant lui traitait d’histoire sociale.
Dong… Dong… Dong…
La cloche grave d’une horloge retentit faiblement dehors. Follow the newest chapters on novelping . com.
Garen jeta un coup d’œil dehors. L’immeuble d’en face était plongé dans le noir, sans la moindre lueur. « Il est déjà minuit ? Juste à temps : je viens de finir de profiter des effets du potentiel sur mon intelligence… »
Un déclic se fit entendre dans la chambre voisine, celle de sa sœur. Elle venait d’éteindre la lumière.
Garen se leva et s’allongea sur son lit, les deux mains derrière la tête.
« Mes capacités générales de mémorisation se sont légèrement améliorées. Il me faut aussi moins de temps pour analyser logiquement un problème. Mais surtout, ma vitesse de calcul mental a énormément augmenté… J’ai même fini par assimiler quelques notions fondamentales dans la matière que j’aime le moins, l’histoire sociale. Si je me fie aux règles de ce système de jeu, je n’en suis qu’au niveau élémentaire en histoire sociale. Il devrait encore y avoir trois niveaux : intermédiaire, avancé et disciple officiel. »
À peine eut-il ces pensées que le bas de son champ de vision clignota ; un nouveau symbole apparut au-dessus des cinq attributs. Garen se figea.
« Ah, merde, même ça, c’est possible ? » Il bondit de son lit et fixa sans un mot le symbole qui venait d’apparaître.
Un symbole rouge clair se distinguait nettement dans le bas de son champ de vision.
Niveau de maîtrise d’une compétence – (Histoire sociale : élémentaire. Condition à remplir : niveau d’Intelligence supérieur à 0,34)
Garen relut cette ligne avec stupeur, encore et encore, pendant dix bonnes minutes, avant d’être certain que ces nouveaux symboles étaient bien réels.
Comme pour les autres attributs, un petit symbole pouvait facilement passer inaperçu si l’on n’y prêtait pas assez attention. Lorsqu’il ne le regardait pas, ces symboles rouges devenaient à moitié translucides et ne gênaient nullement sa vision.
De plus, après l’apparition de ces nouveaux symboles, Garen se remémora le contenu de son cours d’histoire sociale. Il pouvait facilement en retrouver jusqu’à 70 %, comme si tout avait été profondément gravé dans son cerveau.
« Je n’ai commencé à étudier cette matière qu’aujourd’hui, et pourtant, je me souviens presque de tout son contenu… Je suppose que c’est l’avantage d’investir des points en intelligence. Selon la difficulté des matières, le niveau d’intelligence requis doit varier. Il change également en fonction du degré de compréhension. »
Après ça, Garen n’eut plus envie de dormir. Il se retourna et entreprit de rassembler les manuels de toutes ses matières.
Il les parcourut tous, l’un après l’autre.
Une demi-heure plus tard…
« Pour établir le niveau d’une matière, il faut avoir lu un manuel du début à la fin. L’ancien Garen a mis un an à assimiler une seule matière, l’histoire ancienne de Chine… et il n’en est encore qu’au niveau élémentaire. »
Garen poussa un profond soupir, sans voix devant ce qu’il avait été.
Il observa les symboles dans son champ de vision.
Matières principales : (Mathématiques : non établie), (Histoire ancienne : élémentaire), (Histoire sociale : élémentaire), (Langue étrangère : non établie), (Physique : non établie).
Les mathématiques, l’histoire ancienne, l’histoire sociale, la langue étrangère et la physique étaient toutes des matières obligatoires, sans aucune exception. Dans tout le pays, les élèves devaient réussir ces cours pour obtenir leur diplôme.
Garen calcula et compara ses compétences à ses résultats aux examens.
« Autrefois, Garen obtenait entre 60 et 70 sur 100 à chaque examen d’histoire ancienne. Cela veut dire que le niveau élémentaire se situe dans cette fourchette. S’il ne se produit rien d’imprévu, je devrais aussi avoir entre 60 et 70 en histoire sociale. Avec des notes pareilles, je serais parmi les dix derniers de ma classe. »
« Pour entrer dans une université réputée, d’après les moyennes annuelles de Shengying, il faut figurer parmi les cent premiers. Dans une école qui compte mille élèves par année, ça ne devrait pas être trop difficile. » Il se rappela soudain que ses parents faisaient des heures supplémentaires tous les jours et ne prenaient qu’un jour de congé le week-end afin de payer ses études et celles de sa sœur. Ils plaçaient tous leurs espoirs dans les deux enfants.
« Pour garantir une place parmi les cent premiers, ma moyenne doit se situer entre 70 et 80. À ce rythme, si j’atteins le niveau intermédiaire dans toutes les matières obligatoires, je pourrai entrer à l’université sans problème. Mais même si je travaille dur pour progresser, les autres en feront autant. Si les sujets d’examen sont relativement faciles, c’est à celui qui sera le plus minutieux que tout se jouera. »
Garen examina lentement et soigneusement tous ces problèmes. « Si je pouvais absorber davantage de potentiel du cristal noir hérité de la famille de Fayne… Si seulement j’en avais absorbé un peu plus à ce moment-là, j’aurais pu augmenter encore mes attributs. » Le souvenir de ce qui s’était passé au lac Jaderipple lui inspira quelques regrets.