Chapitre 59
« Encore vous… »
Dans la salle de soins aux murs unis, le docteur Ash, du Bourg des Canoës, était assis à côté de Garen. Avec précaution, il extrayait de son bras la tête en laiton de la balle, puis la déposait lentement dans le plateau métallique posé sur la table.
Cling !
La balle tomba dans le plateau avec un tintement clair.
« Tss, tss… La tête de la balle s’est tordue. Vous avez eu beaucoup de chance : elle a traversé quelque chose avant de vous atteindre. Sinon, vous seriez mort à coup sûr, s’exclama le docteur Ash. La dernière fois, vous vous étiez démis le bras ; cette fois, vous avez pris une balle. Vous êtes tombé sur des bandits ?
— Oui. » Garen hocha la tête. « Si je n’avais pas eu autant de chance, j’y serais passé. Tous ces bandits portaient des boucles d’oreilles en or. Ils m’ont aussi volé toutes mes antiquités. Si je n’avais pas appris les arts martiaux, je serais mort à coup sûr… Aïe !
Il gémit tandis que le docteur Ash retirait la balle de son ventre, puis la déposait dans le plateau métallique.
« Maudits bandits ! Les habitants de notre ville se font souvent dépouiller par eux, et on finit toujours par devoir leur payer quelque chose. » Le docteur Ash secoua la tête, impuissant. « Vous devriez signaler ça à la police de Huaishan. Une affaire pareille ne se règle pas en un jour ou deux. »
Il imbiba un morceau de coton d’alcool et se mit à nettoyer les blessures de Garen. Quand l’alcool toucha ses plaies, celui-ci serra les dents pour supporter la douleur.
Après les avoir nettoyées, le docteur Ash sortit un petit flacon de son sac. Il y trempa un coton-tige ; le liquide violet qui l’imbiba dégageait une forte odeur de désinfectant.
Garen supporta la douleur en regardant le docteur Ash appliquer le médicament sur ses plaies.
Son visage était couvert de bleus blancs et jaunes, et ses yeux n’avaient pas la même taille : l’un était petit, l’autre grand. Son maquillage n’avait pas été entièrement effacé, ce qui expliquait cet aspect. Mais au moins, il suffisait encore à dissimuler son visage.
« Au fait, docteur Ash, j’ai entendu dire que le détective Dale Quicksilver était arrivé au Bourg des Canoës. Savez-vous s’il est encore ici ?
— Ah, le détective Dale… » Le docteur Ash s’interrompit pour réfléchir. « Je n’en suis pas certain, mais je l’ai vu monter dans une voiture avec deux autres personnes. Ils partaient en direction du Château de Soie d’argent. Je ne sais pas s’ils sont revenus. »
Garen hocha la tête en silence.
Une dizaine de minutes plus tard, le docteur Ash eut fini de soigner Garen. Celui-ci le paya, enfila sa veste détrempée et se prépara à partir.
« Attendez ! » Le docteur Ash le retint par-derrière. « Vous allez rentrer comme ça ? Il ne pleut plus, mais votre veste est encore trempée. Vos blessures vont s’infecter !
— Ce n’est rien, j’ai la peau dure. Ça ira. » Garen eut un rire indifférent.
« Vous n’en avez rien à faire, mais moi si, c’est mon métier ! » marmonna le docteur Ash en s’éloignant. Peu après, il revint avec une veste de costume grisâtre. « Prenez ça et mettez-la. Ne mouillez pas vos blessures ! Pensez au temps et aux efforts que j’ai consacrés à les bander. Et n’oubliez pas de me rendre ma veste ! »
Garen sourit, retira sa veste mouillée et enfila celle qui était grise.
« Merci, je vous la rendrai dans quelques jours !
— Allez, filez, et ne vous faites pas voir. » Le docteur Ash agita les mains d’un air impatient. « Faites attention à ne pas infecter vos blessures. »
Garen hocha la tête et sortit, sa veste détrempée à la main.
Il faisait déjà nuit noire. Il devait être tard. Garen s’arrêta devant la petite clinique et regarda au-dehors, tendant l’oreille sans percevoir le moindre bruit à proximité.
Ouaf, ouaf.
Un aboiement lointain résonna, rendant la nuit plus solitaire et silencieuse encore.
Les maisons de part et d’autre étaient plongées dans le noir, sans la moindre lumière. La lune brillait au-dessus de lui et baignait la route d’une lueur pâle.
Garen referma la porte derrière lui et se sentit soudain épuisé.
« Après ce combat, j’ai couru jusqu’ici, puis j’ai passé une demi-heure à la clinique. Mon corps semble avoir atteint ses limites. » Il rajusta sa veste grise et s’engagea sur la route qui quittait la ville.
La ville, plongée dans une obscurité totale, semblait déserte ; les maisons qui l’entouraient se dressaient comme des silhouettes indistinctes. Dans le silence absolu, Garen n’entendait que ses propres pas.
Il posa le pied dans une petite flaque, éclaboussant son pantalon d’eau boueuse.
Il jura entre ses dents et poursuivit son chemin.
Tout en marchant, Garen décida de consulter son panneau d’attributs.
« Il me reste un point d’attribut. Cette fois, je dois bien réfléchir avant de l’utiliser. »
Il plongea la main dans sa poche et effleura le Disque de jade noir. Un filet de qi frais lui parcourut la peau. La progression était lente, mais sa régularité faisait tout son intérêt.
« L’amélioration des attributs a besoin de temps pour se stabiliser, alors que celle des techniques est immédiate. Pour l’instant, mes techniques sont… »
Le regard de Garen remonta jusqu’au panneau des techniques.
Ses yeux glissèrent sur les compétences sans importance, comme le tir à l’arc et l’escrime de base, puis s’arrêtèrent sur les quelques techniques spéciales qu’il avait apprises.
Arts secrets du Nuage Blanc : maximum (niveau 4). Arts du Poing explosif : intermédiaire. Arts martiaux du Nuage Blanc : élémentaire.
L’option des Arts secrets du Nuage Blanc était grisée : il ne pouvait plus les améliorer. Garen avait atteint un degré de maîtrise que personne n’avait jamais égalé dans l’histoire de l’École du Nuage Blanc. À présent, seul son deuxième frère aîné, particulièrement doué, pouvait rivaliser avec lui.
Les Arts du Poing explosif étaient au niveau intermédiaire, et leur puissance était stupéfiante. Lors de son combat contre la femme aux yeux violets, il ne l’avait touchée que deux fois, mais ces deux coups l’avaient grièvement blessée. Ils avaient complètement ignoré sa Technique de durcissement du corps, traversant la surface pour frapper directement ses organes.
« Ceux qui atteignent le niveau de la Vibration sont terrifiants. C’est vraiment l’arme idéale contre les artistes martiaux comme moi, qui ont beaucoup travaillé leur Technique de durcissement du corps. Je devrai redoubler de prudence à l’avenir », se prévint Garen.
Il essaya de voir s’il pouvait encore améliorer les Arts du Poing explosif, mais n’y parvint pas. Il lui fallait remplir d’autres conditions. Pour passer du niveau élémentaire au niveau intermédiaire, il avait dû prendre les pilules fortifiantes de l’École du Nuage Blanc.
Arts martiaux du Nuage Blanc… Garen repensa au combat qu’il venait de livrer.
« Si mon corps n’avait pas été assez fort, je n’aurais pas pu encaisser ses coups et lui en rendre. Mes techniques de combat étaient trop faibles, alors elle bloquait mes attaques sans effort. Si elle avait été plus prudente, je n’aurais pas pu la blesser du tout.
« Avec de meilleures techniques de combat, je pourrais adopter un style complètement différent. J’ai plus d’endurance qu’elle et je suis plus fort ; je pourrais donc la tuer facilement », songea-t-il.
« Mes Arts secrets du Nuage Blanc ont atteint la maîtrise, ce qui a renforcé mes muscles et doublé mes capacités défensives. Je peux échanger coup pour coup avec mon deuxième frère aîné. Mes Arts du Poing explosif sont au niveau intermédiaire, que seuls quelques membres de l’École ont atteint. J’ai aussi un physique et une vitalité exceptionnels. Malgré tout, j’ai failli perdre contre elle. Si j’avais eu les techniques de combat de ma sœur aînée, les choses se seraient passées autrement. »
Les yeux de Garen brillèrent. « Le problème, c’est que je manque cruellement d’expérience au combat. Je ne peux qu’encaisser les attaques de l’ennemi et riposter ensuite. Et si j’avais affaire à une combattante plus prudente… »
Il se représenta un combat dans son esprit.
La femme aux yeux violets tournait rapidement autour de lui, bondissant parfois pour lui entailler les bras et les jambes. Sa lame empoisonnée paralysait son corps en un instant.
« On dirait que j’ai une grande force, mais que je ne sais pas m’en servir. » Il résista à la tentation d’améliorer sa Vitalité et reporta son attention sur les Arts martiaux du Nuage Blanc.
Cling !
Les Arts martiaux du Nuage Blanc passèrent du niveau élémentaire au niveau intermédiaire.
Le corps de Garen frémit. Ses membres lui parurent aussitôt plus souples et plus vifs. Il lui était devenu plus facile de les mouvoir dans toutes les directions.
« Au niveau intermédiaire, les Arts martiaux du Nuage Blanc permettent d’utiliser sans effort les Quatre Grandes Formes au combat. Enchaîner les formes devient naturel, instinctif. Je me demande ce que donne le niveau avancé. » Garen fit bouger son corps et ses membres ; il avait l’impression de maîtriser parfaitement l’espace dans un rayon d’un mètre autour de lui.
Il leva la main et lança un coup de tranchant de la main devant lui.
Fssht !
Instinctivement, il exécuta la Forme du Tir. L’air claqua dans un crépitement semblable à celui d’un pétard.
« Avant, je ne pouvais utiliser la Forme du Tir qu’avec le coude droit. Maintenant, je peux librement exécuter les Quatre Grandes Formes avec n’importe quelle partie de mon corps. Ce niveau intermédiaire est vraiment plus puissant. » Garen sourit, satisfait.
Après avoir testé la vitesse de ses Quatre Grandes Formes, il fut certain qu’il pourrait désormais battre deux exemplaires de lui-même tels qu’il était auparavant.
« Maintenant, si je tombe sur quelqu’un de plus rapide, je pourrai le contrer avec ma force. »
Il hocha la tête, satisfait, puis s’enfonça rapidement dans l’obscurité, sur la route de Huaishan.
Il était plus de deux heures du matin lorsque Garen arriva à Huaishan. Il rentra directement au dojo. Il demanda à l’un des élèves de prévenir sa famille, puis passa la nuit sur place. Le lendemain matin, il se leva tôt, se maquilla et reprit aussitôt la route du Bourg des Canoës.
« Kelly ! Vous êtes matinal.
— Le jour se levait à peine ; le ciel était gris et couvert.
Au restaurant en plein air, Garen était assis à une table ronde, vêtu de son costume argenté. Ses yeux rouges brillaient d’un sourire. Grace se tenait à côté de lui, habillée en secrétaire et un carnet noir à la main.
Tous deux observèrent en silence Dale Quicksilver s’approcher en bâillant.
Garen prit une tasse de café sur la table et en but une gorgée.
Dale s’affala sur la chaise en face de Garen. « Qu’est-il arrivé à votre visage ? Pourquoi est-il couvert de bandages ? » Il avala une grande gorgée de café et demanda : « Vous n’aviez pas dit que vous repartiez ?
— Je me suis éraflé, rien de grave. Et hier, alors ? Vous avez obtenu des résultats ? » demanda Garen.
« Nous y retournerons aujourd’hui. Aigle Blanc a déjà prévenu la police de Huaishan. À mon avis, quelqu’un devrait être sur place d’ici midi. C’est une grosse affaire, avec de nombreuses victimes, alors ça va être compliqué. Si je devais deviner, le Cercle d’Or a dû croire que nous avions tué ses hommes ; nous risquons donc d’avoir des ennuis au Château de Soie d’argent aujourd’hui. »
Dale Quicksilver fronça les sourcils, inquiet.
Garen tressaillit en repensant à la nuit précédente. Les prédictions du détective Dale le surprirent un peu. Il avait vu juste quant à la réaction du Cercle d’Or.
« Quoi ? Ils vont s’en prendre à la police ?
— Vous ne le savez sans doute pas, Kelly, mais ce n’est pas la première fois que ça arrive. » Dale eut un petit rire. Il sortit sa pipe, qu’il avait oublié d’apporter la veille, l’alluma avec une allumette et en tira une bouffée avec délectation.
« Est-ce que je devrais demander du renfort ? » suggéra soudain Grace.