Chapitre 58
Garen comprit que les vibrations faisaient effet. La femme qui se tenait devant lui avait forcément les organes internes meurtris par leur puissance. Sa version du deuxième niveau des Arts du Poing explosif différait de celle des autres. La femme souffrait peut-être même d’une hémorragie interne. Garen avait confiance en sa véritable force et, s’il s’en servait, il pourrait même surpasser son Troisième Frère Aîné. Un simple pistolet ne représentait plus aucune menace pour lui. À l’origine, il comptait s’éclipser après avoir fini de chercher les antiquités, mais il n’avait pas prévu que cette femme aux yeux violets découvrirait les cadavres de ses hommes de main.
Jusque-là, tout s’était déroulé sans accroc. Garen ne s’était pas attendu à ce que son adversaire soit aussi impitoyable. Elle n’avait pas retenu ses coups : elle avait utilisé des pistolets, ses poings et même du poison.
Je dois partir d’ici, tout de suite ! L’engourdissement dans son dos s’était accentué.
Garen ricana, puis referma la bouche. Il fixa la partie supérieure du panneau d’attributs.
Son Potentiel était déjà à 233 %, et il lui restait donc deux points d’attribut.
La Constitution influe sur la vitesse de récupération. Ça pourrait m’être utile contre le poison.
Dans cette situation d’urgence, Garen était à court d’idées. Il devait récupérer et s’enfuir afin d’éviter tout imprévu. Le nombre de victimes parmi les hommes du Cercle d’Or n’avait rien d’anodin.
Il se concentra et ajouta un point d’attribut à sa Constitution.
Sa Constitution passa de 1,57 à 1,87.
Dès que le point fut attribué à sa Constitution, Garen sentit des picotements lui parcourir tout le corps. Une seconde lui suffit pour retrouver son état normal. L’engourdissement dans son dos et le bas de son ventre commença à s’estomper. Il avait même retrouvé assez de forces pour se relever.
« Ça marche, en effet ! »
Il fut ravi du résultat.
Ça ne vaut pas la peine de finir dans cet état pour une antiquité maudite ! J’ai même déclenché une querelle avec l’un des maîtres du Cercle d’Or. Si je ne règle pas ça maintenant, je vais avoir encore plus d’ennuis par la suite !
Il était résolu à éliminer son adversaire afin de s’éviter des complications à l’avenir.
Il se leva et se dirigea lentement vers la femme aux yeux violets.
« Comment peux-tu encore tenir debout ? » La femme aux yeux violets se couvrit l’œil droit d’une main. Son œil valide fixa Garen, stupéfait. « Comment peux-tu encore bouger après avoir été touché par le poison du Roi des Fleurs romaines ? »
Tout son corps était engourdi et privé de forces à cause de la perte de sang. Elle pouvait encore viser avec son pistolet, mais cela ne semblait servir à rien contre son adversaire. La distance qui les séparait était trop courte pour qu’elle ait le temps de recharger et de tirer.
« C’est la fin ! » Un sourire sinistre se dessina sur le visage de Garen. Il sentait son corps récupérer à toute vitesse. Le point qu’il avait ajouté plus tôt à sa Constitution, qui l’avait fait passer à 1,87, avait vraiment aidé son corps. L’engourdissement dans son dos était presque entièrement dissipé et la douleur causée par ses blessures au ventre revenait.
« Vite ! Le maître attend depuis un moment ! » Des pas précipités retentirent dehors.
Garen changea d’expression et jeta un dernier regard à la femme avant de décider de s’enfuir. Il sauta par la fenêtre par laquelle il s’était introduit, tourna au coin du bâtiment et disparut sous la pluie.
La femme baissa la tête et ne reprit son souffle qu’après s’être assurée que Garen avait quitté la salle. Du sang et des larmes coulèrent entre les doigts de la main qu’elle tenait sur son œil, puis gouttèrent sur le carrelage noir.
Elle ramassa le vêtement qu’elle avait jeté par terre plus tôt et s’en couvrit la poitrine nue. Son corps se mit lentement à rétrécir, comme un ballon qui se dégonfle. En un rien de temps, elle retrouva sa forme initiale : une jolie femme de petite taille.
La porte du salon s’ouvrit à la volée. Un homme et une femme en costume entrèrent précipitamment. Ils s’arrêtèrent, stupéfaits par le désordre et par la femme aux yeux violets assise par terre.
« Patronne ! Vous allez bien ? » Le grand homme se précipita vers elle et s’inclina à ses côtés.
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Un bruit sourd retentit. L’homme recula en titubant, le visage blême. Il fixa les marques de sabre sur sa poitrine. Une entaille nette traversait sa veste, frôlant sa peau.
La femme en costume noir, plus petite que lui, se tenait à l’écart et riait de ce qui venait de lui arriver.
La femme aux yeux violets se redressa sur le sol.
« Avez-vous des nouvelles des tâches que je vous ai confiées ? »
« Maître, je suis allée chez Dale Quicksilver et dans certaines des cachettes de l’Aigle Blanc. Ils étaient introuvables tous les deux. Nous pensons qu’ils se sont réfugiés ailleurs. » La femme en costume s’inclina avant de répondre.
L’homme fixa la femme aux yeux violets tandis qu’elle pansait la région autour de son œil. Il rajusta son costume avant de prendre la parole avec déférence.
« Moi, en revanche, je les ai trouvés tous les deux ! Malheureusement, l’ami de l’Aigle Blanc, la Panthère Noire, a surgi pendant les recherches et les a emmenés. »
« Bande d’incapables ! » rugit la femme aux yeux violets en se levant. Le bandage autour de son œil droit avait stoppé le saignement. « Vous n’arrivez même pas à capturer un vulgaire Aigle Blanc ! Je crois qu’il est temps que je demande de nouveaux hommes de main pour m’épauler. Une fois remise, je m’occuperai moi-même de l’Aigle Blanc ! »
Elle lança involontairement un regard vers l’endroit où Garen s’était tenu. Les yeux emplis de haine, elle déclara :
« Si ce combattant de talent n’était pas arrivé et ne m’avait pas affaiblie, Lily serait morte demain, j’en suis certaine ! »
« Maître 10… » La petite femme prit la parole à voix basse. « Votre plan consiste à acculer Lily et à vous débarrasser d’elle. Pourtant, lors de leurs précédentes rencontres, l’Aigle Blanc, disciple personnel de Lily, a réussi à échapper à Canary. Cela a entravé les plans de l’organisation. Je trouve que cela fait beaucoup de coïncidences. Et si… »
« Tu insinues que… » Le visage de la femme aux yeux violets s’assombrit. Elle se tourna vers l’homme en costume noir. « Canary, as-tu quelque chose à dire ? »
« Tu crois que je les ai laissés partir exprès ? » répliqua l’homme, incrédule. « Je n’ai aucune raison de faire ça ! »
« Je tirerai ça au clair. Dale Quicksilver et l’Aigle Blanc ne sont que des objectifs secondaires. L’un de vous peut s’occuper d’eux. La mission principale, maintenant, c’est de se débarrasser de Lily. Elle fait obstacle à l’organisation depuis des années. Tout sera plus facile une fois cette vieille femme éliminée. Sans elle, ce détective minable n’osera pas se dresser contre nous. » Le Numéro 10 du Cercle d’Or parla froidement. « Allez-vous-en, tous les deux ! Que les frères dehors s’occupent des cadavres. On part ! »
Les deux n’osèrent pas répondre et quittèrent aussitôt le salon.
Sous la pluie, l’homme nommé Canary contempla, consterné, la marque de sabre sur sa poitrine. Le fait que la femme en costume noir le soupçonne ne semblait pas le troubler.
« Lola, la Technique de durcissement du corps du Maître 10 est devenue telle qu’aucune balle ne peut la transpercer. Quel monstre a-t-elle donc rencontré pour être à sa hauteur ? »
« Qui sait ? » La petite femme semblait mâcher quelque chose. Elle répondit d’un ton distrait : « La Dixième Sœur Aînée n’avait pas été dans un état pareil depuis des années. Ça devient de plus en plus intéressant. »
Un groupe d’hommes de main en costume noir se dirigea rapidement vers eux. La femme s’avança et commença à leur répartir les tâches. Ceux qui entrèrent dans le hall pour déplacer les cadavres portaient chacun un anneau d’or à l’oreille. Leurs gestes étaient rapides et précis, mais silencieux.
Garen trottinait sous la pluie. Le brouillard ne lui permettait de distinguer les environs que dans un rayon de dix mètres.
Il suivit le raccourci forestier qui menait directement au Bourg des Canoës. L’engourdissement s’estompait, mais il en persistait encore une partie dans son corps, impossible à dissiper.
Les gouttes de pluie continuaient de tomber sur lui. L’atmosphère était étrangement froide et silencieuse. L’air qu’il respirait faisait peu à peu baisser la température de son corps.
De la vapeur s’élevait de son corps, signe que sa température était trop élevée.
Il s’essuya le visage et se retrouva avec du maquillage sur la main.
Le maquillage a disparu et je n’ai même pas obtenu l’antiquité. Autant aller directement au dojo, me nettoyer et rentrer chez moi.
Avant de partir, il avait laissé un mot à Dale Quicksilver et à l’Aigle Blanc. Il avait décidé de rentrer d’abord, puis de retourner avec eux au Château de Soie d’argent le lendemain. À long terme, cette décision s’avéra judicieuse.
Le mensonge dans le mot éveillera forcément les soupçons de Dale. Garen trottinait en élaborant un plan. Qu’il aille au diable, il finira bien par découvrir qui je suis. Mais qui est cette femme que je viens de rencontrer ? Sans les points d’attribut qui me restaient, je serais probablement en train de ramper jusqu’à chez moi. Incroyable qu’il y ait une femme aussi impitoyable au sein du Cercle d’Or. Comment l’Aigle Blanc a-t-il pu leur tenir tête, avant ?
Il se souvint soudain de l’Emblème de la Croix de bronze qu’il avait laissé dans la pièce du deuxième étage.
Pourvu que le Cercle d’Or goûte aux joies du Château de Soie d’argent. Hé hé ! ricana-t-il avant de plaquer une main contre ses blessures au ventre et de tousser violemment.
Depuis qu’il avait commencé à s’entraîner, sa force physique n’avait cessé de croître. En même temps, il sentait le désir qui sommeillait en lui enfler comme un volcan. Il avait l’impression qu’il pouvait entrer en éruption à tout moment. L’entraînement, allié à ses capacités extraordinaires, lui avait donné une puissance immense, mais celle-ci n’avait jamais eu l’occasion de se manifester. C’était comme si une bombe à retardement avait été placée dans le cœur de Garen, prête à exploser.
Les blessures qu’il avait reçues pendant ce combat étaient plus graves que toutes celles qu’il avait subies auparavant, mais elles avaient contribué à libérer la force refoulée dans son corps.
La prochaine fois que je te croiserai, je te vaincrai à coup sûr ! Garen haussa les épaules en repensant à la femme aux yeux violets. Il comprenait parfaitement son état actuel et n’était pas du tout rassuré.
Il essaya de rire, mais une douleur lui déchira le ventre et lui coupa toute envie.
« Bon sang ! » Il frappa l’arbre à côté de lui pour évacuer sa colère.
Crac !
Un arbre assez gros pour qu’on l’enlace avait maintenant un trou dans le tronc. L’intérieur, couvert de sève jaune pâle, était à nu. Une partie jaillit du tronc, mais la pluie l’emporta aussitôt.
Garen ne perdit pas de temps à contempler l’arbre. Il accéléra plutôt le pas et courut vers le Bourg des Canoës.
À l’issue de ce combat, il pouvait évaluer son niveau de Potentiel actuel.
Avec sa force totale, il devait être à la hauteur de la femme aux yeux violets, plus fort que le Troisième Frère Aîné, mais bien plus faible que le Deuxième Frère Aîné et la Première Sœur Aînée. Quant au Grand Maître, sa force ne devait pas dépasser celle de la Première Sœur Aînée : il avait vieilli et ses capacités devaient décliner.
Garen était impatient de découvrir son classement selon les critères officiels. Il décida de passer l’examen de classement après avoir exploré le Château de Soie d’argent avec Dale et l’Aigle Blanc, afin de voir quel rang il pourrait atteindre.
« E »
[On dit que la Première Sœur Aînée et le Grand Maître sont de rang E. Tous ceux qui atteignent un rang alphabétique dépassent la norme. À en juger par ça, je pense que je pourrais être classé selon la norme des amateurs ? Je ne dois même pas avoir atteint le rang alphabétique le plus bas.]
Garen avait quelques doutes. Il avait l’impression que la Première Sœur Aînée et le Grand Maître cachaient leur véritable niveau. Ils devaient être plus puissants.