Chapitre 575
Mais Garen était tout de même bien plus proche de Serin et d’Eileen. Après tout, il les connaissait depuis si longtemps qu’elles étaient au moins devenues ses amies. Il devrait donc aller voir comment elles allaient.
À cette pensée, Garen ne put s’empêcher de prendre la direction qu’elles avaient suivie. En chemin, cependant, il tomba sur deux filles qui semblaient être là exprès pour lui barrer la route.
« Grande Sœur Raffaele ne veut pas que tu ailles là-bas. » La plus corpulente des deux grogna ; elle était bien plus grande que Garen.
Garen regarda vers les bois, au loin, mais ne vit qu’une mer de ténèbres.
Il allait bientôt devoir se préparer pour la soirée, alors il secoua la tête, fit demi-tour et s’en alla. De toute façon, les élèves du primaire et du collège ne nourrissaient pas de rancune profonde et, même s’ils se battaient, il ne devrait probablement pas y avoir d’accident.
La belle mélodie du violon s’éleva lentement sur scène.
Vêtu d’un petit costume blanc, Garen leva son violon et joua, les yeux mi-clos. Il devait s’appliquer à maîtriser le son pour qu’il paraisse normal ; s’il jouait vraiment comme il en avait envie, cette aura sinistre de tout à l’heure réapparaîtrait.
Dans la salle, il ne voyait qu’une mer de silhouettes noires. Quatre-vingts ou quatre-vingt-dix pour cent des élèves et des professeurs de l’école étaient présents.
Serin, Eileen et le groupe de Raffaele étaient là aussi. Serin semblait abattue, le cou tout rouge, tandis que Raffaele était parfaitement indemne : le résultat était évident.
Garen baissa doucement son violon et s’inclina vers le public. Une salve d’applaudissements tonitruants éclata aussitôt.
Il se retourna et quitta la scène, tandis que le présentateur poursuivait son discours. Cela ne le concernait déjà plus.
À peine descendu de scène, alors qu’il n’avait même pas encore changé de tenue, il aperçut Raffaele qui l’attendait à côté des coulisses. Quelques élèves intrigués l’entouraient.
« Beau travail, Garen. Viens boire quelque chose. » Raffaele l’accueillit d’un sourire aguicheur en lui tendant une serviette humide et une bouteille d’eau minérale.
Garen jeta un regard à Serin, qui s’approchait elle aussi. Mais en voyant Raffaele, elle s’arrêta, les dents serrées, et attendit sur place.
« Qu’est-ce qui s’est passé entre vous deux ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
« Rien de particulier. » Le sourire de Rafaelle s’effaça, mais, après une pause, elle sourit de nouveau, toujours avec ce calme assuré et cette fierté satisfaite. « Tu veux venir te promener avec moi ? Rien que tous les deux. »
Garen l’ignora et rejoignit Serin et Eileen. Cette dernière avait même une griffure toute fraîche au visage.
Il les regarda, exaspéré, puis leur expliqua quelques petites choses à voix basse et leur demanda si elles voulaient rentrer avec lui. À ce moment-là, les élèves dans le public commençaient déjà à se disperser.
Quelques élèves venus appeler les trois amis sentirent que l’atmosphère était étrange. Devant Raffaele et sa bande, qui affichaient des mines fermées, les nouveaux venus se turent aussitôt, sans savoir quoi faire.
À sa grande surprise, Serin et Eileen avaient perdu et refusaient catégoriquement de rentrer avec lui. Qu’est-ce que c’était que cette expression qui disait : « Puisqu’on a perdu, il faut l’accepter » ?
En les voyant quitter seules la foule, Garen se sentit un peu déconcerté. Tous les enfants d’aujourd’hui étaient-ils aussi déterminés ?
« Maintenant, plus personne ne viendra nous déranger, pas vrai ? » lança Raffaele avec un sourire triomphant. Avec naturel, elle passa le bras autour de celui de Garen et pressa légèrement sa poitrine généreuse contre lui.
Garen sentit poindre un mal de tête et décida qu’il n’avait pas envie de se mêler des problèmes de ces gamins. Tout rentrerait probablement bientôt dans l’ordre.
Il jeta un coup d’œil à Raffaele, à côté de lui. Elle avait les cheveux blonds jusqu’aux épaules, un visage séduisant, la peau lisse et de longues jambes fines. Sa poitrine souple était plaquée contre son bras, mais il percevait dans ses narines un léger parfum de jeune fille.
Il devina que les gestes de Raffaele la rendaient elle-même un peu nerveuse. Vous aimez cette histoire ? Retrouvez la suite sur novelрing.com.
Les gens autour d’eux commençaient déjà à remarquer ce qui se passait, et quelques sifflements fusaient de temps à autre.
Raffaele prit la main de Garen et la posa autour de sa taille fine. Très sûre de sa silhouette, elle se blottit contre lui, le visage rosissant.
« Tu ne m’aimes pas ? » Elle rapprocha son visage, jusqu’à ce que leurs lèvres soient presque l’une contre l’autre. « Je ne suis pas assez sexy ? »
« Je ne vais pas cracher sur un cadeau, mais tu pourrais au moins me dire ce qui te plaît exactement chez moi ? » demanda Garen, exaspéré. Il savait qu’il ne parlait pas vraiment aux autres, à part quand il bavardait parfois avec Serin et Eileen.
« Je t’aime bien, c’est tout. Il me faut une raison ? » rétorqua Raffaele. « Je veux que tu sois à moi. »
Garen ouvrit la bouche, mais ne sut que répondre.
« Même si je ne peux pas avoir ton cœur, je veux ton corps », déclara fermement Raffaele.
Euh…
Pourquoi ça lui disait quelque chose ?
N’était-ce pas d’ordinaire le genre de choses que les hommes disaient aux femmes ?
Garen était plutôt perplexe. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait avec les mœurs de cette ville…
Raffaele traîna Garen partout et le présenta à tous ses amis. Pas seulement à ses amies, d’ailleurs : les autres filles et les élèves de l’école commencèrent eux aussi à s’agiter.
À la fin du bal, Raffaele renvoya tout le monde et proposa de raccompagner Garen.
Sur le chemin du retour, aucun d’eux ne dit un mot ; ils avançaient simplement en silence.
Raffaele ne s’arrêta que lorsqu’ils distinguèrent vaguement la maison à deux étages de Garen, devant eux.
« Demain, je viendrai te chercher. Tu m’attendras sagement à la maison, d’accord ? » Elle s’approcha de lui et fit exprès d’effleurer sa poitrine contre le torse de Garen.
« Si tu es gentil avec moi, je pourrai te donner une petite récompense~~~ »
« On en est déjà là ? C’est ce qu’on appelle un amour de jeunesse ? » demanda Garen, abasourdi. « Même si tu ne me déplais pas, demain, je serai quand même avec Serin et Eileen. Alors pas besoin de venir me chercher… »
« Elles ne viendront pas. » Raffaele rit. « Notre compétition a déjà tout décidé. C’est un combat entre f… femmes. Personne ne peut rompre un serment ancestral comme celui-là. »
Quand elle évoqua le serment ancestral, une lueur étrange et menaçante passa dans ses yeux.
Garen se mit légèrement sur ses gardes. Ce duel n’était apparemment pas la simple querelle d’enfants qu’il avait imaginée au départ.
« Tu es déjà à moi », insista Raffaele. « Même si tu ne me choisis pas, elles ne peuvent pas rompre leur serment et s’approcher de toi. »
« C’est pour ça que je déteste par-dessus tout les gamins présomptueux qui se prennent pour des adultes… » Garen sentit revenir son mal de tête. Lisez ce roman sur novelping dot com pour une expérience optimale.
« Mais tu es un gamin, toi aussi, non ? » Raffaele ne put s’empêcher de rire. Elle tendit sa douce main pour lui toucher le cou, puis s’éloigna à la vitesse du vent et disparut dans la nuit en un instant.
« À demain. »
Sa voix claire lui parvint de loin.
Garen regarda Raffaele s’éloigner sans mot dire, secoua la tête et se dirigea vers sa petite maison.
« Maman, je suis rentré ! »
Il ouvrit la porte, se déchaussa et entra, puis referma derrière lui.
« Il y a de la soupe de maïs à la crème dans le micro-ondes. J’y ai ajouté des champignons noirs ; va la réchauffer toi-même. » La voix de sa mère, Trish, venait du bureau. Elle travaillait de toute évidence encore dur. Ces derniers temps, elle rédigeait un article de recherche et restait enfermée dans sa pièce toute la journée. Une fois installée devant son ordinateur, elle ne le quittait plus ; ces derniers temps, c’était même son père, Emmer, qui s’occupait de la plupart des tâches ménagères. Elle se contentait de préparer de temps à autre des soupes nourrissantes pour ses enfants.
« D’accord. »
Garen posa son sac et son étui à violon, les emporta dans sa chambre et vit que la porte de celle de son frère Jason, juste en face, était grande ouverte. Jason était étalé sur son lit, un livre à la main.
« Jason, tu connais Raffaele ? C’est une élève des classes supérieures. »
« Raffaele ? » Jason se retourna. Il était déjà au lycée et presque aussi grand que leur père, après avoir connu une poussée de croissance. Sa chambre était tapissée d’affiches de boxeurs et du Roi de la Boxe, toutes couvertes de muscles et de sueur.
Son rêve était de devenir un grand boxeur — autrement dit, le légendaire Roi de la Boxe. Garen avait peut-être contribué en partie à faire naître ce rêve : depuis qu’il était petit, Jason avait subi d’innombrables corrections de la part de son cadet et nourrissait depuis une soif de puissance presque malsaine. Il s’entraînait tous les jours pour développer ses muscles et augmenter la force de ses coups.
« Je la connais. Raffaele Dockman, c’est ça ? Elle a beaucoup d’influence à l’école : elle est jolie, sûre d’elle, fière. Avec sa bande, elle a pris le contrôle des vestiaires, du club de tennis, du club de musique… Environ un tiers du territoire de l’école est à elle. C’est elle qui y fait la loi, et elle a du caractère. » Jason se retourna et jeta un regard à son petit frère. « Pourquoi tu me poses soudainement la question ? »
« Grand frère~~~ » Leur petite sœur Vivien accourut d’un pas sautillant et se jeta dans les bras de Garen. La petite avait hérité des bons gènes de leur mère. Elle était déjà en troisième année de primaire et ressemblait à une adorable petite poupée. Dans sa petite chemise de nuit blanche, avec ses longs cheveux blonds détachés, ses grands yeux qui clignaient et sa petite bouche boudeuse, elle était d’une mignonnerie presque irréelle.
« Grand frère, tu es trop beau dans cette tenue ! »
Sa petite sœur lui adressa un grand sourire et leva le pouce.
« Le spectacle s’est bien passé ? »
« Bien sûr que oui, puisque Vivien m’a aidé à répéter. » Garen tendit la main et pinça les joues de sa petite sœur. Ces joues claires et rebondies étaient son endroit préféré à pincer ; il les tira dans tous les sens pour en apprécier la texture.
« Aujourd’hui, en cours d’arts plastiques, j’ai fait ton portrait. Tu veux le voir ? » demanda la petite Vivien, pleine d’espoir.
« Bien sûr. »
La soirée passa vite, rythmée par les facéties de sa sœur. Garen se coucha très tôt et ne sut même pas à quelle heure son vieux père, parti faire une étude de terrain, était rentré.
Après avoir terminé son entraînement habituel à la technique secrète, il s’endormit rapidement. Il avait l’impression de n’avoir jamais aussi bien dormi.
Le deuxième niveau de la Main du poison insidieux visait véritablement à développer la puissance insidieuse, jusqu’à pouvoir s’en servir contre l’ennemi. Il pouvait aussi rassembler toutes les substances toxiques de son corps en un seul endroit pour les transformer en puissance insidieuse. L’un des effets secondaires était que Garen dormait mieux.
La seule chose qui le décevait, c’était la lenteur de sa progression dans cette étape de la technique secrète. Il lui avait déjà fallu si longtemps pour atteindre le deuxième niveau, et pourtant, il y était toujours bloqué. Il sentait bien qu’il progressait, mais si lentement. S’il continuait à s’entraîner à ce rythme, il lui faudrait au moins plusieurs années pour atteindre le troisième niveau. Le temps nécessaire pour maîtriser chaque niveau de la Technique secrète de Black Sethe augmentait proportionnellement. Le talent de Garen avait déjà considérablement réduit le temps requis, mais même ainsi, il ne pourrait atteindre le troisième niveau qu’à vingt ans. Et qui savait combien de temps il lui faudrait pour parvenir au quatrième ?
Il n’y avait qu’une seule solution à ce problème : les points de potentiel.