Chapitre 566
Les années passèrent, et l’alliance était désormais dirigée par Xiao Ying, descendante de Garen. Après avoir dévoilé les Techniques secrètes mises au point par Garen, cette jeune prodige, Grand Maître du combat, obtint le soutien de tous les membres de l’alliance. En usant de la carotte et du bâton, elle en fit grandir les rangs et en améliora les perspectives de développement.
À la suggestion et avec le soutien d’une partie de ses membres, une vaste organisation nommée Association de combat vit le jour. Elle couvrait quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent du monde et avait le pouvoir d’évaluer les candidats au titre de Grand Maître du combat. Les certificats qu’elle délivrait étaient reconnus dans le monde entier. Même les différents certificats de grade des artistes martiaux étaient devenus des qualifications recherchées par les employeurs.
Xiao Ying devint la première présidente de l’Association. Grâce à l’enseignement de Garen, ses aptitudes au combat s’améliorèrent encore et elle n’était désormais que légèrement inférieure à Andrela. À son charisme s’ajoutait le soutien d’un groupe d’artistes martiaux loyaux, ce qui lui permit d’asseoir sa position dans le monde du combat.
Garen et Andrela disparurent peu à peu des regards. Au début, quelques Grands Maîtres du combat de l’ancienne génération se souvenaient encore de leurs légendes. Puis de nouvelles générations de talents émergèrent, et de puissants artistes martiaux se firent connaître. Tous deux finirent alors par se retirer dans l’ombre.
Autrefois, quand on parlait d’un Grand Maître du combat, Garen et Andrela étaient les premiers noms qui venaient à l’esprit, avant celui de Xiao Ying. Désormais, c’était d’abord le nom de Xiao Ying qui était cité ; seuls quelques anciens mentionnaient encore les leurs.
Au fil des ans, Garen et Andrela dissimulèrent leur identité et s’appuyèrent sur les vastes relations de Xiao Ying pour rassembler des antiquités et des trésors venus du monde entier.
Ainsi, Garen accumula des centaines de points de Potentiel. Il avait atteint sa limite. Andrela, de son côté, rassembla en secret quelques objets qui émettaient de puissantes ondes télékinétiques, en prévision de son entrée dans le Ruisseau-Mère.
Tous deux parcoururent des ruines antiques et des terres mystérieuses de toutes sortes. Surtout après que Xiao Ying eut consolidé sa position, ils se sentirent entièrement libres de partir à la recherche d’informations et de trésors.
Avec le temps, l’état d’Andrela commença à décliner. Il finit par prendre sa décision : l’heure était venue d’entrer dans le Ruisseau-Mère.
Au cours de ces années, Garen n’avait pratiquement plus rien à quoi s’attacher.
Après tout, Xiao Ying n’était plus une enfant. À mesure que sa position et son pouvoir grandissaient, elle s’entichait de plus en plus de l’autorité qu’elle détenait. Contrairement à la Ying Er pure et adorable, elle ne ressemblait plus du tout à sa sœur.
Dans ce monde, plus rien ne méritait son affection. Parmi ses anciens amis, seul Andrela était encore là.
À présent, lui aussi avait choisi d’entrer dans le Ruisseau-Mère, misant le tout pour le tout sur cette dernière chance.
Garen décida de l’accompagner. S’il existait une personne au monde ayant les meilleures chances de survivre au Ruisseau-Mère, ce ne pouvait être que lui. Nul ne savait mieux que lui à quel point les terribles dangers et les crises d’un voyage à travers l’espace et le temps dépassaient l’imagination des gens ordinaires.
Près de dix ans plus tard, dans la caverne souterraine, ils se tenaient près du trou qui donnait sur le Ruisseau-Mère.
Garen et Andrela avaient pris toutes les précautions possibles.
« Tu n’as pas besoin de prendre ce risque avec moi, dit Andrela en se tournant vers Garen.
— Je n’ai plus aucun regret. Et puis, grâce à mon expérience passée, nous pourrions augmenter nos chances de survie, répondit Garen avec un sourire. En outre, nous avons bien établi que les deux anneaux indiquaient des directions différentes, non ? Une fois entrés, nous partirons chacun de notre côté. Nous n’aurons alors que nous-mêmes sur qui compter. »
À ce stade de leur vie, il ne leur restait plus qu’une chose à poursuivre.
Leurs rêves.
Garen ignorait quel était le rêve d’Andrela, mais il se rappela soudain Cayduran et la Porte de l’Enfer du Monde des Totems. Leurs rêves étaient leur seule motivation, leur seul objectif.
À présent, il avait le sentiment de leur ressembler.
Ils n’éprouvaient plus aucun attachement au monde. Leur seul espoir était d’avancer, avec la possibilité qu’un jour, peut-être, ils réalisent leurs rêves.
La nourriture et le vin, les femmes et le pouvoir : tout était désormais à leur portée. « L’herbe est toujours plus verte ailleurs » ; cette expression leur allait sans doute mieux que jamais.
Garen se moqua de lui-même en son for intérieur. Lisez ce roman sur novelping.com pour une expérience optimale.
Il regarda Andrela, qui se tenait devant lui.
Plus d’une dizaine de bracelets ornaient ses bras. Tous étaient des reliques de ruines mystérieuses, aux fonctions inconnues. Il s’était tatoué le visage de motifs issus de la civilisation de l’Ancien Endor, portait une chemise faite de plumes de cinq couleurs et un pantalon argenté. Dans sa main, il tenait une canne surmontée d’un crâne.
Mais ce qui laissait Garen encore plus sans voix, c’était les bagues de toutes sortes qui couvraient ses doigts et ses orteils. Il avait deux anneaux au nez, et s’était percé le menton pour y suspendre une chaîne faite d’os d’oiseaux ou de faisans…
« D’après tous les documents que j’ai trouvés, voilà la tenue la plus puissante de l’Ancien Endor. Tu es sûr de ne pas vouloir prendre les mêmes précautions ? » demanda Andrela en regardant Garen.
Il secoua la tête.
Garen contempla son accoutrement, sans voix.
« Très bien. Si tu as des ennuis, ne viens pas me reprocher de ne pas t’avoir prévenu », dit Andrela en haussant les épaules. Il fixa le trou, qui exerçait toujours la même force répulsive, puis se ressaisit. « Tu es prêt ?
— Ouais. »
Garen portait simplement un costume blanc. Dans sa main droite se trouvait l’anneau à l’oiseau bicéphale, et ses cheveux dorés retombaient en douceur. Il n’y avait plus rien à préparer.
En réalité, il comptait sur les centaines de points de Potentiel qu’il avait absorbés.
C’était cette ressource qui pouvait guérir ses blessures.
La caverne ondoyait sous les éclats verts qui dansaient sur ses parois.
Andrela entra le premier.
Soudain, il trembla, manifestement aux prises avec cette force de résistance colossale.
Cette fois, les choses étaient différentes. Il s’y était préparé et sortit une clé noire, qu’il lança devant lui.
Clang.
Quand la clé de métal heurta la paroi de pierre, le son résonna.
Il continua de retentir et, chose étrange, l’immense force répulsive s’affaiblit bientôt.
« Vite ! »
Andrela se précipita vers la clé, la ramassa et la lança de nouveau devant lui.
Garen le suivit et entendit le son retentir à nouveau. La force répulsive s’affaiblit encore.
Ils avaient déterré cette clé dans une ruine du Continent d’Azur. D’après Garen, elle renfermait un pouvoir étrange. Lorsqu’ils l’avaient mise à l’épreuve, ils avaient découvert, à leur grande surprise, qu’elle pouvait affaiblir la force répulsive émise par le Ruisseau-Mère.
Grâce à la clé, ils franchirent le trou d’un bond et atterrirent au bord du Ruisseau-Mère.
La clé continuait de résonner. À chaque son, la force répulsive du Ruisseau-Mère était déviée, formant autour d’eux une cavité. Mais le pouvoir contenu dans la clé s’épuisait rapidement. Plus ils s’approchaient du Ruisseau-Mère, plus la résonance se faisait brève.
« Vite ! La clé ne tiendra plus longtemps ! » cria Andrela en se précipitant. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelping.com.
Garen comprit lui aussi que la situation se dégradait et adressa un signe de tête à Andrela. Celui-ci lança alors violemment la clé une dernière fois contre le sol, devant eux.
Clang !!!
À cette dernière résonance, le corps de la clé se couvrit de fissures.
Garen bondit sans hésiter vers le Ruisseau-Mère. À sa droite, Andrela fit de même.
Flac !
Tous deux plongèrent presque au même instant dans le torrent vert. Avant même d’avoir pu apercevoir les bulles, ils furent engloutis par le flot verdoyant et disparurent.
Au moment où Garen plongea dans le Ruisseau-Mère, il était étrangement calme. Son âme ne percevait aucun danger, mais son corps s’affaiblissait rapidement.
Il regarda autour de lui, les yeux grands ouverts. Sa vision n’était qu’un vert infini, comme s’il était immergé dans le flot verdoyant. Il avait pourtant simplement plongé dans le courant, mais ne voyait pas la surface au-dessus de lui. C’était comme s’il se trouvait au fond de la mer.
Comme s’il était dans un espace vert plutôt que dans un courant.
Andrela se tenait non loin sur sa droite. Tout son corps était raide, mais ses yeux trahissaient sa souffrance et sa lutte.
Les divers ornements qui le couvraient disparaissaient à toute vitesse. Son corps subissait le même sort : comme rongé par l’acide, il se dissolvait et devenait une partie du Ruisseau-Mère.
Andrela sembla apercevoir Garen. Il le regarda, les yeux emplis non pas de regrets, mais de frustration.
Impuissant, Garen vit son vieil ami se dissoudre dans le Ruisseau-Mère. Une âme bleu pâle apparut, puis se fondit dans le courant sans laisser de trace.
Face à la mystérieuse et puissante force du Ruisseau-Mère, Andrela, roi de l’Anneau stellaire parmi les épéistes et Grand Maître du combat au sommet de son art, ne résista guère plus longtemps qu’un vulgaire inconnu.
Garen n’éprouva aucune tristesse. À force d’assister encore et encore à la mort, il n’était plus celui qui venait de faire l’expérience de la réincarnation.
Son corps était encore relativement intact, mais les points de Potentiel qu’il avait accumulés dégringolaient à toute vitesse. Bientôt, ce serait au tour de son corps.
La Technique secrète vivante le protégeait de l’effet décomposant du Ruisseau-Mère. Peut-être la Technique secrète vivante et le Ruisseau-Mère avaient-ils des points communs, car le pouvoir de décomposition n’agissait pas aussi violemment sur lui. Mais à ce rythme, son corps se désintégrerait comme celui d’Andrela en dix minutes tout au plus.
Le temps s’écoulait.
Garen avait l’impression que l’anneau était relié à un fil qui entraînait son corps dans le courant du Ruisseau-Mère vers une destination inconnue.
Les points de Potentiel furent bientôt épuisés. Il ne lui resterait plus qu’à compter sur la Technique secrète vivante.
Cette technique était puissante, mais face à la décomposition du Ruisseau-Mère, elle ne faisait pas le poids.
Ses doigts et ses orteils furent les premiers à se désintégrer. Une douleur extrême parcourut bientôt ses nerfs jusqu’à son cerveau pour l’alerter. Il n’y prêta pas attention, mais, privée de la protection de la technique secrète, la partie la plus vulnérable de son corps — ses yeux et ses tympans — se désintégra bientôt.
Sa vision sombra dans le noir complet, et il ne put plus entendre. Même les nerfs de sa peau ne percevaient plus qu’une douleur infinie.