Chapitre 530
À côté de lui, le Roi Cthulhu ressemblait à un tamis : son corps était criblé de trous transparents, à l’exception de sa tête. Ses bras et ses jambes avaient été tranchés et gisaient près de lui. Ses joues étaient transpercées de part en part, ses oreilles arrachées et perdues ailleurs, et un large morceau de chair avait disparu du côté droit de son cou, dévoilant sa trachée blanche et ses artères rouges.
Bien qu’il n’eût pas perdu connaissance, son état était encore pire que celui de Garen. Il était conscient, mais totalement incapable de bouger. Tel une marionnette brisée, il gisait au sol, presque atteint par la lave qui s’étendait vers lui. Il regardait la lave dorée s’approcher lentement, sans pouvoir remuer le moindre membre.
Le Maître du Palais du Dieu divin était en train d’empaler le vase noir avec les lames de ses bras.
L’homme-arbre gigantesque s’écrasa au sol et se transforma en d’innombrables lianes et racines noires. Elles se flétrirent et jaunirent rapidement, puis fondirent lentement, tandis qu’une épaisse fumée noire s’élevait et qu’elles disparaissaient du sol.
À part les débris qui jonchaient toute la cathédrale, il ne restait plus la moindre trace de l’homme-arbre noir.
Le Maître du Palais du Dieu divin fracassa violemment le vase noir sur le sol.
Frouf !
Le vase vola aussitôt en d’innombrables éclats.
Ahhh !!!
Le même cri strident retentit de nouveau, puis s’interrompit brusquement. Les morceaux du vase fondirent instantanément, se changeant en cette même épaisse fumée noire, qui s’estompa et disparut.
Le regard du Maître du Palais du Dieu divin s’assombrit. Les lames de ses bras et de sa jambe reprirent leur forme humaine. Dès qu’elles eurent retrouvé leur apparence normale, il chancela et manqua de perdre l’équilibre. De toute évidence, il avait lui aussi combattu jusqu’à ses dernières forces.
Boum…
À cet instant, une plateforme triangulaire en pierre tomba du haut de la cathédrale et s’écrasa sur son sol.
Une statue de pierre représentant un ange agenouillé se dressait sur la plateforme. Les yeux clos, il priait, les mains serrées autour d’une épée en forme de croix. Son expression était fervente, et de nombreuses lianes et racines entouraient le bas de son corps.
Juste devant la statue de l’ange, un amas de lianes s’étira et forma un bras noir, dont la paume tenait trois antiques objets semblables à des insignes.
« Le Testament de la Technique secrète… » Le Maître du Palais du Dieu divin reconnut aussitôt les objets posés sur la paume. Il prit une profonde inspiration, puis arracha un pan de sa cape en lambeaux pour ne pas trébucher dessus. Il jeta un coup d’œil aux deux personnes près de lui.
Le Roi Cthulhu était à l’agonie et incapable de bouger. L’Hydre à neuf têtes était dans un état légèrement moins grave, mais elle était tout de même grièvement blessée et inconsciente.
Le Maître du Palais du Dieu divin tituba jusqu’à la plateforme de pierre où se trouvait l’ange.
Bam !
Soudain, un large trou s’ouvrit dans le sol de la cathédrale, à gauche. Une main noire en sortit et s’agrippa aux bords.
Une ombre noire bondit hors du trou et atterrit sans bruit à côté de l’ouverture. C’était une silhouette humanoïde composée d’air noir pur, qui balaya les alentours du regard.
« Comme prévu… Exactement comme prévu… Ha ha… Hahahaha !!! » L’ombre noire ne put s’empêcher de rejeter la tête en arrière et d’éclater de rire.
« Qui êtes-vous ? » En entendant parler le danielien, une langue qu’il connaissait bien, le cœur du Maître du Palais du Dieu divin se serra légèrement. Il fixa l’ombre noire, ralentissant peu à peu sa marche vers la plateforme de pierre.
« Même si l’endroit a légèrement changé, le résultat final me satisfait toujours autant… » L’ombre noire fit apparaître dans sa main un miroir ovale d’un noir d’encre, bordé d’argent. Une brume violette tourbillonnait à sa surface, comme si elle n’était pas solide.
« Dieu de la Lumière ?! » lança soudain le Roi Cthulhu, à côté. Sa voix rauque n’avait presque aucun timbre ; elle n’était qu’un écho de courants d’air.
« Roi, tu ne pensais pas que ce serait moi, hein ? » Le Dieu de la Lumière ricana. Son corps se matérialisa rapidement et retrouva son apparence d’origine : celle d’un bel homme vêtu de blanc, aux yeux blancs.
Son expression, toutefois, était maintenant d’une arrogance extrême. La source de ce chapitre est novelping.com.
« Peu importe. Vous êtes tous les trois les combattants les plus puissants du monde. Ce serait fâcheux qu’un autre accident se produise. Je ferais mieux de vous achever d’abord. » Le Dieu de la Lumière leva le Miroir démoniaque et le braqua sur le Maître du Palais du Dieu divin.
Bam !!
Le Maître du Palais du Dieu divin était presque arrivé à la plateforme de l’ange de pierre, mais il fut soudain repoussé comme par un poing invisible. Il roula brusquement en arrière et se retrouva allongé sur le dos. Il voulut se relever, mais n’avait plus la moindre force.
« Le Miroir démoniaque des ombres peut transformer les créatures en ombres puissantes. Même leur âme devra m’obéir, héhé. Avec des ombres démoniaques aussi fortes que vous trois… » Le Dieu de la Lumière ne put s’empêcher d’éclater de rire.
Une fois les trois transformés en ombres démoniaques, toutes leurs richesses, leur force, leur pouvoir et leurs secrets lui appartiendraient. Il deviendrait alors la puissance suprême du monde entier. Même s’il voulait unifier les continents de l’Est et de l’Ouest et devenir le Roi du Monde, rien ne l’en empêcherait !
À cette pensée, l’ardeur qui l’animait monta si fort qu’elle menaçait de déborder. Il n’aurait jamais cru que la situation tournerait aussi bien. Les trois combattants ultimes et le gardien s’étaient épuisés les uns les autres ; aucun camp ne pouvait désormais riposter. C’était tout simplement la meilleure occasion que le destin pouvait lui offrir.
Tandis que ces pensées lui traversaient l’esprit, il leva de nouveau le Miroir démoniaque et le dirigea vers le Maître du Palais du Dieu divin.
Bam !
Le Maître du Palais fut de nouveau projeté au loin, mais il se releva avec obstination, le regard résolu, sans la moindre hésitation.
Le Dieu de la Lumière fronça les sourcils. La puissance du Miroir démoniaque variait selon la distance : plus il était proche, plus elle était forte.
Le Maître du Palais du Dieu divin le savait manifestement grâce au Roi Cthulhu. Quant au Dieu de la Lumière, il n’osait pas s’approcher de trop près non plus. Qui savait quelles autres techniques désespérées ces combattants ultimes pouvaient encore sortir ? Il serait fâcheux que la situation se retourne contre lui.
Il jeta un coup d’œil aux deux autres. La transformation en ombre fonctionnait mieux sur ceux qui s’étaient complètement soumis à lui ; les chances de réussite étaient alors les plus élevées. Même grièvement blessé, le Roi Cthulhu lui résisterait : pour le transformer en ombre, le Dieu de la Lumière devrait d’abord soumettre sa volonté, ce qui serait manifestement très difficile. Il ne voulait pas s’approcher de lui tant qu’il était encore conscient. Même s’il était désormais beaucoup plus fort, le Roi Cthulhu gardait l’avantage sur lui au niveau de l’âme : cette restriction avait été enfouie dans son âme dès le départ.
En revanche, l’Hydre à neuf têtes…
Elle était inconsciente. Même si elle ne s’était pas soumise volontairement, la transformer devrait être bien plus facile que les deux autres, eux aussi inconscients…
Bien que le Dieu de la Lumière eût atteint de force le sommet de la puissance en avalant les ombres, ses impressions passées et les traumatismes qu’il avait subis le rendaient toujours réticent à affronter les trois combattants ultimes de front. Même avec le Miroir démoniaque, il avait instinctivement l’impression de ne pas faire le poids. Cette peur, profondément ancrée en lui par le Roi Cthulhu au fil de tant d’années, ne pouvait s’effacer en un instant.
Le Dieu de la Lumière hésita un moment, puis se dirigea vers la plateforme de l’ange de pierre. Arrivé devant elle, il tendit la main et saisit les trois insignes noirs antiques. Sans les examiner attentivement, il les glissa dans ses vêtements. Puis il fit quelques bonds et atterrit à côté de Garen, qui était inconscient.
« Voilà le premier, héhé ! »
Le Dieu de la Lumière sortit le Miroir démoniaque. C’était un miroir noir ovale, de la taille d’une bassine, bordé de minuscules motifs argentés. De temps à autre, un petit symbole complexe apparaissait, semblable à un mot ou peut-être à un motif. Une perle ronde, d’un violet indistinct, se trouvait au sommet, entourée de trois anneaux de cadres triangulaires.
Le plus étrange se trouvait au centre du miroir. Aussi calme que la surface d’un lac, un visage humain flou y apparaissait. Il ne faisait pas plus que la taille d’une paume, et ses yeux, sa bouche et ses narines ressemblaient à des trous noirs, lui donnant l’air de hurler ou d’être terrifié.
Le Dieu de la Lumière leva le Miroir démoniaque et le braqua sur Garen, étendu au sol. Le visage reflété se contorsionna aussitôt, et ses traits libérèrent une mystérieuse puissance invisible. La lumière invisible descendit sur lui, mais Garen n’était déjà plus là où elle s’abattit.
Bam !!
Une grande main couverte de croûtes saisit celle qui tenait le Miroir démoniaque.
Le visage du Dieu de la Lumière se figea. À côté de lui apparut le visage terrifiant de Garen, couvert de croûtes sanglantes.
Pendant un instant, son esprit fut complètement vide. Une force immense bloquait fermement son bras, avec une puissance telle qu’elle ne semblait pas pouvoir appartenir à un homme grièvement blessé.
Screee !!!
À cet instant, il crut entendre le cri strident d’un oiseau gigantesque. Par réflexe, le Dieu de la Lumière envoya son poing dans le ventre de Garen et frappa violemment son genou blessé du pied.
Garen balaya l’air de la main droite et secoua le Dieu de la Lumière, qui perdit toute maîtrise de ses mouvements. Il désamorça sans effort toutes ses attaques. Son autre bras, le gauche, s’abattait déjà sur lui dans un puissant souffle, formant des ailes invisibles qui s’enfoncèrent dans le ventre du Dieu de la Lumière avec un sifflement.
Wah !
Le Dieu de la Lumière cracha une gorgée de sang, et son corps tout entier commença à s’estomper. Son bas-ventre avait été transpercé de part en part par le bras gauche de Garen. Son corps se débattait comme un poisson mourant, accroché à un hameçon acéré.
« C’est donc cette ordure qui profitait de notre dos ? » Le bras droit de Garen balaya le sol, le Dieu de la Lumière toujours empalé dessus.
Baroum !
La puissance terrifiante, décuplée, du Poing du Phénix occidental creusa un cratère de plusieurs mètres de large dans le sol, qui rejoignit celui d’à côté.
Empalé sur le bras droit de Garen, le Dieu de la Lumière ne pouvait plus se dématérialiser. La gigantesque secousse le ramena à la réalité. Dans cet endroit où les pouvoirs surnaturels étaient proscrits, il ne possédait pas les capacités physiques terrifiantes des trois autres ; il n’avait que la force et la vitesse correspondant à son niveau. Autrefois, il avait été une Ombre de Force, et pouvait profiter de l’augmentation de sa puissance lorsqu’il se dématérialisait. Mais il ne pouvait pas utiliser son corps d’ombre en maniant le Miroir démoniaque. Garen, qui faisait semblant d’être inconscient, l’avait donc attrapé : il était désormais grièvement blessé et à l’agonie.
« Une ordure qui n’a que de la puissance, sans le mental ni la technique : même cent de plus comme toi ne vaudraient rien. » Garen eut un rire froid, puis retira son bras droit du ventre du Dieu de la Lumière. Son ongle accrocha et arracha aussitôt un large morceau de chair rouge vif et de sang. Il extirpa même une bonne partie de ses entrailles, qu’il jeta négligemment sur le côté.
À côté de lui, le Roi Cthulhu dissimula lui aussi lentement une aiguille rouge sous sa langue.
Les veines vertes, légèrement saillantes dans les yeux du Maître du Palais du Dieu divin, se résorbèrent peu à peu.
Dans un craquement sec, Garen arracha la tête du Dieu de la Lumière d’une seule main. Il la tenait à revers tout en glissant le Miroir démoniaque dans ses propres vêtements. Après avoir cherché un moment, il ne trouva aucune poche intacte ; il dut donc nouer le bas de sa robe et y suspendre le miroir, à sa taille.
Enfin, il se pencha pour fouiller le corps du Dieu de la Lumière et retrouver les trois Testaments mentionnés plus tôt. Après les avoir distingués un moment, il en lança deux au loin.
Dans un sifflement, les deux Testaments atterrirent près des deux autres.
« Cette ordure a laissé tomber le Miroir démoniaque juste dans mes bras. D’après notre accord, il devrait m’appartenir, non ? » Garen eut un léger rire.
« N’oublie pas notre accord », rappela soudain le Roi Cthulhu, à côté de lui.
Garen hocha la tête.
« On échangera tout à l’heure. »
« D’accord ! »
Le Maître du Palais du Dieu divin observa attentivement Garen. Même s’il était un chef de nid et non un humain, il pouvait voir que ces deux-là avaient depuis longtemps remarqué que le Dieu de la Lumière les suivait et qu’ils avaient monté cette petite mise en scène.
« Comme prévu, les humains sont tous rusés », se confirma-t-il intérieurement. Des trois, il avait été le seul à ne pas être dans le secret : il avait stupidement combattu l’homme-arbre noir de toutes ses forces. À présent, grièvement blessé lui aussi, il se retrouvait au même niveau que les deux autres.
Et il y avait le Dieu de la Lumière. Il n’était certes pas si puissant, mais il était tout de même de cinquième forme, et possédait de puissantes techniques secrètes ainsi que des capacités martiales. Pourtant, face à l’Hydre à neuf têtes, il était aussi impuissant qu’un bébé. Cela montrait bien l’ampleur de l’écart entre eux : les dix pour cent de la puissance de Garen suffisaient à rivaliser avec les cent vingt pour cent du Dieu de la Lumière. C’était un véritable écrasement !
Le Maître du Palais du Dieu divin ramassa le Testament de la Technique secrète et se releva sans un mot. Quoi qu’il en soit, ils étaient enfin temporairement en sécurité. Le Miroir démoniaque pouvait contrôler les ombres, mais celles-ci avaient toutes été tuées ; il n’avait donc plus rien à contrôler. Il ne leur restait qu’à se partager les Techniques secrètes vivantes qui leur convenaient, conformément à leur accord précédent.
Note du traducteur :
Comme d’habitude, les originaux n’arrivent pas à distinguer la gauche de la droite…