Chapitre 53
Dale Quicksilver prit le café posé sur la table et en but une gorgée pour se calmer avant de parler.
« Depuis l’affaire du Cercle d’Or, les événements se succèdent. Silvica, le fils de mon vieil ami l’Aigle Blanc, a reçu cet insigne par hasard. Peu après, il lui est arrivé des ennuis au Château de Soie d’argent. »
« Que s’est-il passé ? demanda Garen.
— Il est tombé du haut du château. » Dale inspira profondément avant de poursuivre : « Heureusement, il y avait des choses en dessous qui ont amorti sa chute. Mais après l’accident, il est tombé dans le coma, et nous ignorons quelle partie de son cerveau a été touchée. »
Marianne reprit là où son mari s’était arrêté : « Ce qui est étrange, c’est que le médecin a fait passer à Silvica un examen complet et n’a trouvé aucune lésion cérébrale. Pourtant, il est toujours inconscient dans son lit d’hôpital. » Elle aussi semblait inquiète. « Si c’est possible, nous vous serions reconnaissants, monsieur Kelly, de nous donner un coup de main. »
Garen fronça les sourcils en regardant Dale Quicksilver et Marianne. Il était évident qu’ils le prenaient tous deux pour quelqu’un aux capacités extraordinaires. Ils espéraient sans doute que son « don » lui permettrait de résoudre le problème de Silvica.
« J’ai bien peur de vous décevoir… » Garen croisa tous ses doigts, l’air las. « J’ai émis un avis sur l’antiquité maudite en me fiant à mon intuition. Ce n’est pas ce que vous imaginez… Je ne suis qu’une personne ordinaire, avec un talent inné… mais je reste une personne ordinaire. »
« Mais… et Silvica… »
« N’en parle plus, Marianne. »
Dale Quicksilver empêcha sa femme de terminer. « Je vois très bien que Kelly ne peut pas nous aider. Il ne ment pas. »
Le détective fronça les sourcils, puis retrouva peu à peu son calme et son sang-froid.
« À première vue, nous devons encore découvrir l’origine de cet insigne. J’ai séjourné si longtemps au Château de Soie d’argent sans qu’il ne m’arrive jamais rien. Pourquoi Silvica a-t-il été en danger aussi vite ? »
« En effet, il faut examiner cette affaire en profondeur, acquiesça Garen. Que diriez-vous de ceci ? Je suis assez libre en ce moment, alors je pourrais peut-être aller voir sur place avec vous et vous tenir au courant si je découvre quoi que ce soit d’utile au sujet de l’antiquité maudite. »
« J’ai toujours cru que les malédictions n’étaient qu’un mythe, mais après avoir vu à quel point vous avez déduit la situation avec justesse, il se pourrait bien que cet insigne cache des secrets. Tant pis ! » Dale Quicksilver se leva. « Si cette antiquité maudite a vraiment un pouvoir et si elle est à l’origine de l’état de Silvica, nous devons nous procurer cet insigne et faire nos propres expériences pour comprendre ce qui se passe. »
« Laissez-moi m’en charger. »
Une voix masculine retentit depuis la fenêtre. Une silhouette blanche entra dans la lumière : un homme au manteau blanc et aux cheveux blonds apparut dans l’entrebâillement de la fenêtre. Il prit place dans un coin du canapé.
« Je suis sûr que les membres du Cercle d’Or sont responsables de ce qui est arrivé à mon fils ! Les malédictions ne sont que des histoires qu’on raconte pour effrayer les enfants. Ce monde est rempli de gens qui cherchent à tromper les autres en inventant des mythes et des contes de fées. »
Garen releva la tête et reconnut l’homme qui était apparu près des enfants cette nuit-là. Il se souvenait encore de ses reproches : il avait été trop violent et ses arts martiaux s’engageaient sur la voie démoniaque.
« C’est… ? »
« Voici l’Aigle Blanc, mon meilleur ami », le présenta Dale Quicksilver en se levant. Il présenta ensuite Garen à son ami, mais cette fois sous le nom de Kelly.
L’Aigle Blanc le détailla de son regard perçant et hocha la tête. « Je crains que nous ne devions compter sur vous cette fois. » Il ne reconnut pas en Garen le disciple de la Porte du Béhémoth qui lui ressemblait, celui qu’il avait vu cette nuit-là.
« Ce n’est rien. Dale et moi avons déjà traversé des épreuves ensemble ; il est tout naturel que des amis s’entraident. Et puis, cette affaire concerne l’antiquité maudite, un sujet qui m’intéresse beaucoup. » Garen balaya les politesses d’un geste. « Bon, ne perdons pas de temps. Quand partons-nous au château ? »
« Demain, ça vous irait ? On se retrouve ici, à la Société Manuyllton, le matin, puis on part au Château de Soie d’argent », proposa Dale.
« Ça me va. »
« D’accord. »
« C’est donc entendu. » Dale tendit la main vers l’insigne posé sur la table. « Je l’ai récupéré sur le corps de Silvica. Il me paraissait suspect, alors je l’ai apporté ici pour le faire examiner. Qui aurait cru que les choses tourneraient ainsi ? »
« Mon ami, ne vous inquiétez pas trop. Tout ira bien. » Garen poussa un soupir et posa une main sur l’épaule de Dale. S’il se montrait aussi prévenant, c’était pour deux raisons : d’abord, il voulait sincèrement rendre à Dale Quicksilver la gentillesse dont celui-ci avait fait preuve envers lui ; ensuite, il était réellement curieux de découvrir les secrets des antiquités maudites — surtout depuis qu’il en avait subi les effets au Château de Soie d’argent.
« Si vous n’avez plus besoin de moi, je dois rentrer fêter le festival avec ma famille. » Garen se leva. « Je vous prie de m’excuser. »
« Je vous en prie. »
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Les Quicksilvers se levèrent aussitôt, avec cérémonie.
« Mettez-vous à l’aise, tous les trois. Je vais y aller. » Garen se retourna et quitta la pièce. Juste avant que la porte ne se referme complètement, il posa les yeux sur l’Aigle Blanc, sans pouvoir s’empêcher d’avoir l’air las.
« Cet homme est resté caché dehors, à la fenêtre, pendant toute la conversation, et je ne l’ai même pas remarqué. Ce n’est vraiment pas un type ordinaire… »
Grace l’attendait à la porte et ils descendirent ensemble.
« Voici l’une des divisions dont je suis responsable. En gros, tout ce qui se trouve ici est à ma disposition. Les résultats de l’enquête que vous nous avez demandé de mener sont déjà là. »
Elle tendit à Garen une copie des résultats.
Garen les parcourut, encore plus perplexe.
« Aucune trace visible. Le premier diagnostic parle d’un arrêt cardiaque ? »
« Oui, un empoisonnement est possible. Autrement dit, le suspect est déjà passé à l’action et, à en juger par les apparences, il est très déterminé, cette fois. Je n’arrive pas à croire qu’il frappe à un moment aussi crucial, mais je crains de ne pas pouvoir vous aider cette fois-ci », dit Grace avec déception.
« Ce n’est pas grave. Je vais enquêter avec le détective et son ami. Après tout, c’est ce que nous avions prévu au départ », répondit Garen en lui faisant un clin d’œil.
Grace ignorait quelles étaient ses intentions initiales, mais elle acquiesça. « Avez-vous besoin que je prépare quelque chose ? »
« Si possible, pourriez-vous me trouver un pistolet ? » Garen sourit.
Garen rentra chez lui avant l’aube et passa la soirée à célébrer le festival avec sa famille. Ils se contentèrent d’un repas simple et échangèrent quelques nouvelles. Après s’être lavé, il alla se coucher. Le lendemain matin, après s’être maquillé, il se rendit à la division de la Société Manuyllton. À sa grande surprise, Dale Quicksilver et l’Aigle Blanc l’y attendaient déjà.
« Vous êtes en avance. On y va en voiture ? »
Dale se tenait devant le bâtiment, à côté de l’Aigle Blanc. Marianne et la jolie assistante de Dale étaient introuvables. Une berline noire était garée près d’eux. Ses deux phares étaient aussi gros que des yeux de poisson rouge — des yeux de poisson rouge mort, pour être exact.
« Je conduis directement au Château de Soie d’argent. Tout est prêt ? » Dale Quicksilver ouvrit la portière et s’installa à l’intérieur.
L’Aigle Blanc et Garen l’imitèrent.
Une fois les portières refermées, l’Aigle Blanc sortit des cigarettes de sa poche et en tendit une à Garen.
« Merci, mais je ne fume pas. »
« Monsieur Kelly, je suis désolé de vous entraîner dans cette affaire. » L’Aigle Blanc alluma sa cigarette et tira une bouffée. Il expira la fumée blanche avant de poursuivre : « Que l’affaire soit résolue ou non, je vous en devrai une. »
« Vous êtes l’ami de Dale, donc vous êtes aussi mon ami. Inutile d’être aussi formel entre amis. Et puis, c’est moi qui ai proposé de vous aider. » Garen sourit. « Je vois que vous êtes un homme droit, digne de mon amitié. »
« C’est réciproque. » L’Aigle Blanc lui rendit son sourire.
Le moteur chauffa lentement, puis ils s’engagèrent dans la circulation.
Au bout d’une dizaine de minutes, la voiture quitta lentement Huaishan et s’engagea sur une route de montagne. Elle fila à travers les herbes desséchées et les terres sauvages.
Dans la voiture, Garen jouait avec son revolver noir. Il le retournait dans tous les sens, comme s’il avait hâte de l’essayer. Vous aimez cette histoire ? Poursuivez votre lecture sur nоvelping.com.
« Kelly, c’est la première fois que vous manipulez une arme ? » Dale remarqua ses gestes dans le rétroviseur.
« Oui. Les armes à feu ne servent pratiquement à rien en ville, mais comme nous allons en pleine campagne, Grace m’en a donné une pour me protéger. » Garen semblait apprécier son petit revolver. Dans ce monde, un revolver ne contenait que six balles au maximum et se rechargeait automatiquement après chaque tir. On pouvait donc le considérer comme une arme semi-automatique.
« On devrait aller au stand de tir quand on aura le temps », suggéra distraitement l’Aigle Blanc, qui mâchonnait le mégot de sa cigarette. Il sortit un revolver blanc de sa ceinture. « Pour l’instant, occupons-nous de ces vermines qui nous suivent. »
Avant même d’avoir terminé sa phrase, il ouvrit la portière d’un coup et sauta dehors.
Bam, bam !
Deux coups de feu retentirent à la suite, puis on entendit une voiture déraper et freiner brusquement.
Crissement…
Dale Quicksilver s’arrêta par réflexe et sortit aussitôt de la voiture.
Garen, qui ne voulait pas passer pour un lâche, braqua lui aussi son arme derrière lui. À travers la vitre, il vit l’Aigle Blanc abattre un gros bras, rouler vers l’avant et achever deux autres hommes de main qui se cachaient derrière.
Deux autres voitures noires suivaient la première. Six hommes de main en sortirent ; l’Aigle Blanc en abattit quatre sur-le-champ. Les deux derniers tentèrent de s’enfuir au volant de l’une des voitures qui suivaient.
L’Aigle Blanc eut un rictus et tira deux autres coups.
Boum !
La voiture explosa dans un virage et s’embrasa. Une odeur d’essence mêlée à celle du caoutchouc brûlé flotta dans l’air.
La bataille était terminée avant même que Garen ne soit sorti de la voiture.
« Quelle rapidité ! Et quelle précision ! » Garen ne put s’empêcher d’admirer l’efficacité meurtrière de l’Aigle Blanc.
La lueur des flammes embrasa le visage des trois hommes.
Dale Quicksilver se pencha pour examiner les cadavres.
« Ils font partie du Cercle d’Or. »
« Sales vermines ! » cracha l’Aigle Blanc en secouant son manteau blanc pour en faire tomber la poussière ramassée pendant l’affrontement. Il vit Garen sortir de la voiture et fut impressionné par son calme.
« On dirait que monsieur Kelly a déjà vécu ce genre de situation. J’ai entendu dire que vous vous étiez occupé de l’homme du Cercle d’Or, la dernière fois. Ça vous dirait de vous mesurer à moi un de ces jours ? »
« Je ne peux pas rivaliser avec un professionnel comme vous ! Je m’intéresse simplement aux antiquités anciennes, mais vous comprenez sûrement qu’on ne peut pas faire ce métier sans savoir s’adapter », répondit Garen avec un haussement d’épaules amer.
« C’est vrai. Bon, messieurs, retournons à la voiture. Laissez les meurtres aux professionnels comme moi. » L’Aigle Blanc repoussa du pied le cadavre à ses pieds et se dirigea vers la voiture.
Les deux autres le suivirent.
Ils redémarrèrent et accélérèrent pour rattraper le temps perdu.
Personne ne parla dans la voiture.
Garen jeta un coup d’œil furtif à l’Aigle Blanc. Celui-ci avait beau sembler détendu, il restait en réalité constamment sur ses gardes. On racontait qu’il avait retenu la leçon après que le piège explosif du Cercle d’Or les avait blessés. Depuis, il ne baissait plus la garde comme avant.
Dale Quicksilver se concentrait sur la route. À son regard, on voyait qu’il réfléchissait.
« Puisque l’Aigle Blanc reste constamment sur ses gardes, autant faire une petite sieste. »
Garen décida de se reposer sur son siège. Peu à peu, il sombra dans le sommeil.