Chapitre 517
Après avoir discuté un moment avec Kid sur le balcon, Garen reçut une invitation du Vieux de l’Académie de Tasura, puis retourna rapidement dans la salle du deuxième étage. Quelques anciens profitèrent de leurs titres pour présenter leurs successeurs à Garen, afin qu’il apprenne à les connaître.
Garen s’occupa d’eux tout en repensant aux événements étranges qui s’étaient produits plus tôt, lorsqu’il avait été en contact avec la petite fille.
Kid lui avait dit un jour que seuls les Auditeurs pouvaient tuer d’autres Auditeurs. Garen avait cru que cela signifiait autre chose, mais il ne s’était jamais attendu à en faire lui-même l’expérience.
La petite fille avait été détruite instantanément, à plusieurs reprises, par les pouvoirs de la Technique véritable des Eaux noires, mais elle n’en avait pas été totalement affectée et avait pu se régénérer complètement. Même Garen avait senti qu’il ne parvenait pas à toucher véritablement le corps de son adversaire, ce qui éveilla sa curiosité quant aux particularités des Auditeurs.
Il n’était toutefois que curieux : il savait que, même si les Auditeurs étaient étranges et connaissaient quantité de secrets cachés, ils ne pourraient manifestement pas affecter quelqu’un de son niveau. Kid avait également dit qu’ils ne pouvaient pas accroître leurs pouvoirs, car toute leur puissance était innée et ne changerait jamais. Aucune méthode d’entraînement existante ne pouvait les faire progresser ; ainsi, s’ils étaient invincibles, ils le resteraient toujours. À moins de parvenir à dévorer d’autres Auditeurs.
Cela ne leur permettrait cependant que de progresser un peu et, même ainsi, la Forme 4 resterait leur limite : ils ne pourraient jamais atteindre la puissance d’une Forme 5.
Après le banquet, Garen regagna le palais intérieur du royaume dans une voiture volante. Par la suite, parmi les disciples du Palais du Marais noir, ceux qui avaient atteint le deuxième niveau ou un niveau supérieur de la Technique véritable des Eaux noires furent autorisés à s’entraîner à l’extérieur. Au sein du Système des Neuf Serpents, on commença également à proposer quelques quêtes spéciales, modestement rémunérées et peu dangereuses. Des personnes extérieures au palais les finançaient à grands frais et, même si les tarifs étaient légèrement inférieurs à ceux de la Guilde des Luminaristes, elles offraient aux disciples à court d’argent de bonnes occasions d’en gagner.
Les disciples ayant atteint le deuxième niveau de la Technique véritable des Eaux noires, ou l’ayant dépassé, possédaient déjà une certaine force et une bonne vitesse. Même s’ils ne disposaient pas d’un Pouvoir totémique activé, leurs capacités antitoxiques exceptionnelles et leur sensibilité aux liquides et aux sources d’eau leur permettaient de découvrir rapidement diverses façons de les exploiter.
Ils pouvaient, par exemple, repérer des créatures aberrantes de valeur contenant suffisamment d’eau, mémoriser des odeurs particulières d’humidité et cueillir certaines plantes précieuses, localiser de riches nappes souterraines, voire prévoir le temps à l’avance. Ils pouvaient aussi explorer des régions au terrain noyé dans des brumes toxiques, entre autres.
Grâce à ses puissantes capacités antitoxiques, la Technique véritable des Eaux noires immunisait les disciples contre les poisons de faible niveau. Ils résistaient aussi très bien aux poisons de niveau intermédiaire. De nombreux étrangers, et même des groupes de chasse, engagèrent des disciples du Palais du Marais noir pour vérifier la respirabilité de l’air et repérer les sources d’eau ; les résultats furent excellents.
Grâce à la commission de dix pour cent qu’il prélevait sur les quêtes, le Système des Neuf Serpents du Palais du Marais noir reçut enfin, après plus d’un mois d’activité, ses premiers revenus provenant des quêtes accomplies par ses disciples.
Au cours de ce mois, Garen resta chaque jour au palais et ne sortit qu’occasionnellement pour guider ses trois disciples principaux. Les Chevaliers blancs qu’il avait sauvés s’adaptèrent peu à peu à la vie du palais intérieur, tandis que la pleurnicheuse, la petite princesse de la Tribu du Vent blanc, intégra elle aussi officiellement le Palais du Marais noir. Elle passa les examens et prit part aux camps d’entraînement pour prodiges. Son évaluation était bonne, mais il restait à prendre en compte sa détermination et d’autres facteurs.
La plupart des Chevaliers blancs réussirent également les examens d’admission aux groupes de disciples du palais. Comme ils étaient déjà des élites dotées d’un excellent talent, leur progression s’accéléra lorsqu’ils suivirent les camps d’entraînement du Palais du Marais noir et formèrent des équipes. Leur entraînement au combat, en particulier, dépassa bientôt celui de la plupart des disciples ordinaires.
Les jours passèrent, et les activités de tout le Palais du Marais noir commencèrent à s’organiser de mieux en mieux.
Au milieu de montagnes rouges qui se succédaient à perte de vue, une tour de pierre perçait les nuages. De son sommet jaillissaient des faisceaux d’une lumière blanche éclatante, qui s’élançaient à l’infini vers le ciel en émettant un doux bourdonnement.
Les faisceaux ressemblaient à des colonnes blanches qui transperçaient les couches de nuages et s’étiraient vers des contrées lointaines et inconnues.
Le ciel de l’après-midi était d’un rouge pâle. Des rayons dorés et écarlates s’attardaient à l’horizon, tandis qu’un vol d’oiseaux aux plumes blanches et au front charnu passait dans le ciel. Leurs cris perçants résonnaient au loin.
À l’entrée, au pied de la tour, on distinguait vaguement un flot continu de personnes qui entraient et sortaient. Toutes semblaient vêtues de longues robes noires et de tenues moulantes. La plupart portaient un voile noir sur le visage, qu’elles soient hommes ou femmes.
La tour se dressait au sommet d’une montagne en forme de disque. En dehors de l’édifice qui la couronnait, des maisons de tailles diverses étaient disséminées alentour. À la tombée du soir, des points de lumière rouge orangé s’allumaient à l’intérieur.
À perte de vue, les montagnes rouges étaient entourées de vastes plaines écarlates. À l’extrémité de ces plaines, près de l’horizon, de grandes vagues vert pâle se dessinaient déjà dans le lointain.
Ces vagues avançaient en silence. De loin, on aurait dit de véritables flots qui coulaient lentement, mais sûrement, en direction de la tour. En réalité, elles étaient constituées d’innombrables Chevaliers en armure verte.
Ces chevaliers étaient entièrement revêtus d’armures de lianes vertes et chevauchaient d’énormes escargots verts. Le cavalier était installé dans le creux entre la tête de l’escargot et sa coquille.
Ces escargots mesuraient plus de cinq mètres de haut. Ils avaient des visages terrifiants et un corps humanoïde doté de deux bras qui tenaient une gigantesque fourche d’acier. Ils rampaient sans bruit, le corps enveloppé de courants d’air vert pâle qui ressemblaient à un vent incessant.
Au milieu de la vague, d’innombrables Hommes-Escargots à la coquille rouge se tenaient également debout. Chacun mesurait plus de dix mètres et dominait la foule. Leur dos était couvert d’une petite coquille rouge, leurs corps étaient extrêmement musclés et leurs jambes, transformées, leur permettaient de marcher. Ils brandissaient d’immenses haches ensanglantées et, de temps à autre, leurs larges narines exhalaient des vapeurs de soufre enflammées. Leurs regards terrifiants balayaient les environs, comme s’ils cherchaient constamment querelle à leurs adversaires.
Les innombrables chevaliers escargots avançaient lentement et sans bruit vers la tour. Dans le ciel, des oiseaux de surveillance aux yeux injectés de sang volaient autour de l’édifice, mais ils ne virent pas l’armée en contrebas et continuèrent comme à l’accoutumée à tracer les limites des zones sûres.
À mesure que la vague s’approchait, une légère odeur de soufre se répandit dans l’air. Les habitants de la tour comprirent enfin que quelque chose n’allait pas.
À cet instant, la vague déchira son camouflage et se lança frénétiquement à l’assaut de la tour perchée sur la montagne.
Roaaar ! Les rugissements tonitruants des Hommes-Escargots résonnèrent à travers la plaine.
Les Chevaliers en armure verte poussèrent à leur tour de grands cris et chargèrent. Les cavaliers escargots verts bondirent dans les airs, puis fondirent en troupeaux sur la tour. De loin, ils ressemblaient à des météores verts en plein vol, formant de vastes nuées de pluie météoritique.
« Obscuro ! Obscuro ! Obscuro ! »
Des rugissements sourds et furieux s’élevèrent de la tour. De part et d’autre, de hautes montagnes rouges et d’immenses stalagmites formaient une forêt de pointes qui dissimulait les assassins, désormais en marche.
Au sommet d’un pic hérissé de stalagmites acérées, de nombreux géants de pierre de dix mètres de haut surgirent soudain. Ils sortirent de leur camouflage de roche et de terre, laissant de grandes empreintes en forme humaine à la surface du sommet.
Un grondement retentit au sommet des deux plus hauts pics. Quatre membres en jaillirent dans un bruit de déchirure, tandis que les montagnes, hautes de cent mètres, se transformaient rapidement en deux géants de pierre gigantesques.
Leurs corps étaient entièrement rouge sang. Ils se postèrent de part et d’autre de la tour et rugirent en silence en direction de l’armée de météores verts.
« Porte de l’Enfer ! Aujourd’hui, je vais te briser les membres ! Hahaha… » Un rire dément et tonitruant dégringola du ciel lointain. Chaque éclat ressemblait au grondement sourd d’un tonnerre sans fin.
« Sale toutou de Phiroth ! » À l’entrée de la tour, un groupe nombreux d’Utilisateurs de totem vêtus de noir s’envola derrière les géants de pierre et chargea l’armée de météores verts qui s’abattait sur eux. Une silhouette entièrement enveloppée de brume noire fut prise en embuscade par plus de dix individus en robe noire. Puis elle leva les mains et contempla les nuages rouges qui roulaient dans le ciel.
La silhouette enveloppée de brume noire leva une main ; des nappes de brume s’en échappèrent et formèrent devant elle un tourbillon d’un noir absolu.
Soudain, un cri retentit au cœur du tourbillon, semblable au barrissement d’un éléphant. Un Oiseau étrange noir d’encre s’envola aussitôt du vortex. D’un léger battement de ses deux paires d’ailes, il s’élança vers le ciel comme une fusée.
Rapidement, d’autres Oiseaux étranges jaillirent sans fin du tourbillon noir. Au bout de dix secondes, plus d’une centaine d’Oiseaux étranges noirs en étaient sortis.
« Les Oiseaux à quatre ailes renforcés du Ciel noir ? Je vais les affronter moi-même, aujourd’hui ! » Le vacarme tonitruant résonna dans le ciel.
La silhouette noyée dans la brume noire ricana, bondit vers le haut et se transforma en un nuage de brume noire qui s’envola vers le ciel.
Au sommet de la montagne, un bouclier rond et transparent s’était vaguement formé autour de la tour. Lorsque les météores verts s’écrasaient contre lui, ils faisaient naître des ondulations circulaires transparentes, puis glissaient vers le bas.
Au sol, d’innombrables Chevaliers en armure verte encerclaient les géants de pierre et les massacraient. Les Hommes-Escargots, furieux, chargèrent les gigantesques géants des montagnes, mais ceux-ci, hauts de cent mètres, n’avaient qu’à les piétiner pour en blesser grièvement ou en tuer un grand nombre. Des membres arrachés jaillissaient en tous sens, dans une étrange mixture évoquant du jus de tomate. Pourtant, chaque fois qu’un escargot furieux était écrasé, son corps explosait et creusait, à côté des deux géants des montagnes, un nouveau trou d’une dizaine de mètres de profondeur.
Les vagues vertes et les météores encerclèrent étroitement la tour pendant ce qui sembla une éternité.
Un fracas retentit dans le ciel. Des ondulations vertes se propagèrent en un éclair, dispersant tous les nuages rouges et les repoussant au loin, jusqu’à dévoiler le ciel rouge et dégagé.
Dans le ciel, une longue créature blanche semblable à un serpent se débattait et se tordait. Sur sa tête, une araignée monstrueuse, plus petite et verte, lui mordait furieusement le visage, tandis que d’innombrables couches de toile enlaçaient le long serpent blanc.
Les deux monstres mesuraient plus de cent mètres et étaient terrifiants à voir. Incapable de tenir plus longtemps, le long serpent blanc se débattit un instant, puis finit par tomber du ciel.
« Le Président me vengera ! »
Une voix aiguë et démente retentit depuis le corps du serpent.
« Trop faible ! Trop faible ! Ciel noir, c’est donc ça, ta Technique secrète colossale ? Je suis déçu ! » L’araignée relâcha le serpent blanc et se retourna avant de flotter dans le ciel. Dans son abdomen apparut un homme musclé aux cheveux verts. Son corps avait fusionné avec l’araignée, et ses organes vitaux étaient protégés par une armure d’os blanc. Ses yeux brûlaient d’un feu infernal vert, lui donnant une apparence particulièrement étrange.
Boum !
Le grand serpent blanc s’écrasa violemment sur la tour et la renversa.
Le faisceau blanc vacilla quelques instants, puis se brisa complètement et s’éteignit.
Empire de Kovitan, Protection ultime
Le ciel du soir avait pris une légère teinte bleu-noir. Des nuages blancs dérivaient lentement, tandis que les rayons dorés du soleil couchant baignaient les environs d’une chaleur agréable.
À l’arrière, du côté droit du palais, se trouvait une place carrée.
La place était bordée de bâtiments du palais brun-jaune. Au milieu, un bassin carré reflétait nettement les nuages qui passaient dans le ciel. Le reste du sol était couvert d’herbe vert clair, soigneusement taillée.
Entre le bassin et les bâtiments serpentait une allée jaune pâle. Des lampadaires noirs la longeaient et l’éclairaient d’une faible lueur jaune.
Quelques enfants couraient bruyamment autour du bassin, des épées en bois à la main. Ils jouaient à un jeu où de belles jeunes filles sauvaient des princes.
Le long de l’allée, des groupes de personnes se promenaient après le dîner. .
Garen était assis sur un banc près du bassin, les bras étendus sur le dossier. Il portait une tenue ajustée d’un noir absolu, qui mettait en valeur sa carrure athlétique.
Le bouton de sa chemise noire moulante était ouvert, dévoilant son torse pâle et musclé ainsi que le délicat collier de cristal rouge qu’il portait au cou.. Ses cheveux dorés, qui lui arrivaient aux épaules, avaient été coupés court. Ses yeux rouge sombre étaient mi-clos, et il semblait regarder paresseusement les enfants jouer tout en se reposant, somnolent.
« Tu as encore couru jusqu’ici », dit une voix masculine, claire et froide, derrière Garen.
Garen leva la tête et se retourna.
« Ivy ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »