Chapitre 48
« Quel tranchant dans sa main ! Mon corps a déjà atteint le deuxième niveau des Arts du Poing explosif. De la tête aux pieds, ma peau est plus rugueuse que celle d’un taureau et même une dague aurait du mal à la percer, mais un seul coup de tranchant de sa main a suffi à me laisser une marque rouge ! S’il frappait de nouveau au même endroit, il pourrait donc percer ma défense ! »
Garen fut stupéfait. L’attaque avait été trop rapide : il n’avait pas eu le temps de réagir. Il avait perdu la vue une seconde et, l’instant d’après, son bras gauche était touché.
Quand Garen regarda de nouveau le numéro 101, celui-ci avait déjà reculé de trois mètres et le fixait froidement.
« Encore un spécialiste de la vitesse ? » Le visage de Garen s’assombrit.
En réalité, le numéro 101 était le plus impressionné des deux. Incroyable : son tranchant de la main n’avait pas réussi à entailler la peau de son adversaire.
« Quel niveau de défense ! Quelle maîtrise de la Technique de durcissement du corps ! Je n’ai pas vu ça depuis des années ! Cet homme a un physique exceptionnel. Je dois viser ses points vitaux, sinon il ne sentira même pas une démangeaison, encore moins la douleur. »
« Il est forcément moins rapide que moi. Je peux tourner autour de lui et repérer son point faible ! »
Sa décision prise, le numéro 101 reprit sa posture d’attaque. Prenant appui sur un pied, il se propulsa vers Garen. Sa main droite, tendue comme un couteau, se transforma aussitôt en une ombre rouge et disparut sous ses yeux.
Frrt !
Le bras droit de Garen fut touché à son tour. Il tendit le bras pour saisir son adversaire, mais ne happa que du vide.
Une douleur le piqua aussitôt dans le dos. On l’avait profondément transpercé.
« Crève ! » hurla-t-il en bandant les bras ; ses muscles se gonflèrent.
« Forme du Balancement ! »
Ses deux bras, tels des trompes d’éléphant, balayèrent le côté droit avant de tourner dans un mouvement circulaire.
Fiiou !
Garen pivota sur place, mais ses deux bras ne touchèrent rien. Sous ses pieds, ses bottes tracèrent un cercle noir bien net.
L’air agité par le combat souffla dans toutes les directions, formant une brise légère.
Le numéro 101 recula de deux mètres supplémentaires. Après une brève pause, il se jeta de nouveau en avant. L’ombre rouge jaillit et transperça sans pitié le bas-ventre de Garen.
« Je finirai par trouver ton point faible ! »
Le tranchant de sa main remonta et déchira les vêtements de Garen.
,
Bam !
Une nouvelle fois, les bras de Garen ne saisirent que du vide. Sa vue se brouilla tandis que l’ombre rouge vacillait. Le tranchant de la main lui transperça de nouveau le bas-ventre, et une douleur sourde commença à l’envahir.
« Je suis blessé ! » Il imagina l’état de son bas-ventre. La plaie n’était pas profonde, mais sa peau était bel et bien déchirée.
« Je dois trouver un moyen de freiner sa vitesse ! Sinon, j’aurai beau être résistant, je ne pourrai pas gagner. »
Ses pensées furent brusquement interrompues. Une douleur le piqua dans le bas de l’avant-bras gauche. Il avait encore été touché.
« Putain ! » Garen commençait à perdre patience. « Si seulement j’avais assez travaillé la Forme du Tir pour pouvoir m’en servir à ma guise… Espèce d’ordure, crève ! »
Il lança un coup de poing furieux.
Crac !
Le numéro 101 esquiva. Le poing de Garen s’abattit sur une planche de bois.
Il traversa la porte en bois d’un magasin fermé, au bord de la route. Une poussière jaune s’éparpilla
partout.
Boum !
Un autre fracas retentit. Garen manqua encore sa cible et fracassa à la place un mur de pierre. Un trou gros comme un bol se creusa dans la paroi.
« C’est tout ce que tu sais faire, fuir comme un insecte ? Espèce de singe ! » cria Garen, furieux, en lançant un autre coup de poing au numéro 101. Celui-ci l’évita sans peine en baissant la tête.
Une douleur remonta le long de son poignet droit, et Garen entra dans une colère noire.
« Espèce de singe à la fourrure grise ! »
Boum !
Il rata son appui et frappa le béton ; un petit cratère se forma aussitôt. Il balança les deux bras et heurta le lampadaire derrière lequel se cachait le numéro 101. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelping.com.
Crac !
Après le coup porté par la Forme du Balancement, le lampadaire en béton, épais comme une cuisse, trembla. De fines fissures apparurent en son centre et se propagèrent. Des éclats de béton se détachèrent du poteau.
Tous les témoins restèrent muets. Plus de dix membres du Cercle d’Or tremblaient comme des cigales. À la vue de Garen, qui détruisait tout comme un ours, leurs jambes flageolaient.
Quelques-uns s’étaient déjà dissimulés dans des recoins, prêts à fuir.
Les deux jeunes qui étaient toujours encerclés observaient avec stupeur le combat entre Garen et le numéro 101.
« Cet homme est incroyablement fort… » marmonna Silvica. « Sa musculature le protège de façon terrifiante. Il n’a rien après avoir frappé un poteau en béton ! C’est effrayant ! »
Profitant de la stupeur générale, Eve s’était discrètement assise près du garçon.
« On dirait qu’il est l’adversaire du Cercle d’Or. Sa force et sa résistance sont beaucoup trop élevées. Il a probablement étudié une sorte de Technique de durcissement du corps ou un autre art martial. Dommage qu’il soit lent : il n’arrive pas à rattraper son adversaire. On ferait mieux de rester cachés un moment, puis de s’enfuir dès qu’on en aura l’occasion. »
Boum !
La porte métallique d’un autre magasin fut frappée et se bombait en une grosse bosse ronde.
Le numéro 101 recula à la vitesse de l’éclair et mit deux mètres entre eux. Son visage ruisselait de sueur, et du sang perlait au bout de son nez, éraflé par un éclat de ciment.
Sa poitrine se soulevait violemment et ses poumons cherchaient de l’air. La sueur lui coulait dans les yeux, mais il n’osait pas l’essuyer. Il fixait Garen avec terreur, redoutant que son adversaire ne trouve une ouverture.
« Un seul coup ! » Son cœur battait à tout rompre, réclamant du sang. « S’il me frappe une seule fois… »
« Je suis mort ! »
Le numéro 101 en arriva à cette conclusion.
« Qu’est-ce qu’il y a, singe à la fourrure grise ? »
Garen inspira profondément et s’avança, un sourire froid aux lèvres.
« Tu en as déjà fini ? Parce que moi, je n’ai pas encore épuisé toutes mes forces ! »
Il entrechoqua ses deux poings, qui produisirent un bruit semblable à celui de deux morceaux de bois. On aurait dit qu’ils n’étaient faits ni de chair ni d’os.
Bang !
Soudain, un coup de feu résonna dans le ciel nocturne.
Tout le monde se tut.
Le garçon et la fille se couvrirent la bouche en assistant à la scène.
Les membres du Cercle d’Or la contemplaient eux aussi, hébétés.
Le numéro 101 affichait une expression froide. Il relâcha lentement le pistolet d’argent qu’il tenait à la main. Une fumée blanche dansait encore autour du canon.
« Désolé, je ne suis pas qu’un simple expert en arts martiaux. »
Garen baissa la tête et contempla sa poitrine. Une balle noircie et bien visible était fichée dans le côté gauche, à l’endroit où se trouvait son cœur.
Clic !
Il porta la main à sa blessure et referma les doigts autour de la balle.
Une balle de bronze jaune tomba au sol dans un léger bruit.
Fss…
Tous retinrent leur souffle, l’un après l’autre, sidérés.
« Il… Il a arrêté une balle ! » Silvica le regardait, les yeux et la bouche grands ouverts. « J’ai rêvé ?! »
« Non… Non… » Eve était tout aussi bouleversée et ne savait pas comment réagir. « J’ai entendu dire que les experts en arts martiaux ayant atteint le sommet de leur art ne craignaient pas les armes à feu. Mais… »
« Tu veux dire qu’il a atteint le sommet des arts martiaux ?! »
« Non, ce n’est pas ça. Sa Technique de durcissement du corps est d’une puissance terrifiante ! » Eve déglutit. Sa voix tremblait tant elle était stupéfaite.
« Espèce de… salaud ! » Le corps entier du numéro 101 tremblait. Son visage se déforma et il recula en titubant.
Bang, bang, bang, bang !
Puis on n’entendit plus que les clics d’un pistolet vide. Il n’avait plus de balles.
Le numéro 101 avait le visage blême. Il continuait de presser frénétiquement la détente.
Garen baissa les yeux vers les cinq trous dans sa poitrine. Il contracta ses muscles, et les quatre autres balles furent expulsées avant de tomber au sol.
« C’est fini. »
Il s’avança d’un pas décidé. Dans un grondement sourd, il se projeta en avant et abattit son poing sur le numéro 101, qui continuait à presser la détente.
Bam !
La tête du numéro 101 éclata comme une pastèque. Sa cervelle jaillit derrière lui en éventail, formant une silhouette parfaite.
Distrait une seconde, le numéro 101 n’avait pas pu se servir de sa vitesse. De plus, le combat l’avait déjà épuisé : il n’avait plus assez d’explosivité et fut abattu d’un seul coup de poing.
« Il… il a explosé ! »
Un membre du Cercle d’Or tremblait de tout son corps. Il fit un pas en arrière.
« Ah !!! » s’écrièrent tous les autres.
Les membres du Cercle d’Or se dispersèrent et s’enfuirent.
La fille et le garçon avaient suivi chaque instant du combat. La scène sanglante qui s’offrait à eux les avait bouleversés.
« Ne regardez pas. »
Une grande main leur couvrit doucement les yeux.
Garen retira son poing et contempla calmement le numéro 101, étendu au sol.
« J’ai encore tué quelqu’un. »
Ce n’était pas la première fois qu’il tuait quelqu’un.
Après son premier meurtre accidentel, il avait eu l’impression que sa vision de la vie devenait de plus en plus trouble.
« Chaque fois que je vois autour de moi des gens au cou si fragile et aux autres parties du corps si vulnérables, je me rends compte qu’un instant d’inattention suffirait : je pourrais les serrer doucement, et une vie s’éteindrait. Les humains vivent si paisiblement dans des enveloppes si fragiles. Comme les fourmis, ils sont faibles, mais ils se répartissent tout de même les tâches. »
Il sentait que quelque chose d’étrange se passait en lui.
« Jeune homme, ce n’était pas du véritable art martial ! »
Une voix grave retentit sur le côté.
Garen tourna la tête et vit une paire d’yeux noirs et limpides.
« Tes techniques de poing ont sombré dans la voie démoniaque. »
C’était un jeune homme à l’air en pleine santé, aux cheveux blonds. Ses mèches courtes ressemblaient à des flammes dorées qui dansaient dans le vent nocturne.
Vêtu entièrement de blanc, le jeune homme couvrait de ses deux mains les yeux des enfants et fixait Garen avec calme et intensité.
« La voie démoniaque ? » Garen se figea.
Il regarda le cadavre décapité du numéro 101.
« Quelqu’un m’a déjà dit que mes arts martiaux s’étaient écartés de la voie juste. Mais qu’est-ce que la voie juste ? Qu’est-ce que la voie démoniaque ? Qui décide de la frontière entre les deux ? »
« Rechercher la puissance sans scrupules, voilà ce qui caractérise la voie démoniaque. » Le blond fit pivoter les enfants et se releva. « Les arts martiaux sont des techniques meurtrières terrifiantes, créées pour permettre aux humains de lutter contre des créatures plus fortes qu’eux ! »
« Ils n’étaient pas faits pour être utilisés entre individus d’une même espèce ! Ni pour blesser et tuer ses semblables ! »
« Je me défendais, » répondit doucement Garen en reprenant son calme.
« Mais tu n’avais pas besoin de le tuer ! Tu aurais pu te contenter de le blesser pour le maîtriser ! » s’écria soudain Eve en se retournant.
« Eve ! Ne le provoque pas ! » Silvica lui saisit le bras, tremblant de peur.
« L’art martial que tu as utilisé a été créé dans le seul but de tuer. Qui est ton maître ? » demanda le blond.
Garen ne répondit pas. Il les fixa tous les trois, puis s’engagea dans la ruelle par laquelle il était arrivé et disparut dans l’obscurité.
Le blond observa les alentours. Son regard s’immobilisa soudain lorsqu’il aperçut le lampadaire en béton, presque brisé en deux.
« Cet art du poing… la Porte du Béhémoth ! »
Une image lui revint à l’esprit. Il se rappela soudain la silhouette de cette femme aussi perfide qu’effrayante, qu’il avait rencontrée quelques années plus tôt. Un tigre blanc tatoué sur son dos nu semblait rugir. Le tatouage était si réaliste que le félin paraissait prêt à lui bondir au visage.
« À l’avenir, ne provoquez pas cet homme ! » Le jeune homme revint à lui et le souffla aux deux enfants.