Chapitre 47
La puissance féroce souleva une bourrasque. Avant même que le bras de Garen ne l’atteigne, la pression du coup avait déjà chassé l’air des poumons de No.101.
Le bras droit de Garen sembla s’allonger de quelques centimètres en gonflant. Comme une massue, il s’abattit sur son adversaire.
Fssht !
Sa griffe frôla le visage de No.101.
No.101 ricana. D’un simple pas de côté, il évita facilement l’attaque.
« Une attaque aussi lente ? Tu te moques de moi, gamin ?
Garen ramena son bras, qui reprit sa forme initiale. Il resta immobile et fixa calmement un point derrière No.101.
Au bord du talus, l’homme qui tenait une petite lame s’affala au sol. Du sang frais lui coulait lentement du front, et un pendentif en forme de livre tomba sur ses vêtements.
« Espèce de salaud… ! » Le visage de No.101 s’assombrit lorsqu’il détourna le regard. « Je suppose que je n’ai pas le choix : cette fois, je vais devoir enfreindre les règles…
Il arracha brusquement son imperméable et le jeta, dévoilant un gilet noir ainsi que les muscles bien dessinés de son torse.
Une main dressée à la verticale devant lui, l’autre paume tournée vers l’extérieur, il courba le dos. Sa posture de combat était pour le moins étrange.
« Tiens ? Tu pratiques aussi les arts martiaux ? » s’étonna Garen en regardant son adversaire prendre position. Il remarqua que la peau de la main droite dressée à la verticale avait une couleur anormale : elle était d’un rouge cuivré très pâle.
Bang ! Bang !
Tout à coup, deux coups de feu retentirent dans la rue voisine. Dans cette rue nocturne et silencieuse, ils déchirèrent les oreilles.
En les entendant, No.101 jeta un coup d’œil sur sa droite. Son expression changea aussitôt et il relâcha rapidement sa posture de combat.
« Il se passe quelque chose ! Tout le monde, repliez-vous !
Les autres hommes imposants qui encerclaient Garen s’alarmèrent eux aussi. Un à un, ils rangèrent leurs couteaux et leurs autres armes, puis se précipitèrent vers la rue voisine. Ils disparurent rapidement dans les petites ruelles.
No.101 lança un dernier regard glacial à Garen.
« Je reviendrai m’occuper de toi.
Sur la pointe des pieds, il ramassa son imperméable et fila dans la ruelle comme une chauve-souris grise sans ombre.
Garen regarda le groupe s’éloigner en fronçant les sourcils, puis relâcha ses muscles.
« Dommage que je sois trop lent. Cette fois, j’aurais pu en retenir un.
Il remonta son col et se hâta vers le bord du talus.
Clac.
Il saisit Grace par la main droite, la souleva doucement et la posa délicatement au sol.
« Ça va ?
« Oui, ça va. Heureusement que tu les as fait fuir, sinon on aurait eu de gros ennuis. » Grace était encore sous le choc. Elle jeta un regard au membre mort du Cercle d’Or, étendu au sol.
« Je n’arrive pas à croire que le Cercle d’Or ait voulu s’en prendre à moi ! Je fais partie de la direction de ma société ! Maître Garen, veuillez m’excuser un instant. Je dois retourner au siège pour signaler cet incident ! » Le visage de Grace se durcit.
« La Société Manuyllton n’est peut-être pas aussi puissante que le Cercle d’Or, mais nous ne nous laissons pas faire !
« D’accord, vas-y. » Garen hocha la tête. « Je vais voir ce qui se passe. Quelque chose les a attirés tout à l’heure. Fais attention à toi. Tu ferais mieux de trouver des gens pour te protéger. Qu’est-il arrivé à ton arme ?
Grace rougit. « Je n’ai pas eu le temps de la sortir : on m’a attaquée et saisie par-derrière…
« Fais attention, je vais voir ce qui se passe. » Garen ne put s’empêcher de rire un peu. « Où est passée l’assurance que tu avais quand on s’est rencontrés ? » Comme si elle était une enfant, il lui caressa les cheveux et lui pinça les joues. Puis il ramassa le pendentif et se dirigea vers la ruelle sombre. Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
Même sans transformation, Garen mesurait déjà plus d’un mètre soixante-dix ; sa taille naturelle le rendait un peu plus grand que Grace. Il la traitait tout naturellement ainsi, et tous deux avaient complètement oublié leur véritable âge.
Grace resta immobile, les lèvres pincées, tandis que ses joues rougissaient davantage.
« Je t’ai dit de ne pas me traiter comme une enfant ! » Elle se précipita dans sa voiture, sortit son arme de son sac à main, mit le moteur en marche et prit la direction de la société.
Garen s’engagea dans la ruelle en longeant le trottoir. Très vite, il entendit des coups de poing s’abattre, entrecoupés de gémissements et de plaintes.
« Attrapez-le ! Ne le laissez pas filer !
« Carlo a perdu connaissance ! Bon sang, il frappe fort, ce type !
« Faites attention à l’écart ! Ne lui laissez aucune ouverture !
Un groupe d’hommes s’interpellait ; ils semblaient s’en prendre à quelqu’un.
Garen se tint dans l’ombre, à l’entrée de la ruelle, et regarda à l’intérieur.
Sur la chaussée boueuse, un groupe d’hommes de l’organisation du Cercle d’Or encerclait deux adolescents maigres. No.101 se tenait à l’extérieur du cercle et observait le combat d’un air glacial, tout en restant à l’affût du moindre bruit autour de lui.
Trois ou quatre hommes adultes gisaient au sol ; ils semblaient tous avoir perdu connaissance après avoir reçu des coups à la tête.
Garen eut le souffle coupé en évaluant la gravité des blessures de ces hommes.
« Ils ont été frappés aussi fort que lorsque j’ai tué quelqu’un pour la première fois ! Est-ce que tous ces blessés sont l’œuvre de ces deux gamins ?
Il reporta son regard sur les deux adolescents.
L’un était un garçon, l’autre une fille. Le garçon était beau, et la fille avait l’air innocente. Ils avaient à peine quinze ou seize ans, comme Garen. Pourtant, à leur expression, il était évident qu’ils n’en étaient pas à leur première situation dangereuse.
Tous deux portaient des tenues de sport blanches. Dos à dos, ils se tenaient en garde, dans une posture de boxe impeccable.
« Mon père va bientôt venir me sauver ! » ricana le garçon entre ses dents. « Il ne vous laissera pas vous en tirer comme ça !
« Ne parle pas autant ! Garde tes forces ! » murmura la fille. Une arme noire était glissée à sa taille.
No.101 ricana et s’avança rapidement.
« Je vais m’occuper du reste. Assurez-vous qu’il ne s’échappe pas. Ce gamin est le fils d’Aigle Blanc. On a enfin réussi à le capturer après tous ces efforts ; ne gâchons pas tout.
Il entra dans le cercle et s’immobilisa. Une main se dressa à la verticale tandis que l’autre paume était tournée vers l’extérieur. Puis il se courba, reprenant exactement la posture de tout à l’heure.
Garen remarqua vaguement que la main droite de No.101 était encore plus rouge qu’avant. On aurait dit que le sang y stagnait et que ses veines allaient éclater d’un instant à l’autre.
« Gamin, je n’arrive pas à croire que tu oses m’affronter. Tu cherches la mort ! Si une partie de ton corps finit paralysée, ne viens pas te plaindre.
« Assez parlé ! Attaque !
Le jeune garçon se tenait droit et coupa la parole à son adversaire.
Il n’avait pas fini de parler qu’un sifflement retentit.
Une ombre rouge fendit l’air devant sa poitrine et ouvrit silencieusement son uniforme blanc. Une entaille rouge lui barra la peau hâlée, et le sang se mit à jaillir.
Une fois l’ombre rouge passée, elle revint en arrière : c’était la main-lame de No.101.
Le visage du garçon blêmit. Lorsque l’ombre rouge avait surgi, il avait inspiré pour contracter sa poitrine. S’il avait réagi ne serait-ce qu’un peu plus lentement, la lame lui aurait ouvert le ventre. Mais il avait aspiré trop d’air, trop vite, et respirait difficilement. Ses poumons lui faisaient l’effet de se déchirer.
« Silvica ! Ça va ? » s’écria la fille, affolée. « Fais attention ! Il pratique le Poing de la Main Rouge !
« Ça va. J’ai esquivé ! » Le garçon, Silvica, toussa plusieurs fois sans quitter No.101 des yeux.
« J’ai assez perdu de temps comme ça. » No.101 reprit sa posture. « Ce que je viens de faire n’était qu’un avertissement. Maintenant, je vais te paralyser le bras droit ! » Ses pupilles noires se glacèrent peu à peu, et une lueur meurtrière traversa son regard.
Fssht ! Fssht ! Fssht !
Après trois sifflements étouffés, Silvica tituba en arrière et esquiva rapidement deux coups de sa main-lame. Le troisième le frappa au bras droit, et le sang rouge teinta rapidement son vêtement de sport blanc.
« Belle esquive. Recommençons ! » No.101 commençait à s’énerver. « Crève !
Sa main droite trembla violemment et, telle un couteau de boucher, s’abattit sur les membres du garçon. En moins de deux secondes, il frappa quatre fois.
Chaque coup était plus rapide que le précédent ; on ne voyait plus que des ombres rouges.
Les deux adolescents reculèrent encore.
Fssht !
Le coup atteignit un réverbère de pierre. Dans un fracas, son socle de béton vola en éclats.
Une nouvelle série de sifflements retentit. La jambe droite du garçon ne fut pas assez rapide pour esquiver et fut entaillée. Il trébucha et ne parvint plus à se tenir droit.
« Silvica ! » cria la fille, inquiète.
Garen se tenait dans l’ombre. Il comptait intervenir, mais finit par ramener la jambe qu’il avait avancée.
« Aigle Blanc ? C’est celui qui est avec Dale Quicksilver ?
« Si c’est bien lui, ça va poser problème. Je ne peux pas les laisser voir mon vrai visage.
Il observa les alentours et inspira profondément.
Bang !
Un autre coup de poing s’abattit sur le mur à droite de la ruelle. Un creux gros comme une bassine apparut aussitôt, et d’énormes morceaux de ciment furent projetés au loin.
Garen ramassa un morceau de ciment et le broya dans sa main jusqu’à le réduire en poussière. Il s’en barbouilla le visage. Aussitôt, son visage couvert de poussière devint méconnaissable.
« Qui va là ? » Les hommes avaient entendu du bruit dans la ruelle et lancèrent un appel.
Garen s’avança lentement dans la ruelle et observa l’évolution de la situation.
Pendant le bref instant où Garen n’avait pas regardé, le bras gauche du garçon avait été touché. Il ne tenait plus debout que sur sa seule jambe indemne. La jeune fille était encerclée par un autre groupe d’hommes, et la situation tournait mal.
No.101 se tenait dos à lui.
En entendant le bruit, No.101 tourna la tête et jeta un coup d’œil à Garen.
« C’est toi. Tu veux t’en mêler, toi aussi ? » Sans attendre la réponse de Garen, il éclata de rire. « Puisque nous sommes tous réunis aujourd’hui, autant nous occuper de vous tous en même temps.
Bang !
La jeune fille, sur le côté, reçut un coup de pied au ventre. Elle recula en titubant de quelques pas, puis fut aussitôt frappée dans le dos. Elle s’écroula lourdement au sol. Le visage livide, elle peinait à respirer. L’arme glissée dans son pantalon s’était également délogée sous le choc.
« Eve ! » hurla Silvica en posant un genou à terre.
No.101 se retourna et marcha vers Garen, ignorant complètement le garçon, désormais affaibli et sans défense.
« Tu avais une occasion en or de t’enfuir, et tu ne l’as pas saisie. Je devrais te traiter d’idiot ou d’imbécile ? Je ne comprends pas pourquoi notre chef te croit si précieux. » Il désigna le garçon et la fille, toujours roués de coups. « Tu vois ? Voilà ce qui arrive quand on s’oppose au Cercle d’Or. Même s’ils sont le fils et la fille d’Aigle Blanc et de Dale Quicksilver, ils doivent se laisser torturer docilement par nous.
Garen détendit les épaules. Un craquement sonore retentit dans son corps.
« Tu racontes beaucoup trop de conneries. Bats-toi, c’est tout. Pour ce qui s’est passé tout à l’heure, je vais t’offrir une mort relativement confortable.
« C’est exactement ce que je voulais dire. » Avant même que No.101 ait fini de parler, il fonça sur Garen à une vitesse incroyable. Juste avant de l’atteindre, il pivota sur le pied et partit sur la gauche pour lancer un coup remontant.
Fssht !
Garen sentit une pointe de douleur au bras gauche et entendit ses vêtements se déchirer. Incrédule, il regarda sa blessure. Une marque rouge barrait sa peau.