Chapitre 445
Dans le ciel, au-dessus du Royaume de Kovistan
Un voile de lumière argenté, en forme de demi-sphère, se répandit rapidement alentour.
Semblable à une cloche de verre hémisphérique, il ne cessait de s’étendre, gagnant vite du terrain dans toutes les directions.
Les personnes et les objets recouverts par le voile de lumière ne changèrent pas le moins du monde.
Quelques personnes levèrent les yeux vers le ciel et le contemplèrent, hébétées, tandis que le voile de lumière s’éloignait à perte de vue avant de disparaître à l’horizon.
Dans les buissons, quelques rhinocéros noirs cuirassés de pierre tournèrent la tête vers l’endroit où le voile de lumière s’était éloigné.
Mouuuh…
Les rhinocéros poussèrent de profonds mugissements.
Un groupe de grands oiseaux blancs qui volaient rapidement dans le ciel fut pris de court par le voile de lumière, qui les effleura en un instant, et se dispersa.
Au loin, le voile de lumière franchit une montagne, traversa des plaines, sauta par-dessus des vallées et gravit des collines.
Un voile de lumière ovale semblait s’être abattu sur tout ce qui entourait le Royaume de Kovistan. Il recouvrait entièrement une vaste zone, ainsi que le royaume tout entier.
Le voile était d’un blanc argenté, légèrement translucide. Tout en haut, la silhouette indistincte d’un homme apparaissait, les bras grands ouverts.
L’homme semblait enlacer quelque chose. Son regard bienveillant s’abaissait, empreint d’une nostalgie infinie. Sa partie inférieure se confondait directement avec le voile de lumière ; son corps entier brillait d’un faible éclat argenté et paraissait vaguement translucide. On aurait dit une statue de lumière d’une taille inconcevable.
Innombrables, les hommes et les animaux levèrent la tête pour tenter de distinguer le visage de l’homme, mais rien n’y fit : ils ne parvenaient pas à le voir clairement.
Le voile de lumière persista quelques minutes, puis finit par disparaître entièrement, en même temps que la silhouette de l’homme.
À cet instant, une mer noire de monstres, sans fin, déferla entre ciel et terre, tous se ruant vers le royaume.
Les innombrables monstres se rassemblèrent tels une marée noire, fonçant furieusement vers le royaume.
Roaaar !!!
Au milieu de cette mer de monstres, une créature noire semblable à un centaure, haute de plusieurs dizaines de mètres, rejeta la tête en arrière et hurla vers le ciel.
De chaque côté de ses oreilles se dressaient des cornes de bouc noires et recourbées. Le pelage dru et régulier de son dos brûlait de flammes cramoisies, comme si elles ne devaient jamais s’éteindre. Elles dansaient sans cesse, semant des étincelles rouges.
Tous les monstres qui se trouvaient près de ce centaure à cornes de bouc se déplaçaient plus vite que les autres, leurs corps étant considérablement plus légers.
Il y avait plusieurs centaines de ces centaures à cornes de bouc au milieu de la horde, et d’autres ne cessaient d’apparaître derrière eux.
Dans le ciel, une immense statue d’ange en pierre grise tenait une gigantesque épée dans sa main droite et volait en direction du royaume. Derrière elle suivaient de grandes hordes de petits monstres rouges. Des groupes de Lézards unicorne rouges poussaient des cris perçants en tournoyant autour de l’ange, mêlés à quelques énormes chauves-souris entièrement blanches.
Il y avait aussi des monstres flottants semblables à des globes oculaires. De temps à autre, ils tiraient des rayons de lumière noire. Ceux-ci éclataient en frappant le sol, se fragmentant en d’innombrables points noirs qui s’accrochaient aux monstres dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Leurs corps se mettaient alors à gonfler comme s’ils se remplissaient d’air, devenant de plus en plus puissants.
Boum !!
Le premier énorme monstre-loup noir posa la patte sur le sol recouvert par le voile de lumière.
Instantanément, il hurla de douleur. Tout son corps se mit à brûler à toute vitesse, en commençant par les pattes, tandis que des flammes blanches l’engloutissaient de bas en haut. En un clin d’œil, il fut entièrement en feu.
Le gigantesque loup bondit à plusieurs mètres de là et, dans un souffle, se changea en cendres noires avant de disparaître complètement.
Dans la foulée, d’innombrables monstres se précipitèrent dans la zone couverte par le voile de lumière.
En un instant, le sol s’embrasa d’innombrables torches de feu blanc.
Boum, boum !
L’énorme centaure à cornes de bouc repoussa les monstres qui l’entouraient et s’élança droit dans la zone couverte par le voile de lumière.
Roaaar !!!
Son corps entier s’embrasa aussitôt d’une flamme d’un blanc laiteux intense. Les bras écartés, il se mit à hurler furieusement ; les flammes écarlates de son dos s’étendirent rapidement vers le bas, comme pour arrêter le feu blanc.
Mais, chose étrange, les flammes rouges furent absorbées par le feu blanc, qui gagna en intensité.
Le centaure à cornes de bouc dépassait les vingt mètres de haut, mais il ne tint que quelques secondes avant d’être réduit en cendres noires, que le vent dispersa.
La mer infinie de monstres continua de se ruer dans cette zone embrasée de blanc, où ils se changeaient en d’innombrables flammes noires.
Étrangement, plus les monstres s’y engouffraient, plus le feu blanc brûlait vite et les détruisait.
A-ouuu !!!
L’énorme loup avait le torse d’un loup et le bas du corps d’un gigantesque python. Des flammes pâles brûlaient autour de lui sans parvenir à enflammer quoi que ce soit alentour, comme s’il ne s’agissait que d’une illusion.
Cette immense silhouette, haute de plus de trente mètres, se dressait comme un corail à l’extérieur de la zone couverte par le voile de lumière.
« Terre purifiée… » Le loup blanc parla d’une voix grave. C’était de l’endérien ! « Dire qu’après toutes ces années, je peux encore voir la Roue de la Purification de Kovistan, Caeserton. »
« Elle ne peut tenir que trente ans. Après cela, nous pourrons continuer à régner sur cette terre. » L’autre statue d’ange en pierre, la plus grande, atterrit lentement près de l’énorme loup et écrasa aussitôt de grandes masses de petits monstres et de Bébés morts. Elle aussi parlait, pour une raison ou une autre, en endérien.
« Ou peut-être n’aurons-nous pas à attendre trente ans… » Le loup se lécha les babines. « Une fois que le Président (1) se réveillera, nous n’aurons plus besoin de nous donner tout ce mal. »
« On dirait que tu te débrouilles plutôt bien avec ce clone, non ? » La gigantesque statue d’ange en pierre jeta au loup un regard surpris.
Cette statue, la plus grande, dépassait les soixante mètres de haut, soit deux fois la taille du loup. Pourtant, tous deux semblaient de rang égal, sans que leur différence de taille ne crée la moindre hiérarchie. »
« Même si je n’ai pas ta force brute, l’important, c’est que je dépense bien moins. Et je le maîtrise parfaitement, répondit le loup. Maintenant que la Roue de la Purification a enfin fait son apparition, continuons-nous l’attaque ? »
« Inutile. Même si notre plan n’a réussi qu’à moitié, le changement de situation suffit déjà. Ce qui compte, c’est Daniela. Mon vrai corps et mes deux autres clones sont là-bas, mais je ne suis pas assez puissant ; ici, ce sera beaucoup plus facile. »
« Dans ce cas, je vais retrouver mon autre clone. Je ne peux pas me permettre de perdre les Perles de distorsion. » Le loup recula lentement, puis fit demi-tour et repartit dans la direction d’où il était venu.
« Il y a quinze chefs de nid, et trois d’entre eux sont des nids de Forme quatre, héhé… Si ce plan réussit complètement, tout Kovistan sera incapable de résister. Quel dommage… »
La statue d’ange fixa le royaume au loin. Après être restée là un instant, elle déploya à son tour ses ailes et s’envola dans la direction d’où elle était venue. Au milieu de la foule des monstres qui avançaient par myriades, sa silhouette ne se distinguait pas du tout et disparut rapidement dans la mer de monstres.
À l’extérieur de la zone enveloppée par la lumière autour du royaume, dans une petite vallée isolée
Beckstone ouvrit lentement les yeux. Il était étendu dans la boue, le visage couvert de poussière noire.
« Ugh… »
Il se redressa. Son corps entier était couvert de boue noire et humide, et sa longue robe, complètement souillée, avait pris une teinte gris-noir.
Son oncle barbu gisait non loin de lui, et la princesse Tina, la onzième, était étendue à ses côtés. Tous deux reposaient sur un objet blanc ressemblant à un champignon circulaire, qui les avait parfaitement protégés.
Hum, hum…
Beckstone baissa la tête et toussa plusieurs fois, puis cracha une grosse gorgée de boue nauséabonde. Il leva sa manche pour s’essuyer le visage, mais ne fit que le salir davantage.
Il leva les yeux vers ce qui se trouvait au-dessus d’eux et vit qu’un trou de plusieurs mètres de large avait percé la canopée jusque-là dense. Les rayons du soleil filtraient par l’ouverture. Le Roi Corbeau noir avait disparu ; il avait probablement réussi à les semer après une lutte et s’était enfui de son côté.
Tous trois étaient déjà gravement blessés. Leurs Lumières totémiques avaient été transpercées et leurs Totems centraux étaient inutilisables. En cas d’urgence, il ne leur restait que les Lumières totémiques de leurs totems de soutien. Avant de fuir, ils avaient été frappés par le jet de gaz toxique du Dragon à neuf têtes. Beckstone se sentait encore complètement faible, et sa Tactique de solidification, la Lumière spirituelle purificatrice, avait été entièrement neutralisée. Il sentait distinctement le poison tournoyer dans sa poitrine, tel un serpent froid.
Beckstone porta la main à sa sacoche de ceinture, dans l’intention de sortir sa montre à gousset pour vérifier l’heure, mais ne trouva rien. Sa sacoche avait disparu depuis longtemps, dans leur fuite. Qui savait où elle était tombée ?
À vrai dire, maintenant qu’il y réfléchissait, il n’avait pas beaucoup de souvenirs de la haine ou de la stupeur que lui avait inspirées le Dragon à neuf têtes, Garen. Ces derniers temps, après avoir appris quantité de choses sur Garen auprès de M. Emin, il avait mieux compris cet homme qui avait autrefois été Acacia Trejons.
Après cette fuite, il avait également eu l’impression que Garen n’était pas vraiment pressé de les tuer. On aurait dit qu’il tuait le temps, ou qu’il s’amusait avec des jouets. Il ne voulait pas vraiment les tuer, tous les trois.
Il ignorait pourquoi, mais, à la lumière de cet incident et du précédent, Beckstone sentait peu à peu sa haine envers Garen s’effacer.
Depuis, il n’avait pas seulement eu affaire au Dragon à neuf têtes : il avait vécu bien d’autres expériences dans des situations diverses, qui avaient complètement dissipé son arrogance d’antan. Il avait aussi compris que, dans ce monde, le talent ne suffisait pas pour atteindre les sommets. Il permettait seulement de partir avec un léger avantage sur les autres. Parmi les facteurs qui déterminaient vraiment jusqu’où l’on pouvait aller, il y avait, d’une part, le temps nécessaire pour accumuler de l’expérience et, d’autre part, la persévérance.
Il examina son état pitoyable.
« Quelle misère… » Beckstone eut un sourire amer. Il retira son manteau souillé et le jeta à terre, mais ses vêtements du dessous étaient eux aussi presque entièrement trempés de boue. Non seulement ils étaient devenus gris-noir, mais ils dégageaient une odeur infecte. Des insectes inconnus rampaient partout dessus.
Après une hésitation, Beckstone leva la main gauche et fit tourner l’anneau de métal noir à son auriculaire.
Son doigt ne réagit pas.
Beckstone cligna des yeux et fit plutôt tourner l’anneau noir à son annulaire.
Il attendit un instant, mais rien ne se produisit.
Beckstone se figea, le regard posé sur l’anneau de bois jaune qu’il portait au majeur. Ses deux anneaux de communication ne parvenaient à joindre personne. Il ne lui restait plus que celui qu’il ne voulait absolument pas utiliser.
La personne qui lui avait donné cet anneau avait des liens si étroits avec la Société Terraflor, mais était pourtant un Utilisateur de totem lié à la Société Obscuro. Les personnes que ces trois anneaux permettaient de contacter étaient chacune spécialisées dans un type de service.
En échange d’un prix, il pouvait obtenir des services temporaires de recrutement, de soins ou de protection.
C’était comme le sceau d’un combattant d’élite : en général, un anneau équivalait à une seule commission.
Et maintenant, sur les trois anneaux qu’il avait préparés pour cette fois, deux ne lui servaient à rien. Il ne lui restait que le dernier, le plus dangereux.
Note du traducteur :
社长, littéralement « président d’une société »