Chapitre 441
Garen se rendit à l’Académie de la Forêt du Phénix blanc, mais n’y trouva pas ses cousines. Il comprit alors que la situation avait empiré. Elles avaient probablement suivi un groupe en fuite et comptaient quitter le Royaume.
Il avait toujours essayé de ne pas intervenir dans la vie de ses cousines, espérant qu’elles pourraient vivre en paix. Il faisait de son mieux pour rester hors de leur champ de vision et empêchait les autres de découvrir ses liens avec elles. Après tout, sa réputation de scélérat en tant que Maître du Palais du Feu noir était devenue incontrôlable ; mieux valait ne pas être associé à lui.
Il ne pouvait certes pas tromper les factions les plus importantes, mais c’était toujours préférable à étaler leur relation au grand jour.
Mais il n’aurait jamais cru que les choses tourneraient ainsi. Ses cousines s’étaient méprises sur sa puissance et n’avaient pas écouté ses conseils : il leur avait dit de rejoindre l’Académie de la Forêt du Phénix blanc, qui ne payait pas de mine, mais possédait en réalité de solides appuis. Au lieu de cela, Sylvia les avait convaincues de partir avec ses lointains parents.
Quand Garen s’en rendit compte, il se précipita aussitôt vers le point d’évacuation, le grand lac derrière le Service secret, et barra directement l’unique entrée. Quiconque voulait passer devait d’abord se soumettre à son inspection.
Après avoir arrêté plusieurs groupes, il parvint enfin à retrouver ses cousines. Après quelques conseils, Hathaway finit par quitter le groupe avec Dani.
Garen tua sans façon plusieurs membres du groupe, qui s’en allèrent donc sans faire d’histoires.
Portant la petite Dani dans ses bras, Garen se rendit directement à l’hôpital royal du Royaume. La plupart des médecins avaient choisi de partir avec les nobles ; seuls quelques praticiens âgés étaient restés. Apparemment, en vieillissant, on finissait par prendre certaines choses avec plus de recul.
Dans une chambre d’hôpital d’une blancheur immaculée,
un vieux médecin vêtu de blanc retira le thermomètre de la bouche de la petite Dani, puis lui souleva les paupières et examina sa bouche. À côté de lui, Hathaway attendait avec anxiété et lui demanda quelques précisions.
« Elle a probablement subi un choc ; son cœur n’a pas supporté une telle frayeur. Une nuit de repos et elle ira mieux », conclut enfin le vieux médecin.
« Merci, docteur Hurley », le remercia précipitamment Hathaway.
Garen le remercia à son tour.
Hurley hocha calmement la tête.
« J’ai encore d’autres patients à voir. Je vais vous laisser. »
« Puis-je vous demander s’il y a beaucoup de patients dans le Royaume ? » demanda soudain Garen.
Hurley jeta un coup d’œil à Garen. Il connaissait ce Maître du Palais du Feu noir, et pas seulement de réputation : il le connaissait même très bien. L’hôpital royal devait en effet s’occuper d’un trop grand nombre de personnes que Garen avait exécutées ou punies.
Bien que cet homme fût puissant à la cour, Hurley ne l’aimait pas.
« Pourquoi devrais-je vous répondre ? » rétorqua-t-il sèchement.
Garen resta un instant interdit. Vu la hâte avec laquelle le vieil homme était accouru, il avait cru que sa réputation avait effrayé le médecin, mais ce vieux débris avait la tête dure.
Un jeune noble aux cheveux verts, à côté d’eux, entra aussitôt dans une colère noire.
« Espèce de salaud ! Comment osez-vous parler ainsi au Maître du Palais ?! »
Clang !
L’homme dégaina son épée et s’apprêtait à attaquer.
Garen leva la main pour l’arrêter. Il examina attentivement le vieil entêté devant lui.
« Intéressant. C’est rare de rencontrer quelqu’un qui connaît mon identité et n’a toujours pas peur de moi. »
« Je vais bientôt mourir, de toute façon. Pourquoi aurais-je peur de vous ? » répliqua sèchement le vieil homme. « Il y a déjà bien assez de morts dans le Royaume ; un de plus ou de moins ne changera rien. »
Il jeta un coup d’œil à Hathaway.
« Bon, puisque sa blessure n’est pas grave, je vais vous laisser. J’ai encore beaucoup de patients à m’occuper là-bas. »
« Merci, docteur », le remercia de nouveau Hathaway à la hâte.
Ils regardèrent le vieil homme s’éloigner sans attendre.
Étonnamment, Garen ne se mit pas en colère. Il était rare qu’il rencontre une personne ordinaire, sans pouvoir, qui n’avait pas peur de la mort.
« Au fait, grande sœur, où est ta collègue ? » Il se rendit soudain compte que la femme n’était pas là.
« Elle n’est pas venue avec nous », répondit Hathaway en secouant la tête. Après tout, aussi terrible que fût sa famille là-bas, ses membres avaient tout de même prévu de laisser les filles partir avec eux. Sans connaître l’identité de Garen, ils étaient encore prêts à leur donner une chance. Mais dès que Garen était arrivé et en avait tué plusieurs à mains nues, leurs rapports avaient aussitôt changé. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
Quoi qu’il en soit, Sylvia n’aurait pas pu partir avec eux sur-le-champ. Elle faisait partie de cette famille, après tout. Elle y avait des proches auxquels elle tenait, et d’autres qui tenaient à elle.
« Après ça, grande sœur, tu devrais quand même aller à l’Académie de la Forêt du Phénix blanc. J’ai tout arrangé là-bas », dit Garen en fronçant les sourcils. « Prynne, Andel et Marin s’y trouvent tous. Tu les connais, alors tu n’auras pas à te retrouver entourée d’inconnus. »
« Hum… »
Hathaway ressemblait à une enfant prise en faute. Elle baissa la tête et n’osa pas croiser le regard de Garen.
Elle avait l’impression que la situation s’était inversée. Jusqu’alors, c’était toujours elle qui réprimandait Garen de cette façon ; maintenant, les rôles étaient inversés.
Sans qu’elle s’en aperçoive, Garen la dépassait désormais d’une demi-tête. Elle avait d’abord voulu rassembler son courage pour lui répondre un peu, mais en repensant à l’autre relation embarrassante qui les liait, elle perdit aussitôt toute audace.
« Ça va, ça va. » Garen l’attira doucement contre lui et lui tapota le dos. « Tout va bien, ne t’en fais pas. Quoi qu’il arrive, je serai toujours là pour toi. Je prendrai soin de toi. »
Le corps souple de sa cousine se raidit légèrement lorsqu’elle se blottit dans ses bras, sentant leurs poitrines pressées l’une contre l’autre. Avant même de s’en rendre compte, elle fut envahie par un intense sentiment de sécurité.
« Pardon… Je n’aurais pas dû te désobéir », murmura Hathaway en se mordant la lèvre.
« Avant, c’était toi qui prenais soin de moi. Maintenant, c’est à mon tour de m’occuper de toi. » Garen la relâcha. Il n’était pas aussi attaché à cette cousine que l’Acacia d’autrefois, mais il voyait bien qu’elle tenait sincèrement à lui.
Quand les autres étaient sincères avec lui, il ne leur rendait pas la pareille par de la fausseté.
« Bien. Dès que Dani aura suffisamment récupéré, je demanderai à quelqu’un de vous conduire toutes les deux à l’Académie de la Forêt du Phénix blanc », dit doucement Garen.
Soudain, la porte de la chambre s’ouvrit à la volée.
Bam !
Un jeune homme vêtu de blanc se précipita dans la pièce.
« Garen, Dani va bien ?! »
« Prynne ? » Garen le reconnut aussitôt.
« J’ai cherché partout dans la ville extérieure, mais je n’ai pas réussi à trouver grande sœur Sofie ! Finalement, heureusement que tu as eu l’audace de bloquer directement la sortie : personne ne pouvait partir avant que tu les aies retrouvées ! Comme toujours, tu as assuré ! » Dès qu’il vit Hathaway et les autres, Prynne poussa un soupir de soulagement et adressa un énorme pouce levé à Garen.
Une fille aux cheveux attachés en queue-de-cheval, d’un rouge violacé, se tenait derrière lui.
Jolie, grande et élancée, elle portait une tenue blanche ajustée, ceinte d’une ceinture à la taille.
« Marin ! Toi aussi, tu es venue ? » Hathaway reconnut à son tour la visiteuse.
« Grande sœur Sofie, où êtes-vous allées toutes les deux ? Prynne et moi avons cherché partout, mais nous ne vous avons pas trouvées ! » se plaignit Marin dès son entrée.
« C’est ma faute… » Hathaway eut un sourire légèrement amer et, comme si elle se rendait soudain compte de la proximité de Garen, rougit et s’écarta discrètement.
À ce moment, une autre fille se faufila par la porte. Elle avait les cheveux châtains coupés aux épaules et les yeux rouge violacé, semblables à de magnifiques ambres.
« Grande sœur Sofie ! » Elle se jeta aussitôt dans les bras de Hathaway.
« Andel ! » Hathaway eut un petit mouvement de panique. C’était d’Andel qu’elle était la plus proche ; autrefois, lorsqu’elles avaient quitté le domaine de Vanderman, elles avaient voyagé ensemble.
« Dieu merci, tu vas bien ! » Andel serra Hathaway dans ses bras, les yeux rougis.
Elle remarqua soudain que Hathaway se tenait très près de Garen et parut aussitôt perplexe.
Prynne le remarqua également et comprit rapidement.
« Bon, bon, les filles peuvent discuter un peu dans la chambre. Garen, on sort parler ? »
Il prit la tête en sortant de la chambre.
Garen fit signe aux deux gardes du Palais du Feu noir de le suivre, puis sortit à son tour.
Dehors, le couloir était propre et bien rangé. Les deux gardes du Palais du Feu noir et le noble aux cheveux verts, qui cherchait à se faire bien voir de Garen, avaient déjà éloigné les autres patients. Tout était calme autour de la chambre.
Prynne et Garen laissèrent quelques gardes utilisateurs de totem auprès des filles pour les protéger, puis se dirigèrent vers une chambre d’hôpital vide, sur leur gauche. Ce chapitre a été repris de NovelPing sans autorisation.
Garen remarqua qu’un homme petit et corpulent, qui dégageait une aura imposante, avait également suivi Prynne.
À en juger par cette aura, il devait être au moins de troisième forme.
Il referma la porte derrière lui. Garen se retourna et jeta un coup d’œil au gros homme.
« Pas mal, tu t’en sors bien ! Un utilisateur de totem de troisième forme comme garde du corps, quel luxe ! »
Ils n’étaient que tous les deux dans la pièce. Garen se détendit donc et ne prit pas la peine de garder ses manières comme en présence d’étrangers.
« Je ne t’arrive toujours pas à la cheville. » Prynne laissa soudain échapper un rire graveleux. Il s’approcha et lui demanda à voix basse : « Hé hé, les seins de Hathaway sont agréables au toucher, pas vrai ? »
Garen resta bouche bée.
« À mon avis, Hathaway a aussi les fesses bien fermes, et ses longues jambes ne laissent aucun espace quand elle les joint. On dirait donc que tu n’as pas encore vraiment profité d’elle. » Prynne abandonna ses manières élégantes habituelles et sourit d’un air lubrique.
« Tu veux dire que tu as couché avec Marin ? » finit par demander Garen.
« Évidemment ! Pour qui tu me prends ? » Prynne rejeta les cheveux de son front, comme pour mettre en valeur sa beauté. « Mais Marin ne vaut toujours pas ta cousine, tss-tss. Cette taille fine, ces longues jambes, et bien sûr cette poitrine… En plus, elle est officier dans la Garde royale. Elle n’est pas comme ces utilisateurs de totem qui ne s’entraînent jamais et n’ont aucune force, au point de ne plus avoir un corps bien proportionné. Si la silhouette de grande sœur se retrouvait plaquée contre ton corps… Tss-tss… » Prynne commençait manifestement à se laisser aller à ses fantasmes.
Garen lui donna un violent coup de pied au tibia.
« Tu oses fantasmer sur ma fiancée, à moi, Garen ? Tu tiens à mourir ? » le réprimanda-t-il en riant.
« Aïe ! » gémit Prynne. « J’y ai juste pensé un instant, tu n’as rien perdu ! Je te le dis, à l’époque, je comptais courtiser grande sœur Sofie. Si tu n’en avais pas fait ta fiancée tout à coup, je serais probablement déjà passé à l’attaque ! »
« Et Marin, alors ? »
« Elle couchera avec nous, bien sûr ! Tous dans le même lit, deux beautés à mon service en même temps, nus sous les couvertures… » Prynne se remit à rêvasser.
« On dirait que tu mènes une vie plutôt confortable, ces derniers temps », observa Garen.
« Naturellement », ricana Prynne. « Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi quelques jours ? »
« Je suis débordé. Tu crois que tout le monde a autant de temps libre que toi, avec un grand-père qui te soutient ? » Garen ne put s’empêcher de lui donner un autre coup de pied. Ce type avait été plutôt sérieux, autrefois, mais il devenait de plus en plus pervers.
« Bon, bon, parlons sérieusement ! » Prynne avait fini de plaisanter et cessa lui aussi de sourire. « J’ai également apporté un message de mon grand-père. Depuis la mort de Sa Majesté, la situation dans le Royaume a changé. Puisque tu n’as pas l’intention de partir non plus, je parie que tu connais forcément le secret du palais intérieur. C’est bien ça ? »
Garen ne fut pas surpris. Benoc, le grand-père de Prynne, était l’un des combattants de haut niveau les plus anciens de l’Empire. Contrairement à Garen, qui venait de s’imposer, Benoc avait des relations solides, d’innombrables atouts dans sa manche et connaissait naturellement bien plus de secrets que les autres.
« Qu’est-ce que ton grand-père veut faire ? »
« Notre famille soutient la Première Princesse. Le grand-duc Cody compte lui aussi se battre pour le pouvoir ; ils soutiennent le Quatrième Prince, probablement pour en faire une marionnette. Pour l’instant, quatre forces sont réellement en mesure de décider du sort du Royaume », répondit solennellement Prynne.
« Lesquelles ? »
« Mon grand-père, le grand-duc Benoc, et la Première Princesse forment un camp ; le grand-duc Cody et le Quatrième Prince en forment un autre, avec le soutien du ministre Veska. Ensuite, il y a les forces résiduelles du palais, contrôlées par le Maître du Palais d’Argent, le seigneur Edin et toi, ainsi que la Petite Alliance, qui constitue le dernier camp. »
« La Petite Alliance ? Quelle Petite Alliance ? »
« La Guilde de guerre, la Guilde des assassins, la Guilde des mercenaires, la Guilde marchande de Kovistan et la Guilde des forgerons. Ces cinq groupes se sont réunis pour former la Petite Alliance, fondée il y a longtemps, mais qui ne s’est révélée qu’à présent. Ils représentent la plupart des forces de moindre envergure du pays et possèdent eux aussi de nombreux atouts importants. Ils n’ont pas beaucoup de combattants de haut niveau, mais comptent pas mal d’utilisateurs de totem de haut rang prêts à risquer leur vie au combat. Il ne faut pas les sous-estimer. C’est exactement ce que mon grand-père voulait que je te dise. Ne les sous-estime pas. »
« Oh ? » Garen n’allait naturellement pas sous-estimer cette Petite Alliance. Elle avait beau se faire appeler ainsi, parmi les cinq guildes, il ne connaissait pas vraiment les autres. Mais il était lui-même membre de la Guilde de guerre et savait donc quelques petites choses sur sa puissance. Elle n’était pas très forte, mais elle était loin d’être faible.
Les quatre autres étaient du même niveau ; elles ne pouvaient donc pas être bien faibles non plus.
« Mon grand-père et les autres appellent la Petite Alliance l’Alliance des cinq couleurs, parce que leur étendard officiel mêle cinq couleurs. » Prynne renseigna Garen sur la situation générale du Royaume.
« À présent, ces quatre forces se sont partagé tout le Royaume. Sur les trois districts du Royaume, le district du Palais est sous ton contrôle et celui du Maître du Palais d’Argent. Le district de la Lumière des nuages est sous l’autorité du duc Cody. Le district commercial est contrôlé par l’Alliance des cinq couleurs et mon grand-père, car c’est le plus vaste.
« Et les environs de la ville ? »
« Tout a été abandonné. » Prynne haussa les épaules. « Trop de nobles se sont enfuis. Leurs fermiers, leurs ouvriers et la plupart de leurs gardes se sont précipités dans le Royaume. Il est devenu très difficile d’y maintenir l’ordre. Dès qu’ils apprennent que les monstres sont en train d’attaquer, qui oserait sortir de la ville pour aller droit à une mort certaine ? »
Garen hocha la tête.
« Et les trois départements ? Quelqu’un est resté ? »