Chapitre 364
Garen caressa cette armure en rêvant d’en concevoir une encore plus perfectionnée.
La technologie du Service secret était si avancée qu’il possédait déjà une telle armure. Dans ce cas, il devait en exister de meilleures encore, gravées de Tactiques de solidification plus puissantes. Elles recueilleraient les émissions de pouvoir totémique pour les libérer au moment voulu.
Garen en resta stupéfait. Les Utilisateurs de totem qui portaient cette armure seraient bien plus puissants que les pratiquants ordinaires. Avec une armure extrêmement puissante…
Il interrompit le fil de ses pensées.
Il tendit la main et tira sur le cordon près de son lit.
Dring, dring.
Une clochette au son clair et cristallin retentit, puis des pas se firent nettement entendre à l’extérieur.
L’impatiente Lala apparut bientôt devant la porte. Son visage s’illumina de joie en voyant Garen.
« Tu es enfin sorti ! Il y a plusieurs lettres pour toi, ces derniers temps. Elles réclament toutes ta présence au plus vite. Le messager n’a pas arrêté de me le rappeler. »
Elle fut soulagée de voir Garen sortir : son principal soutien était de retour.
Garen rajusta son col, sortit de la chambre et gagna le canapé en bois du salon, où il s’assit.
« Où sont les lettres ? Apporte-les-moi. Ils n’avaient pas dit que je devais m’y rendre dans deux mois ? Pourquoi sont-ils si pressés, maintenant ? »
Lala s’approcha d’un vase posé dans un coin du salon et en vida toutes les lettres. Elles étaient toutes jaunes et de forme carrée.
« Le messager a dit qu’il y avait une urgence et qu’ils avaient besoin d’aide. » Lala classa les lettres par date, puis les posa devant Garen avant de se tenir sur le côté, dans l’attente de nouveaux ordres.
De temps à autre, elle jetait un regard étrange à Garen, comparant son épaisse armure à sa propre robe blanche sans manches.
Garen prit la première enveloppe et en sortit la lettre.
Une seule ligne était écrite sur le papier blanc.
« En raison d’une urgence, votre date de présentation a été avancée. Vice-capitaine Garen Trejons, veuillez vous présenter au Château de Wells dans les meilleurs délais. »
La date indiquée était le 11 mai 3568 du calendrier solaire.
Un sceau rouge circulaire portait également le mot « confidentiel », à peine visible. Il était écrit en trois lettres.
Garen ouvrit les autres lettres : elles le pressaient toutes de se présenter au plus tôt. La plus récente datait de trois jours plus tôt, du 14.
« Je me demande à quoi correspond ce poste de vice-capitaine que Sa Majesté m’a attribué. Ça n’a pas l’air si mal, mais ça ne semble pas terrible non plus. » Garen reposa la lettre. « Il y en a d’autres ? »
Il regarda Lala.
« Oui, et ce sont des invitations aux bals organisés par des familles nobles », répondit aussitôt Lala. Elle sortit de la pièce en courant et revint peu après avec une boîte remplie d’invitations finement ouvragées.
Garen parcourut les noms inscrits sur les lettres : ils appartenaient tous à des familles apparentées aux Trejons. Il mit de côté les invitations du comte Baxy et du vicomte Lavel, puis s’apprêtait à jeter les autres quand…
Soudain, un nom familier attira son regard : Prynne.
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Son nom était imprimé en noir sur un fond doré, accompagné de l’image de deux lames croisées.
Garen prit l’enveloppe et ouvrit la lettre.
« À mon meilleur ami, cher Acacia,
Attends, je devrais t’appeler Garen. Très bien. Comment vas-tu, Garen ? J’ai entendu parler de ce qui est arrivé à la famille Trejons, et ta situation actuelle semble désespérée. Fais-moi signe si tu as besoin d’aide. Tu connais bien les relations de mon grand-père.
De plus, ton cousin a envoyé Andel chez moi. Je vais m’occuper de tout, alors ne t’inquiète pas. Malin est là aussi. Elle n’a pas l’air dans son assiette depuis la mort du baron Delt et la disparition de dame Callaway. J’ai envoyé quelques personnes à sa recherche, mais sans succès.
La situation du royaume est assez compliquée. J’ai parlé de ta situation à mon grand-père. Il sait aussi que tu as remis à Sa Majesté un objet appelé la Sphère de liane verte et que tu as rejoint le Service secret. Il te conseille de t’y engager pour éviter les complications qui secouent le royaume. Le mieux serait de ne pas te faire remarquer. Tu es très fort, certes, mais le royaume compte beaucoup d’autres personnes puissantes. Alors, sois prudent. »
Garen relut le passage où Prynne lui recommandait de faire attention. De toute évidence, les relations de sa famille lui avaient permis d’en apprendre bien plus que lui.
Il reposa l’enveloppe, joignit les mains et réduisit la lettre en poussière blanche, qu’il jeta dans la corbeille voisine.
Il avait déjà mémorisé l’adresse qui y était inscrite.
Le grand-père de Prynne était l’un des deux hommes les plus puissants du royaume, après Sa Majesté.
À l’origine, ces deux hommes étaient de hauts nobles dans leurs régions respectives et portaient tous deux le titre de grand-duc. Mais, leurs territoires ayant décliné, ils s’étaient installés dans le royaume et en étaient devenus les nouveaux détenteurs du pouvoir. Le grand-duc de la ville d’Iron Tank ne leur arrivait pas à la cheville : eux se tenaient au sommet du pays. Ces nobles de la haute aristocratie étaient là depuis des millénaires ; ils avaient des origines profondes et une force prodigieuse. Ils comptaient au moins trois Utilisateurs de totem de troisième forme, sans quoi ils n’auraient pas pu déplacer une si grande partie de leur peuple jusqu’au royaume. Ils avaient certainement des Utilisateurs de totem spiritualisés, peut-être même plusieurs.
Ces nobles éminents détenaient une grande part du pouvoir du royaume. Le reste était entre les mains des autres nobles, qui constituaient ensemble toute la puissance de l’Empire de Kovitan.
En tant que grand-père de Prynne, il devait très probablement disposer d’informations fiables : personne n’avait de raison de lui mentir.
« On dirait que la puissance que j’ai dévoilée au manoir est parvenue jusqu’au royaume », remarqua Garen. Au manoir, il avait révélé qu’il était un Utilisateur de totem spiritualisé de troisième forme afin d’intimider Beckstone et les membres de la Société Obscuro.
Cette nouvelle avait sans doute circulé par Andel, Hathaway et les gens qui s’étaient enfuis jusqu’au royaume. Les deux vieux instructeurs, Barr et Baphje, avaient probablement contribué à la répandre eux aussi.
« Je vais sortir un moment. Vous pouvez vous préparer à dîner sans moi. » Garen réfléchit un instant, puis se leva et le lui annonça.
« Je vais vous faire préparer une voiture », lança Lala en courant aussitôt dehors.
Garen glissa dans un dossier noir le document de vérification et la carte d’identification que Sa Majesté lui avait remis, puis les emporta avec lui.
Lorsqu’il sortit du manoir creusé dans la falaise, une voiture noire à roues l’attendait déjà. Ses roues étaient gigantesques, et le cocher était un homme d’âge mûr, vêtu d’un costume noir et doté d’une petite moustache. Il ôta son chapeau pour saluer Garen.
« Je suis Josephine, votre nouvelle conductrice. »
Garen hocha la tête et monta dans la voiture.
« Au Château de Wells, s’il vous plaît. »
« Bien, veuillez vous installer confortablement. » Josephine sortit un fouet et le fit claquer dans l’air.
Deux puissants chevaux aberrants se mirent en marche. Garen les avait ramenés au manoir. Ils étaient remarquables par leur force et leur endurance, et comptaient parmi les meilleurs de leur espèce.
« Vos chevaux sont très puissants, dit la conductrice avec admiration. Il y a peu de chevaux aberrants capables de courir ainsi. »
« Ah bon ? » Garen rit. « Tous les chevaux aberrants ne sont-ils pas excellents ? »
« Pas du tout. Beaucoup d’animaux aberrants sont médiocres. Certains chevaux aberrants sont même plus faibles qu’avant », répondit la conductrice en riant. « C’est très facile d’être à votre service. Ces chevaux sont dociles, et si vous leur donnez de la viande, ils sont rassasiés pour plusieurs jours. Je touche un salaire aussi élevé sans même avoir à sortir pendant quinze jours. » Ce chapitre a été repris de novеlping.com sans autorisation.
Garen sourit et ne répondit pas.
La bavarde Josephine voulait poursuivre la conversation, mais elle se rappela soudain les rumeurs qui couraient sur son maître. Après une hésitation, elle décida de se taire et ne prononça plus un mot.
Tandis qu’ils gravissaient les collines, d’autres voitures les dépassaient de temps à autre. Lorsqu’elles se croisaient, Garen entendait parfois les sanglots étouffés de femmes.
Garen se rendit soudain compte que ces scènes étaient assez courantes : la plupart des nobles avaient cherché refuge dans le royaume. En chemin, ils avaient probablement perdu quantité de proches, parents, frères et sœurs ou enfants. Presque chaque famille avait été endeuillée. Beaucoup avaient connu le sort de Vanderman, dont il ne restait même pas les os pour organiser des funérailles dignes de ce nom.
À mesure que la voiture avançait, de petits bâtiments apparurent le long des routes blanches. Tous étaient noirs, à deux ou trois étages, et les gens entraient et sortaient sans cesse.
Garen regarda par la fenêtre et aperçut, de l’autre côté de la rue, une jeune femme coiffée d’un foulard blanc qui déposait un pot de fleurs violettes fraîches près de la fenêtre du deuxième étage d’un immeuble à deux étages.
Au rez-de-chaussée, plusieurs hommes se disputaient et se bousculaient, criant les uns sur les autres sans relâche.
Après avoir traversé le quartier, la voiture arriva devant un cimetière noir.
Le cimetière était rempli de tombes blanches. Des rites funéraires se déroulaient devant deux sépultures récentes. Un prêtre en robe blanche se tenait auprès des proches, vêtus de noir, qui pleuraient les défunts.
Après le cimetière, ils arrivèrent dans un quartier bordé d’immeubles de trois étages. Les bâtiments, serrés les uns contre les autres, donnaient à l’endroit l’allure d’un quartier commerçant.
La plupart des magasins étaient fermés. Devant les quelques-uns qui restaient ouverts, de longues files s’étiraient ; les gens attendaient avec impatience, vêtus de vieux habits dépenaillés. On y voyait des femmes portant un enfant, de jeunes gens d’une maigreur extrême et même de vieilles personnes au visage pâle.
Quand la voiture de Garen passa, certains tournèrent les yeux vers lui, puis baissèrent aussitôt la tête, effrayés.
Boum !
Quelques chocs métalliques retentirent.
La voiture s’arrêta net.
La voix de Josephine se fit entendre à l’avant. La voiture trembla, puis s’immobilisa.
« Bon sang ! De quelle famille êtes-vous le cocher ? Vous n’avez pas vu qu’on arrivait par la droite ?! » lança une voix hautaine à l’avant.
« C’est vous qui ne nous avez pas vus ! » cria Josephine, mécontente.
« Tu oses me répondre ! Comment une épave pareille a-t-elle pu rentrer dans la voiture du vicomte Duncan ? Je vais… »
« Bob ! Ça suffit ! »
Une voix d’homme froide retentit depuis la voiture d’en face.
Le cocher se tut, se retourna et sourit. Puis, de nouveau tourné vers l’avant, il lança un regard féroce à Josephine.
Garen écarta le rideau et vit l’homme dans la voiture blanche faire de même. Son vis-à-vis avait l’air aimable, mais son regard était plutôt perçant.
Ses yeux bleus se remplirent de peur et de méfiance lorsqu’il aperçut l’armure noire de Garen.
Tous deux échangèrent un sourire poli, refermèrent leur rideau, puis les deux cochers reprirent leur route chacun de leur côté.
« On dirait que cette armure d’agent secret est plutôt dissuasive… » Garen commençait à s’enthousiasmer à l’idée de rejoindre les légendaires Trois Départements. Peut-être pourrait-il percer davantage les secrets de ce monde en intégrant cette puissante organisation.