Chapitre 298
Garen acquiesça, satisfait. À présent que cette grande Panthère Noire, sur le point d’évoluer, était reliée à la Chaîne de guerre, Angela aurait du mal à renoncer à celle qu’elle avait élevée si longtemps, même si elle voulait partir de son côté. Leur relation n’en serait que plus solide.
Garen expliqua brièvement à Angela ce qu’il savait de l’élevage des totems. En revanche, il n’avait pas grand-chose à lui apprendre sur les compétences nécessaires pour élever des totems de type léopard. Il fallait des connaissances plus approfondies. D’après Aska, la Guilde de guerre, à War Tank City, possédait ce genre d’informations.
Ils s’assirent dans un coin. Peu après, la serveuse manchote s’approcha de la table de Garen pour la débarrasser.
« M. Garen, M. Caddy voudrait savoir si vous accepteriez de prendre la place de M. Jason, lui demanda-t-elle soudain à voix basse. Si oui, vous pouvez aller parler à Mlle Mina, au comptoir. »
Ça y était !
C’était ce que Garen attendait. En pareille situation, la Guilde ne laisserait passer aucune occasion de recruter des forces. Ce M. Caddy faisait en réalité partie de la faction du président.
L’invitation que Thomas lui avait faite auparavant venait très probablement d’une autre faction, mais Garen l’avait refusée.
Il échangea un regard avec Angela, puis se leva. En se dirigeant vers le comptoir, il se dit qu’il s’entendait plutôt bien avec Jason et que les rejoindre ne serait pas une mauvaise idée.
Quand l’homme corpulent qui achetait des médicaments devant lui eut quitté les lieux, Garen s’approcha du comptoir et tapota le plateau.
« Suivez-moi. » Mina, la jeune femme derrière le comptoir, lui jeta un regard souriant, puis ouvrit une petite porte sur la gauche pour le laisser entrer.
Un autre jeune homme prit sa place au comptoir.
Ils franchirent la petite porte de gauche l’un après l’autre. De l’autre côté se trouvait un salon de thé assez vaste, dont les murs et le plancher étaient en bois jaune. Les tables, les chaises et les luminaires étaient dans les mêmes tons.
Un homme d’âge mûr, qui portait un bouc, écrivait à son bureau. En entendant des pas, il leva la tête pour regarder.
« Vous voilà. » Il se leva pour accueillir Garen et lui tendit la main.
« Bonjour, je suis Caddy. Je fais actuellement partie de la Quatrième Division, sous les ordres du respectable président de branche. C’est une chance pour nous deux que vous ayez choisi notre camp. »
L’homme souriait de toutes ses dents et avait l’air très affable.
« Vous êtes trop aimable. »
Garen lui serra la main, puis ils s’assirent face à face autour de la table.
« Parlons donc des avantages que vous aurez en nous rejoignant. » Caddy prit une feuille dans la pile de documents posée sur la table et la fit claquer d’un geste sec. « Les conditions que nous pouvons vous offrir sont très simples. Premièrement : une base suffisamment sûre pour protéger tous nos biens contre les infiltrations. Deuxièmement : vous pourrez acheter des connaissances de l’Héritage de bas niveau. Bien sûr, si vous avez besoin d’une Forme 2, il vous faudra obtenir l’autorisation d’une autorité supérieure et disposer d’assez d’argent. Troisièmement : vous aurez accès en priorité à de meilleurs médicaments, à de l’équipement de qualité supérieure et à de meilleures installations. Chaque semaine, tout le monde peut recevoir une dotation d’assurance de base : un lot de médicaments contre les blessures externes, un lot pour arrêter les hémorragies internes, une tactique défensive à usage unique et un lot de nutriments standards. Tout cela est gratuit. »
« Pas mal du tout. Parlez-moi de mes responsabilités. » Garen savait que les trois factions offraient plus ou moins les mêmes conditions. Tout au plus les ressources dont elles disposaient en plus grande quantité différaient-elles, et chacune mettait alors celles-ci en avant.
« Vous n’aurez que deux responsabilités. » Caddy était très satisfait de la détermination de Garen. « Le seigneur Engra a actuellement deux divisions sous son influence. Je dépends directement de la Division disciplinaire ; l’autre est la Division d’autodéfense. Quelle que soit celle que vous rejoindrez, vos responsabilités seront les suivantes. Premièrement : répondre à tout appel urgent et obéir à tous les ordres raisonnables. Deuxièmement : accomplir les tâches et les devoirs liés à votre poste. »
Garen réfléchit un moment, puis se mit à poser des questions sur les différences entre les deux divisions. Ils en discutèrent pendant plus d’une demi-heure, jusqu’à ce que Mina fasse entrer la personne suivante. Garen se leva alors pour partir.
Il lui restait à réfléchir à la possibilité de les rejoindre, puis il faudrait qu’ils vérifient son identité et ses qualifications.
À sa sortie du salon, l’agitation régnant dans la salle des quêtes de la Guilde avait encore augmenté. Aussi vaste qu’un terrain de basket, elle accueillait plus d’une centaine de personnes. La foule se pressait les uns contre les autres, donnant à la salle un air étouffant ; un vacarme confus y résonnait. L’odeur du sang se mêlait à celle de la sueur et flottait dans l’air.
Garen fronça les sourcils.
Son regard balaya la salle et il se rendit compte qu’Angela était partie. Thomas, Aska et les autres avaient disparu eux aussi ; il ne restait que des inconnus dans la grande salle.
De temps à autre, de jeunes hommes et femmes en armure noire entraient et sortaient par l’accès au couloir, traversant la salle en flot continu.
Ces gens en armure noire traversaient la salle et s’engageaient directement dans un autre couloir, sur la droite, sans même regarder les autres occupants. Lisez ce roman sur novelping.com pour profiter de la meilleure expérience.
Garen quitta la salle et aperçut Angela dans le couloir, appuyée contre un mur.
« Alors, comment ça s’est passé ? »
« J’attends des nouvelles, répondit Garen. J’ai quelque chose à faire, je vais devoir rentrer avant toi. Tu t’en sortiras toute seule ? » Il sentait parfois des regards se poser sur Angela, puis disparaître.
« Ça va, ce ne sont que des crétins qui cherchent la mort. » Angela sourit.
Garen acquiesça et cessa de se soucier d’elle. Il poursuivit son chemin dans le couloir. Après plusieurs détours, il emprunta le vaste réseau de tunnels souterrains et revint bientôt à l’entrée par laquelle il était arrivé.
Il sortit du tunnel, remit le couvercle en place et se retrouva devant l’échelle métallique qui menait aux égouts. D’une légère impulsion du pied, il se propulsa jusqu’en haut. Il tendit la main pour soulever la plaque métallique, en prenant soin de ne pas faire de bruit.
Garen passa la tête par l’ouverture et regarda dehors.
Le ciel était sombre et des insectes chantaient. Tout était calme, hormis des bruits de pas au loin.
Garen se hissa silencieusement hors de la bouche d’égout, remit le couvercle en place et s’immobilisa au milieu des décombres de la salle de la Guilde pour observer les alentours.
Tout autour de lui était en ruines. Dans l’ombre, il distinguait vaguement des silhouettes qui fouillaient les affaires près d’un tas de cadavres.
Garen tourna les yeux vers l’ombre projetée par un mur effondré, sur sa droite. Dans l’obscurité, une énorme pièce de bois calciné remua, puis ouvrit soudain les yeux. C’était en réalité un Croc des marais profonds dissimulé là.
« Je vais rentrer, puis me lancer dans une chasse intensive au Lézard unicorne pour accumuler des points de potentiel. » Garen établit son plan dans sa tête et laissa le Croc des marais profonds lui ouvrir la voie. Il le suivit de près, en restant attentif à son environnement.
L’aura couleur platine se déploya sans un bruit, s’étendant dans un rayon de cent mètres.
Garen avança rapidement, longeant l’extérieur des remparts endommagés. La plupart des bâtiments, à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, avaient été détruits et s’étaient effondrés.
Après avoir parcouru une certaine distance, il vit au loin une silhouette noire jaillir d’un petit bâtiment en ruines. Leurs regards se croisèrent et tous deux s’immobilisèrent.
Garen s’arrêta net. Il regarda l’autre personne filer dans un nouvel amas d’ombres, puis s’éloigner rapidement vers la droite. Ce ne fut qu’alors qu’il reprit sa route.
Le quartier où il habitait se trouvait à droite, à l’extérieur des remparts, et était entouré de plusieurs autres faubourgs. Il y avait même un petit marché de produits frais. L’inconnu était parti dans la direction du marché.
Garen ne s’attarda pas. Il traversa les ruines du quartier, tourna rapidement quelques fois et aperçut bientôt sa maison, dans la banlieue.
Le quartier était plongé dans un silence de mort. Pas le moindre bruit.
Garen longea l’ombre des maisons près du mur et s’approcha sans bruit du quartier résidentiel.
Tout le quartier était désert. L’endroit se trouvait très loin de la ville et presque personne n’y vivait. La plupart des maisons n’étaient pas endommagées. Elles semblaient seulement abandonnées, sans vie.
Garen avança prudemment sur le chemin de gravier qui traversait le quartier. De part et d’autre, les maisons blanches étaient plongées dans un silence inquiétant ; leurs fenêtres ressemblaient à autant de trous noirs, profonds et obscurs.
Ouah !
Soudain, un son semblable aux pleurs d’un enfant retentit à l’oreille de Garen. Le bruit était confus et désagréable, d’une acuité insupportable.
Une vague de vertige l’envahit et ses réflexes accusèrent aussitôt un temps de retard. Il vit alors le Croc des marais profonds, devant lui, fouetter l’air de sa queue vers la gauche.
Bam !
Une ombre rouge fila comme un projectile et percuta violemment la queue du Croc des marais profonds, dans un bruit sourd.
Le Croc des marais profonds gronda et recula de deux pas sous le choc. L’ombre rouge fut elle aussi projetée en arrière ; elle roula sur la pelouse d’une villa, à gauche, et sa forme apparut au grand jour.
Garen inspira brusquement. L’ombre rouge était un bébé à la peau rouge violacé, entièrement nu, dont la bouche était garnie de dents noires, pointues et dentelées. L’un de ses yeux était couvert d’une moisissure bleue et duveteuse, tandis que l’autre était depuis longtemps desséché.
« Ce serait… les expériences humaines d’Obscuro ?! » Garen prit un air légèrement tourmenté.
Il ordonna au Croc des marais profonds d’enrouler sa queue autour du bébé mort, puis contourna la créature et courut vers sa villa.
Derrière lui, les cris du bébé et les grondements du Croc ne cessèrent pas.
Il atteignit rapidement le centre du quartier, où tout était étrangement propre. Devant lui, à gauche, des rats dévoraient un bras humain. En entendant ses pas, ils levèrent aussitôt la tête, dévoilant leurs yeux rouges féroces.
Couic, couic, couic !
Les rats aux yeux rouges se jetèrent sur Garen comme des insectes.
« Ces Lézards unicorne ont vraiment apporté des virus avec eux ? » Garen fit la grimace. Il s’inquiéta soudain pour son maître Emin, qui se trouvait loin d’ici, ainsi que pour son cousin et Vanderman. Vanderman n’était certes que le père biologique de ce corps, mais ils avaient passé beaucoup de temps ensemble, et l’affection que l’homme lui témoignait était tout à fait sincère.
Il donna une légère impulsion du pied et un cercle d’air translucide se déploya dans un souffle. L’onde traversa les rats aux yeux rouges, qui s’effondrèrent aussitôt, immobiles.
Garen fit volte-face, franchit d’un bond sa clôture, sortit sa clé et ouvrit la porte, puis la referma derrière lui. Le hall du rez-de-chaussée était plongé dans le noir, et plusieurs silhouettes noires se jetèrent sur lui.
Trois Faucons à plumes grises volèrent agilement autour de lui, tandis que trois lézards à dos bleu grimpaient sur ses pieds en cherchant son affection.
« Je vais d’abord essayer de faire évoluer le Faucon à plumes grises. » Garen rejoignit le canapé et s’assit. Sans allumer la lampe, il leva le bras droit et laissa un Faucon à plumes grises se percher dessus.
Un Faucon à plumes grises bondit et atterrit sur son bras. Son bec était un peu plus long que celui des deux autres et son corps, un peu plus imposant. Debout, il mesurait environ le tiers de la taille d’un homme.
« Ce sera toi, alors. » Garen caressa la tête du Faucon à plumes grises et posa les yeux sur son icône.
Trois secondes plus tard.
Ses points de potentiel atteignirent 16 %. Trois points de potentiel disparurent.
L’icône du Faucon à plumes grises tressaillit et se brouilla peu à peu.
Boum, boum…
Le Faucon à plumes grises battit des ailes et prit son envol.
Ses ailes s’allongèrent et devinrent noires, tandis que son corps grossissait rapidement. Ses deux serres s’aiguisèrent.
Squawk !!
À vue d’œil, le Faucon à plumes grises passa de moins d’un mètre à deux mètres entiers. Plus étrange encore, sa tête grossit rapidement et de petites dents pointues apparurent dans son bec jaune et acéré. Sur sa tête se trouvait aussi un sarcome rouge vif qui battait à intervalles réguliers, comme un cœur.
En une dizaine de secondes, le Faucon à plumes grises se transforma en un énorme oiseau monstrueux et féroce. Debout sur le sol du hall, il replia ses ailes ; il dépassait même Garen en hauteur.
Garen contempla l’icône modifiée du Faucon à plumes grises, au bas de son champ de vision.