Chapitre 288
« Mon Dieu, Lala, tu as déjà dix-huit ans ! Dans bien des endroits, tu pourrais avoir un enfant à cet âge-là ! Et tu te trouves encore trop jeune ? » s’exclama Vecil. « Peut-être que tante Vera ne t’interdit rien parce qu’elle t’a déjà trouvé quelqu’un. »
« Je ne peux pas accepter ça. » Lala fronça les sourcils. « C’est pour ça que j’ai choisi d’aller étudier le droit à la Cité du Ruisseau blanc. Devenir avocate impériale ne serait peut-être pas une mauvaise option. Au moins, je pourrai prendre mes propres décisions ainsi », songea-t-elle.
« Je t’envie vraiment. Dommage que je n’aie pas tes talents… » gémit Vecil. Soudain, un grand remue-ménage éclata à l’avant du convoi.
« Qu’est-ce qui se passe ? — Aucune idée.
— On dirait que des gens barrent la route devant nous. »
Plusieurs hommes descendirent aussitôt des voitures pour aller voir. Les femmes et les enfants près du convoi regardaient devant eux, chuchotant entre eux pour deviner ce qui se passait.
Enfin, Lala sentit sa curiosité s’éveiller. « Wesley, qu’est-ce qui se passe devant ? » cria-t-elle à son cocher.
« Mille pardons, mademoiselle, des gens bloquent la route. On dirait qu’il va falloir attendre un moment », répondit le vieux cocher.
La voiture continua d’avancer et, un instant plus tard, Lala put voir la scène qui se déroulait devant eux.
Juste devant le convoi, sur la chaussée grisâtre, un jeune homme et une jeune fille étaient assis sur des rochers au bord de la route. Ils se levèrent et barrèrent directement le passage.
Tous deux portaient de longues robes grises qui leur couvraient le corps entier. L’homme était chauve, sans le moindre cheveu. Son visage dépourvu de sourcils glaça le sang de ceux qui le regardaient.
La jeune fille avait attaché sa magnifique chevelure blonde en queue-de-cheval et possédait une silhouette bien proportionnée. Son joli visage affichait une froideur manifeste. Elle suivait de près le jeune homme, les yeux rivés sur le convoi. À ses yeux, les cent et quelques personnes qui s’y trouvaient n’étaient que du bétail attendant d’être abattu.
Comme si elle avait remarqué qu’on l’observait, la jeune fille tourna son regard et croisa celui de Lala.
À cet instant, un frisson glacé parcourut l’échine de Lala. Elle rentra précipitamment la tête et se cacha dans la voiture. En passant les doigts sur son front, elle sentit des gouttes de sueur froide.
Leurs regards ne s’étaient croisés qu’un bref instant, mais elle avait senti, au plus profond de l’âme de l’autre, une soif de meurtre féroce.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » Garen jeta un bref regard à Angel, derrière lui.
« Rien de grave. » Angel secoua la tête. « Qu’est-ce que tu comptes faire ? Il y a trop de monde, impossible d’utiliser la Prison de guerre. Il est certain que les trois Utilisateurs de totem se cachent parmi ces gens ordinaires et se servent de la Prison de guerre comme couverture pour fuir la Cité d’Iron Tank. »
Garen rit.
Le claquement net de sabots tout près attira son attention. Il tourna les yeux vers la prairie. Une jeune fille vêtue de blanc, montée sur un magnifique Étalon Blanc, avançait tranquillement dans les herbes, comme si elle venait de tomber sur eux par hasard. Depuis sa monture, elle les observait sans gêne, curieuse de savoir ce qui se passait.
Il reporta son regard sur le convoi.
« Depuis hier soir, combien en avons-nous tué ? » murmura-t-il à Angel.
« Peut-être trois… » répondit Angel avec hésitation. « Je ne m’en souviens pas très bien. »
« Tant pis, allons-y. » Garen se précipita en avant et lança une pièce noire.
« Hé ! » Angel resta stupéfaite. « Tu es fou ? Il y a tant de monde ! »
Chiiii !
Lorsque la pièce toucha le sol, une onde transparente se déploya instantanément. Elle engloutit tout le convoi et tout ce qui se trouvait dans un rayon de cent mètres, formant une immense cage en forme de dôme.
« Bientôt, nous n’aurons plus à nous en soucier. » Garen esquissa un sourire en voyant trois silhouettes en robe grise surgir du flanc du convoi. Il tendit la main droite vers l’avant.
Fiiiou !
Plusieurs traînées grises jaillirent continuellement de son dos et foncèrent droit sur les trois silhouettes.
Angel s’élança en avant et pointa vivement le doigt. Trente points lumineux verts apparurent instantanément dans les airs.
« Vitesse triplée ! » Vous aimez cette histoire ? Lisez la suite sur novelping(.)com.
Les trente points fusionnèrent en un seul, qui se transforma brusquement en un rayon vert et frappa la Panthère Noire bondissant derrière elle.
Fiiiou !
La Panthère Noire devint un trait noir en un clin d’œil et fonça sur les trois silhouettes.
La traînée noire dépassa les traînées grises et projeta l’une des silhouettes au sol.
« Non !! »
Les trois traînées grises se changèrent en faucons gris qui fondirent sur le python noir de la silhouette à terre pour le capturer. Étrangement, après s’être débattu un bref instant, le python s’immobilisa rapidement, puis resta suspendu, raide, aux serres acérées des faucons. Ceux-ci le frappèrent du bec, lui infligeant trois blessures de la taille d’un bol. Finalement, le python se transforma en une flaque de liquide argenté qui s’infiltra dans le sol.
Une fois le python anéanti, la Panthère Noire se jeta à la gorge de l’homme à terre. En un instant, le sang éclaboussa le sol.
Les deux autres adversaires blêmirent en voyant la scène. Ils tombèrent au sol et tentèrent de ramper en arrière.
« Non… Non !!! Vous ne pouvez pas faire ça ! La Guilde de guerre a des règles, et il y a tant de gens ordinaires ici ! Tant d’êtres humains ! » sanglota la jeune fille à gauche.
L’homme à droite trembla en essayant de mettre en œuvre une technique inconnue, mais la peur qui le submergeait l’en empêcha après quelques tentatives. Des perles de sueur froide apparurent sur tout son visage et finirent par couler de son menton.
« Quel minable. » Garen secoua la tête. Il s’avança et saisit l’homme par le col. « Un gamin qui vient tout juste d’atteindre la première forme. Le capturer vivant nous rapporterait-il davantage ? »
« Tu ferais mieux de réfléchir à la façon de régler le problème immédiat », répliqua Angel en faisant la moue et en se dirigeant vers la voiture.
Garen regarda le convoi.
Tous les marchands du convoi restaient silencieux, et les enfants avaient la bouche bâillonnée pour les empêcher de faire le moindre bruit. Les hommes tenaient toutes sortes d’armes, tandis que les femmes et les enfants fermaient hermétiquement les rideaux et se réfugiaient dans leurs voitures. Une dizaine de mercenaires se regardaient nerveusement en dégainant leurs épées.
À leurs yeux, Garen et Angel ressemblaient à des monstres.
Garen les ignora et leva la tête.
Fouuu…
Soudain, une immense nuée d’oiseaux bleus arriva du sud en volant.
Les oiseaux bleus ressemblaient à une multitude de boutons ; leurs ombres formaient de grosses taches noires sur le sol. Leurs pépiements résonnaient sans cesse dans les environs.
« Ils sont là… Enfin… » Garen poussa un léger soupir de soulagement.
Son cœur manqua un battement.
Un faucon gris s’élança dans les airs et attrapa l’un des oiseaux bleus dans son bec. Puis il piqua vers le sol et se posa sur l’épaule de Garen.
Garen prit l’oiseau bleu dans le bec du faucon gris, détacha le message fixé à sa patte et le déplia délicatement.
« Urgence dans le Sud ! La ville d’Agac demande du renfort ! »
Une tache de sang maculait les bords du message.
« Nous devons partir », murmura Garen. Il leva les mains, et les trois faucons gris prirent leur envol, tournoyant au-dessus de sa tête.
À son insu, l’un des faucons ramassa la pièce noire et la tint dans son bec.
« Qu’est-ce qu’on fait de ces deux-là ? » Angel jeta un regard aux deux Utilisateurs de totem paralysés. Leurs totems, un loup noir et un faucon blanc, avaient été promptement anéantis par la Panthère Noire pendant le combat.
Garen ne répondit pas. Il leur donna plutôt un léger coup de pied dans les cuisses.
Une force colossale leur traversa aussitôt la poitrine. Leur tête bascula et le sang se mit à couler de leur bouche ; ils moururent sans un bruit. Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
« Allons-y. »
Garen regarda le panneau des attributs, tout en bas de son champ de vision : sa jauge de Potentiel était enfin remontée à 15 points. Après avoir utilisé ses points pour le Lapin-garou hurlant, il ne lui en restait que 13. Mais désormais, avec l’aide d’Angel, il n’avait plus grand-chose à faire. Angel s’occupait des Utilisateurs de totem ennemis, tandis qu’il n’avait qu’à porter le coup de grâce.
Sans lever le petit doigt, trois Utilisateurs de totem avaient été tués en une nuit. Avec ceux-là, le total s’élevait à six.
Les points de Potentiel dépensés pour le Lapin-garou avaient été récupérés en un instant.
À son retour, le moment serait idéal pour tenter de faire évoluer les Lézards géants. Garen avait hâte de découvrir leur forme évoluée.
« Qu’est-ce qu’ils cherchent, tous ces oiseaux messagers bleus ? » Angel avait le pressentiment que quelque chose n’allait pas.
« Ce sont tous des messages de détresse. Les royaumes du Sud sont probablement déjà tombés. » Garen continua de retirer la Prison de guerre sans se retourner.
« Impossible ! Le royaume d’Ender compte des milliers d’Utilisateurs de totem de deuxième forme sous les ordres du général Veron. Ce sont tous des élites ! » Angel n’en revenait pas.
Pendant ce temps, Garen s’était déjà avancé à la tête du convoi.
« N… Nous pouvons payer une rançon ! » supplia d’une voix tremblante leur chef, un homme corpulent. « Ne nous tuez pas ! Je vous en prie… » Il se mit à genoux.
« Vous êtes tous les deux des chasseurs. La Guilde de guerre interdit l’usage de la Prison de guerre contre des humains. » Un vieillard aux cheveux blancs sortit de la foule et parla à voix basse. Il connaissait manifestement quelques détails sur la Guilde de guerre.
« Les lois sont faites par les hommes. Mais elles ne servent plus à rien. » Garen haussa les épaules. « Écoutez mon conseil. Retournez à la Cité d’Iron Tank au lieu de vous rendre à la Cité du Ruisseau blanc. Sinon, vous allez au-devant de choses bien pires. »
Il les avertissait par bonté. L’armée de Totems d’argent de la Société Obscuro allait arriver d’un instant à l’autre. Si des hordes de Totems d’argent déferlaient, les croiser en pleine nature tournerait au cauchemar. Dans ce cas, la mort serait certaine pour ces gens ordinaires : Garen lui-même ne songerait même pas à tenter de survivre. Seule une ville fortifiée aurait les moyens de se défendre.
Ces Totems d’argent comprenaient toutes sortes de créatures étranges, comme dans une exposition de bêtes rares. Le spectacle était véritablement terrifiant. Ces créatures, dotées de grandes capacités de contamination, étaient le résultat des expériences d’élevage ratées de la Société Obscuro. En outre, la Lumière fantôme les renforçait, multipliant leurs capacités.
« Allons-y. » Pendant qu’il parlait, Angel avait tranché la tête des trois condamnés et les avait enveloppées dans du tissu.
Deux d’entre eux se dépêchèrent de repartir vers la Cité d’Iron Tank, l’un après l’autre.
Les gens du convoi purent enfin pousser un soupir de soulagement. La plupart, perplexes, ne tinrent pas compte du conseil de Garen. Une petite minorité comprit qu’il disait vrai et accepta de partir dans la direction qu’il leur indiquait.
« En route ! Wesley, faisons demi-tour ! » Lala, assise dans sa voiture, débordait d’une excitation et d’un enthousiasme inexplicables. Sa vie ennuyeuse venait enfin de prendre un peu de piquant. Comme toujours, elle faisait confiance à son jugement.
Le chauve n’avait pas l’air de mentir. Elle le croyait.
« Mademoiselle… » Le vieux cocher hésita.
« Faites demi-tour ! » lança Lala d’une voix forte.
« Très bien. » Wesley acquiesça à contrecœur, quitta lentement la chaussée et fit demi-tour dans la prairie.
« Lala, tu es folle ? Tu crois vraiment tout ce que dit cet excentrique ? » Vecil osa enfin reprendre la parole. Elle se couvrit la tête et se blottit au fond de la voiture, de peur que quelqu’un ne la remarque. Lorsqu’elle releva la tête, sa voix était aussi faible qu’un bourdonnement de moustique.
« Je le crois, lui, et je crois aussi cette immense nuée d’oiseaux messagers bleus. » Lala hocha solennellement la tête.
Soudain, le claquement net de sabots retentit à l’extérieur de la voiture.
Lala écarta le rideau et regarda dehors. Elle vit la jeune fille en robe blanche sur son cheval blanc talonner le chauve et la jeune fille à la queue-de-cheval.
À l’expression de la jeune fille, Lala comprit qu’elles partageaient le même goût de l’aventure.
« Dépêche-toi ! Suivons les deux personnes qui sont devant ! » cria Lala.